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Full text of "Histoire naturelle des oiseaux"

V-B 



HARVARD UNIVERSITY. 




L 1 B R A R Y 



MUSEUM or QjOMPAKATIVE zoôlogy. 



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GIFT OP 

THEODORE LYMAN 

OF THE 

Cla.ss c)f l©f).5. 




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ISTOIRE 

NATURELLE^ 

GÉNÉRALE ET PARTICULIÈRE, 

AVEC LA DESCRIPTION 

DU CABINET DU ROL 



Tome Septième. 



HISTOIR 

NATURELLE 

DES OISEAUX. 



Tome Septième. ^ 




A PARIS, 

Suivant la Copie in-^,^- 

DE L'IMPRIMERIE ROYALE. 



M. D C C L X X I X. 



TABLE 

De ce qui eft contenu dans 
ce^Vplume. 

JuE Serin des Canaries. Page i 

Oïfeaux étrangers qui ont rapport 

aux Serins yh 

Le Worabée , 78 

V Outre-mer. . .' 80 

iJHahefch de Syrie \ . . Si 

Les Tangaras, 330 

Le grand Tangaïa. Première ef- 
Pèce 334 

La Houpetîe. Seconde efpèce.. 336 
Le Tangavio.TïQiÇiQmt efpèce. 338 
L.e Scarlacte, Quatrième efpèce. 340 
Le Tangara du Canada. Cinquième 

efpèce 35a 

Le J^angara du MiJfiJJipi. Sixième 

^ ^ce ,... 353 

a iij 



vj T A B L E. 

Le Camail ou la Cravate. Septième 
efpcce , 3 56' 

Le Mordoré. Huitième efpèce. 358 
V Onglet. Neuvième efpcce.* 359 
Le Tangara noir & le Tangara 

roux. Dixième efpèce 361 

L.e Turquin. Onzième efpèce. 363 
Le Bec - d^ argent. Douzième ef- 
pèce •. 365 

IJEfdave. Treizième efpèce.. 371 
Le Bluet. Quatorzième efpèce. 374 
Z^i?o^/g■<^-c<^/'. Quinzième efpèce. 377 
Le Tangara vert du Bréjïl. Seizième 

efpèce 379 

VOlivet, Dix-feptième efpèce. 3 8-1 
Le Tangara Diable- enrhumé. Pre- 
mière efpèce moyenne. ... 382 
Le Verderoux. Seconde efpèce 

moyenne.*. 385 

Le Pajfe - vert. Troifième efpèce 

moyenne j86 

Le Pajffe^vert à tête bleue. Variété. 

389 

Le Tricolor. Quatrième efpèce 
moyenne 390 

Le Gris - olive. Cinquième efpèce 
moyeBne \ 392 



TABLE. vî) 

Le Septlcolor, Sixième efpècc moyeiv 
i^e .. 393 

L€ Tangara bleu. Septième efpècc 
moyenuc 398 

Le Tangara à gorge noire. HuiticiTie 
efpèce moyenne 4CO 

La Coiffe noire. Neuvième éfpèce 
moyenne 401 

Petits Tan garas 40 3 

Le Rouverdin. Première petite ef- 
pèce 404 

Le Siacou. Seconde petite efpèceo 

406 

VOrganlfle. Troifième petite ef- 
pèce.., 408 

Le Jacarinu Quatrième petite ef- 
pèce 412 

Le Téité. Cinquième petite efpèce. 

Le Tangara nègre. Sixième petite 
efpèce. *..... • • . . 419 

L'Oifeau Silencieux.. ... . . . 429^ 

Par M. DE B u f f o n. 



vîii TABLE. 

Les Linottes • . • 83 

Kariétés de la Linotte. 

I. La Linotte blanche 103 

IL La Linotte aux lieds noirs. Ibid. 
le Gyntel de Strasbourg... . . 104 

La Linotte de Montagne, ïo6 

Le Cabaret. IC9 

Oifeaux étrangers qui ont rapport 
a la Linotte. 

I. La VengoUnc. . , II4 

IL La Linotte gris-de-fer 1 17 

III. La Linotte à tête jaune. ,. . 118 

IV. La Linotte brune I20 

Le Minifire 1 1 z 

Les Bengalis & les Sénégalis. i z 5 

Le Bengali 13Ï 

Le Bengali brun <. ♦ • • ^ 3 5 

Le Bengali piqueté.. 137 

Le Sénégali 14I 

Variétés du Sénégali 142 

Le Sénégali rayé. 144 



TABLE. k 

Le Serevan I47 

Le petit Moineau du Sénégal. . 149 

Le Maia 150 

Le Mdian • 153 

L^es Pinfons 155 

JKariétés du Pinfon 171 

I. Le Pinfon a ailes & queue 

noires, 172 

IL Le Pinfon brun . ILid. 

ÏII. Le Pinjon brun huppé,. . , . 175 

IV. Le Pinfon blanc IHd. 

y. Le Pinfon à collier. ...... 174 

Le Pinjon d'Ardenne I75 

Le Grand-montain IÇO 

Le Pinfon de neige ou la Niverolle. 

192 

Le Brunor ÎC4 

Le T runet ic6 

Le honcna I97 

Le Pinjon à tête noire & blanche. 

199 
Le Pinfon noir aux yeux rouges. 

201 
Le Pinfon noir & jaune,: . . . . 203 
Le Pinfon à long beCs., ...... r . 204 



X TABLE. 

J^ Olivette. . . 205 

Le rinfon jaune 6' rouge, .... 207 

La Touite 209 

Le Plnfon frifc. 211 

Le Pin/on à double collier.. . . 212 

Le Noir-fouci, . • 214 

Les Veuves %i6 

La Veuve au collier d'or. . , . , 221 

La Veuve à quatre brins 2l6 

La Veuve Dominicaine 228 

La Grande Veuve 230 

La Veuve à épaulette 232 

La Veuve mouchetée» • • 233 

La Veuve en feu 235 

La Veuve éteinte.^ 236 

Le Grenadin • 237 

Le Verdier 240 

Le Pape. 247 

Variétés du Pape 2.50 

Le Toupet bleu 251 

Le Parement bleu 253 

L.e Vert'brunet. 255 

Le Verdinere, , » • • • 257 

Le Vcrdcrin 258 



TABLE. xj 

Le V erdicr fans yen 259 

Le Chardonneret z6i 

Karictés du Chardonneret. . • zSi 

I. Le Chardoriiieret à poitrine jaune. 

I L Le Chardonneret àfourcils & front 
blancs Ibid» 

III. Le Chardonneret à tête rayée de 
rouge & de jaune 284 

I V. Le Chardonneret à capuchon noir. 

Ibid. 

V. Le Chardonneret blanchâtre. 285 

VI. Le Chardonneret blanc. . . 286 

VIL Le Chardonneret noir. .... 287 

yill. Le Chardonneret noir à tête 

orangée 290 

IX. Le Chardonneret métis 291 

Le Chardonneret à quatre raies. 

294 

Oifeaux étrangers qui ont rapport 
au Chardonneret. 

I. Le Chardonneret vert ou le Ma-* 
racaxao 295 

IL Le Chardonneret jaune. f, , • 297 



yS) TABLE. 

J^e Si^crin 302. 

Le Tarin • . ^o'^ 

J^ariéus dans Vefphce du Tarin. 

I. Tarin métis., 322 

IL Le Tarin de la nouvelle YorcL 

324 

III. VOllvare^ 325 

IV. Le Tarin noir,.. ........ 326 

Oifeaux étrangers qui ont rapport 
au Tarin, 

I, Le CatotoL 328 

II. V Âcatéchili, , 329 



Par M. DE MoNTBEILLAPvD. 



\^ 



HISTOIRE 



HISTOIRE 

NATURELLE. 

L E 

SERIN DES CANARIES^ 

^i LE Rossignol cft le chantre dz% 
bois 5 le ferin eft le muficien de la cham- 
bre*, le premier tient tout de la Nature, 
le fécond participe à nos arts *, avec moins 
de force d'organe , moins d'étendue dans 
la voix y moins de variété dans les fons » 



^ Le Serin des ifies Canaries , Pajfcr Canarius. 
AMiov. Avi, tome II, page 814; ia figure n^eft 
pas bonne. — Pajjera d'i Caiiaria, Olina, page 7; la 
figure eft aflez bonne. — Serin des Canaries. Albin , 
tome I , page c^i'^ l'a figure e il mai coloriée. — Paff&r 
Canarienfis , Canarie-vogeL Frifch , tab. x 1 1 ; Iqs 
figures de cet oifeau & de quelques-unes de fes 
Oifeaux , Tome IV. A 



?, HiJIoire Naturelle 

le ferin a plus d'oreille, plus de facilité 
d'imitation fûjj, plus de mémoire*, &, 
comme la diflérençe du caraftère ( fur^ 
tout dans les animaux ) tient de très-près 
à celle qui fe trouve entre leurs fens , le 
ferin , dont Touïe eft plus attentive , 
plus fufceptible de recevoir & de con- 
ferver les impreffions étrangères , devient 
âUiîî plus focial, plus doux, plus fami- 
lier*, il eft capable de connoiffance & 
même d'attachement ( bj; fes careffes 



variétés font exadles & afiez bien, coloriée s. — Pajjlr 
in toto corjjore citrinus^ remigièus, redtricibufqut latc- 

ralibns irnerius & Jubtus albis Seriiius Cana- 

rieufis. Le Serin des Canaries. Briflbn , OrnithoL 
tome II If page 184. — f^uye^ nos planches enlu- 
minées, n.^ 202, fig, I. 

faj Le ferin apprend à parler, & il nomme 
plufieurs petites chofestrès-diftindement. . . .Au 
moyen d'un flageolet, il apprend deux ou trois 
airs qu'il chante dans leur ton naturel , en gai^ 
dant toujours la mefure, &c. Traité des Serins des 
Canaries y j^ar M, Herpienx, in- 12. Paris 171J, 
pages 3 &* 4. — Un ferin placé encore jeune fort 
près de mon bureau, y aroit pris un fingulier ra- 
maoe ; il contrcfaifoit le bruit que {''on fait en 
comptant des écns. Note communiquée par AL Hé» 
ben , Recei'eur général à Dijon, 

(b) II devient fi familier^ fi careflant, qu'il 



du Serin. j 

font aimables , fes petits dépits înnocens 
& fa colère ne biefîb ni n'oftenfe : fes^ 
habitudes naturelles le rapprochent en- 
core de nous, il fe nourrit de grainesr 
comme nos autres oifeaux domeftiquesv 
on relève plus aifément que le roffignol , 
qui ne vit que de chair ou d'infeâies, & 
qu'on ne peut nourrir que de mets pré-' 
parés. Son éducation plus facile eft auflfî 
plus heureufe -, on Télève avec plaiiîr , 
parce qu'on Tinflruit avec fuccès *, il 
quitte la mélodie de Ton chant naturel 
pour fe prêter à Tharmonie de nos voix 
& de nos inftrumens -, il applaudit, iS 
accompagne & nous rend au-delà de ce 
qu'on peut lui donner. Le roffignol plu9 
fier de fon talent , femble vouloir le 
conferver dans toute fa pureté, au moins^ 
paroît-il faire affez peu de cas àcB 
nôtres : ce n'efl: qu'avec peine qu'on lui 
apprend à répéter quelques-unes de nos 
.chanfons. Le ferin peut parler & fiffler ., 



vient baifer & becqueter milîe & mille fois fon 
• maître, & qu'ii ne manque pas de revenir à fa 
^voix lorfqu'il i'appeiie. Traité des Strins , £^r 

M. HcrpiaiXj page 3. 

A ï) 



4 HlJIolre Naturelle 

îc roffîgnol méprife la parole autant que le 
fifflet & revient fans cefîe à Ton brillant 
ramage. Son gofier, toujours nouveau, 
eft un chef-d'œuvre de la Nature auquel 
lart humain ne peut rien changer , rien 
ajouter *, celui du ferin eft un modèle de 
grâces dune trempe moins ferme que 
nous pouvons modifier. L'un a donc 
bien plus de part que l'autre aux agré- 
mens de la fociété , le ferin chante en 
tout temps 5 il nous récrée dans les Jours 
les plus fombres, il contribue même ^ 
notre bonheur *, car il Eût ramufement 
de toutes les jeunes perfonnes, les dé- 
lices des reclufes ', il charme au m.oins 
les ennuis du cloître , porte de la gaieté 
dans les âmes innocentes & captives *, & 
ies petites amours , qu'on peut confidérer 
ide près en le faifant nicher , ont rappelé 
mille & mille fois à la tendreffe des 
cœurs facrifiés •, c'eft faire autant de 
bien que nos vautours favent faire de 
mal. 

C'eft dans le climat heureux des Hef- 
péndes 'que cet oiieau charmant femble 
avoir pris naiflance ou du m^oins avoir 
acquis toutes fes perfections > car nous 



du Serin. 5 

connoîflbns en Italie (c) une efpèce de 
ferin plus petite que celle des Canaries j 
& en Provence une autre efpcce prefque 
auffi grande (d) ; toutes deux plus 
agreftes , & qu'on peut regarder comme 
les tiges d'une race civiliiée -, ces trois 
oîfeaux peuvent fe mêler enfemble dans 
î état de captivité *, mais , dans Tétat de 
nature, ils paroiffent fe propager fans 



(cj Citriiidla. Gefner, Avium , page 160 ; avec 
une aflez bonne figure. — Vercdlino. Onwà^page 15; 
avec une bonne figure. — Pajjer fnpzrnè ex viridi- 
flavicaiite vnriiis ; infernè luteo-virefcens ; remigihus 
Tectricibufque nigricantihus , oris exterioribns vindefcen- 

tihns Serin us Italiens. Le Serin d'Italie* 

}5rinbn, Ovnith, tome 111, page 182. Voyei no$ 
planches enluminées , n.^ 6t^ , fig. 2. 

(d) Serin us. Gefner, Ji^ium , page 260 ; avec 
une mauvaife figure. — Serin, Bélon, Hifl, Nat^ 
des Oifeaux y page 354; avec une figure peu 
exade. — Serin. Senicle, Cerijîn , Cinit, Cedrin, 
Béion, Portraits d'Oifeaux, page 90, redîo ; avec 
3a même figure peu exacte. — • Pajfer fupernè ex 
fufco viridi-jUwicante varias, inferne luteo vire/cens^ 
laterihus maculis fufiis longitudinalibus variis , taniâ 
in alis viridi - flavicaute ; remigièus , rectricibufque. 
fupernè fufiis , oris exterioribus grijlo-viridibus , apicis 
margiue albicante. . . . Serinus , le Serin. BriiTon , 
Ornitlî. tome HT, page 79. — Voye^ nos planches 
inlumiuéts j n.^ 658,%. i, 

A iij 



6 Hifloire Naturelle 

mélange chacun dans leur climat *, fis 
forment donc trois variétés confiantes 
qu'il feroit bon de défigner chacime par 
un nom différent, afin de ne les pas con- 
fondre. Le plus grand s'appcloit Ctnit 
ou Cini dès le temps de Béîon ( il y a 
plus de deux cens ans)*, en Provence , 013 
le nomme encore aiijourd\ii Cini ou 
Cignij & Ton appelle J^enturon celui 
d'Italie. Le canari, le venturon & le 
cini font les noms propres que nous 
adopterons pour défigner ces trois varié- 
tés 5 & le ferin fera le nom de Tefpèce 
générique. 

Le venturon ou ferin d'Italie k trouve 
non-feulement dans toute Tltalie y mais 
en Grèce (c) , en Turquie 5 en Au- 
triche 5 en Provence , en Languedoc , 



( e J Les anciens Grecs appeloient cet oifeau 
^^cLvmÇ'y ies Grecs inodenies, x^rrivri^u-/ (fiiivant 
Béîon). Les Turcs ie pomment Sare ; les Catalans, 
Gaffarii ; dans quelques endroits de l'itaiie , hugua- 
riiiera^Beagana^ Raveriu ; aux environs de Rome, 
Fér^é//iwo,- dans le Boulonois, Fidarino ; à Napfes^ 
heqnilla; à Gènes, Scarino ; dans le Trentin, Cltrij 
mlla; en Ailemagne, Citrynk ou ZitrynU ; k 
VkBBe^ CitiiU 



du Serin, 7 

en Catalogne , & probablement dans tous 
les climats de cette température. Néan- 
moins il y a des années où il eft fort rare 
dans nos provinces méridionales , & par- 
ticulièrement à Marfeille. Son^chant eft 
agréable & varié, la femelle eft infé- 
rieure au mile & par le chant & par le 
plumage (^/y). La forme, la couleur, la 
voix & la nourriture du venturon & du 
canari font à-peu-près les mêmes, à la 
différence feulement que le venturon a le 
corps fenfiblement plus petit, & que fou 
chant n'eft ni ft beau ni 11 clair (^gj. 

Le cini ou ferin vert de Provence , 
plus grand que le venturon, a auffi l^ 
voix bien plus grande -, il eft remarqua- 
ble par fes belles couleurs, par la force 
de fon chant & par la variété des fons 
qu'il fait entendre. La femelle un peu 
plus grofîe que le mâle & moins chargée 

(fj Extrait d'un Mémoire qui accom»pagnoit un 
envoi confidérabîe d'oifeaux qui m'a été fait par 
M. Guys, de l'Académie de Marfeille , homme da 
Lettres , connu par plufieurs bons Ouvrages , 8s 
particulièrement par fon Foj'âge de Grèce, 

fgj Voyez les Amufemensinnocens où le Par* 
fait Oifeleur^/û^ 42. 

A ir 



% Hijloire Naturelle 

de plumes jaunes > ne chante pas comme 
lui & ne répond, pour ainfi dire^ que 
par monofyllabes \ il fe nourrit à^s, plus 
petites graines qu'il trouve à la campa- 
gne-, il vit long-temps en cage, & fem- 
ble fe plaire à côté du chardonneret , ii 
paroît récouter & en emprunter des 
accens qu*il emploie agréablement pour 
varier fon ramage (hj. Il fe trouve non- 
feulement en Provence , mais encore en 
Dauphiné, dans le Lyonnois (i) ^ en 



(h) Extrait du Mémoire précédent de M. Guys* 
(i) J'ai vu dans îa campagne, en Bugey & aux 
environs de Lvon, des oifeaux affez fembiables à 
des ferins de Canane , on les y appeloit Signis ou 
Ci^///^; j'en ai vu auiïî à Genève dans des cages, 
& ieur ramage ne me parut pas fort agréable ; ]9 
crois qu'on les appelle à Paris , Serins de Siiifè, 
Note donnée par M. Hébert , Receveur général à Dijon ^ 
« L'on vante beaucoup ( dit le Parfait Oifeîeur , 
99 page 47) les ferins d'Allemagne ; ils furpafient 
9i ceux de Canarie par leur beauté & leur chant. 
>» Ils ne font jamais fujets à s'engraiifer , ia grande 
» vigueur & la longueur de leur ramage étant, à 
>5 ce qu'on prétend , un obllacîe à ce qu'ils de- 
99 viennent gras. On îes élève dans des cyges ou 
97 dans des chambres préparées & expofées au 
f> Levant, iîs y couvent trois fois Tannée, depuis 
le mois d'avril jufq,u 'au mois d'août, j? Ceci n'elî 



du Serin. 5 

Bugey , à Genève , en Surflc , en Alle- 
magne 5 en Italie, en Efpagne (h). C'eft 
le même oifeau qu'on connoît, en Bour- 
gogne 5 Tous le nom de ferln , il fait Ton 
nid fur les oiiers plantés le long des 
rivières, & ce nid eft compofé de crin 
& de poil à rintérieur, & de moufle au- 
dehors. Cet oifeau , qui eft aflez com- 
mun aux environs de Marfeille , & dans 
nos provinces méridionales jufqu'en Bour- 
gogne, eft rare dans nos provinces fep- 
tentrionales. M. Lottinger dit qu'il n'eft 
que de pafiage en Lorraine. 

La couleur dominante du venturon , 
comme du cini, eft d'un vert jaune fur 
le defTus du corps & d'un jaune vert fur 
le ventre , mais le cini plus grand que le 
venturon en diffère encore par une cou- 



pas exaft en tout , car îe chant de ces ferins d'Alle- 
magne, qui font les mêmes que ceux de SiiilTe ou», 
de Provence, quoique fort & perçant, n'appro- 
che pas, pour la douceur & l'agrément , de celui 
des ferins de Canarie. 

(k) On i'appeile en Catalogne , Canari dz 
Mo/^az/ja; en Italie, Strïn ou Scariznn ; en Alle- 
magne, Fisdenie; aux environs de Vienne, Hirn* 
§rjll ; en Suifife , Sc/mcderU. 

A V 



10 Hijloire Naturelle 

leur brune qui fe trouve par tache longi- 
tudinales fur les côtés du corps & par 
ondes au-deffus (l); au lieu que, dans 



(l) Voici une bonne defcrrptîon ài\ Cîrî, qui 
în'a été envoyée par M. Hébert. «« Cet oifeau ell 
?> un peu plus petit qu'un ferin de Canarie, auquel 
^î il relTembie beaucoup. Il a précifément ie même 
?) piumage qu'une forte de ferin, qu'on appelle 
V Serin gris, & qui efî: peut-être le ferin naturel 
?? & fans altération ; ies variétés font dues à ia 
r) domefticité. 

?> Le devant de la tête , ie tour des yeux , îe 
99 deiïbus de ia tête, une forte de coiiier, ia poi- 
» îrine & ie ventre , jufqu'aux pattes, font de cou- 
>? leur jonquille , avec une teinte de vert. Les côtés 
j? de ia tête, ie haut des ailes font mêlés de vert^ 
?> de jonquHie & de noir. Le dos & ie relie des 
^) ailes ont du vert, du gris & du noir. Le croupion 
« efî: jonquille. La poitrine, quoique d'unç feuie 
?) couleur rjonquiiie) eft cependant ondée. Les 
?> tachies dont le plumage du cini font parfemées ne 
?î font point tranchées «Se diftindes , mais comme 
?> fondues les unes dans les autres par petites ondes; 
«^ Celles de la tête font beaucoup plus fines & 
» comme pointillées. H y a aux deux côtés de ia 
?t poitrine & fous le ventre , le long des ailes des 
?? taches ou des traits noirs. 

?) La queue eil fourchue compofée de douze 
:'r plumes, les ailes font de même couleur que îe 
?? dos, i^extrémité des plumes, qui recouvrent la 
2> nailTauce des grandes, pennes , ell iégèrjem.eiu 



\ 

\ 



du Serin. i i 

notre climat , la couleur ordînaîre du 
canari eft uniforme d'un jaune citron 
fur tout le corps & même fur le ventre. 
Ce n'eft cependant qu'à leur extrémité 
que les plumes font teintes de cette belle 



bordée d\ine forte de jaune peu apparent ; les « 
grandes pennes & ia queue font pareilles & d'un « 
brun tirant fur le noir, avec un léger bordé de <-< 
gris; la queue efî: plus courte que celle du ferin " 
de Canarie. *< 

En général , cet oifeau eft pardeiTous jonquille , t< 
furie dos varié de différentes couleurs, où le** 
vert domine, ians qu'on puiiïe dire 'laquelle fert « 
de fond aux autres. Il n'a pas fur le dos une u 
feule plume qui ne foit variée de plufieurs u 
couleurs. «< 

Le bec eft aiïez fembîable à celui d'un canari, «< 
vm peu plus court, un peu plus petit. La pièce t< 
fupérieure cfi horizontale avec le fommet de la *« 
tête, fort peu concave, plus large à fa bafe , é< 
échancrée près de fa naiiTance. La pièce infé- «< 
rieure tÇi plus concave pofée diagonalement fous u 
ïa fupérieure, dans laquelle elle s'emboîte. *< 

Ce cini n'avoit que i pouces 7 lignes depuis ^^ 
îe fommet de ia tête jufqu'à la naiffance de ia 6< 
queue, qui avoit i pouce 10 lignes, les ailes « 
tombent au tiers de ia queue , les pattes font a 
très menues, le tarfe avoit 6 lignes de long, & i< 
ies doigts ^i-peu-prés autant. Les ongles ne font 4» 
pas exa^^ement crochus. ?? 

A v) 



I 2 Hlfloire Naturelle 

couleur, elles font blanches dans tout le 
refte de leur étendue. La femelle eft 
d'un jaune plus pâle que le niâle. Mais 
cette couleur citron tirant plus ou moins 
fur le blanc que le canari prend dans 
notre climat, n'eft pas la couleur qu'il 
porte dans fon pays natal, & elle varie 
fuivant les difiérentes températures. « J'ai 
to remarqué , dit un de nos plus habiles 
9:> Naturaliftes (^mj j que le ferin des 
y> Canaries , qui devient tout blanc 
o:> en France , eft à Ténériffe d'un gris 
o:> prefqu'auffi foncé que la linotte -, ce 
o:» changement de couleur , provient 
a> vraifemblablement de la froideur de 
notre climat, >^ la couleur peut varier 
auffi par la diveriité des alimens, par 
la captivité & fur -tout par les afTor- 
timens des différentes races: dès le com- 
mencement de ce ficelé, les Oifeleurs 
comptoient déjà, dans la feule efpèce 
des canaris, vingt-neuf variétés toutes 
aflez reconnoifîables pour être bien in- 
diquées (^nj. La tige primitive de ces 



{mj M. AJanfon, Voyage au Sénégal , p'àge ï^» 
(fij Nous ie« allons tous défigner ^ en commm- 



du Serin. i 5 

vingt-neuf variétés, c'eft-à-dire , celle du 
pays natal ou du climat des Canaries 5 eft 
le ferin gris commun. Tous ceux qui 



çant par les plus communes, & finifiant par les 
plus rares. 

1. Le ferin gris commun. 

2. Le ferin gris, aux duvets & aux pattes blan- 

ches, qu'ion appelle race de panachés, 

3. Le ferin gris à queue blanche, race de pan^ 

chés, 

4. Le ferin bîond commun. 

5. Le ferin blond aux yeux rouges. 

6. Le ferin blond doré. 

7. Le ferin blond aux duvets , race de panachés. 

8. Le ferin blond à queue blanche, race de pa^ 

nachés, 

9. Le ferin jaune commun. 

ïo. Le ferin jaune aux duvets, race de panachés^ 

11. Le ferin jaune à queue blanche, race de pof^ 

nachés, 

12. Le ferin agate commun. 

13. Le ferin agate aux yeux rouges. 

14. Le ferin agate à queue blanche, race de pano- 

chés. 

15. Le ferin agate aux duvets, race de panachés ^ 

16. Le ferin ifabeîîe commun. 

17. Le ferin ifabelle aux yeux rouges. 

18. Le ferin ifabelîe doré. 

19. Le ferin ifabelle aux duvet«^., race de panachiu 

20. Le ferin blanc aux yeux rouges. 
ai. Le ferin panaché commun. 



1 4 HiJIôire Naturelle 

font d'autres couleurs unifb 
tiennent de la diiîérence des climats ; 
ceux qui ont les yeux rouges tendent 
plus ou moins à la couleur abfolument 
blanche > &les panachés font des variétés 
plutôt fadices que naturelles (^oj. 



22. Le ferin panaché aux yeux rouges. 

23. Le ferin panaché de blond. 

24. Le ferin panaché de blond aux yeux rouges^ 

25. Le ferin panaché de noir. 

26. Le ferin panaché de noir jonquille aux y^'ax 

rouges. 

27. Le ferin panaché de noir jonquille & régulier. 

28. Le ferin plein, ( c'eft-à-dire , pleinement & 

entièrement jaune jonquille ) , qui ell le 
■plus rare. 

29. Le ferin à huppe (ou plutôt à couronne); 

c'eft un des plus beaux. 

l^oyci le Traité des Serins de Canarie , par M. Her- 
vieux, féconde édition. Paris, l'Jï^j pages 10 6* 
fuii^antes, 

(0) Les nuances & Jes difpofitions des couleurs 
varient beaucoup dans les ferins panachés ; il y en 
a qui ont du noir fur la tête , d'autres qui n'en 
ont point, quelques-uns font tachés irrégulière- 
ment, & d'autres ie font très-régulièrement. Les 
différences de couleur ne fe marquent ordinaire- 
ment que fur la partie fupérieure de l'oifeau ; elles 
coniiilent en deux grandes plaques noires fur cha- 
que aiie 5 Tune en avant, & l'autre en arrière, en 
un large croisant de même couleur pofé fur ie 



du Serin. i ^ 

indépendamment de ces différences ^ 
qui paroiiTcnt être les premières variétés 
de refpèce pure du ferin des Canaries , 
tranfporté dans difFérens climats , indé- 
pendamment de quelques races nouvelles 
qui ont paru depuis , il y a d'autres 
variétés encore plus apparentes , qui 
proviennent du mélange du canari avec 
le venturon & avec le cini ;, car non-- 
feulement ces trois oifeaux peuvent s'unir 
& produire enfemble 5 mais les petits 
qui en réiultent , & qu'on met au rang 
des mulets ftériles , font des métis fé- 
conds 5 dont les races fe propagent. II 
en eft de même du mélange des canaris 
avec les tarins 5 les chardonnerets 5 les 
linottes 5 les bruants 5 les pinçons '«> on 
prétend même qu'ils peuvent produire 



dos, tournant fa concavité vers îa tête, & fe joi^ 
gnant par fes deux cornes aux deux piaqucs noires 
antérieures des ailes. Enfin ie cou efl environné 
parderrière d'un demi- collier d'un gris qui paroît 
être une couieur compofée, réfultant du noir & 
du jaune fondus enfemble. La queue & fe? couver- 
tures font prefque blanches. Defcri-ption des coaUuj^s 
d'un canari panaché , obfayé ayec M. do MonthlUardr 



I 6 Hljloirê Naturelle 

avec le moineau (^pj. Ces cfpèces d'oî- 
feaux 5 quoique très -différentes. Se en 
apparence aflez éloignées de celle des 
caiaris , ne laiffent pas de s'unir 5 & de 
produire enfemble lorfqu'on prend les 
précautions & les foins néceifiires pour 
les apparier. La première attention eft 
de féparer les canaris de tous ceux de 
leur efpèce *, & la féconde , d'employer 
à ces effais la femelle plutôt que le mâle : 
on s'eft affuré que la ferine de Canarie 
produit avec tous les oifeaux que nous 
venons de nommer -, mais il n'eft pas 
également certain que le mâle canari 
puiffe produire avec les femelles de tous 
ces mêmes oifeaux fqj. Le tarin & le 
chardonneret font les feuls fur lefquels 



^^^ M. d'Arnauît a afiuré à M. Saîerne avoir 
vu , à Orléans , une ferine grife , qui s^étoit échappée 
de ia volière, s'accoupler avec un moineau , & 
faire, dans un pot à pajfereau , fa couvée, qu'elle 
amena à bien. Jmujemens innocens , ou le Parfait 
Oifeleur, in- 12. Paris, i']']^^ pages 40 &* 41. 

f(jj Gefner rapporte qu'un oifeleur Suifle, ayant 
voulu apparier un mâle carjari avec une femelle 
fcarierim, (cini) il vint bien des œufs , mais que ces 
eeufs furent in-feeonds. Gefner, dz Apibu$ , pag^s 
a6o 8' 261, 



du Serin. i 7 

51 me paroît que îa produftion de îa 
femelle avec le mâle canari Toit biet» 
conftatée. Voici ce que m'a écrit à ce 
fiijet un de mes amis, homme auffi ex- 
périmenté que véridique (r). 

ce II y a trente ans que j'élève un grand 
nombre de ces petits oifeaux, & je me ce 
fuis particulièrement attaché à leur ce 
éducation , ainfi 5 c'eft d'après plufîeurs «: 
expériences & obfervations que je puis ce 
affurer les faits fuivans. Lorfqu'on veut ce 
apparier des canaris avec des chardon- «c 
nerets ^ il faut prendre dans le nid des ce 
jeunes chardonnerets de dix à douze ce 
jours, & les mettre dans des nids de ce 
canaris du même âge : les nourrir en- ce 
femble , & les laiiler dans la même ce 
volière , en accoutumant le chardon- « 
neret à la même nourriture du canari, ce 
On met , pour l'ordinaire , des chardon- ce 
nerets mâles avec des canaris femelles *, ce 
ils s'accouplent beaucoup plus facile- ce 
ment , & réufîîiîent auffi beaucoup ce 



(r) Le R. P, Bougot, alors Gardien des Capu- 
cins de Cbâtillon-fiu'-Seine , & aujourd'hui Gar* 
dien des Capucins de Semur en Auxpis, 



î 8 Uijlôire Ndturelte 

do mieux 5 que quand on donne aux fenns' 
ii-> mâles des chardonnerets femelles. II 
55 £Hit cependant remarquer que la pre- 
.35 .mière progéniture eft plus tardive , 
35 parce que le chardonneret n'entre pas 
05 îitôt en partage que le canari. Au 
35 contraire 5 lorfqu'on unit la femelle 
55 chardonneret avec le mâle canari , le 
B5 pariage fe fait plus tôt (f). Pour qu'il 
35 réuffilfe 5 il ne faut jamais lâcher le 
3^ canari mâle dans des volières où il y 
3^ a des canaris femelles , parce qu'il pré- 
3^ féreroit alors ces dernières à celles du 
3^ chardonneret. 

3^ A regard de 1 union du canari mâle 
3:> avec la femelle tarin 5 je puis affuret 
35 qu'elle réuffit très-bien : j^ai , depuis 
35 neuf ans 5 dans ma volière, une femelle 
3^ tarin 5 qui n'a pas manqué de faire trois 
9^ pontes tous les ans 5 qui ont aflez bien 
3> réuffi les cinq premières années *, mais 
3^ elle n'a fait que deux pontes par an 



(f) Ceci prouve (comme nous îe dirons dans 
îa fuite ) que ia femelie eft moins déterminée par 
ïa Kature au fentiment d'amour que par les delks" 
(& ies émotions que lui communique le mMe. 



du Serin. I 9 

dans les quatre dernières. J'ai d'autres «r 
oilcaux de cette même efpèce du tarin , c« 
qui ont pr^oduit avec les canaris , fans « 
avoir été élevés ni placés féparément. c€ 
On lâche pour cela limplement le tarin « 
mâle ou femelle dans une chambre ce 
avec un bon nombre de canaris *, on « 
les verra s'apparier dans cette chambre <* 
dans le mime temps que les canaris et 
entr'eux-, au-iieu que les chardonnerets « 
ne s'apparient qu'en cage avec le ca- « 
nari, & qu'il faut encore qu'il n'y ait <^ 
aucun oifeau de leur efpèce. Le tarin « 
vit autant de temps que le canari *, il ce 
s'accoutume & mange la même nour- te 
riture avec bien moins de répugnance ce 
que le chardonneret. ce 

J'ai encore mis enfemble des linottes ce 
avec des canaris , mais il faut que ce ce 
foit une linotte mâle avec un canari ce 
femelle , autrement il arrive très-rare- ce 
ment qu'ils réuffiiTent , la linotte même ce 
ne faifant pas fon nid , & pondant k\i- ce 
iement quelques œufs dans le panier, ce 
lefquels 5 pour l'ordinaire 5 font cjairs, ce 
J'en ai vu l'expérience , parce que j'ai ce 
fait couver ces ceufs par des femelles ce 



2 Hijiolre Naturelle 

30 canari , & , à plufieurs fois 5 fans aucun 
0^ produit. 

x> Les pinçons & les bruants font très- 
» dïiEciîes à unir avec les canaris : j'ai 
y> laiffé trois ans une femelle br-uant avec 
» un mâle canari -, elle n a pondu que 
3> des œufs clairs : il en eft de même de 
»:> la femelle pinçon -, mais le pinçon & 
y> le bruant mâles avec la femelle canari 
©nt produit quelques œufs féconds. ^^ 

II réfulte de ces faits , & de quelques 
autres que j'ai recueillis , qu'il n'y a dans 
tous ces oifeaux que le tarin , dont le 
mâle & la femelle produifent également 
avec le mâle ou la femelle du ferin des 
Canaries , cette femelle produit auffi affez 
facilement avec le chardonneret , un peu 
moins aifément avec le mâle linotte , 
enfin elle peut produire , quoique plus 
difficilement , avec les mâles pinçons , 
bruants & moineaux , tandis que le ferin 
mâle ne peut féconder aucune de ces 
dernières femelles. La Nature eft donc 
plus ambiguë & moins conftante , & le 
type de Tefpèce moins ferme dans la 
femeJle que dans le mâle v celui-ci en 
cû le vrai modèle : h trempe en eft 



du Serin. 1 1 

beaucoup plus forte que celle de la fe- 
melle 3 qui fe prête à des modifications 
diverfes , & môme fubit des altérations 
par le mélange des efpèces étrangères. 
Dans le petit nombre d'expériences que 
J'ai pu faire fur le mélange de quelques 
efpèces voifînes d'animaux quadrupèdes , 
j'ai vu que la brebis produit aifément 
avec le bouc , & que le bélier ne produit 
point avec la chèvre : on m'a affuré qu'il 
y avoît exemple de la production du 
cerf avec la vache 5 tandis que le taureau 
ne s'eft jamais joint à la biche \ la jument 
produit plus aifément avec l'âne , que le 
cheval avec l'ânefTe : & , en général , les 
races tiennent toujours plus du mâle que 
de la femelle. Ces faits s'accordent avec 
ceux que nous venons de rapporter au 
fujet du mélange des oifeaux. On voit 
que la femelle canari peut produire avec 
le venturon , le cini , le tarin , le char- 
donneret, la linotte, le pinçon, le bruant 
& le moineau -, tandis que le mâle canari 
ne produit aifément qu'avec la femelle 
du tarin , difficilement avec celle du 
chardonneret 5 & point avec les autres^ 
On peut donc en conclure (jue la femelle 



zz Hi/Ioire Nalurelle 

appartient moins rigoureufement à foi\ 
efpèce que le mâle , & qu'en général 
c'eft par les femelles que fe tiennent de 
plus près les efpcces voifines. Il eft bien 
évident que la l'erine approche beaucoup 
plus que le ferin de Telpèce du bruant, 
de la linotte 5 du pinçon & du moineau, 
puifcfu'elle s'unit & produit avec tous , 
tandis que Ion mâle ne veut s'unir ni 
produire avec aucune femelle de ces 
mêmes efpèces. Je dis ne veut , car ici la 
volonté peut faire beaucoup plus qu'on 
ne penfe , & peut-être n'eft-ce que faute 
d'une volonté ferme que les femelles fe 
lailîent fubjuguer , & foufirent des re- 
cherches étrangères & des unions dif- 
parates. Quoi qu'il en foit, on peut, en 
examinant les réfultats du mélange de 
ces difFérens oifeaux , tirer des inductions 
qui s'accordent avec tout ce que j'ai dit 
au fujet de la génération des animaux & 
4e leur développement : commic cet objet 
eft important, j'ai cru devoir donner ici 
les principaux réfultats du mélange des 
canaris , foit entr'eux , foit avec les efpèce* 
^ que nous venons de citer. 

La première variété, qui paroit confti-^ 



du Serin. ^3 

tuer deux races diftinûes dans rcfpcce 
du canari 5 eft cofiipofée des canaris pa-^ 
pachés 5 & de ceux qui ne le font pas. Les 
blancs ne font jamais panachés 5 non plus 
que les jaunes citron*, feulement lorfque 
ces derniers ont quatre ou cinq ans ^ 
i'extrémité des ailes & ia queue de^ 
viennent blanches. Les gris ne font pa§ 
d'une feule couleur grife*, il y a fur Iç 
même oifeau des plumes plus ou m.oins 
grifes 5 &5 dans un nombre de ces oifeauîç 
gris 5 il s'en trouve d'un gris plus clair , 
plus foncé, plus brun & plus noir. Le§ 
agates font de couleur uniforme -, feule^ 
ment il j en a dont la couleur agate efî; 
plus claire ou plus foncée. Les ifabellcs 
font plus femblables *, leur couleur ventrç- 
de-biche eft conftante & toujours uni^ 
forme , foit fur le même oifeau , foit 
dans plufieurs individus. Dans les pana-^ 
çhés, les jaunes jonquilles font panachés 
de noirâtre , ils ont ordinairement du 
noir fur la tête. Il y a des caiiaris pana- 
chés dans toutes les couleurs fimples quç 
nous avons indiquées*, mais ce font ie^ 
jaunes jonquilles qui font le plus panaché^ 
de i^oirç 



2 4 HijJoire Naturelle 

Lorfque Ton apparie des canaris cîé 
couleur uniforme, les petits qui en pro- *• 
viennent font de la même couleur , un 
mâle gris & une femelle grife ne pro- 
duiront ordinairement que des oifeaux 
gris : il en eft de même des ifabelles , 
des blonds , des blancs , des jaunes , des 
agates *, tous produifent leurs femblables 
en couleur : mais fî Ton mêle ces difié- 
rentes couleurs en donnant , par exemple , 
une femelle blonde à un mâle gris , ou 
une femelle grife à un mâle blond , & 
ainlî dans toutes les autres combinaifons , 
on aura des oifeaux qui feront plus beaux 
que ceux des races de même couleur s 
& 5 comme ce nombre de combinaifons de 
races que Ton peut croifer eft prefque 
inépuifable, on peut encore tous les jours 
amener à la lumière des nuances & des 
variétés qui n'ont pas encore paru. Les 
mélanges qu'on peut faire des canaris 
panachés avec ceux de couleur uniforme, 
augmentent encore de pluiieurs milliers 
de combinaifons les réfultats que Ton 
doit en attendre *, & les variétés de Fef- 
pèce peuvent être multipliées , pour ainfî 
dire 5 à Tinfiai. Il arrive même affez 

ibuvent 



du Serin. ly 

ÏDUVent que ^ fans employer des oifeaux 
panachés , on a de très - beaux petits 
oifeaux bien panachés , qui ne doivent 
leur beauté qu'au mélange des couleurs 
différentes de leurs pères & mères , ou 
à leurs aicendans , dont quelques-uns , 
du côté paternel ou maternel, étoieut 
panachés (t). 

A regard du mélange des autres ef- 
pèces avec celle du canari , voici les 
obfervations que j'ai pu recueillir. De 
tous les ferins , le cini , ou ferin vert , eft 
celui qui a la voix la plus forte , & qui 
paroît être le plus vigoureux , le plus 
ardent pour la propagation : il peut 
fujffire à trois femelles canaris *, il leur 
porte à manger fur leurs nids , ainfî qu a 
leurs petits. Le tarin & le chardonneret 



(t) Pour avoir de très-beaux oîfeaux , il faut 
affortir un maie panaché de blond avec une fe- 
melle jaune, queue blanche ; ou bien un mâle 
panaché avec une femelle bionde , queue blanche 
ou autre , excepté feulement la femelle grife , 
queue Hanche. Et, lorfqu^on veut fe procurer un 
beau jonquille, ii faut mettre un maie panaché de 
noir avec une femelle jaune, queue blanche. Amik* 
/Imens innocais y page 51. 

Oifeaux j Tome FIL B 



z6 Hifcoire NatiireUe 

ne font ni fi vigoureux ni fi vigrîans , 8c 
une feule femelle canari fuftit à leur^ 
bêfcins. 

Les oîleaux , qui proviennent des me-- 
ianges du cini ^ du tarin , & du char^ 
do rtneret avec une ferine , font ordinai-» 
rement plus forts que les canaris , ils 
chantent plus long-temps , & leur voix 
très-fonore eft plus forte , mais ils ap-- 
prennent plus difficilement , la plupart 
ne fifflent jamais qu Imparfaitement , & il 
eft rare d'en trouver qui puilîent répéter 
un feul air fans y manquer, 

Lorfqu'on veut fe procurer des oifeaux 
par le mélange du chardonneret avec la 
fçrine de Canarie, il faut que le char- 
donneret ait deux ans & la ferine un an, 
parce qu'elle eft plus précoce, Sc^pour 
l'ordinaire , ils réuffiflent mieux , quand 
on a pris la précaution de les élever en- 
semble : néanmoins cela n'eft pas abfo- 
lument néceffaire , & TAuteur du Traité 
des Serins (u) fe trom.pe , en afîlirant 
qu'il ne faut pas que la ferine fe loit 
auparavant accouplée avec un mâle de 

> i i I ■ I ■ " ' I ■ " - ' " * 

(uj Traité des Serins des Canaries ^ /^^é 263. 



^u Serin. zj 

fon efpèce , que cela rempêcheroît de 
recevoir les mâles d'une autre efpèce* 
Voici un fait tout oppofé. ce II m'eft 
arrivé ( dit le P. Bougot ) de mettre ec 
enfemble douze canaris , quatre mâles ce 
& huit femelles *, du mouron de mau- t^ 
vaife qualité fit mourir trois de ces €<ï 
mâles 5 & toutes les femelles perdirent « 
leur première ponte. Je m avifai de ce 
fubftituer aux trois mâles morts , trois «c 
chardonnerets mâles pris dans un bat- ce 
tant -, je les lâchai dans la volière au ce 
commencement de mai. Sur la fin de ce 
Juillet, j'eus deux nids de petits mulets <c 
qui réuffirent on ne peut pas mieux \ ce 
& 5 Tannée fuivante , j'ai eu trois pontes ce 
<Ie chaque chardonneret mâle avec les ce 
•femelles canaris. Les femelles canaris ce 
ne produifent ordinairement avec le ce 
chardonneret que depuis Tâge d'un an ce 
jufqu'à quatre , tandis qu'avec leurs ce 
mâles naturels 5 elles produifent jufqua ce 
huit ou neuf ans d'âge , il n'y a que ce 
la femelle commune panachée qui pro- ce 
duife au-delà de l'âge de quatre aus ce 
avec le chardonneret. Au refte , il ne c« 
faut jamais lâcher le chardonneret dans et , 

Bi) 



z8 Hifîoire Naturelle 

9> une volière , parce qu'il détruit les nids 
& cafle les œufs des autres oifeaux. a) On 
voit que les ferines , quoiqu accoutumées 
aux mâles de leur efpèce , ne laifîent pas 
de fe prêter à la recherche des chardon- 
nerets 5 & ne s'en uniflent pas moins 
avec eux. Leur union eft même auffi 
féconde qu avec leurs- mâles naturels , 
puifqu'elles font trois pontes dans un an 
avec le chardonneret : il n'en eft pas de 
même de l'union du mâle linotte avec 
ïa ferine , il n'y a pour l'ordinaire qu'une 
feule ponte, & très-rarement deux dans 
i'année. 

Ces oifeaux bâtards , qui proviennent 
du mélange des canaris avec les tarins , 
les chardonnerets , &c. , ne font pas des 
mulets ftériiesv mais des métis féconds, 
qui peuvent s'unir & produire non- 
feulement avec leurs races maternelle ou 
paternelle , mais même reproduire en- 
tr'eux des individus féconds y dont les 
variétés peuvent aulîi fe mêler & fe 
perpétuer fxj. Mais il faut convenir que 



fxj M. Sprengeï a fait piufîeurs obfervations . 
fur les canaris muiets^ & a fuiyi à cet effet très- 



du Serin. 29 

îe produit de la génération dans <!es métis 
>i ell: pas auffi certain ni auffi nombreux 
à beaucoup près que dans les efpèces 
pures *, ces métis ne font ordinairement 
qu'une ponte par an & rarement deux^ 
fôuvent les œufs font clairs 5 & la pro- 
dudion réelle dépend de pluiieurs petites 
circonftances , qu'il n'eft pas poffible de 
reconnoitre & moins encore d'indiquer 
précifément. On prétend que , parmi ces 
métis 5 il fe trouve toujours beaucoup 
plus de mâles que de femelles, ce Une 
femelle de canari & un chardonneret ce 
( dit le P. Bougot ) m'ont , dans la ce 
même année , produit en trois pontes « 
àsYL - neuf oeufs qui tous ont réufîî , os 
dans ces dix-neuf petits mulets , il n'y ce 
avoit que trois femelles fur feize mâles, » 



exactement la multiplication des oifeaux qui prove- 
noient de l'accouplement des ferins avec les char- 
donnerets , & cet Oifeleur afifure que les mulets , 
provenus de ces oifeaux, ont multiplié entr^eux & 
avec leurs races paternelle & maternelle ; les 
preuves qu'il en donne ne lai fient même rien à 
délirer h ce fujet , quoiqu'on ait toujours regardé, 
avant lui, les ferins mulets comme llériles. 4mm 
femens imiocms , page 45, 

B ii} 



30 HiJIoire Naturelle 

Il fcroit bon de conftater ce fait par cfe^- 
obfervations réitérées. Dans les efpèces 
pures de plufieurs oifeaux> comme dans 
celle de la perdrix y on a remarqué qu'il 
y a auffi plus de mâles G[ue de femelle^* 
La même obfervation a été faite fuir 
ïefpèce humaine *, il naît environ dix- 
fept garçons fur feize filles dans nos 
climats : on ignore quelle eft la propor- 
tion du nombre des mâles & de celui 
des femelles dans Tefpèce de la perdrix 5 
on fait feulement que les mâles font en 
plus grand nombre , parce qu'il y a 
toujours des bourdons vacans dans le 
temps du pariage : mais il n'eft pas à 
j)réRîmer que , dans aucune efpèce pure ^ 
le nombre des mâles excède celui des 
femelles, autant que feize excède trois v 
c'eft-à-dire, autant que dans refpèce 
tnêlée de la ferine & du chardonneret. 
J'ai ouï dire feulement qu'il fe trouvoit 
de même plus de femelles que de mâles 
dans le nombre des mulets , qui pro- 
viennent de l'âne & de la Jument, mais 
}e n'ai pu me procurer fur cela des in- 
formations âfl'ez exactes pour qu'on doive 
Y compter. II s agirgit donc ( & cela 



du Sèrirté $ i 

icroît âflez facile) de déterminer par des 
obfervations combien il naît de mâles , 
& combien de femelles dans l'efpèce 
pure du canari , & voir enfuite fi le 
nombre des mâles eft encore beaucoup 
plus grand dans les métis qui proviennent 
d^s efpèces mêlées du chardonneret & 
de la ferine. La raifon qui me porte à 
le croire , c'eft qu'en général le mâle 
influe plus que la femelle fur la force & 
la qualité des races. Au refte ^ ces oifeaux 
métis, qui font plus forts & qui ont lat 
voix plus perçante 5 Thaleine plus longue 
ç[uc les canaris de Tefpèce pure, vivent 
auffi plus long-temps. Mais il y a une 
obfervation confiante, qui porte fur les 
uns & fur les autres , c'eft que , plus ils 
travaillent à la propagation , & plus ils 
abrègent leur vie. Un ferin mâle, élevé 
feul & fans communication avec une 
femelle , vivra communément treize ou 
quatorze ans , un métis provenant du 
chardonneret 5 traité de même? vit dix- 
huit & même dix-neuf ans. Un métis 
provenant du tarin, & également privé 
de femelles , vivra quinze ou feize ans ^ 
tandis que le ferin mâle , auquel o^ 

B iv 



3^ Uijloire Naturelle 

donne une femelle ou plufieurs \ ne vît 
guère que dix ou onze ans , le métis tarin 
onze ou douze ans 5 & le métis char- 
donneret qiiatorze ou quinze : encore 
faut -il avoir l'attention de les féparer 
tous de leurs femelles après les pontes 5 
c'eft-à-dire 5 depuis le mois d'août juf- 
qu'au mois de mars *, fans cela leur paffion 
les ufe 5 & leur vie fe raccourcit encore 
de deux ou trois années. 

A ces remarques particulières , qui 
toutes font intéreflantes , je dois ajouter 
isne obfervation générale plus impor- 
tante 5 & qui peut encore donner quelques 
lumières far la génération des animaux, 
& fur le développement de leurs diffé- 
arentes parties. L'on a conftamment ob- 
fervé en mêlant les canaris 5 foit entr'eux , 
'foit avec des oifeaux étrangers , que les 
•métis provenus de ces mélanges reffem- 
blent à leur père par la tête 5 la queue, 
îes jambes, & à leur mère par le refte du 
corps •, on peut faire la même obfervation 
fur les mulets quadrupèdes \ ceux qui 
viennent de Tâne & de la jument, ont le 
corps auffi gros que leur mère, & tiennent 
^lu père 3 les oreilles ^ la queue ^ la féche-i 



du Serin. 3 5 

îtffe (ïes jambes 5 il paroît donc que dans, 
le mélange des deux liqueurs féminales , 
qiielqu'intime qu'on doive le fuppofer 
pour Taccompliflement de la génération , 
les molécules organiques fournies par la 
femelle 5 occupent le centre de cette 
fphère vivante qui s'accroît dans toutes 
les dimenfions , & que les molécules 
données par le mâle environnent celles 
de la femelle , de manière que Tenve- 
loppe & les extrémités du corps appar- 
tiennent plus au père qu à la mère. La 
peau 5 le poil & les couleurs , qu'on doit 
âuffi regarder comme faifant partie ex- 
térieure du corps 5 tiennent plus du côté 
paternel que du côté maternel. Pluiieurs 
métis que j'ai obtenus en donnant un 
bouc à des brebis, avoient tous au-lieu 
de laine le poil rude de leur père. Dans 
i'efpèce humaine , on peut de même re- 
marquer que communément le fils ref- 
femble plus à fon père qu'à fa mère par 
les jambes, les pieds, les mains , l'écriture, 
la quantité & la couleur des cheveux , la 
qualité de la peau , la grofleur de la tête: 
& , dans les mulâtres qui proviennent d'un 
|)lgnc & d'une négrciîep la teinte de noii; 

Bv 



'54 Hlfloire Naturelle 

eft plus diminuée que dans ceux qui 
viennent dun nègre & d'une blanche 5 
tout cela femble prouver que , dans I eta- 
fcliflement local des molécules organiques 
fournies par les deux fexes , celles du 
mâle furmontent & enveloppent celles- 
de la femelle , lefquelles forment le pre- 
mier point-d appui 5 &, pour ainfi dire, 
îe noyau de Têtre qui s'organife*, &que> 
malgré la pénétration & le mélange in- 
time de ces molécules 5 il en rcfce plus 
de mafculines à la furface , & plus de 
féminines à l'intérieur , ce qui paroît 
naturel 5 puifque ce font les premières* 
qui vont chercher les fécondes 5 d'où il 
réfuîte que, dans le développement du 
corps, les membres doivent tenir plus 
du père que de la mère 5 & le corps doit 
tenir plus de la mère que du père. 

Et comme en général la beauté des 
«fpèces ne (e perfedionnc & ne peut 
même fe maintenir qu'en croifant les 
Taces, & qu'en même temps la noblejSe 
de la figure, la force & la vigueur du 
corps dépendent prefqu^en entier de Im 
feonne proportion des m.embres 5 ce n'elt 
^ue par les mâles qu'on peut ennoblk 



du Serin. 35^ 

on relever les races dans rhôîiimé & dans 
les animaux*, de grandes & belles jumens 
avec de vilains petits chevaux ne pro- 
duiront jamais que des poulains mal 
faits > tandis qu'un beau cheval avec une 
jument > quoique laide , produira de 
très - beaux chevaux , & d'autant plus 
beaux , que les races du père & de la 
mère feront plus éloignées > plus étran-- 
gères Tune à Tautre. Il en eft de même 
des moutons 5 ce n eft qu'avec des hè- 
liers étrangers , qu'on peut en relever les 
races, & jamais une belle brebis avec 
un petit bélier commun ne produira que 
des agneaux tout auffi communs. Il me 
reftèroit plufîeurs chofes à dire fur cQtt^' 
matière importante \ mais ici ce feroit fe 
trop écarter de notre fujet ,, dont néan- 
moins l'objet le plus intéreffant , le plu<? 
utile pour THiftoire de la Nature feroit 
Texpofition de toutes les obfervation.9 
qu'on a déjà faites , & que Ton pourroit 
faire encore fur le mélange des animaux^ 
Comme beaucoup de gens s'occupent 
ou s'amufent de la multiplication des^ 
ferins> Se qu'^eile fe fait en peu de temps 5> 



3(3 UiJIoire Naturelle 

en peut aifément tenter un grand noUiBftf 
d'expériences fur leurs mélanges avec des 
oifeaux diftérens, ainfî que fur les pro- 
duits ultérieurs de ces mélanges *, je fuis 
perfuadé que, par la réunion de toutes 
ces obfervations & leur comparaifon | 
;ïvec celles qui ont été faites fur les ani- 
jaiaux & fur Fhomme , on parviendroit à 
déterminer peut-être affez précifément 
rinfluence , la puifTance efFedive du mâle 
'dans la génération relativement à celle 
de la femelle , & par conféquent déCi- 
^gner les rapports généraux par lefquels 
on pourroit préfumer que tel mâle con- 
vient ou difconvient à telle ou telle 
Ifemelle, &c. 

Néanmoins îl eft vrai que , dans îe# 
animaux comme dans Thomme , & même 
'dans rïos petits oifeaux , la difconvenanc© 
du caradère 5 ou fi Ton veut la différence 
jdes qualités morales 5 nuit fouvent à la 
convenance des qualités phyfiques. Si 
quelque chofe peut prouver que le ca- 
ra6tère eft une impreffion bonne oa 
mauvaife donnée par la Nature & dont 
ieducation ne peut changer les traita, 



du Serin, 3 7 

c cft Tcxemple de nos ferins *, ce ils font 
preiquc tous (dit M. Hervieux) diffé- ce 
rens les uns des autres par leurs incli- « 
nations , il y a des mâles d'un tempe- « 
rament toujours trilles , rêveurs , pour « 
ainlî dire, & prefque toujours bouffis, «c 
chantant rarement & ne chantant que ce 

d'un ton lugubre qui foat des « 

temps infinis à apprendre & ne favent ce 
jamais que très-imparfaitement ce qu'on ce 
leur a montré , & le peu qu'ils favent , ce 

ils l'oublient aifément Ces mêmes « 

ferins font fouvent d'un naturel fi mal- ce 
propre qu'ils ont toujours les pattes ce 
& la queue fales , ils ne peuvent plaire c<: 
à leur femelle qu'ils ne réjouiiTent ja- ce 
mais par leur chant , même dans le ce 
temps que fes petits viennent d'éclore , ^ 
& d'ordinaire ces petits ne valent pas <« 

mieux que leur père il y a ce 

d'autres ferins qui font fi mauvais qu'ils «« 
tuent la femelle qu'on leur donne, & ce 
qu'il n'y a d'autre moyen de les ce 
dompter qu'en leur en donnant deux , « 
elles fe réuniront pour leur défenfe <^ 
commune , & l'ayant d'abord vaincu ce 
par la force ^ elle les vaincront enfuite « 



58 HiJIoire Naturelle 

vi par î'amour fyj. II y en a d autre^^ 
» d'une inclination fi barbare qu'ils caflent 
» & mangent les œufs lorfque la femelle 



fyj II arrive quelquefois que ces mauvais mâles 
ont fPailîeurs d'autres qualités, qui réparent en 
quelque forte ce défaut , comme , par exemple y 
d'avoir un chant fort mélodieux, un beau plu- 
mage & d'être fort familiers; fi vous voulez donc 
les garder pour les faire niciier , vous prendrez 
deux femelles hkn fortes & d'un an plus vieilles' 
que ce mauvais mâle que vous voulez leur don- 
ner ; vous mettrez ces deux femelles quelques mois 
cnfembîe dans fa même cage ^ afin qu'elles fe 
connoifîent bien , & n'étant pas jaïoufes l'une de 
l'autre , iorfqu'eiles n'auront qu'un même mâîe 
elles ne fe battront pas. Un mois devant îe temps 
qu'on les met couver vous les lâcherez toutes 
deux dans une même cabane , & quand le temps 
de les accoupler fera venu, vous mettrez ce mâle 
avec les deux femelles ; il ne manquera pas de vou- 
loir les battre, fur-tout les premiers jours qu'il 
fera avec elles; mais les femelles fe mettant toutes 
deux en défenfe contre lui , elles prendront certai- 
nement par la fuite un empire abfolu fur lui ; en 
forte que, ne pouvant rien gagner par îa force, il 
s'apprivoifera fi bien en peu de temps avec ces: 
deux femelles, qu'il les vaincra enfin par la dou- 
ceur. Ces fortes de mariages forcés réuif fient fou> 
vent mieux que d'autres dont on attend oit beau- 
coup , ëi qui fouvent ne produifent rien. Pour 
confêrver la couvée , il feut dans ce cas ôter fe' 



du Serutr JS^ 

!es ^ pondus 5 ou fî ce père dénaturé les ce 
laiiîe couver , à peine les petits font-ils ce 
éclos qu'ii les faiiît avec le h^c , ies traîne ce 
dans la cabane & les tue (\J. y^ D'au- 



premier œuf que la femeîie aura pondu , & en 
mettre un d'ivoire à îa place; îe lendemain, vous 
ferez de même, ôtant toujours Toeuf dans ie même 
inftant que la femeiie vient de le pondre, pour que* 
ie mafe n^ait pas le temps de ie caiïer : iorfqu'eile 
aura pondu fon dernier œuf, elie n'aurra pîus 
befoin de fon mâîe, que vous enfermerez dans 
une cage féparée , îailTant couver ies œufs à ia 
femelle. Le maie reliera dans fa cage au milieu 
de ia cabane pendant tout le temps que !a fe- 
melle couvera fes œufs, & qu'elle nourrira fes 
petits, mais aufîi-rôt qu'on aura ôté ies petits pour 
les élever à la brociiette , vous lâcherez le prifon- 
nier, & ie rendrez à ia femelle. Traité des Serins- 
des Canaries , pages 1 1 7 & fuivantes. 

fl) II, y a des mâles d'un tempérament folble^ 
îndilférens pour ies femelles , toujours malades 
après la niellée , il ne faut pas ies apparier ,• car j'ai 
remarqué que ies petits leur refiemblent. li y en a 
d'autres (i pétuians qu'ils battent leur femelle pour 
ia faire fortir du nid , & l'empêchent de couver ; 
ceux-ci font ies pius robulles, ies meilleurs pour 
Je chant, & fouvent les pius beaux uour le piu- 
mage & ies plus familiers ; d'autes cafîent les 
œufs & tuent leurs petits pour jouir plutôt de leur 
femelle , d'autres ont une fympathie (inguliére qui 
a l'air du choix & d'une préférence murqué<t;. 



40 Uijîoire Naturelle 

^ très 5 qui font fauvages 5 farouches 5 îndé- 
pendans , qui ne veulent être ni touchés 
ni carefTés 5 qu'il faut laiffer tranquilles & 
qu'on ne peut gouverner ni traiter 
comme les autres, pour peu qu'on fe 
mêle de leur ménage, ils refufent de 
produire *, il ne faut ni toucher à leur 



Un maie mis avec vingt femelles en choifit une 
ou deux qu'ii fuit par-tout, qu'ii emhecque, & aux- 
quelles iî demeure conftamment attaché fans fe 
foncier des autres. Ceux-ci font de bon nature] , & 
le communiquent h. leur progéniture. D'autres ne 
fympathifent avec aucune femelle , & demeurent 
inadifs & ftériïes. On trouve dans les femelles, 
comme dans les mâles, la même différence pour 
k caradère & pour le tempérament. Les femelles 1 
jonquilles font les plus douces ; les agates font 
remplies de fantaiiies , & fouvent quittent leurs 
petits pour fe donner au mâle ; les femelles pana- 
chées font affidues fur leurs œufs , & bonnes à 
leurs petits ; mais les mâles panachés étant les plus 
ardens de tous les canaris , ont befoin de deux & ' 
Hiême de trois femelles fi Ton veut les empêcher 
de les chafler du nid & de calTer les œufs. Ceux 
qui font entièrement jonqui.les ont à- peu-près la 
même pétulance, & il leur faut auffi deux ou 
trois femelles. Les mâles agate font les plus foi- 
bîes , & les femelles de cette race meurent aifez 
fouvent fur ks oeufs. I^oie CQmmuin^uée par k K, P» 
Bougou 



du Serin. 41 

Gabarie , nî leur ôter les œufs , & ce n'efl: 
qu'en les laiflant vivre à leur faiitaifîe 
qu'ils s'uniront & produiront. II y en 
a d'autres enfin qui font très-parefîeux \ 
par exemple, les gris ne font prefque 
jamais de nid, il faut que celui qui les 
les foigne fafle leur nid pour eux , &c. 
Tous ces caractères font , comme Tob 
Voit 5 très - diftinâs entr'eux 5 & très- 
différens de celui de nos ferins favoris, 
toujours gais, toujours chantans, li fami- 
liers , il aimables , fi bons maris , h bons 
pères 5 & en tout d'un caractère h doux , 
d'un naturel fi heureux , qu'ils font fuf- 
ceptibles de toutes les bonnes impreffions 
& doués des meilleures inclinations : ils 
récréent fans cefi^e leur femelle par leur 
chant, ils la foulagent dans la pénible 
^ffiduité de couver -, ils l'invitent à chan- 
ger de fituation , à leur céder la place , 
8c couvent eux-mêmes tous les jours 
pendant quelques heures *, ils nourriffent 
aufîî leurs petits , & enfin ils apprennent 
tout ce qu'on veut leur montrer. C'efl: 
par ceux-ci feuls qu'on doit juger l'efpèce, 
& Je n'ai fait mention des autres que 
pour démontrer que le caraâ;ère , même 



42 Hljloire Naturelle 

dans les animaux , vient de la Nature 5 Se 
li'appar tient pas à Tédu cation. 

Au refte , le mauvais naturel apparent , 
qui leur fait cafîer les œufs & tuer leurs 
petits 5 vient fouvent de leur tempéra- 
ment & de leur trop grande pétulance 
en amour-, c'eft pour jouir de leur femelle 
plus pleinement & plus fouvent , qu'ils 
la chaiient du nid & lui raviffent les plus 
chers objets de fon affedtion* Auffi la 
meilleure manière de faire nicher ces 
oifeaux , n'eft pas de les féparer & de 
les mettre en cabane ^ il vaut beaucoup 
mieux leur donner une chambre bieit 
expoTée au Soleil , & au levant d'hiver : 
ils s'y plaifcnt davantage & y multiplient 
mieux \ car s'ils font en cage ou en cabane 
avec wnQ feule femelle , ils lui cafferont 
fes œufs pour en jouir de nouveau : dans 
la chambre , au contraire , où il doit y 
avoir plus de femelles que de mâles , ilît 
en chercheront une autre , & laifieront 
la première couver tranquillement. D'ail- 
leurs les mâles par jaioufie ne laiflent pas 
de fe donner entr'eux de fortes diffrac- 
tions s & 5 lorfqu'ils en voient un trop 
ardent tourm*enter fa femelle & vouloir 



du Serin. 4j 

eaiTcf les œufs, ils le battent affez pour 
amortir fes delirs. 

On leur donnera, pour faire les nids,' 
de la charpie de linge fin , de ia bourre 
de vache ou de cerf, qui n'ait pas été 
employée à d'autres ufages , de la moufle 
& du petit-foin fec & très -menu. Les 
chardonnerets & les tarins, qu'on met 
avec les ferines , lorfqu'on veut fe pro- 
curer des métis , emploient le petit-foin 
& la moufle de préférence *, mais les ferins 
fe fervent plutôt de la bourre & de la 
charpie : il faut qu'elle foit bien hachée , 
crainte qu'ils n'enlèvent les œufs avec 
cette efpèce de fiiafle qui s'embarrafl^eroit 
dans leurs pieds. 

Pour les nourrir, on établit, dans la 
chambre, une trémie percée tout à l'en- 
tour , de manière qu'ils puillent y pafl^er 
îa ûtQ, On mettra, dans cette trémie, une 
portion du mélange fuivant : trois pintes 
de navette , deux .d'avoine , deux de 
millet, & enfin une pinte de chenevis^ 
& tous les douze ou treize jours on 
regarnira la trémie , prenant garde que 
toutes ces graines foient bien nettes & 
h'm\ vannées. Voilà leur nourriture tai>i 



44 Hijîoire Naturelle 

^'ils n'ont que des œufs *, mais la veîlîe 
que les petits doivent éclore , on leur 
donnera un échaudé (ce &;paîtri fans fel, 
qu'on leur laiffera jufqu'à ce qu'il foit 
mangé, après quoi on leur donnera des 
œufs cuits durs : un feul œuf dur s'il n'y 
a que deux mâles & quatre femelles ; 
deux œufs s'il 7 a quatre m.âles & huit 
femelles , & ainfî à proportion du 
nombre : on ne leur donnera ni faladc 
ni verdure pendant qu'ils nourriffent , 
cela afl'oïbliroit beaucoup les petits ^ 
mais 5 pour varier un peu leurs alimens , 
& les réjouir par un nouveau mets, vous 
îeur donnerez , tous les trois jours 5 fur 
une affiette 5 au -lieu de l'échaudé 5 un 
morceau de pain blanc trempé dans Teau 
& preffé dans la main : ce pain , qu'on 
ne leur donnera qu'un feul jour fur trois, 
étant pour ces oifeaux une nourriture 
moins fubftantielle que l'échaudé 5 les 
empêchera de devenir trop gras pendant 
îeur ponte : on fera bien auffi de leur 
fournir 5 dans le même temps 5 quelques 
graines d'alpis, & feulement tous les deux 
jours 5 crainte de les trop échauiter -, le 
bifcuit fucré produit ordiu^rem^nt GQt 



du Serin. 4j 

effet , qui eft fuivî d un autre encore plus 
préjudiciable *, c'eft qu'étant nourris de 
bifcuit, iis font fouvent des œufs clairs 
ou des petits foibles & trop délicats. 
Lorfqu'ils auront des petits , on leur fera, 
tous les jours, bouillir de la navette , afin 
d'en ôter Tâcreté. « Une longue expé- 
rience ( dit le P. Bôugot ) m'a appris «c 
que cette nourriture eft celle qui leur ce 
convient le mieux , quoiqu/en difent ce 
tous les Auteurs qui ont écrit fur les ^ 
canaris, r^ 

Après leur ponte , il faut leur donner 
du plantain & de la graine de laitue pour 
les purger, mais il faut en même temps 
ôter tous les jeunes oifeaux, qui s'aftoi- 
bliroient beaucoup par cette nourriture 5 
qu'on ne doit fournir que pendant deux 
jours aux pères & mères. Quand vous 
voudrez élever des ferins à la brochette > 
il ne faudra pas , comme le confeillent 
îa plupart des Oifeleurs, les laifTer à leur 
mère jufqu'au onzième ou douzième jour-, 
il vaut mieux lui ôter fes petits dès le 
huitième jour -, on les enlèvera avec le 
nid 5 & on ne lui laiflera que le panier. 
On prépai'era d'avance la nourriture, de 



4^ Hijloire Naturelle 

CCS petits •, c'eft une pâtée compofée de 
navette bouillie , d'un jaune d'œuf & de 
•mte dechaudé, mêlée & paîtrîe avec un 
peu d'eau , dont on leur donnera des 
becquées toutes les deux heures ', il ne 
faut pas que cette pâtée foit trop liquide, 
& Ton doit 5 crainte qu'elfe ne s'aigriffe , 
la renouveler chaque jour , jufqu'à ce 
que les petits mangent feuLs. 

Dans ces oifeaux captifs , la produdioit 
îi'eft pas auffi confiante , mais paroît 
néanmoins plus nombreufe qu'elle ne le 
feroit probablement dans leur état de 
liberté , car il y a quelques femelles qui 
font quatre & même cinq pontes par an , 
chacune de quatre , cinq , (ix & quelque- 
fois fept œufs : communément elles font 
trois pontes , & la mue les empêche 
d'en faire davantage (^a). Il y a néanmoins 



(a) n y a des femelles qui ne pondent point 
div tout , & qu'on appelle èréhaîgnes , d'autres qui 
ne font qu'une ponte ou deux pendant toute l'an- 
née, encore après avoir pondu leur premier œuf, 
.elles font fouvent le lendemain à fe repofer , ne 
faifant leur fécond œuf que deux ou trois jours 
après ; il y en a d'autres qui ne font que .trois 
fODiQs y iefquelks font., pour aiufi dire , réglées j 



::• 



du Serin. 47 

des femelles qui couvent pendant la mue , 
pourvu que leur ponte foit commencée 
îivant ce temps. Les oifeaux de la même 
nichée ne muent pas tous en même 
temps. Les plus foibles font les premiers 
qui fubiffent ce changement d'état^ les 
plus forts ne muent fouvent que pkîs 
d'un mois après. La mue des ferins 
jonquilles eft plus longue & ordinaire- 
ment plus funefte que celle des autres. 
Ces femelles jonquilles ne font que trois 
pontes de trois œufs chacune 5 les blonds 
mâles & femelles font trop délicats , & 



ayant trois œufs \\ chacune de leur couvée tout 
de fuite, c'eîl- à-dire, fans intervalle de jours. Il y 
en a d'une quatrième efpèce, que l'on peut apr 
peler com/72w/?e, parce qu'elles font en grand nom^ 
bre , elles font quatre pontes , & à chacune des 
pontes elles font quatre à cinq œufs ; leurs pontes 
ne font pas toujours réglées, il y en a enfin 
d'autres plus œuvées que toutes celles dont je 
viens de parler, elles font cinq pontes, & en 
feroient davantage fi on les laiiïoit faire ; cha- 
cune de leurs pontes eil fouvent de fix à fepc 
œufs Lorfque cette efpéce de ferins nourriffent 
bien , ils font parfiits, l'on ne les fauroit trop mé- 
nager, leur valeur doit furpaîTer le prix de fix 
autres communs. Traité des Serins des Caiiams, 
pages 171 & fuivantes. 



48 Uîftoire Naturelle 

leur nichée réuiïît rarement *, les ifabeîîes 
ont quelque répugnance à s'apparier en- 
femble *, le mâle prend rarement , dans 
une grande volière , une femelle ifabelle, 
& ce n eft qu'en les mettant tous deux 
en cage qu'ils fe déterminent à s'unir. 
Les blancs , en général, font bons à tout ^ 
ils couvent , nichent & produifent aufïi- 
bien & mieux qu'aucun des autres , & les 
blancs panachés font auffi les plus forts 
de tous. 

Malgré ces différences dans le naturel , 
îe tempérament , & dans le nombre de 
la production de ces oifeaux , le temps 
de l'incubation eft le même \ tous couvent 
également treize jours , & lorfqu'il y a 
un jour de plus ou de moins , cela paroît 
venir de quelque circonft.ance particu- 
lière : le froid retarde l'exclufion des 
petits , & le chaud l'accélère \ auffi arrive- 
t-il fouvent que la première couvée , qui 
fe trouve au mois d'avril , dure treize 
Jours & demi, ou quatorze jours au-lieii 
de treize , fi l'air eft alors plus froid que 
tempéré ', & au contraire dans la troifième 
couvée 5 qui fe fait pendant les grandes 
chaleurs du moi§ dç juillet ou d'août, 

il arrive 



du Serin. 49 

H arrive quelquefois que les petits fortent 
de l'œuf au bout de douze jours & demi 
ou même douze jours. On fera bien de 
féparer les mauvais œufs des bons *, mais , 
pour les reconnoître dune manière fûre, 
il faut attendre qu'ils aient été couvés 
pendant huit ou neuf jours 5 on prend 
doucement chaque œuf par les deux 
bouts', crainte de les caffer , on les mire 
au grand jour ou a la lumière d'une 
chandelle, & Ton rejette tous ceux qui 
font clairs*, ils ne feroient que fatiguer 
la femelle fi on les lui laiiToit : en triant 
ainfi les œufs clairs, on peut affez fouvent 
de trois couvées n'en faire que deux j 
la troifième femelle fe trouvera libre, & 
travaillera bientôt à une féconde ni- 
chée z"^. Une pratique fort recommandée 

(bj Lorfqu'on dlilribue les œufs d'une femelle k 
d'autres, il faut qu'ils foient tous bons; les femeiles 
panachées auxquelles on donnerojt des œufs clairs 
ou mavivais, ne manqueroient pas de les jeter elles- 
mêmes hors du nid au lieu de les couver, & lors- 
que ie nid ell trop profond, pour qu'elles puilTent 
îes faire couler à terre , elles ne ceffent de les bec- 
queter jufqu'à ce qu^ils foient caffés, ce qui gâte 
les autres œufs & fouvent infede le nid & fsit 
OifeauXj Tome FIL C 



jo HlJIoire Naturelle 

par les Oifeleurs, ceft d'enlever les œufs 
à la femelle à mefure qu'elle les pond , 
& de leur fubftituer des œufs d'ivoire, 
afin que tous les œufs puiflent éclore en 
même temps *, on attend le dernier œuf, 
avant de rendre les autres à la femelle & 
de lui ôter ceux d'ivoire. D'ordinaire le 
moment de la ponte eft à fix ou fept 
heures du matin -, on prétend que quand 
elle retarde feulement d'une heure , c'eft 
que la femelle eft malade -, la ponte fe 
fait ainii fucceflivement fcj ; il eft donc 
aifé de fe failîr des œufs à mefure qu'ils 
font produits. Néanmoins cette pratique, 
qui eft plutôt relative à la commodité 
de l'homme qu'à celle de l'oifeau , eft 



avorter la couvée entière ; ies femeîîes d'autres 
couieurs couvent îes œufs clairs qu'on leur donne. 
1^0 te du Révérend P. Bougot. 

(c) La ponte fe fait toujours à la même heure, 
fi la femelle eft dans le même état de ûmté; cepen- 
dant il faut faire une exception pour le dernier 
œuf, qui eft ordinairement retardé de quelques 
heures & quelquefois d'un jour. Ce dernier œuf 
eft conftamment plus petit que ies autres , & Ton 
m'a allure que le petit, qui provient de ce dernier 
ceuf, eft toujours un mâle : il feroit bon de confta- 
ter ce fait finoulier. 



du Serin. j i 

contraire au procédé de la Nature *, elle 
fait fubir à la mère une plus grande dé- 
perdition de chaleur , & la furcharge 
tout-à-Ia-fois de cinq ou iîx petits, qui, 
venant tous enfemble , Tinquiètent plus 
qu'ils ne la réjouiilent , tandis qu en les 
voyant éclore fucceflîvement les uns après 
les autres , (es plaiiîrs fe multiplient , & 
foutiennent Tes forces & fon courage.^ 
auflî des Oifeleurs très-intelligens m'ont 
affuré qu'en n ôtant pas les œufs à la 
femelle , & les laiffant éclore fucceffive- 
ment , ils avoient toujours mieux réufîï 
que par cette fubftitution des œufs 
d'ivoire. 

Au refte , nous devons dire qu'en 
général les pratiques trop recherchées , 
& les foins fcrupuleux que nos Ecrivains 
confeillent de donner à leducation de 
ces oifeaux , font plus nuifibles qu'utiles ; 
il faut, autant qu'il eft poffible, fe rap- 
procher en tout de la Nature. Dans leur 
pays natal , les ferins fe tiennent fur les 
bords des petits ruiffeaux ou des ravines 
humides (dj; il ne faut donc jamais les 

fdj Les ferins deCanarie, qu'on apporte en 
Angleterre, font ne's dans ies Barancos ou les ra- 

Ci). 



5 2 HlJIoire Naturelle 

îaiffer manquer d'eau ^ tant pour borre 
que pour fe baigner. Comme ils font 
originaires d\in climat très-doux , il faut 
les mettre à Tabri de la rigueur de 
Thiver*, il paroit même qu'étant déjà affez 
anciennement naturalifés en France , ils 
fe font habitués au froid de notre pays -, 
car on peut les conferver en les logeant 
dans une chambre fans feu , dont il n^eft 
pas même néceflaire que la fenêtre foit 
vitrée ', une grille maillée pour les em- 
pêcher de fiiir fuffira: je connois plufieurs 
Oifeleurs qui m'ont affuré qu'en les trai- 
tant ainfîj on en perd moins que quand 
on les tient dans des chambres échauffées 
par le feu. Il en eft de même de la 
nourriture *, on pourroit la rendre plus 
iimple 5 & peut-être ils ne s'en porteroient 
que mieux (ej. Une attention, qui parok 



vins que Peau forme en defcendant des montagnes. 
Jrlifloire générale d^s Voyages , tome 1 1 , page 241. 

(^) J^ai fouvent éprouvé par moi-même & par 
d'autres qui fe piquoient de fuivre à la Jettre & 
dans toute leur étendue les pratiques prefcrites pax 
ies Auteurs, que fouvent le trop de foins & d^^tt- 
tentions fait périr ces oifeaux ; une nourriture ré- 
glée de navette & de miilet^ de l'eau d'un jour % 



du Serin. J5 

plus nécefîaire qu'aucune autre , c eft de 
ne jamais prefler le temps de la première 
nichée , on a coutume de permettre à ces 
oifeaux de s'unir vers le 20 ou le 25 de 
mars, & Ton feroit mieux d'attendre le 
1 2 ou le I 5 d'avril , car , lorfqu'on les met 
enfemble dans un temps encore froid , 
ils fe dégoûtent fouvent l'un de l'autre ', 
& (i par hafard les femelles font des œufs, 
elles les abandonnent , à moins que la 
(aifon ne devienne plus chaude , on perd 
donc une nichée toute entière 5 en vou- 
lant avancer le temps de la première. 



Tautre en hiver, & d'une ou deux fois par jour en. 
été ; du feneçon , loriqu^iï en eft^ une fois îe mois ; 
du mouron dans ie temps de ia mue; au lieu de 
fucre , de l^avoine battue & du bîé de Turquie , & 
fur-tout une grande propreté ; c'efl ii quoi je me 
réduis depuis ia fatale expérience que j'ai faite 
des leçons des autres. Petit Traité de la nichée des 
Canaris , communiqué par M, Batteau , Avocat à 
Dijon. 

Nota, Je croîs qu'il pourroit y avoir ici une 
petite erreur : tous ies Oifeieurs que j'ai confultés 
m'ont dit qu'il fali(>it bien fe garder de donner aux 
ferins du mouron dans fa mue, & que cette nour- 
riture trop rafraîchiflante prolongeoit la durée de 
ce mauvais état de fanté. Les autres confcils que 
donne ici M, Batteau me paroifîent bien fondés, 

C iij 



54 HiJIoire Naturelle 

Les jeunes ferins font différens des 
vieux 3 tant par les couleurs du plumage , 
que par quelques autres cara6tères. ce Un 
» Jeune ferîn de Tannée > obfervé le 1 3 
d:> feptembre 1772 f/J^, avoit la tête, le 
3^ cou 5 le dos & les pennes des ailes 
» noirâtres, excepté les quatre premières 
D3 pennes de Taîle gauche , & les iîx 
3:> premières pennes de Taîle droite qui 
y> étoient blanchâtres *, le croupion , les 
» couvertures des ailes , la queue qui 
3-> n'étoit pas encore entièrement formée , 
9i & le deiTous du corps , étoient auiïi de 
3:> couleur blanchâtre, & il n'y avoit pas 
y> encore de plumes fur le ventre depuis 
y> le jlernum jufqu'à ïanus. Ce jeune 
» oifeau avoit le bec inférieur rentrant 
?:) dans le bec fupérieur , qui étoit aflez 
gros & un peu crochu. y> A mefure que 
l'oifeau avance en âge , la difpolition & 
îes nuances de couleur changent , on 
diftingue les vieux des jeunes par la 
force , la couleur & le chant : les vieux 
ont conftamment les couleurs plus fon-- 



( f) Note communiquée par M, Guemau de 
Montkillard. 



du Serin. 55 

cées & plus vives que les jeunes > leurs 
pattes font plus rudes & tirant fur le 
noir 5 s'ils font de la race grife \ ils ont 
auflî les ongles plus gros & plus longs 
que les jeunes (g). La femelle reflemblc 
quelquefois fi fort au mâle qu'il n eft pas 
aifé de les distinguer au premier coiip- 
d'œil : cependant le mâle a toujours les 
couleurs plus fortes que la femelle 5 la 
tête un peu plus groiîe & plus longue , 
les tempes d\m jaune plus orangé, & 
fous le bec une efpèce de flamme jaune , 
qui defcend plus bas que fous le bec de 
la femelle , il a auffi les jambes plus 
longues, enfin il commence à gazouiller 
prelqu'auffîtôt qu'il mange feul. Il eft 
vrai qu'il y a des femelles qui , dans ce 
premier âge , gazouillent auffi fort que 
les mâles : mais , en raffemblant ces difFé- 
rens indices , on pourra diftinguer , même 
avant la première mue , les lerins mâles 
& les femelles. Après ce temps, il n'y a 
plus d'incertitude à cet égard , car les 
mâles comjnencent dès -lors à déclarer 
leur fexe par le chant. 



(§) Jmufemens innocens , pc>ges 6j & 62. 

C iv 



j6 Hijîoire Naturelle 

Toute expreflîon fubîte de la voix eft, 
dans les animaux ^ un indice vif de paf- 
fion -, & comme Famour eft , de toutes 
les émotions intérieures 5 celîe qui les 
remue le plus fouvent , & qui les tranf- 
porte le plus puiffamment, ils ne man- 
quent guère de manifefter leur ardeur. 
Les oifeaux par leur chant , le taureau 
par fon mugiffement , le cheval par la 
henniflement 5 Tours par fon gros mur- 
mure 5 &c. 5 annoncent tous un feul & 
même defir. L ardeur de ce deiir n'eft pas 
à beaucoup près auffi grande, auffi vive 
dans la femelle que dans le mâle-, aufïï 
ne Texprime-t-dle que rarement par la 
voix : celle de la ferine n'eft tout au plus 
qu'un petit ton de tendre fatisfadlion , un 
fîgne de confentement qui n'échappe 
qu'après avoir écouté long -temps 5 & 
après s'être laiflé pénétrer de la prière 
iîrdente du mâle , qui s'efforce d'exciteiP 
fes deiirs en lui tranfmettant les fiens» 
Néanmoins cette femelle a , comme toutes 
les autres , grand beforn de l'ufage de 
î'amour dès qu'elle eft une fois excitée*, 
car elle tombe malade & meurt, lorf- 
qu'étant féparés , celui qui a fait naître fa 
paillon ne peut la fatisfaire. 



du Serin. jy 

II eft rare que les ferins , élevés eu 
chambre , tombent malades avant la 
ponte -, il y a feulement quelques mâles 
qui s'excèdent & meurent d'épuifement : 
fi la femelle devient malade pendant la 
couvée, il faut lui ôter fes œufs & les 
donner à une autre, car, quand mêma 
elle fe rétabliroit promptement , elle n@ 
les couveroit plus. Le premier fymptôme 
de la maladie , fur-tout dans le mâle , eft 
la trifteffe -, dès qu'on ne lui voit plus fa 
gaieté ordinaire , il fuit le mettre feuî 
dans une cage , & le placer au foleil dans 
la chambre où réfide fa femelle. S'il de- 
vient bouffi 5 on regardera s'il n'a pas un 
bouton au-deffus de la queue : lorfque 
ce bouton eft mûr & blanc , Foifeau le 
perce fouvent lui - même avec le bc'c ^ 
mais fi la fuppuration tarde trop , on 
pourra ouvrir le bouton avec une groffe 
aiguille , & enfuite étuver la plaie avec 
de la falive fans y mêler de fel , ce qui la 
rendroit trop cuifante fur la plaie. Le 
lendemain , on lâchera l'oifeau malade , 
& Ton reconnoîtra , par fon maintien Sç 
fon empreffement auprès de (a femelle , 
s'il eft guéri ou non. Dans ce dernier cas? 

C v 



5 8 Hijîoire Naturelle 

il faut le reprendre , lui fouffler, avec un 
petit tuyau de plume , du vin blanc fous 
les ailes , le remettre au foleil , & re- 
connoître, en le lâchant, le lendemain, 
rétat de fa fanté : fi la triftelTe & le dégoût 
continuent après ces petits remèdes, on 
ne peut guère efpérer de le fauver , il 
faudra dès-lors le remettre en cage fé- 
parée, & donner a fa femelle un autre 
mâle reffemblant à celui qu'elle perd 5 
ou 5 fî cela ne fe peut , on tâchera de lui 
donner un - mâle de la même efpèce 
qu'elle -, il y a ordinairement plus de 
fympathie entre ceux qui fe reflemblent 
qu'avec les autres , à l'exception des ferins 
ifabelles , qui donnent la préférence à des 
femelles d'autre couleur. Mais il faut que 
ce nouveau mâle , qu'on veut fubftituer 
au premier , ne foit point un novice en 
amour, & que par conféquent il ait déjà 
niché. Si la femelle tombe malade , on 
lui fera le même traitement qu'au mâle. 
La caufe la plus ordinaire des maladies, 
eft la trop abondante ou la trop bonne 
nourriture : lorfqu'on fait nicher ces 
Oîfeaux en cage ou en cabane , fouvent 
ils mangent trop ou prennent de préfé- 



du Serin. 59 

rcncc les alimens fucculens deftînés aux 
petits 5 & la plupart tombent malades de 
réplétion ou d'inflammation. En les tenant 
en chambre, on prévient en grande par- 
tie ctt inconvénient , parce qu'étant en 
nombre , ils s'empêchent réciproquement 
de s'excéder. Un mâle qui mange long- 
temps 5 eft fur d'être battu par les autres 
mâles -, il en eft de même des femelles : 
ces débats leur donnent du mouvement 5 
des drftraâtons & de la tempérance par 
néceffité : c'eft principalement pour cette 
raifon qu'ils ne font prefque jamais ma- 
lades en chambre pendant le temps de 
la nichée •, ce n'eft qu'après celui de la 
couvée que les infirmités & les maux fe 
déclarent , la plupart ont d'abord le bou- 
ton dont nous venons de parler, enfuitc 
tous font fajets à la mue , les uns fou- 
tiennent affez bien ce changement d'état, 
& ne laiiîent pas de chanter un peu 
chaque jour-, mais la plupart perdent la 
voix , & quelques-uns dépériffent & 
meurent. Dès que les femelles ont atteint 
l'âge de fix ou fept ans , il en périt beau- 
coup dans la mue *, les mâles fupportent 
plus aifément cette efpèce de maladie ^ 

C v] 



6o Hljioire Naturelle 

& fubfiftent trois ou quatre années de 
plus. Cependant, comme la mue eft un 
efîet dans l'ordre de la Nature plutôt 
qu'une maladie accidentelle 5 ces cifeaux 
n'auroient pas befoin de rem.èdes , ou les 
trouveroient eux-mêmes s'ils étoient éle- 
vés par leurs pères & mères dans Tétat 
de nature & de liberté *, mais étant 
contraints , nourris par nous , & devenus 
plus délicats , la mue qui, pour tes oifeaux 
libres , n'eft qu'une indifpofition , un état 
de fanté moins parfaite , devient , pour 
ces captifs , une maladie grave & très- 
fouvent funefte, à laquelle même il y a 
peu de remèdes (^hj. Au refte , la mue 
cft d'autant moins dangereufe qu'elle 



(h) Pour la mue, il faut un morceau d^'acier, 
& non de fer , dans leur eau , vous la changerez 
trois fois par femaine ; ne leur donnez point d'au- 
tres remèdes, quoique M. Hervieux nous en indi- 
<jue de piufieurs fortes, il faut feulement mettre 
un peu plus de chenevis dans leur nourriture ordi- 
naire pendant ce temps critique. Note communiquée 
■par le R, P. Bougot. Obfervez que l'on ne recom- 
mande ici Pacier au lievi de fer que pour être fur 
qu^on ne mettra pas dans Peau du fer rouillé , qui 
feroit plus de mai que de bien. 



du Serin. 6t 

arrive plus tôt , c eft-à-dire , en meilleure 
faifon. Les jeunes ferins muent dès la 
j3remière année ^ iix femaines après qu'ils 
font nés *, ils deviennent trilles 5 paroiiTent 
bouffis 5 & mettent la tête dans leurs 
plumes 5 leur duvet tombe dans cette 
première mue , & à la féconde , c'eft-à- 
dire 5 Tannée fuivante, les grofles plumes ^ 
même celles des ailes & de la queue, 
tombent auffî. Les jeunes oifeaux des 
dernières couvées , C[ui ne font nés qu'en 
feptembre ou plus tard, fouffrent donc 
beaucoup plus de la mue que ceux qui 
font nés au printemps *, le froid eft très-- 
contraire à cet état, & ils périroient tous 
Il on n'avoit foin de les tenir alors dans 
un lieu tempéré, & même fenfiblement 
chaud* Tant que dure la mue , c'eft-à- 
dire, pendant lîx femaines ou deux mois, 
la Nature travaille à produire des plumes 
nouvelles *, & les molécules organiques , 
qui étoient précédemment employées à 
faire le fond de la liqueur féminaie, fe 
trouvent abforbées pour cette autre pro- 
dudion : c'eft par cette raifon que , dans 
ce même temps de mue, les oifeaux ne 
fe cherchent ni ne s'accouplent , êc qu'ils 



6z Hijloire Naturelle 

celTent de produire ', car ils manquent 
alors de ce furplus de vie , dont tout être 
â bcfoin pour pouvoir la communiquer 
à d'autres. 

La maladie la plus funefte & la plus 
ordinaire , fur-tout aux jeunes ferins , eft 
celle qu'on appelle Yavalure ; il femble 
en effet que leurs boyaux foient alors 
avalés , & defcendus jufqu'à Textrémité 
de leur corps. On voit les inteftins à 
travers la peau du ventre dans un état 
d'inflammation , de rougeur & de dif- 
tenfion : les plumes de cette partie celTent 
de croître & tombent *, l'oifeau maigrit , 
ne mange plus , & cependant fe tient 
toujours dans la mangeoire, enfin il meurt 
en peu de jours-, la caufe du mal , eft la 
trop grande quantité ou la qualité trop 
fucculente de la nourriture qu'on leur a 
donnée. Tous les remèdes font inutiles •, 
il n'y a que par la diète qu'on peut fauver 
quelques-uns de ces malades dans un 
très-grand nombre. On met l'oifeau dans 
une cage féparée , on ne lui donne que 
de l'eau & de la graine de laitue *, ces 
alimens, rafraichiffans & purgatifs , tem- 
pèrent i ardeur qui le confunpie , & opè- 



du Serin. 6 } 

rcnt quelquefois des évacuations qui lui 
fauvent la vie. Au refte , cette maladie 
ne vient pas de la Nature , mais de l'Art 
que nous mettons à élever ces oifeauxv 
car il eft très-rare que ceux qu*on laifle 
nourrir par leurs pères & mères en foient 
atteints. On doit donc avoir la plus 
grande attention à ne leur donner que 
très -peu de chofe en les élevant à la 
brochette *, de la navette bouillie , un 
peu de mouron , & point du tout de 
fucre ni de bifcuit , & en tout , plutôt 
moins que trop de nourriture. 

Lorfque le ferin fait un petit cri fré- 
quent, qui paroît fortir du fond de la 
poitrine , on dit qu il eft afthmatique ; 
il eft encore fujet à une certaine extinc- 
tion de voix 5 fur-tout après la mue : on 
guérit cette efpèce d'afthme en lui don- 
nant de la graine de plantin & du bifcuit 
dur trempe dans du vin blanc, & on hït 
ceiTer Textindion de voix en lui four- 
niiîant de bonnes nourritures , comme 
du jaune d'œufs haché avec de la mie de 
pain , & pour boiffon de la tifane de 
réglife , c'eft-à-dire , de leau où Ton 
fera tremper 6c bouillir de cette racine. 



64 HiJIoire Naturelle 

Les ferins ont quelquefois une efpèce 
de chancre, qui leur vient dans le bec: 
cette maladie provient des mêmes caufes 
que celle de Tavalure *, les nourritures 
trop abondantes ou trop fubftantielles. 
que nous leur fourniffons , produifent 
quelquefois une inflammation qui fe porte 
à la gorge & au palais , au-lieu de tomber 
fur les inteftins > aullî guérit - on cette 
efpèce de chancre comme Tavalure, par 
la diète & par des rafraîchiffans. On leur 
donne de la graine de laitue , & on met 
dans leur eau quelques femences de 
melon concaffées (^ij. 

Les mittes & la galle, dont ces petits 
oifeaux font fouvent infeâiés , ne leur 
viennent ordinairement que de la mal- 
propreté dans laquelle on les tient -, il 
faut avoir foin de les bien nettoyer ^ de 
leur donner de Teau pour fe baigner , de 
ne jamais les mettre dans des cages ou 
des cabanes de vieux ou de mauvais bois, 
ne les couvrir qu'avec des étoffes neuves 
& propres , ou les teignes n'aient point 



(i) Traité des Smm de Canark , pages 245 & 
fuivantes. 



du Serin. 6^ 

travaillé -, il faut bien vaner , bien laver 
îes graines & les herbes qu'on leur four*- 
nit. On leur doit ces petits foins ^ fi Ton 
veut qu'ils foient propres & fains : ils le 
feroient s'ils avoient leur liberté, mais, 
captifs & fouvent mal foignés ^ ils font 
comme tous les prifonniers , fujets aux 
maux de la misère. De tous ceux que 
nous venons d'expofer , aucun ne paroît 
donc leur être naturel à l'exception de 
la mue. Il y a même pluheurs de ces 
oifeaux qui , dans ce malheureux état de 
captivité , ne font jamais malades , & 
dans lefquels l'habitude femble avoir 
formé une féconde nature. En général, 
leur tempérament ne pèche que par trop 
de chaleur-, ils ont toujours befoin d'eau: 
dans leur état de liberté, on les trouve 
près des ruiffeaux ou dans des ravines 
humides -, le bain leur eft très-nécefîaire , 
même en toute faifon *, car fi l'on met , 
dans leur cabane ou dans leur volière , 
un plat chargé de neige , ils fe coucheront 
dedans, & s'y tourneront plufieurs fois 
avec une expreffion de plaifir , & cela 
dans le temps même des plus grands 
froids 5 ce fait prouve afîez qu il eft plus 



66 HiJIoire Naturelle 

nuiiîble qu'utile de les tenir dans des 
endroits bien chauds (^kj. 

Mais il y a encore une maladie à la- 
quelle les ferins , comme plufieurs autres 
oifeaux (^/J^ paroiffent être fujets> fur- 
tout dans rétat de captivité , c'eft Tépi- 
lepfie : les ferins jaunes en particulier 
tombent plus fouvent que les autres de^ 
ce mal caduc , qui les faifit tout-à-coup , 
& dans le temps même qu'ils chantent le 
plus fort : on prétend qu'il ne faut pai 
les toucher , ni les prendre dans le mo- 
ment qu'ils viennent de tomber , qu'on 
doit regarder feulement s'ils ont jeté une 
goutte de fang par le bec , que , dans ce 
cas , on peut les prendre y qu'ils reviennent 



fkj Ces oifeaux n'ont pas befoin d^être dans un 
tndroit chaud , comme piufieurs ie prétendent ; 
dans les grands & les pïus grands froids , ils fe bai- 
gnent & fe vautrent dans ia neige forfqu^on ieur en 
donne dans un pîat ; pour moi , je les laifle dans 
une chambre Thiver avec un feul grillage de fer 
fans fermer les fenêtres; ils y chantent à merveille, 
& il ne m'en périt point. Note communiquée par le 
R. P. Bougot. 

(l) Les geais , les chardonnerets , tous les per- 
roquets, même les plus gros aras^ ^Scc. 



du Serin. 67 

d eux-mêmes , & reprennent en peu de 
temps leurs fens & la vie : qu'il faut donc 
attendre de la Nature cet effort falutaire, 
qui leur fait jeter une goutte de lang", 
qu'enfin fi on les prenoit auparavant , le 
mouvement qu'on leur communiqueroit 
leua^ fer oit jeter trop tôt cette goutte de 
fang 5 & leur cauferoit la mort (m) \ il 
feroit bon de conftater cette obfervation , 
dont quelques faits me paroiffent dou- 
teux : ce qu'il y a de certain , c eft que , 
quand ils ne périffent pas du premier 
accident , c'eft-à-dire 5 dans le premier 
accès de cette efpèce d'épilepfie , ils ne 
laiflent pas de vivre long-temps , & quel- 
quefois autant que ceux qui ne font pas 
atteints de cette maladie •, je crois néan- 
moins qu'on pourroit les guérir tous en 
leur faifant une petite bleflure aux pattes , 
car c'eft ainfi que l'on guérit les perroquets 
de répilepfie. 

Que de maux à la fuite de l'efclavage ! 
Ces oifeaux en liberté feroient-iîs afthma- 
tiques , galeux , épileptiques \ auroient- 
ils des inflammations , des abfcès , des 

(m) Note communiquée par le R. P. Boulot. 



68 HiJIoire Naturelle 

chancres ? & la plus trîfte des maladies , 
celle qui a pour caufe Famour non- 
fatisfait, n'eft-^elle pas commune à tous 
les êtres captifs ? les femelles fur-tout plus 
profondément tendres 5 plus délicatement 
fufceptibles , y font plus fijjettes que les 
mâles. On a remarqué (^nj qu'affez fgu^ 
vent la ferine tombe malade au commen- 
cement du printemps 5 avant qu'on Tait 
appariée *, elle fe defsèche , languit & 
meurt en peu de jours. Les émotions 
vaines & les deiîrs vides font la caufe de 
la langueur qui la faifit fubitementî lors- 
qu'elle entend plufieurs mâles chanter à 
fes côtés, & qu'elle ne peut s'approcher 
d'aucun. Le mâle , quoique premier mo- 
teur du defir, quoique plus ardent en 
apparence , réfifte mieux que la femelle 
au mal du célibat , il meurt rarement de 
privation 5 mais fréquemment d'excès. 

Au refte ;, le phyfîque du tempérament 
dans la ferine , eft le même que dans les 
femelles des autres oifeaux -, elle peut , 
comme les poules 5 produire des œufs 



fnj Traité des Sains de^ Canarie, pages 231 ik 
233. 



du Serin. 69 

fans communication avec le mâle. L'œuf 
len lui-même 5 comme nous Tavons dit, 
n'eft quune matrice ("oj que Toifeau 
femelle jette au-dehors *, cette matrice 
demeure inféconde , fi elle n'a pas au- 
paravant été imprégnée de la femence 
du mâle , & la chaleur de l'incubation , 
corrompt l'œuf au4ieu de le vivifier. On 
a de plus obfervé , dans les femelles 
privées de mâles , qu'elles ne font que 
rarement des œufs , lî elles font abfolu- 
ment féqueftrées 5 c'eft-à-dire , fi elles ne 
peuvent les voir ni les entendre *, qu'elles 
en font plus fouvent & en plus grand 
nombre 5 lorfqu'elles font à portée d'être 
excitées par l'oreille ou la vue , c'eft-à- 
dire , par la préfence du mâle , ou par 
fon chant-, tant les objets, même de loin, 
émeuvent les puifTances dans tous les 
êtres fenlibles , tant le feu de l'amour a 
de routes pour fe communiquer (p) ! 



(0) Voyez, dans le fécond Volume de cette 
Hiftoire Naturelie , îe chapitre cinquième , où ii 
eft traite de la formation & du développement des 
œufs. 

(jfj Nous ajoi^terons ici deux petits faits dont 



yo Hijîoire Naturelle 

Nous ne pouvons mieux terminer cette 
hiftoire des ferins , que par l'extrait d une 
Lettre de M. Daines Barrington , Vice- 
Préfident de la Société Royale , fur le 
chant àQS oifeaux , à M. Maty. 

ce La plupart de ceux qui ont à^s ferins 
» de Canaries , ne favent pas que ces 
y> oifeaux (q ) chantent , ou comme la 



nous avons été témoins. Une femelle chantoit fî 
bien qu'on îa prit pour un mâfe , & on i'avoit 
appariée avec une autre femelle ; mieux recon- 
nue , on iui donna un mâle , qui lui apprit les vérî- 
tabies fondions de fon fexe ; elle pondit , & ne 
chanta pîus. L'autre fait ell celui d^'une femelle ac- 
tuellement vivante ^ qui chante ou plutôt qui fifle 
un air , quoiqu'elle ait pondu deux œufs dans fa 
cage, qui fe font trouvés clairs comme tous les 
œufs que les oifeaux femelles produifent fans !a 
communication du mâle. 

fqj V'àï vu deux de ces oifeaux des îles Cana- 
ries qui ne chantoient point du tout, & j'ai fu que 
dernièrement un vaifleau apporta une grande quan- 
tité de ces oifeaux qui ne chantoient pas davan- 
tage ; la plupart de ceux qui viennent du Tirol 
ont été inftruits par leurs pères & mères , & ceux-ci 
par leurs pères & mères , & ainfi de fuite jufqu'k 
celui qui eft le tronc de cette race , & qui avoit été 
inflruit par un RoJJiguoL Ceux d'Angleterre chan* 
tent , pour l'ordinaire , comme la Farloufe. 

Le trafic de ces oifeaux fait un petit article da 



du Serin. 71 

Varloufe ou comme le roffignol , ce- ce 
pendant rien n'eft plus marqué que ce c« 
trait du chant du roffignol , que les ce 
Anglois appellent Jug , & que la plu- ce 
part dtsferins du Tirol expriment dans ce 
leur chant, auffi-bien que quelques au- ce 
très phrafes de la chanfon du roffignol. ce 
Je fais mention de la fupériorité ce 
des habitans de Londres dans ce genre ce 
de connoiffances , parce que je fuis ce 
convaincu que fi Ton en confulte d'au- ce 
très fur le chant des oifeaux , leur ré- ce 
ponfe ne pourra que jeter dans Terreur. » 



commerce ; le feul Tiroi nous en fournit 1600 par 
an , & quoique ies Marchands qui nous les four- 
niffent ies apportent fur leur clos l'efpace de plus 
de 330 iieues, H ne îes vendent que 5 fcheiings 
la pièce. La principale -vilfe où Ton éïève des 
feriiis eft celle d'Infpruck , en y comprenant fes 
environs : c'eft de- là que îe commerce les répand 
à Conftantinople & dans toute TEurope. 

Je tiens d'un Négociant du Tiroi que la ville de 
Conftantinople étoit , de toutes les villes, celle qui 
tiroit le plus de ferins de Canaries. Trauf })hiloJl 
vol. 6^, fart, 2 ^ 10 Janvier 1773. 



7* Hijlolre Naturelle 
OISEAUX ÉTRANGERS 

Qui ont rapport aux Serins. * 

Les Oiseaux étrangers qu'on pourroit 
rapporter à refpèce du ferin , font en 
^fîez petit nombre , nous n'en connoiflons 
que trois efpèces. La première eft celle 
<jui nous a été envoyée des côtes orien- 
tales de l'Afrique , fous le nom de ferin 
de Mozambique ^ qui nous paroît faire la 
nuance entre les ferins & les tarins *, nous 
l'avons fait repréfenter dans nos planches 
enluminées, n.^ ^(>\ ^fig- i <& 2. ; le jaune 
eft la couleur dominante de la partie in- 
férieure du corps de l'oifeau , & le brun 
celle de la partie fupérieure , excepté 
que le croupion & les couvertures de la 
queue font jaunes*, ces couvertures 5 ain{î 
que celles des ailes & leurs pennes, font 
bordées de blanc ou de blanchâtre. Le 
même jaune & le même brun fe trouvent 
fur la tête diftribués par bandes alterna- 
tives*, celle qui court fur le fommet de 
la tête eil brune ^ enfuite deux jaunes qui 

furmonteut 



du Serin. 73 

fumiontent les yeux 5 puis deux brunes 
qui prennent naiffance derrière les yeux., 
puis deux jaunes , & enfin deux brunes 
qui partent des coins du bec. Ce ferin 
eft un peu plus petit que celui des Cana- 
ries 5 là longueur de la pointe du bec à 
Textrémité de la queue ( que j'appelle 
conftamment longueur totale ) eft d'envi- 
ron 4 pouces ^ -, celle de la queue n'eft 
que d'environ i pouce. La femelle eft 
très -peu différente du mâle , foit par la 
grandeur , foit pour les couleurs. Cet 
oifeau eft peut-être le même que celui 
de Madagafcar, indiqué par Flaccourt, 
fous le nom de rnangoiche , qu'il dit être 
une efpèce de ferin. 

Il fe pourroit que ce ferin, qui, par 
les couleurs , a beaucoup de rapport avec 
nos ferins panachés, fût \i tige primitive 
de cette race d'oifeaux panachés , & que 
Tefpèce entière n'appartînt qu'à l'ancien 
continent & aux illes Canaries , qu'on 
doit regarder comme parties adjacentes. 
à ce continent •, car celui dont parl^ 
M. Briffon , fous le nom de ferin de la. 
Jamaïque , & duquel Sloane & Ray ont 
Oifeaux j Tome FIL D 



74 HlJIolre Naturelle 

donné une courte defcription Ca) , me 
paroît un oifeau d'une efpèce différente, 
& même affez éloignée de celle de nos 
ferins , lefquels font tout-à-fait étrangers 
à TAmérique. Les Hiftoriens & les Voya- 
geurs nous apprennent qu il n'y en avoit 
point au Pérou *, que le premier ferin y 
fut porté dans Tannée 1556 (bj^ & que 



(a) Seriiio affinis avis è cinereo , luteo & fi^fc9 

varia. Rzj^ Syiwpjïs, page i88<. — Le ferin de la 

Jamaïque. Briflbn, tome IIT, page 189. — Cet 

oifeau a 8 pouces de îongueur totaie , c'ell-à-dire , 

de la pointe du bec à ^extrémité de la queue ; 

jj2 pouces de "voi, bec court & fort;^ de povice 

/ de îongueur ( ou \ de pouce félon Ray ) ; queue 

I pouce, jambe & pied i pouce ^. (M. BrilTon a 

jugé que Sloane s'ell trompé à i^égard de ces 

dimeniïons, ne trouvant pas que les proportions 

fuirent gardées. ) Le bec fupérieur ell d'un brun 

tirant au bleu , le bec inférieur d'une couleur 

plus claire ; la tête & la gorge grifes ; ia partie 

îupérieure du corps jaune brun , les ailes & la 

queue d'un brun foncé rayé de blanc , la poitrine 

êc le ventre jaunes , le deilbus de la queue blanc , 

îes pieds bleuâtres , les ongles bruns , crochus & 

fort courts. Traduit de Sloane' s Jamaïca , page 311, 

îl.^ XLIX. 

(hj Hiftoire des Incas, tome II, page 329. 



du Serin. 7j 

la multiplication de ces oîfeaux en 
Amérique, & notamment dans les ifles 
Antilles 5 eft bien poftéfieur à cette 
époque. Le Père Dutertre rapporte que 
M. du Parquet acheta, en Tannée 1657, 
d'un Marchand qui avoit abordé dans ces 
ifles 5 un grand nombre de ferins des 
Canaries , auxquels il donna la liberté -, 
que, depuis ce temps, on les entendoit 
ramager autour de fon habitation , en 
forte qu'il y a apparence qu ils fe font 
multipliés dans cette contrée (cj. Si Ton 
trouve de vrais ferins à la Jamaïque, ils 
pourroient bien venir originairement de 
ces ferins tranfportés & naturalifés aux 
Antilles dès Tannée 1657. Néanmoins 
Toifeau décrit par M/^ Sloane , Ray & 
Briflon , fous le nom de ferin de la 
Jamaïque j nous paroît être trop différent 
du ferin des Canaries , pour qu'on puifle 
îe regarder comme provenant de ces 
ferins tranfportés aux Antilles. 

Tandis qu'on finiffoit Timpreflîon de 
cet article , il nous eft arrivé pluficurs 



(c) Bifloire générale des Antilles , pai 
Outmre^ in-4.^ tome II, page 262. 



7 (S HlJIoire Naturelle 

ferins du cap de Bonne-efpérance , parmi 
îefquels j'ai cru reconnoître trois mâles, 
une femelle & un jeune oifeau de Tannée. 
Ce font tous des ferins panachés , mais 
dont le plumage eft émaillé de couleurs 
plus diftindtes & plus vives dans les mâles 
que dans les femelles. Ces mâles appro- 
chent beaucoup de la femelle de notre 
ferin verd de Provence : ils en ditfèrent 
en ce qu ils font un peu plus grands , 
qu'ils ont le bec plus gros à proportion ; 
leurs ailes font auflî mieux panachées , 
les pennes de h queue font bordées d un 
jaune décidé , & ils n ont point de jaune 
fur le croupion. 

Dans le jeune ferin , les couleurs étoient 
encore plus foibles , & moins tranchées 
que dans la femelle. 

Mais, quoi quil en foit de ces petites 
différences 5 il me paroît prouvé, de plus 
en plus 5 que les ferins panachés du Cap , 
de Mozambique (djy de Provence, 



fd) H paroît que ïe ferin de Mozambique n'efl: 
pas tellement propre à cette contrée qu^il ne fe 
a^encontre ailleurs. J^ai trouvé , parmi les delfms 
'de M. Commçifçn ; le dçffin cQlorié de ce ferio 



du Serin. jj 

d'Italie, dérivent tous dune fouche com- 
mune , & qu'ils appartiennent à une feule 
& même efpèce, laquelle s'eft répandue 
& fixée dans tous les climats de lancreu 
continent dont elle a pu s'accommoder , 
depuis la Provence & l'Italie jufqu'au 
cap de Bonne -efpérance , & aux ï{[qs 
voilines *, feulement cet oifeau a pris plus 
de verd ea Provence , plus de gris en 
Italie, plus de brun ou plus de panaché 
en Afrique , & femble préfenter fur foa 
plumage différemment varié , l'influence 
des diflérens climats. 



bien caradérifé : M. Commerfon l'appelle Canari 
du Cap , 3c il nous apprend qu'ail avoit été tranf- 
porté à Pifle de France, où it's'étoit naturaiifé de 
même beaucoup trop multipîié , & où ii efi 
connu fous le nom vulgaire à'oifeau du Cap, On 
peut s'attendre pareillement à retrouver, à Mo- 
zambique & dans quelques autres pays de l'Afri- 
que, les ferins panachés du Cap , peut-être même 
ceux des Canaries , &, fuivam toute apparence^ 
plufieurs autres variétés dç cette efpèce* 



Dnj 



78 Hijîoire Naturelle 



LE WORABÉE. 

La seconde espèce, qui nous paroît 
iavoir plus de rapport avec les ferins 
qu'avec aucun autre genre, eft un petit 
oifeau d'Abyffinie, dont nous avons vu 
la figure bien defîînée & coloriée dans 
les porte - feuilles de M. le Chevalier 
Bruce 5 fous le nom de Worabée d'A- 
hyjjinie. 

On retrouve , dans ce petit oifeau , non- 
feulement les couleurs de certaines va- 
riétés appartenant à Tefpèce des ferins,, 
le jaune & le noir, mais la même gran- 
deur à-peu-près la même forme totale 
feulement un peu plus arrondie-, le même 
fcec , & un appétit de préférence pour 
une graine huileufe , comme le ferin en a 
pour le mill, & le panis. Mais le Worabée 
a un goût exclufif pour la plante qui 
porte la graine dont je viens de parler, 
& qui s'appelle Nuk (a) en Abyilîn , il 

(a) La fleur de cette plante eft jaune & de îa 
forme d'une crefcente ou maricolde j fa tige ii^ 



du Worahée. 79 

ne s'éloigne jamais beaucoup de cette 
plante , & ne la perd que rarement de 
vue. 

LeWorabée a les côtés de la \bit.^ 
jufqu'au-deffus des yeux , la gorge , le 
devant du cou , la poitrine & le haut du 
ventre jufqu'aux jambes , noir , le deflus 
de la tête & de tout le corps , & le bas- 
ventre, jaunes, à l'exception dune efpcce 
de collier noir , qui embraffe le cou par- 
derrière 5 & qui tranche avec le jaune»- 
Les couvertures & les pennes des ailes 
font noires, bordées d\me couleur plus 
claire, les pennes de la queue font pa-- 
reillement noires , mais bordées d'un 
jaune verdâtre*, le bec eft encore noir, & 
les pieds d'un brun clair. Cet oifeau va 
par troupes, & nous ne favons rien d,a 
plus fur fes habitudes naturelles. 



s'élève que de deux ou trois pieds : on tire de fa 
graine une huile dont les Moines du pays fonc 
giciud ufage. 



D iv 



8o Hijîoire Naturelle. 

L'OUTRE-MER. 

±jA TROISIÈME ESPÈCE de CCS oifcaux 
étrangers , qui ont rapport au ferin 5 ne 
nous eft connue de même que par les 
deffins de M. Bruce. J'appelle Outre-mcr 
cet oifeau d'Abyflînie , parce que fon 
plumage eft d'un beau bleu foncé. Dans 
la première année , cette belle couleur 
n'exifte pas, & le plumage eft gris comme 
celui de Talouette, & ctttt couleur grife 
eft celle de la femelle dans tous les âges •, 
mais les mâles prennent cette belle cou-- 
îeur bleue dès la féconde année 5 avant 
réquinoxe du printemps. 

Ces oifeaux ont le bec blanc & les 
pieds rouges : ils font communs en Abyf- 
îînie 3 & ne paiTent point d'une contrée à 
l'autre. Leur groffeur eft à-peu-près celle 
des canaris \ mais ils ont la tête plus 
ronde : leurs ailes vont un peu au-delà 
de la moitié de la queue , leur ramage 
eft fort agréable 5 & ce dernier rapport 
femble les rapprocher encore du genre 
de nos ferins. 



tt 



VHABESCH DE STRIEE 

Nl^ LE Chevalier Bruce regarde c^t 
oifeau comme une efpèce de linotte, & 
je dois cet égard à un Ci bon Obferva- 
teur de ne point m'écarter de fon opi- 
nion*, mais M. Bruce ayant repréfenté 
cet oifeau avec un bec épais & court, 
fort fembîable à celui des ferins , j'ai 
cru devoir le placer entre les ferins & les 
linottes. 

II a le deiTus de la tête d'un beau 
rouge vif-, les joues, la gorge & le deffus 
du cou d'un brun-noirâtre mêlé , le refte 
du cou 5 la poitrine, le defîus du corps, 
& les petites couvertures des ailes variées 
de brun , de jaune & de norrâtre , les 
grandes couvertures des ailes' d'un cen- 
dré-foncé, bordées d'une couleur plus 
claire, les pennes de. la queue & les 
grandes pennes des ailes du même cendré, 
bordées extérieurement d'un orançé-vif >. 



^ M. îe Chevalier Bruce écrit haksh iuivanlP 
l^onhographe Angloife^ 



$z Ilijîoire Naturelle 

îe ventre & le deflous de îa queue à'un 
blanc-fale , avec des taches peu appa- 
rentes de jaunâtre & de noirâtre *, le bec 
& les pieds de couleur plombée. Les 
ailes vont prefque jufqu'au milieu de la 
longueur de la queue qui eft fourchue. 

L'habefch eft plus gros que notre 
ïinotte 5 il a le corps plus plein , & il 
chante joliment : c'eft un oifeau de paf- 
fage, mais M, Bruce ignore fa marche, 
& il affure que, dans le cours de fes 
voyages 5 il ne la point vu ailleurs qu a 
Tripoli en Syrie, 




I 



""LA LINOTTE. (^)' 

v^'est la Nature, elle-même qui fem- 
ble avoir marqué la place de ces oifeaux 
immédiatement après les ferins , puifque 
c'eft en vertu des rapports établis par 



^ Voyez les pîanches enluminées j n,^ 485, 
%. i;&'/?.° 151,,% I. 

(aj Pajjcr fupernè fufco caflaneus , (maculis fufcis 
varius, fœmina^ infernè albo mfefcens (verfice £5* 
pe&ore rubrls 'M2Ls')y fpeêïore rufefiente maculis fufcis 
vario fœmina) ; taniâ in alis longitudlnali albât rec- 
tiicibus nigris , oris in utrogue latere albis. . , . Linaria 
rubra major; ia grande Linotte de vignes. Briflony 
tome II I , page i^S), 

AlyîBûç : Salus , Suivant Bélon. Nature des oi- 
feaux, page 357. 

Linaria marina , fanello marino, Aldrovande^ Or^ 
mthologia , tome II , page 825. 

Lin aria magis domejîica , magis rubens in capit^ 
if pe&ore , Kraut-Henffling, Gefner , de ai^ibus s, 
fage 591. 

Linaria marina Aldrovaiidi, Jonfton, aves,pag:€g^ 

Charleton , exercitationes , page 88 , nP 2. 

Linaria rubra^ mitior ^ Kraut-Henffing , SchwencR:- 
feld, aviaiium Silefi^, page 295, 

Linaria rubra Schwenckfddii , miïiaria Rnellii ,. 
miliaria nibma Longolii, Rothr Henffling Gem^L^ 
■ • 1> vj. 



§4 UiJÎGire Nattirelle 

elle entre ces deux efpèces que îeur mc- 
îange réuffit mieux que celui de lune 
des deux avec toute autre efpcce voiiîne *, 
& ce qui annonce encore une plus grande 
îînalogie , les individus qui réfultent de 
ce mélange 3 font féconds (bj:, fur-tout 

B _ -^-_^___ J- - - -^ 

vorum, Makolagwa Polonorum, Rzaczynskî, Au&ua- 
rium Poloniie, page ^go, 

Linaria ruhra major, greater red-headed LiniieU 
'Wiîlugbby5.;7fl^e i9i.,British ZooIogy,p«^e iio. 

Linaria ruhra major, Red linna, Ray 5 Synopfis 
method. avium , page 9 1 . 

Linaria fimpliciter , hlntt henffling , lluth rotke 
Irupling, f:acks-jînck. Kiein , ordo avium, page 93, 
§. ^^>n.^ I. . . _ 

Fringilla cannahina remigihus primorihus , re&rici^ 
lufque nigris , utroque margine albis. En Suédois., 
Jlaempling. Linnscus, Syfl. nat. ediî. x, G. 99 > 
Sp.. 22; & Fawia Suedca, //.° 209. 

Pajjer ex Bcetico-cinereus fincipiu & pe&ore fan- 
guineis. Linotte de vignes ; en Catalan , PaJJtrell 
Vermeil. Barrère, Ornithologia, page ^^, 

Linaria rubentibus maeulis inpedtore, Blut-henfHing. 
Frifch. pi. ix. 

Avis papai'erina quorumdam. 

Ç^eil: î'anjouvin des Provençaux , qui Pappeilent 
auîïi bec -figue d'hiver, parce que , fuivant M. Guys , 
cet oifeau eîl bon à manger en tout temps. 

(h) Cette Obfervation m^a été donnée par 
M. Daubenton ie jeune , M. Frifcb aiïlire qu'en 
spgariaot un linoi de vignes avec unç feiiielle 



de la Linotte. Sf 

lorfqu'on a eu foin de former la première 
union entre le linot mâle & la femelle 
canari» 

Il eft peu d'oifeaux auffi communs que 
la linotte *, mais il en eft peut-être encore 
moins qui réunifient autant de qualités : 
ramage agréable , couleurs diftinguées , 
naturel docile, & fufceptible d attache- 
ment 5 tout lui a été donné , tout ce qui 
peut attirer l'attention de l'homme, & 
contribuer à fes plailirs : il étoit difScile, 
avec cela , que cet oifeau confervât fa 
liberté -, mais il étoit encore plus difficile 
qu'au fein de la fervitude où nous Tavons 
réduit, il confervât fes avantages naturels 
dans toute leur pureté. En efîet, la belle 
couleur rouge dont la Nature a décoré 
fa tête & fa poitrine, & qui, dans letat 
de liberté , brille d'un éclat durable 5 
s'efface par degrés , & s'éteint bieirtôt 



canari blanche , accoutumée à fortîr tous les jours., 
& à revenir au gîte, ceiîe-ci fera fon nid & fa 
ponte dans un buifibn voifin , & que , lorfque fes 
petits feront écios, eile les rapportera à la fenêtre 
ce ia maifon. Il ajoute que ces mulets auront le 
plumage blanc de ia mère, & les marques rougqs 
du pèiej principalement fur h ttxç. 



8 6 Hijloire Naturelle 

dans nos cages & nos volières : il en refte 
à peine quelques veftiges obfcurs , après la 
première mue fc). 

A l'égard de fon chant , nous !e déna- 
turons, nous fubftituons aux modulations 
libres & variées 5 que lui infpirent le prin- 
temps & 1 amour 5 les phrafes contraintes 
d'un chant apprêté qu'il ne répète qu'im- 
parfaitement , & où l'on ne retrouve ni 
les agrémens de l'art , ni le charme de la 
Nature. On eft parvenu aulTi à lui ap- 
prendre à parler différentes langues, c'eft- 
à~dire , à fiffler quelques mots italiens (d)y 
François , anglois , &c. , quelquefois même 
à les prononcer affez franchement (e). 
Plufieurs Curieux ont fait exprès le voya- 
ge de Londres à Kenfington , pour avoir 
la fatisfaâion d'entendre la linotte d'un 



(c) Le rouge de fa tête fe change en un rousr- 
Brun varié de noirâtre , & celui de ia poitrine fe 
change à-peu-près de même ; mais la teinte des 
nouvelles couleurs eft moins rembrunie. Un Ama- 
teur m"'a afluré qu'il avoit éievé de ces Linottes 
qui avoient gardé ieur rouge ; c'eft un fait unique 
jufqu'à préfent. 

(d) Lodato Dio. Benedetto Dio, Prie Dieu 5 Prie 
Dieu , &c. 

ftj Voyez Vjedologie,i^?igQ 93. 



de la Linotte. S 7 

Apothicaire , qiir articuloit ces mots :- 
pretty Boy ; c etoit tout Ton ramage , & 
même tout Ton cri, parce qu'ayant été 
enlevée du nid deux ou trois jours après 
qu'elle étoit éclofe , elle n'avoit pas eu 
le temps d'écouter , de retenir le chant de 
fes père & mère 5 & que , dans ie moment 
où elle commençoit à donner de l'atten- 
tion aux fons 5 les Tons articulés de pretty 
JBoy furent apparemment les feuls qui 
frappèrent fon oreille 5 les feuls qu'elle 
apprit à imiter : ce fait, joint à plufieurs 
autres Yyy, prouve affez bien, ce me 



(f) Un chardonneret qui avoit été enîevé du^ 
nid deux ou trois jours après être éclos, ayant été' 
mis près d'une fenêtre donnant fur un jardin où 
fréquentoient des roitelets , chantoit exadement 
la chanfon du roitelet , & pas une feule note de 
celle du chardonneret. 

Un moineau enîevé du nid ïorfque fes aiîes^ 
commençoient à être formées^ ayant été mis avec 
im linot, & ayant eu dans le même temps occa- 
lion d'entendre un chardonneret , ii fe fit un 
ehant qui étoit un mélange de celui de la. linotte . & 
du chardonneret. 

Une go'ge-rouge ayant été mife fous la îeçoii: 
d'un roflîgnol excellent chanteur , mais qui ceiïa, 
de chanter en moins de. quinze jours , eut icS: 



8' 3 Blfloire Naturelle 

femble , l'opinion de M. Daines Baf- 
rington , que les oifeaux n'ont point de 
chant inné , & que le ramage propre aux 
diverfes erpèces d'oifeaux , & fes variétés , 
ont eu à-peu-près la même origine que 
les langues des différens Peuples 5 & leurs 
dialedes divers (g). M. Barrington avertit 



trois quarts du chant du roffignoî, & le refle de 
fon ramage ne refiembloit à rien. 

Enfin M. Earrington ajoute que îes ferins du 
Tiroi , à en juger par leur ramage , defcendent d'un 
. père commun, qui avoit appris à chanter d'un rof- 
lîgnoî 5 comm.e le premier père des ferins d'Angle- i 
terre paroît avoir appris à chanter d'une Far-' 
îoufe. Tranf Philo f. vol. 63, lo janvier 1773. Sr 
on éiève un jeune iinot avec un pinfon ou un rof- 
lignol, dit Gefner, il apprendra à chanter comme 
eux, & fur-tout cette partie du chant du pinfon, 
connue fous ie nom de boute - felle.. Rcitariu , 
page 591. 

(g) La mort du père , dans îe moment critique 
de i^inilrudion , aura occafionné quelque variété 
dans le chant des jeunes, qui, privés des leçons 
paternelles, auront fait attention au chant d'un 
autre oifeau, & l'auront imité, ou qui le modi- 
fiant , félon la conformation plus ou moins parfaite 
de leur organe, auront créé de nouvelles tournures 
de chant , qui feront imitées par leurs petits , & 
deviendront héréditaires, jufqu'à ce que de nou- 
-velles circonllances de même e;enre amènent de. 



de la Linotte. 8 9 

que, dans les expériences de ce genre, 
.il s'eft fervi par préférence du jeune linot 
mâle 5 âgé d'environ trois femaines , & 
commençant à avoir des ailes , non-feu- 
îement à caufe de fa grande docilité, & 
de fon talent pour Timitation , mais 
encore à caufe de la facilité de diftinguer , 
dans cette efpèce, le jeune mâle de la 
jeune femelle , le mâle ayant le côté 
extérieur de quelques-unes des pennes 
de Taile blanc jufqu à la côte, & la femelle 
Tayant feulement bordé de cette couleur. 
II réfulte des expériences de ce Savant , 
que les jeunes linots , élevés par diffé- 
rentes efpèces d'alouettes, & même par 
une linotte d'Afrique , appelée Vengoline^ 
dont nous parlerons bientôt , avoient pris 
non le chant de leur père , mais celui de 
leur inilitutrice : feulement quelques-uns 
d'eux avoient confervé ce qu'il nomme 
le petit cri d'appel j^ propre à leur efpèce. 



nouvelîes variétés. Si Pon y prend bien garde , rî 
n'y a pas deux oifeaux de ia même efpèce qui 
chantent exactement la même chanfon , mais ce- 
pendant ces variétés font renfermées dans cer- 
taines limites, &c» Ibidm, tiré de VAnnual iid- 
^'7y?e;-, amu^e 1773^ 



50 Hijioire Naturelle 

& commun au mâle & à la femelle , qu'ils 
avoient pu entendre de leurs pères & 
mères, avant d'en être féparés. 

II eft plus que douteux que notre 
linotte ordinaire (^>y 5 nommée par quel- 



fhj PaJJer fupernè fufco caflaiîeus , margiuibus 
fennariim dilutioribus , inferriè allô rufefiens f permis 
jfe&oris in exortu oh faire rubris Mas); tceiiia in alis 
longitudinali albâ, redtricibits nigris j cris in totâ 

circumfereiitiâ albis Linaria. La Linotte. Brif- 

fon 5 Ornit/îologia , tome TII, page 131. 

Linaria, Italis Fokonelo , Fandlo. Alicuhi canva^ 
lora nimlrum à Cannabi (c'eft une méprife; ia can- 
nevarolle efl une fauvette , comme le remarque 
Aidrovande). Sabaudis., Lynnette Germants Lynfinck, 
Schceflin , Henffling^ Flacksfinck ; Frifiis , Ruhin. An- 
glis , Linotta, Turcis, Geiegen, Gefner, de avibus , 
J>age^^go, 

Li narra; Italis fanello , faonello , fanetto ,..., Brd^ 
hantis Vlafvinch , Hollandis Knoe, Knue, Aldroyand. 
OrnithoL lib, xv ii l , page 823. 

A]yi^oç, Saliis, Linotte, Leinote, Luuote, Bélon j 
oif eaux, /7«^e 356. 

Fanello delta Marca , overo dell* Aquila , Linaria , 
falus guorumdam. Oiina , uccelleria pages 8 6* 45. 

Linaria. JEgithas Arijlot, Bellonii, Ligurinas, Mi- 
iiaria, Linota Gallis, Henffing, Leinfincke, Flachs- 
finke, Stein Henffing S lie fiis, Schwenckfeid , aviarium 
Silejiay page 294. 

Linaria pulgaris y tke commun Linnet. Vcmihus in- 



de la Linotte. . 5) i 

ques-uns Linotte grîfe j foit une efpèce 
différente de celle qui eft connue fous 
le nom de Linotte de vignes ou de Linotte 
rouge : car , i .^ les taches rouges , qui 
dîftinguent les mâles de cette dernière 
linotte 5 ne font rien moins qu'un carac- 
tère confiant 3 puifqu'elles s'effacent dans 
la cage , comme nous l'avons vu plus 
haut (i). 2.^ Elles ne font pas même un 



iiBa yidetnr. Wîlîughby, Ornithologla y page 190. 
Ray, Synopfis avium, page f^o, 

R. Sibbaïdus, prodrom, Hifi, Nat. Scoticë, pars 
2 , lib. 3 , page I S, 

Liimria mlgaris Wîllughhy, Rzaczynski, Audtua^ 
rîum Poloui^ , page 390. 

Linaria, the Linnet. Flax-Fiuch. Jonfton , E.rerczV. 

Linaria j der graue Henffling, & par corruption 
Kraut'Heiiffling, Linotte grife. Frifch, n.^ 9, 
art. 2. 

PaJJer ex cinereo Bceticus , Linaria JonJIonii; en 
Catalan 5 Pajfcrell Pardu, Barrére^ Ornithologiie fpe- 
cimen.page 55. 

T/ie L/////ef Britîsh Zooîogy ,;7û^6 iio. 

fij De quatre linottes maies , & par conféquent 
rouges, qui me furent apportées , ie 12 juillet , j'en 
fis mettre une au grand air , «Se trois dans la cham- 
bre , dont deux dans ia même cage. I.e rouge de 
îa tête de celles-ci commençoit h s'effacer le 2.8 
aoûtj ainfî que celui du bas de la poitrine. Le 



5>2 HiJIoire Naturelle 

câradcre cxclufif 5 puifqu on en recdnnoît 
des yeftiges dans Toifeau décrit comme 
le mâîe de la linotte grife ("kj , lequel 
mâle a les plumes de la poitrine dun 
rouge obfcur dans leur partie moyenne. 
3.^ La mue ternit & fait prefque difpa- 
roître pour un temps ce rouge , qui ne 
reprend fon éclat qu'à la belle faifon ^ 
mais qui 5 dès la fin du mois de feptembre , 
colore la partie moyenne des plumes de 



8 feptembre , une des deux fut trouvée morte 
dans îa cage : elie avoit la tête toute déplumée , 
& même un peu bieflee. Je m'étois aperçu que 
Fun des oileaux battoit l'autre depuis la mue, 
comme s'ils fe fufTent méconnus a caufe du chan- 
gement de couîeur. Le rouge de la tête de la linotte 
battue n'exifloit plus, puiique toutes les plumes 
étoient tombées , & celui de ia poitrine étoît 
plus qu^à demi-effacé. 

^ La troifiéme de celles qui étoient renfermées a 
mué fort tard, & a confervé fon rouge jufqu'à la 
mue. Celle qui avoit été tenue à {''air , s'eft échap- 
pée au bout de trois mois , & elle avoit déjà 
perdu tout fon rouge. Il réfulte de cette petite ex- 
périence, ou que le gTand air accélère ia perte du 
rouge , en accélérant la mue , ou que îa privation 
du grand air a moins de part à l'altération du plu-, 
mage de ces linottes que la privation delà liberté. 
(kj VoyQzïOrnitholo^ie de M. Briffon, tomelUg 



de la Linotte. 93 

la poitrine, comme dans rindividu que 
M. Briflon donne pour le mâle de la 
linotte ordinaire, 4.^ Gefner (l) à Turin , 
Olina (m) à Rome , M. Linn^eus (n) à 
Stockolm 5 Bélon (0) en France , & plu- 
lieurs autres , n'ont connu , dans leurs 
pays refpeaifs , que des linottes rouges. 
5«^ Des Oifeleurs expérimentés de notre 
pays 5 qui ont fuïvi les petites chaffes des 
oifeaux , pendant plus de trente ans , n'ont 
jamais pris un feul linot mâle qui n'eût 
cette livrée rouge au degré que compor- 
toit la faifon, & il eft à remarquer que, 
dans ce même pays 5 on voit beaucoup 
de linottes grifes en cage. 6.° Ceux même 
qui admettent l'exiftence des linottes 
grifes 3 conviennent que l'on ne prend 



(l) Page 591. 

(m) Page 45. 

(u) Il n'eft fait aucune mention de la linotte 
grife dans la Fauna Suecica ; M. Klein parle d'un 
M. Zorn, auteur d\ine Lettre fur îes oifeaux 
d'Allemagne, où il veut prouver qu'il n'y a qu'une 
feule efpèce de linotte, j'ai entendu dire la même 
chofe h plufieurs Oifeleurs, qui certainement nV 
voient pas lu cette Lettre , & M. Hébert, qui eft 
fait pour la juger, eft du même avis» 
(oj :Nature des oifeaux, pa^e 35, 



94 Hi/îoire Naturelle 

prefque jamais de ces linottes , (ur-tout 
en été *, ce qu ils attribuent à leur naturel 
défiant (^pj. 7.^ Ajoutez que les linottes 
rouges & grifes fe reffemblent finguliè- 
rement quant au refte du plumage, à la 
taille 5 aux proportions & à la forme des 
parties , au ramage , aux habitudes 5 & il 
fera facile de conclure que , s*il exifte des 
ïinottes grifes, ce font i.''^ toutes les fe- 
melles 5 2.^ tous ies jeunes mâles de 
i'année avant le mois d'odobre , qui eft 
ie temps où ils commencent à marquer , 
3.^ celles qui , ayant été élevées à la 
brochette , n'ont pu prendre de rouge 
dans rétat de captivité , 4.- celles qui , 
l'ayant pris dans Tétat de nature , lont 
perdu dans la cage (qj 5 5«^ enfin celles 
en qui cette belle couleur eft prefque 
effacée par la mue , ou les maladies > ou 
par quelque caufe que ce foit. 



{pj AldroY2inde^ tome II, page S 2^. 

(q) Il faut remarquer que ces oifeaux , qui 
©m eu des marques rouges, & qui les ont perdues, 
confervent aux mêmes endroits une couleur roufle 
approchant du rouge , que n'ont pas ies jeunes 
cîevés à ia brochette , & qui par conféquent n'ont 
jamais eu de rouge. 



de la Linotte. 95. 

D'après cela, on fera peu furpris que 
je rapporte ces deux linottes à une feule 
& .même efpèce , & que je regarde la 
grife comme une variété accidentelle, que 
les hommes ont créée en partie , & qui 
enfuite a été méconnue par fes auteurs. 

La linotte fait fouvent fon nid dans les 
vignes ', c'eft delà que lui eft venu le nom 
de linoue de vignes : quelquefois elle le 
pofe à terre *, mais plus fréquemment elle 
rattache entre deux perches ou au fep 
même : elle le fait aufli fur les genévriers , 
les grofeilliers , les noifetiers , dans les 
jeunes taillis , &c. On ma apporté un 
grand nombre de ces nids dans le mois 
de mai , quelques-uns dans le mois de 
juillet, & un feul dans le mois de fep- 
tembre : ils font tous compofés de petites 
racines, de petites feuilles & de moufle 
au-dehors , d'un peu de plumes , de crins 
& de beaucoup de laine au-dedans. Je 
n'y ai jamais trouvé plus de fix œufs : celui 
du 4 feptembre n'en avoit c|ue trois. Ils 
font dun blanc-fale, tachetés de rouge- 
brun au gros bout^ Les linottes ne font 
ordinairement que deux pontes , à moins 
qu on ne leur enlève leurs œufs , ou qu'on 



5) (3 Hijloire Naturelle 

ne les oblige de les renoncer -, dans ce 
cas 5 elles font jurqii'à quatre pontes : la 
mère 5 pour nourrir fes petits, leur dé- 
gorge 3 dans le bec , les alimens qu'elle 
leur a préparés , en les avalant & les di-. 
gérant à demi dans fon jabot. 

Lorfque les couvées font finies & la 
famille élevée , les linottes vont par 
troupes nombreufes , ces troupes com- 
mencent à fe former dès la fin daoût, 
temps auquel le chenevis parvient à fa 
maturité : on en a pris, à cette époque, 
jufqu'à foixante d'un feul coup de filet (^r^, 
& parmi ces foixante , il y avoit quarante 
mâles. Elles continuent de vivre ainfi en 
f ociété pendant tout Thiver , elles volent 
très-ferrées , s'abattent & fe lèvent toutes 
enfembîe, fe pofent fur les mêmes arbres, 
& 5 vers le commencement du printemps , 
on les entend chanter toutes à -la -fois: 
leur afyle pour la nuit , ce font des chênes, 

des charmes , dont les feuilles , quoique 

^ ^' 

(r) On peut y employer ie filet d'aîouette, 
mais moins g.and & à mailles plus ferrées ; i! 
faut avoir un ou deux linots mâles pour fervir 
d'appeaux ou de chantereifss. On prend fouvent 
avec les linottes des pinfons & d'autres petits oifeaux, 

sèches. 



de la Linotte. 97 

lèches 5 ne font point encore tombées. 
On les a vues fur des tilleuls , des peu* 
•^pliei's , dont elles piquoient les boutons. 
Elles vivent encore de toutes fortes de 
petites graines , notamment de celle de 
chardons , &c. , auffi les trouve -t- ou 
indifféremment dans les terres en friche , 
& dans les champs cultivés : elles mar- 
chent eh fautiilant y mais leur vol eft 
fuivi 5 & ne va point par élans répétés 
comme celui <Iu moineau. 

Le chant de la linotte s'annonce par 
une efpèce de prélude. En Italie , on 
préfère les linottes de TAbruzze ulté- 
rieure & de la Marche-d'Ancone , pour 
leur apprendre à chanter ( fj. On croît 
communément en France que le ramage 
de la linotte rouge eft meilleur que celui 
de la linotte grife : cela eft dans Tordre \ 
car Toifeau qui a formé fon chant au ïom 
de la liberté 5 & d'après les impreffions 
intérieures du fentiment, doit avoir des 
accens plus touchans 5 plus expreffifs que 
l'oifeau qui chante fans objet , & feule- 

(J) Olina, jPû^e 8. 
Oïfcaux , Tome VIL E 



$8 Hijloire Naturelle 

ment pour fe défennuyer , ou par la né- 
ceflîté d'exercer fes organes. 

Les femelles ne chantent ni n appren*- 
iient à chanter , les mâles adultes , pris au 
filet ou autrement 5 ne profiteroient point 
non plus des leçons qu'on pourroit leur 
donner , les jeunes mâles , pris au nid , 
font les feuls qui foient fufceptibles d e- 
ducation. On les nourrit avec du gruau 
d'avoine & de la navette broyée dans 
du lait ou de Teau fiicrée. On les fiffle le 
foir à la lueur d'une chandelle , ayant 
attention de bien articuler les mots qu'on 
veut leur faire dire : quelquefois , pour 
îes mettre en train , on les prend fur le 
doigt, on leur préfente un miroir, où ils 
fe voient , & où ils croient voir un autre 
oifeau de leur efpèce *, bientôt ils croient 
l'entendre, & cette illufion produit une 
forte d'émulation , des chants plus animés 
& des progrès réels. On a cru remarquer 
qu'ils chantoient plus dans une petite 
cage que dans une grande. 

Le nom feul de ces oifeaux indique 
affez la nourriture qui leur convient : on 
n^ les a nommés linottes (LinaridJ que 



de la Linotte. 99 

parce qu'ils aiment la graine du lin , ou 
celle de la linaire -, on y ajoute le panis , 
la navette , le chenevis , le millet , l'ai- 
pifte, les graines de raves, de choux, de 
pavots (t) y de plantin , de poirée , & 
quelquefois celle de melon broyée : dt 
temps en temps du maffepain , de Tépine^ 
vinette , du mouron , quelques épis dé 
blé 5 de Tavoine concaliée , même un peu 
de fel , tout cela varié avec intelligence. 
Ils caffent les petites graines dans leur 
bec 5 & rejettent les enveloppes : il leut 
faut très-peu de chenevis , parce qu'il les 
engraide trop , & que cette graille ex- 
ceuive les fait mourir, ou , tout au moins ^ 
les empêche de chanter. En les nourriffant 
& les élevant ainfî foi-même, non-feule- 
ment on leur apprendra les airs que Ton 
voudra , avec une ferinette , un flageo- 
let , &c. , mais on les apprivoifera. Olina 
confeille de les garantir du froid , & 
même il veut qu'on les traite dans leurs 



(tj Gefner dit que fi on ne donnoit que de 
îa graine de pavots pour toute nourriture , foitî 
aux linottes, foit aux chardonnerets, ils devieBN 
dcoient aveugles. De Apibus, j^age 591. 

E il 



100 Hijîoire Naturelle 

maladies, que Ton mette , par exemple, 
dans leur cage un petit plâtras , afin de 
prévenir la conftipation (^uj , à laquelle 
ils font fujets *, il ordonne Toximel , la 
chicorée , & d'autres remèdes contre 
Taichme , l'étifie (xj , & certaines convul- 
iions ou battemens de bec que Ton prend 
quelquefois , & que j'ai pris moi-même 
pour une carefle : on diroit que ce petit 
animal ^ preffé par le fentiment, fait tous 
les cuorts pour Texprimer -, on diroit 
qu'il parle en eflet y & cette expreffion 
j-nuette , il ne Tadrelie pas indiftinclement 
à tout le monde : quiconque aura bien 
obfervé tout cela, fera tenté de croire 
que c'eft Olina qui s'eft trom.pé , en 
prenant une (împîe caredc pour un 
iymptôme de maladie. Quoi qu'il en 
foit, il faut fur-tout beaucoup d'attention 
far le choix & la cjuaîité des graines que 
l'on donne à ces oifeaux , beaucoup de 



{aj Clina, page 8, 

(x) Les linottes prîfopnières font atuTi fujettes 
911 iPicl caduc, ati bouton; ies uns difent qu'elles 
TiC guérilient jamais de ce bouton , les autres 
.€onreîiient de le percer promptemenl ^ d^cruTer 
h jietîte plaie avec du vi.n. 



de la Linotte. i o i 

propreté dans la nourriture , le breuvage, 
la volière. Avec tous ces foins , on peut 
les faire vivre en captivité cinq ou fix 
années, fuivant Oiina (y) y & beaucoup 
plus félon d autres (^^J. Ils reconnoiiient 
les perfonnes qui les foignent , ils s'y 
attachent, viennent fe pofer fur elles par 
préférence , & les regardent avec Tair de 
lafFedion. On peut. Ci Von veut abufer 
de leur docilité , les accoutumer à lexer- 
cice de la galère > ils en prennent les 
habitudes auin facilement que le tarin 8c 
le chardonneret. Ils entrent en mue aux 
environs de la canicule, & quelquefois 
beaucoup plus tard. On a vu une linotte 
& un tarin , qui n'ont commencé à muer 
qu au mois d'odobre : ils avoient chanté 
jufque-Ià, & leur chant étoit plus animé 
que celui d aucun autre oifeau de la 
même volière *, leur mue , quoique re- 
tardée, fe pafla fort vite & très-heureu- 
fement. 

La linotte eft un oifeau pulvérateurj 



Cy) Oiîna, page 8. 

ClJ On en a vu une à Montbard , qui avoit 
di»fept ans bien confiâtes. 

E iij 



102 HiJIoire Naturelle 

Se on fera bien de garnir le fond de fa 
cage d'une couche de petit fable, qu'on 
renouvellera de temps en temps. II lui 
feut auflî une petite baignoire *, car elle 
aime également à fe poudrer & à fe 
baigner. Sa longueur totale eft de cinq 
pouces quelques lignes •, vol , près de 
neuf pouces , bec , cinq lignes *, queue , 
deux pouces , un peu fourchue , dépaffant 
les ailes d'un pouce. 

Dans le mâle 5 le fommet de la tète 
& la poitrine font rouges, la gorge & le 
deflous du corps d'un blanc roufsâtre , 
le deffus couleur de marron , prefque 
toutes les pennes de la queue & des 
^iles 5 noires bordées de blanc , d'où 
réfulte 5 fur les ailes repliées , une raie 
blanche parallèle aux pennes , commua 
nément la femelle n'a point de rouge, 
comme on l'a dit ci-deiTus , & elle a le 
pUîiwge du dos plus varié que le mâle. 

#} 



ni. 



j^i- r. LfiUjf- 20 




&iti/otSc. 



LA JLINOTTE. 



r • •. ». 



105 



Variétés de la LINOTTE. 

I. La linotte blanche. J'ai vu 
cette variété chez le fieur Defmoiiiins , 
Peintre : le blanc dominoit en effet dans 
fon plumage *, mais les pennes des ailes 
& de la queue étoient noires bordées 
de blanc , comme dans notre linotte 
ordinaire y & de plus on voyoit quelques 
veftiges du gris de linotte fur les cou- 
vertures fuperieures des ailes: 

II. La linotte aux pieds noirs; 
Elle a le bec verdâtre & la queue très- 
fourchue*, du refte, c'eft la même taille, 
mêmes proportions , mêmes couleurs que 
dans notre linotte ordinaire. Cet oifeau 
fe trouve en Lorraine, & nous en devons 
la connoifTance à M. le Docteur Lettinger, 
de Sarbourg, 






104 Hifœire Naturelle 

L E 
GTNTRL DE STRASBOURG''. 

On sait fort peu cTe chofe de cet oifeau*, 
mais le peu qu'on en fait, ne préfente 
guère que des traits de reirenibîance avec 
notre linotte. Il eil de même taiiîe , il fe 
nourrit des mêmes graines, il vole comme 
elle en troupes nombreufes ^ il pond des 
œufs de la m.ême couleur \ il a la queue 
fourchue 5 ie delTus du corps rembruni , 
îa poitrine roufle, mouchetée de brun , & 
le ventre blanc. A la vérité 5 il ne pond 
que trois ou quatre œufs, félon Gefner, 
& il a les pieds rouges : mais Gefner 
étoît-il affez inftruit de la ponte de ces 
oifeaux ? Et quant aux pieds rouges , nous 
avons vu 5 nous verrons encore que cette 

^ C'efl îe nom que Gefner a donné à cet oi- 
feau. Ornithologia , page 796. Et d'après lui Air 
êroY^nde^ Ornithol. page è2g, 

Paffèr fiipernè fufcns infernè rufus, maculis fufcis 
varinsy imo pentre albicante ^ n^rïcibus fufcis ^ 
pedihus rubiaindis, Linavia Jrgeiiîoraten/is , Linotte 
tk Str.asbourg. BriiTonj tome ULpage 146, 



du Gyntel de Strajhourg. 105 

couleur n'eft rien moins qu'étrangère aux 
linottes 5 fur-tout aux linottes fauvages. 
L'analogie perce à travers ces diflérences 
mciîie 5 & Je fuis tenté de croire que 
lorfque le gyntel fera mieux connu , il 
pourroit bien fe rapporter , comme va- 
riété de climat, de local 5 &c, , à Tefpèce 
de notre linotte. 




E y 



io6 Hijloire Naturelle 



L A 
LINOTTE DE Montagne (a). 

Elle se trouve, en effet , dans k 
partie montagneufe de îa province de 
Derby en Angleterre 5 elle eft plus grofle 



(a) PaJJer fiiperue nigro & rufefiente varius , in- 
feriiè alhidus ; penuis in collo inferiore E:f pe&ore in 
medio nigris; (uropygio ruhro Mas) t<£niâ in dis 
tranfperfà albâ; re&ricibus fiifiis , oris lateralium in 
iitroque latere alhis, . . . Linaria montana , ia linotte 
de montagne. Erifîbn^ tome 111, page 145. 

Linaria montana, the mountain Linnet^'Willughhy ^ 
Ornithologia , pagt 191^ Synopf, meth.pagegi, British 
Zoology <) page m. 

Lin aria ftra, faxatilis, Stein Henffing Schwenckfeld , 
avis Silefia, page 294, 

Linaria fera faxaiilis Schwevckfeldii ^ Linaria 
montana Willnghby y au fanello dell' jlquiU Olincef 
S rein Henffing Frifihii, Grawer HenffUng, Kl^'m ^ 
Ordo aviumj page 93. 

Seroit-ce cette féconde linotte dont parie Gef- 
ner , page 591 , & diaprés îui Schwenckfeld , 
page 194, laquelle eft plus fauva^e que la linotte 
ordinaire , chante moins bien , & habite les mon- 
tagnes arides, du m.oins l\ en juger par îe nom ds 
Stein HenffUng (linotte de rocher) par lequel ii 
la défigue ? 



dd la Linotte de Montagne, i o 7 

qy\t la nôtre (b) : elle a le hcc plus fin à 
proportion \ & le rouge que notre linotte 
mâle a fur la tètt & la poitrine , le mâle 
de celle-ci le porte fur le croupion (c). 
Du refte 5 c'eft à-peu-près le même pki^ 
mage : la poitrine & la gorge font Tariécs 
de noir & de blanc > la tête de noir & de 
cendré, & le dos de noir & de rcufsâtre. 
Les ailes ont une raie blanche tranfver- 
fale 5 très - apparente , attendu qu'elle fe 
trouve fur un fond noir *, elle eft formée 
par les grandes couvertures qui font ter- 
minées de blanc. La queue eft longue de 
deux pouces & demJ , compofée de douz« 
pennes brunes *, mais dont les latérales 
ont une bordure blanche , d'autant plus 
large que la penne eft plu5 extérieure. 
Il eft probable qu^ la linotte de mon-* 



(h) Il eft évident, par cela feui , que cette 
linotte é\ tout-à-fait différente du cabaret ou 
petite îinotte avec laquelle on l'a confondue par 
méprife. Voyez British Zoology , page m. 

(c) Je ne fais pourquoi M. Kiein , parîant de 
cette iinotte de Wi!I«.ighby, & citant cet Auteur, 
page 93 , dit pofïtivement qu'elle n'a point de 
rouge , contre le texte formel de Wiilughby , 
fagc 191. 

E Y) 



I o 8 Hijtoire Naturelle. 

tâgne a la queue fourchue y & îe ramage, 
agréable, quoique Willughby ne le diCe 
pas exprefîément *, mais il a rangé cet 
oifeau avec les linottes 5 & il compte ces 
deux caraûères parmi ceux qui font 
propres aux linottes. Si Ton admet cette 
conféquence 5 la linotte de montagne 
pourroit bien auffi n'être qu'une variété 
de climat ou de local. 




109 



* LE CABARET (^J- 

JLoRSQu'iL s'agit d OISEAUX en qui les 
couleurs font auffi variables que dans 
ceux-ci 5 on s'expoferoit à une infinité de 
méprifes , fi Ton vouloit prendre ces 
mêmes couleurs pour les marques dif- 
' tindlives des efpèces. Nous avons vu que 
notre linotte ordinaire , dans Tétat de 
liberté , avoit du rouge fur la tête & fur 
îa poitrine *, que la linotte captive n'en 
avoit que fur la poitrine , encore étoit-il 
caché 5 que la linotte de Strafbourg Tavoit 



* Voyez les Planches enluminées, //.^ ^^S>fiê'* 2* 

(aj Pajjer fupernè nigiicaim & rufefcente pari us, 
infernè rufefcens ; ventre albido ; t^niâ fupra oculos 
rufefcente; maculis roftrum in ter & oculos , &' fub gut- 
ture fufco-nigricàntibus (vertice & uropygio rubris 
Mas) ; (vertice rubro fœmina^, tceuiâ in dis tranfperfà 
uibo-rnfefcente; redtricibus fufcis, oris in totâ circum^ 
ferentiâ rufefctntibus, . . . Linaria minima. La petite 
linotte ou ie cabaret. Briffon, tome III , page 142. 
An fanello dell'Jquila Olinse , page 8. Briiibn, ihid, 

Picaveret, Bélon, Nature des oi'i^^wy.^page 356. 

La petite iinotte, twite, Albin, Hift. Nat. des 
€ifeaux-j tome III , page 31. 



1 1 o Hijloire Naturelle 

inix pied* 5 que celle de montagne ravott 
fur îe croupion -, M. Briflon dit^que celie 
qu'il nomme petite linotte de vignes ^ en 
^ fur la tête & fur la poitrine , & Gefner 
ajoute fur le croupion : Willughby fait 
mention d'une petite linotte qui n avoit 
de rouge que fur la tête , & reflembloit 
en cela à deux autres décrites par AI- 
drovande *, mais qui en difFéroit à d'autres 
égards. Enfin le cabaret de M. Briffon 
OToit du rouge fur la tête & le croupion, 
& celui de M. Frifch n'en avoit point 
fur la tête. Il efr vifible qu'une grande 
partie de ces variétés viennent du temps 
êc àts circonftances où ces oifeaux ont 



Linaria peStore fubluteo , Gtlbkehlige Henffliig ^ 
Quitter. Linotte à gorge jaunâtre. Frifch, tome I 
eiajf. T, art, 3,/?.^ lo. 

li ell difficile de reconnoître notre cabaret dans 
îa defcription que fait Olina de fon Fanello, 
àell'Aquila , qvqto délia Marca, page /jc ^ dans lequel 
il- ne paroît pas qu^ii y ait U' e feuie plume rouge y,' 
& qui fembîe plus grand que notre cabaret. Je 
doute aufîi eue {a linotte à gorge jaunâtre de M. Frifcli 
foit exadement de la même efpèce, s'il efl: bien 
vrai, comme ii le dit, claffe ï, divifiou g.e ari:. 3 , ; 
que cette iinctte ne chante point ; car nous fommcj ; 
fûrs que Iç çubarct u un rtimage fort agréable» 



du Caharet. i 1 1 

été vus : fi ceft au milieu du printemps i» 
ils avoient îeurs plus belles couleurs -, (i 
c eft pendant la mue , ils n'avoient plus 
de rouge *, fi c'eft d'abord après 5 ils n en 
«voient pas encore *, fi c'eft après avoir 
été tenus plus ou moins de temps en 
cage, ils en avoient perdu plus ou moins^ 
& fi les plumes des différentes parties 
tombent en des temps différens 5 c'eft 
encore une fource abondante de variétés. 
Dans cette incertitude , on eft forcé d'a- 
voir recours , pour déterminer les ef- 
pècesj à des propriétés plus conftantes^ 
à la forme du corps , aux mœurs , aux 
habitudes. Faifant l'application de cette 
méthode, je trouve qu'il n'y a que deux 
efpèces d'oifeaux à qui l'on ait donné le 
nom de pence linotte : Tun qui ne chante 
point, qui ne paroit que tous les fix ou 
fept ans , arrive par troupes très-nom- 
breufes , reffemble au tarin , &c. \ c'eft la 
petite linotte de vignes de M. Briffon •, 
i'aiître eft le cabaret de cet article. 

M. Daubenton le jeune a eu 5 pendant 
deux ou trois ans , un de ces oifeaux qui 
avoit été pris au filet : il étoit d'abord 
très-fauvage ) mais il s'apprivoifa peu-à- 



I i z Hijloire Naturelle 

peu, & devint tout-à-fait familier. Le 
chenevis étoit la graine dont il paroifloit 
îe plus friand. Il avoit la voix douce & 
mélodieufe , prefque femblable à celle de 
ia fauvette 5 appelée trame - buijjon ; il 
perdit tout fon rouge dès la première 
année , & il ne le reprit point \ fes autres 
couleurs n'éprouvèrent aucune altération. 
On a remarqué que lorfqu'il étoit en mue 
ou malade 3 fon bec devenoit auffi-tôt pâle 
& jaunâtre 5 puis reprenoit par nuances 
la couleui- brune à mefure que Toifeau fe 
portoit mieux. La femelle n'eft pas en- 
tièrement dépourvue de belles couleurs -, 
elle a du rouge fur la tête 5 mais elle n'en 
a point fur le croupion : quoique plus 
petite que la femelle de la linotte ordi- 
naire 5 elle a la voix plus forte & plus 
variée. Cet oifeau eft affez rare , foit en 
Allemagne , foit en France , il a le vol 
rapide , & ne va point par grandes 
troupes : fon htc eft un peu plus fin à 
proportion que celui de la linotte. 

Mefures : la longueur totale du cabaret 
eft de quatre pouces & demi -, fon vol a 
près de huit pouces, fon bec un peu plus 
de quatre lignes ^ fa queue deux pouces j^ 



du Cabaret. i i 3 

cHe eft fouixhuc , & ne dépafle les ailes 
que dehuit lignes. 

Couleurs : le defllis de la tête & le 
croupion rouges*, une bande roufsâtre fur 
les yeux , le delTus du corp$ varié de 
noir & de roux -, le deffous du corps 
roux , tacheté de noirâtre fous la gorge , 
îe ventre blanc -, les pieds bruns, quelque- 
fois noirs : les ongles font fort alongés, 
& celui du doigt poftérieur eft plus long 
que ce doigt. 




114 HiJIoire Naturelle 



OISEAUX ÉTRANGERS 

Qui ont rapport à la Linotte» 

I. 

LA FENGOLINE (a). 

1 ouT CE QUE l'on SAIT de Thiftoire de 
cet oîfeau , c eft qu'il fe trouve dans le 
royaume d'Angola 5 qu'il eft très-familier, 
qu'il eft compté parmi les oifeaux de ce 
pays qui ont le ramage le plus agréable , 
§c que fon chant n'eft pas le même que 
celui de notre linotte. Le cou , le deiius 
de la tête & du corps font variés de deux 
fcruns, le croupion a une belle plaque dé 



(a) C^eft le nom que M. Daines Barrington, 
Vice-prélident de la Société royale , donne k 
eette linotte d'Afrique , dans fa lettre à M. Maty , 
fur ie chant des oifeaux. Tranf. philo f. vol. 63 , 
fart, 1, Jo jaiwier 1773. Il a beaucoup de rap- 
port avec celui de Benguelinha^ que iui donne 
M. Edwards. 

Pajjlv fupernk cinereo fiicefcens , mactdis ftifiis va- 
nus , infernè fpadiceus ; pe&ore dilutiore ;plumulis bafiin 
r§JIri ambieuiibus 6* ^uttun iilgris ; ^enis 6* culture 



des Oifeaux étrangers, i i j 

Jaune , qui s'étend jufqu'aux pennes de 
la queue : ces pennes font brunes , bordées 
& terminées de gris-clair, ainfi que les 
çennes des ailes , & leurs grandes & 
moyennes couvertures. Les côtés de la 
tête font d un ¥oux-clair *, il y a un trait 
brun fur les yeux : le defTous du corps & 
les côtés font tachetés de brun fur un 
fond plus clair. 

M. Edwards, qui nous a fait connoitre 
îa vengoline , & qui en a donné la figure 
au bas de la planche 1 2ç , incline à croire 
que c'eft la femelle d'un autre oifeau re*- 
préfenté au haut de la même planche : cet 
iautre oifeau eft appelé négral ou îobaque^ 
& fon chant approche fort de celui de La 
vengoline. Pour moi ? j'avoue que Le 



ûîho macidatis ; uropygio luteo ; redtricihus fufcîs , 
finereo albo in apice mavgiuatis (Mas). 

Pajjlr fupernè fufco rufefcens, iiiferiiè rufefiens mc^ 
culis fiifcis fupernè & infernè vanus\ taenia utrimque 
per $culos fufcâ ; genis dilutè rufefcentibus ; nropygig 
luteo; re&ricibiis fnfcis , cinereo albo in apice margt- 
i/rtfi5 (femina) . . . linaria AngoUnfis , ia iinotte 
d'Angola. Briffon, tom^ VI, Supplénu page 8i. 

Linnetfrom Angola, Tobaqiie, Negral , le mâie; 
Ben^udin/ia, ia femelle. Edwards , pL 129. 



ï î 6 Hifîoire Naturelle 

chant de ceile-ci (b) me fait douter que 
ce foit une femelle \ je croirois plus vo- 
iontiers que ce font deux mâles de b 
même efpèce 5 mais de climats différens , 
dans lefquels chacun aura été nommé 
différemment v ou du moins que ce font 
deux mâles du même climat , dont 1 un , 
ayant été élevé dans la volière , aura perdu 
réclat de fon plumage 5 & l'autre 5 n'ayant 
été pris que dans Tâge adulte , ou n'étant 
reftc que peu de temps en cage 3 aura 
mieux confervc fes couîeui*s. Les couleurs 
dn négraî font, en effet , plus riches & 
plus tranchées que celles de la veiigoline. 
La gorge? le front ? le trait qui paife fur 
les yeux, font noirs, les joues blanches, 
la poitrine & tout le defîous du corps 
d'une couleur orangée fans mouchetures, 
& qui devient plus foncée fous le ventre 
& fous la queue. Ces deux oifeaux font de 
la groiieur de notre linotte, M. Edwards 
ajoute qu'ils en ont Tœil & le regard. 

(h) M. Daines Barrîngton prétend que la ven- 
goîine eft fupérieure, pour ie chant, à tous les oi- 
feaux chanteurs de l'Afie , de l'Afrique & de 
FAmirique j excepté toutefois k moqueur d'Ame* 
rjquec 



des Oifeaux e't ranger s. 117 

I I. 

LA LINOTTE GRIS-DE-^FER (c). 

Nous DEVONS la connoifTance de cet 
oifeaii à M. Edwards qui Ta eu vivant, 
& qui en donne la figure & la defcription , 
fans nous apprendre de quel pays il lui 
eft venu. Son ramage eft très-agréable. II 
a les allures 5 la taille 5 la forme & les 
proportions de la linotte , à cela près que 
fon bec eft un peu plus fort. Il a le 
deffous du corps d'un cendré fort clair ^ 
le croupion un peu moins clair *, le dos ^ 
le cou & le deffus de la tête gris-<ie-fer j 
les pennes de la queue & des ailes noi- 
râtres 5 bordées de cendré-clair ^ excepté 
toutefois les plus longues pennes des 
ailes 5 qui font entièrement noires vers 
leur extrémité , & blanches vers leur 
origine s ce qui forme à Taile un bord 
blanc dans fa partie moyenne. Le bec 
inférieur a fa bafe entourée auffi de 
blanc 5 & cette couleur s'étend jufque 
fous les yeux. 

(c) The Greyfinch d'Edwards,//. 179. 



I I 8 HiJIoire Naturelle 

I I I. 

LA LINOTTE A TÈTE JAUNE (d). 

M. Edwards favoit bien que ctt 
oifeau étoit nommé, par quelques-uns, 
moineau du Mexique; Se ^ s il lui a donné 
le nom de linotte j ceft en connoiffancc 



(dj The Yellow " headed - liniitt , linotte à tête ■ 
jaune. Edwards, pL 44. ^ 

Pajjer fuperuè obfcurè fufcus ,maculis nigris varias , 
infime dilutè f II feus , maculis obfcuris , fnfcis variega- 
tus ; cap i te auttriiis, genis & gutture luteis ; tceuià 
jfouè oculos lougitudiuali fufcâ ; redtricibus nigricanti" 
bus, . . . PaJJlr Mexicanus , moineau du Mexique, 
BriiTon, tome 1 H, page 97. 

Loxia grifea, fronte, gulâ , uropygio , fupercili'if- 
qtie luteis, Loxia Mexicana, Linnseus, Syfi, Nat. 
éd. X, g. 96, fp. 19. 

Emberiia J^ava Mexicana, Klein, Ordo , av» 
page 92, n.^ 9, d'après Edwards. 

Le Dodeur Fermen , dans fa Defcription de Su- 
rinam , page 199, 2.^ partie, fait mention d'une 
linotte à gorge & bec jaunes , dont le refte du plu- 
mage ell cendré. ** Ceft, dit il, un oifeau de Sa- 
» ^ane, qui eft plus grand que ie moineau. ... H 
« n'a pas un chant qui mérite qu'on ie mette en 
M cage, mais, en récompenfe, on le regarde comme 
M une efpèce d'ortolan y parce qu'il eft très-bon k 
manger. >i 



des Oifeaux étrangers. 119 

de caufe, & parce qu'il lui a paru avoir 
plus de rapport avec les linottes qu'avec 
les moineaux : il eft vrai qu'il lui trouve 
âuffî du rapport avec les ferins , & y 
d'après cela, on feroit fondé à le placer 
avec rhabefch , entre les ferins & les 
linottes : moins l'hiftoire d'un oifeau eft 
connue , plus il eft difficile de lui marquer 
fa véritable place. 

Celui-ci a le htc couleur de chair 
pâle, les pieds de même couleur, mais 
plus fombre \ la partie antérieure de la 
tête & de la gorge , jaunes , & , fur ce 
fond jaune, une bande brune de chaque 
côté de la tête , partant de l'œil & d^Ç- 
rendant fur les côtés du cou *, tout le 
deffus du corps brun , mais plus foncé 
fur les pennes de la queue que par-tout 
ailleurs , & femé de taches plus claires 
fur le cou & fur le dos : la partie in- 
férieure du corps , jaunâtre , avec des 
taches brunes longitudinales , & clair- 
femées fur le ventre. & la poitrine. 

Cet oifeau a été apporté du Mexique* 
M. Briffon dit qu'il eft à-peu-près de 
la grofleur du pinçon d'Ardennes*, mais, 
à juger par 1^ figure de grandeur natu- 



12 Hijîoire Naturelle 

relie qu'en donne M. Edwards , il doit 
être plus gros. 

I V. 
LA LINOTTE BRUNE (e). 

Comme cet oiseau n'eft connu que 
par M. Edwards, qui Ta deffiné vivant, 
j'ai cru devoir lui conferver le nom qujè 
cet habile Obfervateur lui a donné. 
Prefque toutes fes plumes font noirâtres , 
bordées d'une couleur plus claire , la- 
quelle tient du rôufsâtre fur la partie 
fupérieure du corps*, la couleur générale, 
qui réflilte de ce mélange 5 eft rembrunie, 
quoique variée : il y a une teinte de 
cendré fur la poitrine & le croupion \ le 
bec eft auffi cendré , & les pieds font 
bruns. 

Il me femble que M. BrilTon n'auroit 
pas dû confondre cet oifeau avec le petit 
moineau brun de Catefby (fj , dont le 

(e) The dusky-îinnet. Edwards, pL 270. 

(f) The litde-brown fparrow. Catesby, Caroline, 
tùme I, page 35. 

PaJJhculus jimpliciter j Braunev Zwevg, petit moi- 
îieau de Catesby. Kiein y ordo oïdium, page Sg , 
«.^ X. 

plumage 



des Oifeaux étrangers. 1 1\ 

plumage cft d'un brun uniforme fanSf 
aucune marbrure, & par conféquent affe^i 
différent, mais la diflérence de climat cft 
encore plus grande, car la linotte brune 
de M. Edwards venoit probablement dit 
Bréiil, peut-être même d'Afrique-, & lé 
petit moineau de Catelby fe trouve à la 
Caroline & à la Virginie, où il niche &: 
refte toute Tannée. M. Catefby no'ws? 
apprend qu'il vit d'infedes, & prefque 
toujours feul , qu'il n'eft pas fort com- 
mun 5 qu'il s'approche des lieux habités , 
& qu'on le voit fautiilant perpétuellement 
fur les buiffons. Nous ne connoiffons 
point les mœurs de la linotte brune. 



PaffcT in toto corpore fiifcus , fupernè faturatiîts , in- 
ftvuè dilutiùs remigibus rectricibiifque fufcis, . . PaJJer 
Virgiuiamis, Moineau de Virginie. BrifTon, toinc lU \> 
jagç loj. 




Oifeaux, Tome VIL 



12 2 Hijîolre Naturelle 



LE MINISTRE (a), 

V>'est le nom que les Oifeleurs donnent 
à un oifeau de la Caroline , que d'autres 
appellent Yéyêque ^ & qu'il ne faut pas 
confondre avec Tévêque du Bréfil , qui 
cft un tangara. Je le rapproche ici de la 
îinotte 5 parce qu'au temps de la mue , 
H lui refiemble à s'y méprendre 5 & que 
ia femelle lui reflemble en tout temps. 
La mue a lieu dans les mois de feptembre 
& d'odobre , mais cela varie comme pour 
les veuves & pour beaucoup d'autres 
oifeaiix : on dit même que fouvent le 
fâiiniftre mue deux fois , en quoi il fe 
rapproche encore des veuves , des ben- 
galis , &c. 

Lorfqu'il a fon beau plumage , il efi 
d'un bleu-célefte, foutenu d'un peu de 
Tiolet qui lui fert de pied : fe fouet de 
l'aile eft d'un bleu -foncé , & rembruni 



(a) On a vu pîufieurs fois cet oifeau ckez la 
fîeur Château , à qui fon doit ie peu que Wm 
fait de fon hiftoije. 



du Minîjîre. 1 1 3 

3ans le mâle, & d'un brun verdâtra dans? 
la femelle*, ce qui fuffit pour diftrnguer 
celle-cî du mâle en mue 5 dont îe plumage 
au refte eft affez femblable à ceîui de la 
femelle. 

Le miniftre eft de îa grofîeur ^i\ ferîn , 
&, comme lui 5 vit de millet 5 de grai^ie 
d'alpifte, &c. 

Catefby a fait repréfenter ce même 
oifeau fous le nom de linotte bleue (b)^ 
& nous apprend qu'il fe trouve dans les 
montagnes de la Caroline , à cent -cin- 
quante milles de la mer \ qu'il chante à- 
peu -près comme la linotte; que les 
plumes de la tête font d'un bleu plus 
foncé •, celles du deffous du corps d'un 
bleu plus clair *, que les pennes de la 
queue font du même brun que les pennes 
des ailes , avec une légère teinte de bleu ; 
enfin qu'il a le bec noirâtre & les pieds 

(h) The Blue-llmm : îes Efpagnoîs l'appeîieiic 
axjil lexos, Catesby , pL 45. 

Tangara in toto corpore cyanea^ vertîce fatunitioni 
remîgibns majoribus fufcis , ovis exterioribus cyaneis ; 
re&rîcibus fufcis, allquid cyanei admixtum habenti- 

ifjis Tangara Carolimnfis cceruUa ; Tangara 

blfiu de ia Caruline. Brijfjn, tome 111, page 13. 

Fij 



12 4 Hijîoire Naturelle. 

bruns 5 & qu'il loe pèfe que deux gros 
^ demi. 

Longueur totale 5 cinq pouces , bec , 
cinq lignes *, tarfe 5 huit à neuf lignes \ 
doigt du milievi 5 iix lignes & demie *, 
queue, deux pouces, elle dépafle les aile§ 
cle dix à onze lignes, 




LES BENGALIS 

ET LES SÉNÉGALIS ^ &c. (a). 

1 ous LES Voyageurs 5 & , d'après eux 5 
îcs Naturaliftes , s'accordent à dire que- 
ces petits oifeaux font fujets à changer 
de couleur dans la mue , quelques-uns 
même ajoutent des détails qu'il feroit k 
fouhaiter qui fuffent vérifiés , que ces 
variations de plumage roulent excluiîve- 
ment entre cinq couleurs principales , le 
noir 5 le bleu , le vert , le jaune & le 
rouge 5 que les bengalis n'en prennent 
jamais plus d'une à-îa-fois (b) , &c. Ce- 
pendant les perfonnes qui ont été à 
portée d'obferver ces oifeaux en France , 
& de les fuivre pendant plulîeurs années ^ 
affurent qu'ils n'ont qu'une feule mue par 
an 3 & qu'ils ne changent point de cou* 



fa) On a auffi donné à quelques-uns ie nom 
t<3e moineaux du Sénégal. 

(h) Hifioire générale des Voyages, tome ÎV^ 

Î^Z^ 354- 
} F ii) 



tl^^ Hijioire Naturelle 

leur (c). Cette contradidîon apparente 
peut s'expliquer par la différence des 
climats. Celui de TAfie & de l'Afrique , 
où les bengalis & les fcnégalis fe trouvent 
naturellement , a beaucoup plus d énergie 
que le notre , & il eft poffible qu'il ait 
une influence plus marquée fur leur plu- 
mage. D'ailleurs les bengalis ne font pas 
îes feuîs oifeaux qui éprouvent cette in- 
fluence 5 car 5 félon Mérolla, les moineaux 
d'Afrique deviennent rouges dans la faî- 
fon des pluies, après quoi, ils reprennent 
îeur couleur, & plufieurs autres oifeaux 
font fvijets à de pareils changemens (d). 
Quoi qu'il en foit ^ il eft clair que ces 
variations de couleurs qu'éprouvent les 
bengalis , au moins dans leur pays natal , 
rendent équivoque toute méthode qui 
.tireroit , de ces mêmes couleurs , les ça- 
radères diftindifs des efpèces , puifque 

JW -.. ^ 1 . " ' - ' J 1 . I - I I I I J*l i l I ■■■■■ ■ ■ I ■ ■ ! ■ I II ■■ 

(cj M. Mauduit , connu par Ton goût éclairé 
pour l'Hiftoire Natiireiîe, & par fon beau cabinet 
d'oifeaux, a obfervd un fénégali rouge qui a vécu 
pius d'un an fans changer de plumage. Le fieur 
Château aflure h même chofe de tous les bengali» 
%]ui lui ont pafle par ies mains. 

(dj Voyages de Mèrolh^pa^e 636, 



des Bengalis ^ &c. 127 

tes prétendus caradères ne feroient que 
momentanés , & dépendroient principa- 
lement de la faifon de Tannée où Tindi- 
vidu auroit été tué. Mais , d un autre 
coté , ces caradères fi variables en Afie & 
en Afrique 3 devenant conftans dans nos 
climats plus fepteQtrionaux , il eft difli- 
cile, dans Fénumération des diflérentes 
efpèces , d'éviter toute méprife , & de ne 
pas tomber dans l'un de ces deux in- 
convéniens , ou d'admettre comme ef- 
pèces diftinftes de (impies variétés , ou 
de donner pour variétés des efpèces vrai- 
ment driférentes. Dans cette incertitude , 
je ne puis mieux faire que de me prêter 
aux apparences, & de me foumettre aux 
idées reçues : je formerai 4pnc autant 
d articles féparés , qu'il fe trouvera d'in- 
dividus notablement diftérens 5 foit par 
le plumage , foit à d'autres égards , mais 
fans prétendre déterminer le nombre des 
véritables el^èces. Ce ne peut être que 
l'ouvrage du temps : le temps amènera 
les faits, & les faits diffiperont les doutes. 
On fe tromperoit fort fi , d'après les 
noms de fénégalis & de bengalis , on fe 
perfuadoit que ces oifeaux ne fe trouvent 

F iv 



I 2 8 Hifioire Naturelle 

qu'au Bengale & au Sénégal. Ils font 
répandus dans la plus grande partie de 
rÂfie & de l'Afrique , & même dans 
plufieurs des ifles adjacentes , telles que 
celles de Madagafcar , de Bourbon , de 
France , de Java , &c. On peut m-ême 
s'attendre à en voir bientôt arriver d'A- 
m^érique \ M. de Sonini en ayant laiffé 
échapper dernièrement un allez grand 
nombre dans Tifle de Cayenne , & les 
ayant revus depuis fort vifs 5 fort gais , 
en un mot, très-difpofcs à fe naturalifer 
dans cette terre étrangère, & à y per- 
pétuer leur race (e). Il faut efpérer que 
ces nouveaux colons , dont le plumage 
eft il variable , éprouveront auffi Tin- 
fluence du climat Américain , & qu'il en 
réfultera de nouvelles variétés , plus 
propres toutefois à orner nos Cabinets 
qu'à enrichir l'Hiftoire Naturelle. 

Les bengalis font des oifeaux familiers 
& deftrudteurs , en un mot , de vrais 



(a) Il y a quelques années que l'on tua un 
fénégali rouge à Cayenne dans une favanne ; fans 
cloute il y avoir été traxiiporté de même par 
€[uelçiues Voyageurs. 



des Bengalis y &c. 129 

moineaux -, ils s'approchent des cafés , 
viennent jufqu'au milieu des villages , & 
fe jettent par grandes troupes dans les 
champs femés de millet ( f ) \ car ils 
aiment cette graine de préférence : ils 
aiment auffi beaucoup à fe baigner. 

On les prend au Sénégal fous une 
Câlebafle qu'on pofe à terre , la foulevant 
un peu 5 & la tenant dans cette fituatioii 
par le moyen d'un fupport léger auquel 
eft attachée une longue ficelle : quelques 
grains de millet fervent d'appât : les fé- 
négalis accourent pour manger le millet; 
rOifeleur 5 qui eft à portée de tout voir 
fans être vu , tire la ficelle à propos 5 & 
prend tout ce qui fe trouve fous la cale- 
baffe , bengalis, fénégalis, petit moineaux 



(f) Les Voyageurs nous difent que les Nègres 
mangent certaine petits oifeaux tout entiers avec 
ïeurs pluines, & que ces oifeaux reflemblent aux 
iinottes. Je foupçonne que ies fénégalis pourroient 
bien être du nombre ; car ii y a des fénégalis 
cjui, au temps de ia mue , reflemblent aux iinottes ; 
d'ailleurs on prétend que les Nègres ne mangeiit 
ainfi ces petits oifeaux tout ei-tiers que pour fe ven- 
ger des dégâts qu'i's font dans leurs grains , au 
milieu defquels ils ne manquent pas d'établir kurS' 
nids. 

F v 



130 Uljloire Naturelle. 

noirs à ventre blanc, &Ct (g) Ces 6V 
féaux fe tranfportent affez difficilement, 
& ne s'accoutument qu'avec peine à un 
0Utre climat 5 mais une fois acclimatés ^ 
îls vivent jufqu'à fix ou fept ans , c'eft- 
à-dir^ 5 autant & plus que certaines ef- 
pèces du pays : on eft même venu à bout 
^e les faire nicher en Hollande \ & fans 
doute ©n auroit le même fuccès dans des 
contrées encore plus froides, car ces 
(©ifeaux ont les mœurs très-douces & 
très-fociables : ils fe careffent fouvent, 
fur-tout les mâles & les femelles , fe 
perchent très-près les uns des autres , 
chantent tous à -U- fois, & mettent de 
î'enfemble dans ctttç: efpèee de coeur. 
On ajoute que le chant de la femelle 
n'eft pas fort inférieur à celui du 
mâle (hj. 



fg) Je dois le détail de cette petite chaffe à 
M. de Sonini. 

{kj Ces notes m'ont été données par ie ileuï 
jCh^teau, père. 



\J^ 



131 



^ LE BENGALI (a), 

JLes mcsurs & les habitudes de toute 
cette famille d'oifeaux itdnt à très-peu- 
près les mêmes , je me contenterai , dans 
cet article & les fui vans, d'ajouter à ce 
que j'ai dit de tous en général , les doi- 
criptions refpeâives de chacun en par- 
ticulier. Ceft fur-tout lorfqiie Yon a 
à faire connoître des oifeaux tels que 
ceux-ci 5 dont le principal mérite confifte 
dans les couleurs du plumage & fes 
variations , qu*il faudroit quitter la 
plume pour prendre le pinceau , ou du 

mmmtmmmmmiumm>mmmB,amÊmmfmÊmmmmmu\\t ■ » i u i ■■. ■iii » i i iiiia»— — — 

* Voyei îes pîanches enluminées 5 n,^ 11 ^^fîg, i. 

("aj PaJJèr fuperue grifius , infernè dilutè c^em^ 
leus ; macula in fra oculos purptireâ j uropvgio & rzctri- 

tlbus dilutè aeruleis Bengalus , le bengali, Eriffbn , 

tmne I lïy page 203. 

Friîigdla dorfo fufco ; ah domine caudâque c<era- 

his Fringilla Angolenfis, Linnaeus , Ed. x , 

O. 9^, Sp. 24. Les Oifeleurs ie nomment mari* 
fofa, mais Catesby a appliqué cette dénomination 
à fon pinfjii de trois couleurs, connu fous le nom de 
pape de la Louijîam, 

Fvj 



t ^i HiJIoire Naturelle 

moins qu'il faudroît favoir peindre avcÊ 
la plume, ceft-à-dire, repréfenter avec 
des mots , non-feulement les contours & 
les formes du tout enfemble & de cha- 
que partie , mais le jeu des nuances 
fugitives qui fe fuccèdent on fe mêlent, 
s'éclipfent ou fe font valoir mutuelle- 
ment, & fur-tout exprimer Tadion:, le 
mouvement & la vie. 

Le bengali a, de chaque coté de la 
tète y une efpèce de croiflant couleur de 
pourpre , qui accompagne le bas des 
yeux, & donne du caractère à la phyfio- 
nomie de ce petit oifeau. 

La gorge eft d un bleu clair -, cette 
même couleur domine fur toute la partie 
inférieure du corps jufqu'au bout de lar 
queue, & même fur fes couvertures fu- 
périeures : tout le defllis du corps , 
compris les ailes, eft d'un joli gris. 

Dans quelques individus , ce même 
gris , un peu plus clair , eft encore la 
couleur du ventre & des couvertures 
inférieures de la queue. 

Dans d'autres individus , venant d'A- 
byffinie, ce même gris avoit une teinte 
de rouge à Tendroit du ventre^ 



du Bengali 135 

Dans d'autres enfin 5 il n'y a point de 
croiffant couleur de pourpre fous les 
yeux -, & cette variété , connue fous le 
nom de cordon bleu ^ eft plus commune 
que celle qui a été décrite la première : 
on prétend que c'eft la femelle *, mars , 
par la raifon même que le cordon bleu 
elt fi commun, je le regarde non-feule- 
ment comme une variété de fexe , mais 
encore comme une variété d'âge ou de 
climat 5 qui peut avoir quelque rapport , 
pour les couleurs , avec la feme!!?. M. le 
Chevalier Bruce , qui a vu cet oifeau en 
Abyfifînie , nous a aflliré pofitivement 
que les deux marques rouges ne fe trou- 
voient point dans la femelle 5 & que 
toutes fes couleurs étoient d'ailleurs 
beaucoup moins brillantes. Il ajoute que 
le mâle a un joli ramage, mais il n'a 
point remarqué celui de la femelle : 
Tun & Tautre ont le htc & les pieds 
rougeâtres. 

M. Edwards a deffiné & colorié (b) un 
cordon bleu venant des côtes d'Angola 3 



(b) Nat, hiftory oïMii^^ pa^e$ 131 6* 22^, 



134 Hijloire Naturelle. 

eii les Portugais Tappellent a'^ulinha (c). 
Il différoit du précédent , en ce que le 
defius du corps étoit d'un brun-cendré, 
légèrement teint de pourpre , le bec 
d'une couleur de chair rembrunie , & les 
pieds bruns. Le plumage de la femelle 
étoit dun cendré-brun, avec une légère 
teinte de bleu fur la partie inférieure du 
corps feulement *, il paroit que c'eft une 
variété de climat , dans laquelle ni le 
mâle ni la femelle n'ont de marque 
rouge au-defîous des yeux , & cela ex- 
plique pourquoi fes cordons bleus font 
(i com.muns. Au refte ,. celui - ci eft un 
oifeau fort vif. M, Edwards remarque 
que fon bec eft femblable à celui du 
chardonneret ; il ne dit rien de fon chant, 
n'ayant pas eu occafion de l'entendre. 

Le bengali eft de la groifeur du fizerin, 
fa longueur totale eft de quatre pouces 
neuf lignes *, fon bec de quatre lignes , fa 
queue de deux pouces *, elle eft étagée & 
compofée de douze pennes > le vol eft 
de (ix à fept pouces. 

(cj M. Edwards îe r.omme hlue-hellycd finch. 






^LE BENGALI BRUN (a). 

JLe brun eft en effet la couleur domi- 
nante de cet oifeau -, mais il eft plus 
foncé fous le ventre, & mêlé à Tendroit 
de la poitrine de blanchâtre dans quel- 
ques individus , & de rougeâtre dans 
d'autres» Tous les mâles ont quelques- 
unes des couvertures fupérieures des ailes 
terminées par un point blanc 5 ce qui 
produit une moucheture fort a-pparente : 
mais elle eft propre au mâle j car la 
femelle eft d'un brun uniforme & fans 
taches : tous deux ont le bec rougeâtre j 
& les pieds d'un jaune-clair. 

Le bengali eft à-peu-près de la taille 



* Voyex les pîancbes enluminées, dP 115, jÇ^. 2, 

(a) PûJJèr fufcus gutture Ef pe&ove fordidè alhido 

mixtis ; re&ricibus alarum pupeiioribus albo pun&ula- 

ris ; re&-ricibus nigricautibus Bengaius fufcus , le 

bengali brun. Briiïbn, tome III, page 205. 

On i'appeUe aufli bengali brun- tigré ^ d'autres 
hengali proprement dit. 



1^6 Hijîoire Naturelle. 

du roitelet : fa longueur totale eft de 
trois pouces trois quarts > fon bec de 
quatre lignes , fon vol d'environ iîx 
pouces & demi , & fa queue d un boa 
pouce. 




^17 



* LE BENGALI PIQUETÉ (a). 

De tous les bengalis que j'aî vus , 
celui qui étoit le plus moucheté ^ Tétoit 
fur tout le delTous du corps , fur les 
couvertures fupérieures de la queue & 



^ Voyei îes planches enluminées, u.^ ii^. 

(a) Paffer ftipernè fufciis , riièro obfcuro adinixto , 
îiifernè oh faire ruber; radtricihus alariim & caudce fiipe-^ 
riorlbus , peStore & lateribiis, albo puii&ularis ; reâri- 

cibiis nigris Bengaltis puuBulatas, Le bengali 

piqueté. Briflbn, tome III, page 206. 

Avis Ben galen fis paira maculata , amadapad diâfa. 
Petiver, GayophiL Nat. & artis , pL 53,. 

Avicula Indice orientalis roflro fringillœ, calcarihus 
nlaiid^, amadavadica didta, Willughby , page 194. 
K?Ly ^ Syn opfis, page C)2, n.^ 9. Oifeaux d'Amadu- 
vad. Albin y tome III, n.^ 77. 

The Amaduoads cock and hen d'Aîbin, Rotjie , 
Kîeinlle Stieglitz Diftel finck. Klein , ord. cr, 
page 98 , /;.° x V. 

Regains Indiens , Charleton , exercit, page gg ^ 
II.'' et, 

Fringilla re&ricibns purpureis , medietate pofîicâ 
aîris, Amandava, Linnaeus, Syjl, Nat, Ed, 10^ 
G. 98, Sp. II. 

Je crois que le vrai nom eft amadavad : on iiû 
donne encore celui de bengali tigré. 



138 Hifîoire Naturelle 

des ailes , & fur les pennes des ailes îes 
plus proches du dos : les ailes étoient 
brunes , & les pennes latérales de la 
queue , noires bordées de blanc. Un 
brun 5 mêlé de rouge fombre , régnoit 
fur toute la partie fiipérieure du corps, 
compris les couvertures de la queue , & 
de plus fous le ventre , un rouge moins 
fombre régnoit fous tout le refte de la 
partie inférieure du corps 5 & fur les côtés 
de la tête. Le htc étoit auffi d un rouge 
obfcur, & les pieds d'un jaune-clain 

La femelle , fuivant M. Briilon , n'eft 
jamais piquetée, elle diiière encore du 
mâle 5 en ce qu'elle a le cou , la poitrine 
& le ventre d'un jaune pâle, &* la gorge 
blanche. Selon d'autres Obfervateurs , 
qui ont eu beaucoup d'occafions de voir 
& de revoir ces oifeaux vivans, la femelle 
eft toute brune & fins taches. Eft-ce 
encore une variété de plumage 5 ou bien 
feroit-ce une fimple variété de defcrip- 
tion ? Ce n'eft pas celle qui met le moins 
d'embarras dans l'Hiftoire Naturelle. 
Willughby a vu plufieurs de ces oifeaux 
venant des Indes orientales , & , comme 
©n le peut croire , il a trouvé plufieurs 



du Bengali piqueté. 139 

différences entre les individus : ils étoient 
(lun brun plus ou moins foncé , les uns 
avoient les ailes noires , d'autres avoient 
îa poitrine de cette même couleur , d'au- 
tres la poitrine & le ventre noirâtres , 
d'autres les pieds blanchâtres , tous 
avoient les ongles fort longs *, mais plus 
arqués que dans Talouette (b). Il eft à 
croire que quelques-uns de ces oifeaux 
étoient en mue *, car j'ai eu occafîon d'ob- 
ferver un individu qui avoit auffi le bas- 
ventre noirâtre , & dont le refte du plu- 
mage étoit comme indécis , & tel qu'il 
<Ioit être dans la mue ^ quoiqu'il fût peint 
des couleurs propres à cette efpèce *, mais 
ces couleurs n'étoient pas bien démêlées. 
L'individu , qu'a décrit M. Briffon 5 
venoit de l'ifle de Java : ceux qu'a ob- 
fervés Charleton venoient des Indes \ ils 
avoient un ram.age fort agréable : on en 
tenoit plufieurs enfemble dans la même 
cage 5 parce qu'ils avoient de la répu- 
gnance à vivre en fociété avec d'autres 
oifeaux. 

1 ^' ■ ■ii i iBi M ii r i i M ii ■■ mu m ■■ ■ [■■ . ■■ «■■ ■■.■■■rii W i — w I. I IIM 

(b) WiHughby, Ornithologia, £age 1^4% 



140 HiJIoire Naturelle^ 

Le bengali piqueté eft d'une groiïeitl' 
moyenne , entre les deux précédens : fa 
longueur totale eft d'environ quatre 
-pouces 5 Ton bec de quatre à cinq lignes , 
fon vol de moins de C\x pouces 5 fa queue 
d\in pouce quatre lignes , elle eft étagéc 
& compofée de douze pennes. 




141 

>■ . I ■■ Il ■ III I. Il Ml 

^ LE SÉNÉGALI (a).^ 

Ueux couleurs principales dominent 
dans le plumage de cet oifeau -, le rouge 
.vineux fur la tête , la gorge , tout le 
deffous du corps jufqu'aux jambes , & fur 
le croupion \ le brun-verdâtre fur le bas- 
ventre & fur le dos : mais à Tendroit du 
dos 5 il a une légère teinte de rouge. Les 
ailes font brunes , la queue noirâtre , les 
pieds gris, le bec rougeâtre , à l'exception 
de Tarête fupérieure & inférieure, & de 
fes bords qui font bruns , & forment des 
efpèces de cadres à la couieur rouge. 

Cet oifeau eft un peu moins gros que 
le bengali piqueté^ mais il eft d'une 



^ Voyei les planches enluminées , //.^ 157 

(a) Paffer fupernè fufco-vinfcens , vinaceo ad 
mixto , infernè ruhro-vinaceus ; vertice, rnbro- vinaceo ; 
imo ventre fil fcO'P ire fiente 'y re&ncibiis nigris... , iÇe/ze- 
^a/«s rw^er, ie fénégaîi rouge. BrifTon , towe III ^ 
page 208. Quelques-uns lui donnent le nom dç 
fubis j à cauie de fa couleur, 



i4i HlJIoire Naturelle 

forme plus alongée : fa longueur totale 
eft de quatre pouces & quelques lignes , 
Ton bec de quatre lignes , fou vol de iix 
pouces & demi , & la queue de dix-huit 
lignes -, elle eft compofée de douze 
pennes. 



VARIETES BU SÉNÉGAL!. 

I. J'ai vu un de ces oifeaux , qui avoît 
été tué à Cayenne dans une favanne , & 
le feul qui ait été aperçu dans cette 
contrée (b) : il eft probable qu'il y avoit 
été porté par quelque Curieux , & qu'il 
s'étoit échappé de la cage *, il difléroit en 
quelques points du précédent : les cou- 
vertures des ailes étoient légèrement bor- 
dées de rouge , le bec étoit entièrement 
de cette couleur , les pieds feulement 
rougeatres , & ce qui décèle la grande 
analogie qui eft entre les bengalis & les 
fénégalis , la poitrine & les côtés étoient 
femés de quelques points blancs. 

II. Le Danbik de M. le Chevalier 

(b) Ce fait m'a été rapporté par M. de Soninl, 



du Sénegali. 145 

Bruce. Cet oifeau , fort commun dans 
l'Abyiïînie , participe des deux précé- 
deiis : il eft: de même taille *, la couleur 
rouge 5 qui règne fur toute la partie anté- 
rieure, ne defcend pas jufqu'aux jambes- 
comme dans le fénégaii *, mais elle s'étend 
fur les couvertures des ailes 5 où Von 
aperçoit quelques points blancs , ainfi 
que fur les côtés de la poitrine. Le bec 
eft pourpré , Ton arête fupérieure & in- 
férieure bleuâtre , & les pieds cendrés. 
Le mile chante agréablement : la femelle 
eit d'un brun prefque uniforme > & a a 
que très-peu de pourpre. 




144 HiJIoire Naturelle 



^ LE SÈNÈGALI RAYÉ (a), 

XL EST en effet rayé tranfverfaîement 
jufqu'au bout de la queue , de brun & 
de gris *, & la rayure eft plus fine plus 
elle approche de la tête : la couleur gé- 
nérale j qui réfulte de cette rayure , eft 



^ Voyei ïes planches enluminées , /;.^ 157, fig, 2. 

(a) PflJJcrfnfco & fordidè grifeo traufrersïm ftria" 
tus , colore rofeo in parte corporis iiiferiore, & ruhro in 
ventre admixtis : tiCiiiâ per oculos riihrâ; re&ricibus 

fufco & fordidè grifeo tranfiersim flriatis Seiie- 

^galus ftriaîus, ie fénégali rayé. BrifiTon, tome III, 
page 210. 

Wax-biif , beC'de-cire, Edwards, 179. II eût 
faliu dire au moins bec-de-cire d'Efpagne , ou 
plutôt bec-de-Iaque, ce nom de wax-biil ne lui 
ayant été donné qu-'à caufe de la couleur rouge de 
fon bec. 

Loxia grifea , fufco vndnlata ; roftro , temporibiis 
fedioreque coccineis, jifirild. Linnaeus, Ed, X, G. 96, 
Sp. 16. 

Quelques-uns Pont confondu avec le la-ki de ia 
Chine, dont on raconte beaucoup de merveilles; 
mais ce la-ki eft ^ dit-on /de la grolTeur d'un merle p 
& n'a rien de commun avec ïes fénégîdis. 

beaucoup 



du Senegali raye: 145 

beaucoup plus claire fur la partie infé- 
rieure du corps, elle eft auffi nuancée de 
couleur de rofe, & il y a une tache rouge 
oblongue fur le ventre : les couvertures 
inférieures de la queue font noires ^ fans- 
aucune rayure •, mais on en aperçoit 
quelques veftiges fur les pennes des ailes^ 
qui font brunes*, le bec eft rouge 5 & il 
y a un trait , ou plutôt une bande de 
cette couleur fur les yeux. 

On m'a affuré que la femelle reffem- 
bloit parfaitement au mâle : cependant 
les diflérences que j'ai obfervées moi- 
même dans plufieurs individus , & celles 
qui ont été obfervées par d'autres , me 
donnent des doutes fur cette parfaite 
reffemblance des deux fcxes. J'en ai vu 
plufieurs qui venoient du Cap 5 dont les 
uns avoient le deffus du corps plus ou 
moins rembruni 5 & le deiîous plus ou 
moins rougeâtre , les autres avoient le 
deffus de la tête fans rayure. Les rayures 
de celui qu'a reprélenté M. Edwards, 
pL ^ 7P 3 étoient de deux bruns ', & les 
couvertures du deffous de la queue n é- 
toient point noires 5 non plus que dans 
le fujct que nous avons fait deiîîner ^ 
Cifcaux ^ Tome FIL G 



n4^ ÎTiJloire Naturelle, 

pL i S7 yfig* 2. Enfin, dans lindividii x& 
préfenté au haut de la /?/. 3 S4 y la rayure 
du dclTus du corps eft noire fur un Fond 
ï)run \ & non-feulement les couvertures 
inférieures de la queue font noires , 
tromme dans le fujet décrit par M, Brif- 
fon 5 mais encore le bas-ventre. 

L'individu obfervé par M. BrifTon , ve- 
Hoit du Sénégal, les deux de M. Edwards 
venoient des grandes Indes , & la plupart 
de ceux que j'ai vus , avoient été envoyés 
du cap de Bonne-efpérance. Il eft diffi-?. 
cile que de tant de différences de plu*- 
mage , remarquées entre ces individus , il 
il y en ait pas quelques-unes qui dé^ 
pendent de la différence du fexe. 

La longueur moyenne de ces oifeaux 
eft d'environ quatre pouces & demi *, le 
bec de trois à quatre lignes , le vol de 
fix pouces 5 & la queue de deux pouces 5 
elle eft étagée , & compofée de douze 
pennes. 



\T.ym. J'Tr. 



J*/' Il.^aij . 2^^. 




jr.I^ BENGALI/^Y^^W. ^XE SENPLGAI.I. 



147 

""LE S ERE VAN (a). 

Le brun règne fur la tête 5 le dos, les 
ailes & les pennes de la queue : le defîous 
du corps eft gris-clair 5 quelquefais fauve- 
clair*, mais toujours nuancé de rougeâtre; 
le croupion eft rouge ainiï que le bec ; 
les pieds font rougeatres : quelquefois la 
bafe du bec eft bordée de noir , & le 
croupion fenié de points blancs , ainfî 
que les couvertures des ailes. Tel étoit 
le ferevan, envoyé de Tifle de France par 
M. Sonnerat , fous le nom de bengali. 

Celui que M. Commerfon appelle 
ferevarijy avoit tout le defîous du corps 
fauve-clair -, fes pieds étoient jaunâtres : 
il n'avoit ni le hcc ni le croupion rouge ^ 
& on ne lui voyoit pas une feule mou- 
cheture : c'étoit probablement un jeun®. 
eu une femelle. 

D'autres oifeaux fort approchans de 



^ Voyei îes planches enluminées, n.^ 230 , fig. 7,. 
(a) Je lui aï donné le nom de ferei-an, d'après 
M. Commerfon, pour le diftinguer du fuivant. 

G ij 



148 Hijîoire Naturelle, 

ceux -là 5 envoyés pa. M. Commerfon ; 
ious le nom de bengalis du cap j avoient 
vine teinte rouge plus marquée devant 
le cou & fur la poitrine*, en général, ils 
ont la queue un peu plus longue à 
proportion. 

Tous font à-peu-près de la grofleut 
des bengalis & des fénégalis. 




149 

I E 
PE TIT MOINE J U D U SE NÉ G A r". 

Cet oiseau a ie bec & les pîeds rouges , 
un trait de la même couleur fur les yeux j 
la gorge & les côtés du cou d'un blanc- 
bleuâtre -, tout le refte du dcffus du corps 
d'un blanc mêlé de couleur de rofe^ plus 
ou moins foncé •, le croupion de même , 
le refte du deffous du corps bleu , le 
deffus de la tête d'un bleu moins foncé , 
les ailes & les plumes fcapulaires brunes , 
la queue noirâtre. 

Ce petit moineau eft à-peu-près de la 
taille du précédent. 

^ Voyci les planches enluminées , //.° 230 , fig. 2, 



\^ 



"j 



ij© Hifoire Naturelle 

* LE MAI A (a). 

Voici encore de petits oifeaux qui 
font de grands deftruâ;eiirs. Les maïas fe 
réunifient en troupes nombreufes , pour 
fondre fur les champs femés de riz , ils 
en confomment- beaucoup 5 & en perdent 
encore davantage : les pays où Ton cultive 
cette graine , font ceux qu'ils fréquentent 
par préférence , ii ils auroient 5 comm.® 



^ Voyti ies planches enluminées, nP 109, j^. a. 
La femelle. 

(a) PaJJer Jlipernè cûfianco-pui-purens , inferitè iim 
gricatis ; c&pite & collo nigricanubiis , tceniâ in peo-^ 
ierê tranfverfâ caflaneopurpureâ ; re&ricihus fupernè 
eaftaneopurpureisj infernè fnfcis ad rufum pergeutk' 
eus (Mas). 

Pajjèr fupernè fulviis y infernè fordidè alho-fiavwvs ; 
gnwire & macula utrimque in pe&ore cajîaiieopurpu" 
reis ; recïricibus fdvis. (femina ) . . . . Maia ex iiifulà 
Cuba, Brifion, Oruithologia , tome IH, page 214. 

Maja de Fernandez , Hijl. animalium nopce Hifpa» 
m<&y cap. ccxix. 

Mcja J'Eufebe Nieremberg, Bifl. Naturce pera» 
grince, page 208. — Jonfton, Jpes, page 119, 
Exercitationes ,^2i^Q II 6. — Willughby, Gmithop 
logia, page 297. 



du Maidi 151 

tn voit 5 des titres fuffifans pour partager, 
avec le padda , le nom à'oifeaux de ri\. 
Mais je leur conferverai celui de maias ^ 
qui eft leur vrai nom-, je veux dire, le 
nom fous lequel ils font connus dans le 
pays de leur nailTance , & dont Fernandez 
devoit être bien inftruit. Cet Auteur nous 
apprend que leur chair eft bonne à maiia 
ger, & facile à digérer. 

Le mâle a la tête , la gorge & tout les 
deflous du corps noirâtre \ le deffus, 
dun marron-pourpré, plus éclatant fur le 
croupion que par-tout ailleurs 1 il a auffi, 
fur la poitrine 5 une large ceinture de la 
même couleur , le bec gris & les pieds 
plombés. 

La femelle eft fauve defllis 5 d'un blanc-* 
fale deflous : elle a la gorge d'un marron-* 
pourpré , & 5 de chaque côté de la poi^ 
trine , une tache de la même couleur , 
répondant à la ceinture du mâle : fon bec 
eft blanchâtre 5 & fes pieds font gris. 

Fernandez raconte comme une mer- 
veille, que le maia a le ventricule derrière 
le cou \ mais iî cet Auteur eût jeté les 
yeux fur les petits oifeaux auxquels on 
donne la béquéc , il auroit vu que cette 

G iv 



252. HiJIoire Naturelle. 

merveille eft très-ordinaire 5 & qu'à me^ 
fure que le jabot fe remplit, il fe porte 
vers Ten droit où il trouve moins de ré- 
fiftanee 5 fouvent à côté du cou , & quel- 
quefois derrière ^ enfin il fe feroît aperça 
que le jabot n'eft pas le ventricule : la 
Nature eft toujours admirable , mais il 
faut fayoir l'admirer. 




Tû?fi • ni- 



P/>ni./y.U^,lS2., 




J.KS MAI A. 



yUyJ. n. Ji.,u..:.v/./ ,i\u//. 



M3 

"^ LE MAI AN (a). 

La Chine n'eft pas le feul pays où fe 
trouve cet oifeau : ceiui qu'a gravé 
M. Edwards venoit de Malacca , & , 
fuivant toute apparence , il n'eft point 
exclu des contrées intermédiaires , mais 
on peut douter raifonnablement qu'il 
exifte en Amérique , & qu'un iî petit 
oifeau ait franchi les vaftes mers quî 
réparent ces deux continens : au moins 
il eft affez diflérent de celui de tous ies 
oifeaux d'Amérique auquel il a le plus 
de rapport-, je veux dire du maia, pour 
qu'on doive lui donner un nom difiérent. 
En effet , fes proportions ne font point 
du tout les mêmes 5 car, quoiqu'il foit 
un peu plus grand 5 fes ailes & fa cjueu^ 



^ ^oye^ïes planches enluminées, // ^ 10^^ fig, i, 

(a) Pajfer fupernè fiifco-cajîaiieus , infernè nlgri- 
caiis ; capite & collo fordidè-albis ; pe&orc dilutè fnfco ; 

retlricibits fatnratè fufco-cafraneis Mai a /imiifcs, 

Brillon, Omitholo^ia , tome III, page 212. 

Malacca Gros-bcak, Bdwards , pï. 306. 

G y 



1^4 Tllfloire Naturelle. 

font un peu plus courtes 5 & Ton bec eft 
tout auffi court •, d'ailleurs Ton plumage 
^ft différent 5 & a beaucoup moins d'éclat. 

Le mayan a tout le deflus du corps 
d'un marron - rougeâtre -, la poitrine, & 
tout le deilous du corps d'un noirâtre 
prefque uniforme 5 cependant un peu 
moins foncé fous la queue *, le bec couleur 
de plomb , une efpèce de coqueluchon 
gris - clair 5 qui couvre la tête & tombe 
jufqu'au bas du cou : les couvertures in- 
férieures des ailes font de la couleur de 
ce coqueluchon 5 & les pieds couleur de 
chair. 

Le maian de M. Briffon dift ère de 
celui-ci 5 en ce qu'il a la poitrine d'un 
brun-clair , quelques-unes des premières 
pennes des ailes bordées de blanc 5 le 
bec & les pieds gris 5 &c. , ces différences 
font trop fenfibles pour n'être regardées 
que comme de fimples variétés de dt^- 
criptions 5 fur-tout fi Ton fait attention à 
i'cxaditude fcrupuleufe des Defcripteurs, 



'55 



''LE PINSON (a). 

v^ET OISEAU a beaucoup de force dans le 
bec*, il fait très-bien s'en fervir pour fe 
faire craindre des autres petits oifeaux, 
comme auffi pour pincer jufqu'au fang 

* P^oyei les planches enluminées, n,^ 54 , fig, i. 

fa) 2:.tîr/Jrt Ariftotelis, Ga^a, Peut-être Vo'poo-rs^f^i^ç^ 
Pinfon, Fringilla, Spi^a , Fiingilaro , Fringueilo^ 
Tiélon. Obfervarions^pû^e 12 ; & Nature des Oi- 
féaux, pages 371 & 372. 

Pinfon, Gninfon ; Sabaudis, Qu'info n ; Fortafle, 
Frinfon ; Germanicè, inck , Roth-finck, JVinche ; 
Heiveticè, Buch-finck f Finco fagorumj ; Angiicè, 
Chaffinchj vel Jrlnch; liliricè, Pinkawa, vel Pieii' 
kawa; Polon. Slowick ; Itaï. Franguello , Frangue- 
glio, Frcnguello ; I^at. FrivgiUa, Frigilla , Spi^a , 
y^iiico , une efpèce de chardonneret félon Albert^ 
Gefnar. De AvihuSy pages 386 — 388. 

1 ring: lia, Finco , &€. Gefneri, Aidrovand. Orni' 
thol. page 815. 

Fringilla, rringuello , Olina. Uccelleria , p^ge 31, 

Fringilla , Chaffinch , ^^i^a. Jriflot, Wiliughby , 
page 186. 

Fringilla, Chaffinch; R^y j Jynopfis , page 88. 

Fringilla , qiiafi rigilla, Spi^a jirifiot, Chaffinch 
quafi paUaria. Charîeton, Exercit, page 88Jn/^3^ 

Pinfon. Albin^ tome l, //.^ 63. 

G ri 



i j6 HiJIoire Naturelle 

îes perfonnes qui le tiennent ou qui 
veulent le prendre -, & c'eft pour cela 



Friiigilla fimpllciter , Vinelia avis Alberti, Frin- 
geîlo Olina , C/iaffinch , de iVillughby, pinfon d'Albin, 
Buchrjiiicke, Kieiii. Ordo Avium , page 96 , §. 45 , 
Tribus V. 

hriugdla , '^'ts'iIyï AriJIoc, Vinelia avis Jlberti, 
Fificke, Buch'fincke, Rorte- fincke , Schwenckfeld. 
Ai^iarium Silefi<e , page 261. 

Fringilla Schweucifeldii , &c. Polonicè %ieba , 
Rzaczynski. Aucî. Hifl, JS'at, PoLoii, n.^ 33. 

Iringilla, der jînck , Buck finck, Pincio , Bohemicè 
yetikewa^ Frifch, tome I, ci. i ^ div. I , pi. i, 
art. I. 

Fringilla, Scotis fnow-Jeck , S/ioulfall, Rob-Sib- 
baldus. Scoîia illuflrata , partis 1 , lib. lll , page 18. 

Monti fringilla, fringilla mou fana Jonfîonii , p'mi^on 
de Btion, Paffer fubths Jpadiceus , fupernè fuhc^ru-' 
Uns, & fuhvirejcens, Catai. Pincju Barrère. Specim. 
page ^^. Cet Auteur femble avoir confondu ies 
deux efpèces. 

Iringilla ccelebs , artubus nigris, remi gibus utrimqut 
Mis; tribus primis immaculatis ; reStricibus duabus 
oblique albis ; Suecis finke, bofinck. Linnseus Syfi. 
Nat, éd. X, page 179. launa Suecica , n.^ 199. 

Pafcr fupernè fufco -ca flan eus , infernè albo-rufef- 
eens ; uropygio viridi olivaceo fcollo inferiore & pec- 
iore vinaceis Mas^ macula in alis candidâ ; re&ricibus 
lateralibus nigris, extimâ tceniâ obliqué albâ infignitâ , 
proximè fequenti interiîis albo obliqué terminât J , tribus 
ûliis a^'ice albis .... fringilla. BrilTon. OrnithoL 
lome II Ij page 148. 



du Pin/on. i j 7 

que 5 fuîvant plufieurs Auteurs ("hj, il a 
reçu le nom de pinfon : mais , comme 
Thabitude de pincer n'eft rien moins que 
propre à cette efpèce, que même elle 
îui eft commune , non -feulement avec 
beaucoup d'autres efpèces d'oifeaux, mais 
avec beaucoup d'animaux de claffes toutes 
différentes , quadrupèdes 5 mille - pèdes , 
bipèdes , &c. , je trouve mieux fondée 
l'opinion de Frifcb (c) , qui tire ce mot 
pinfon de pincïo j latinifé du m^ot alle- 
mand pinck j qui femble avoir été formé 
d'après le cri de l'oifeau. 

Les pinfons ne s'en vont pas tous en 
automne*, il y en a toujours un allez bon 
nombre qui reftent l'hiver avec nous ; )e 
dis avec nous , car la plupart s'approchent 
en effet des lieux habités 5 & viennent 
Jufque dans nos bafîe-cours, où ils trou- 
vent une fubiiftance plus facile *, ce font 
de petits parafites qui nous recherchent 



Pinfon commun, fnngîlla , &c, Finçard, Pin- 
chard, Pinchon, Glaumet, Hiiic , Pichot , Gui- 
gnol, Riche-prieur, SaUrm. Oireaux,/?j^e 266. 

fh) Voyez Béion, Natnr& dts Olfiaux, page 371, 

(cj Tome 1 y claffe i , fedion i. 



ïjS Hijloire Naturelle 

pour vivre à nos dépens, & qui ne nous 
dédommagent par rien d'agréàbie : jamais 
on ne les entend chanter dans cette faiion, 
à moins qu'il n y ait de beaux jours, mais 
ce ne font que des momens , & des mo- 
iiiens fort rares : le refte du temps , ils fe 
cachent dans des haies fourrées , fur des 
chênes qui n'ont pas encore perdu leurs 
feuilles , fur des arbres toujours verts ; 
quelquefois même dans des trous de ro- 
chers 5 où ils meurent lorfque la faifon eft 
trop rude : ceux qui paflcnt en d autres 
climats , fe réunilfent afîez fouvent en 
troupes innombrables \ mais oii vont-ils ? 
M. Frifch croit que c'eft dans les climats 
feptentrionaux 5 & il fe fonde , i.° fur ce 
qu'à leur retour, ils ramènent, avec eux, 
des pinfons blancs , qui ne fe trouvent 
guère que dans ces climiats -, 2.^ fur ce 
qu'ils ne ramènent point de petits, comme 
ils feroient s'ils enflent paflé le temps de 
leur abfence dans un pays chaud où ils 
enflent pu nicher , & où ils n'auroient 
pas manqué de le faire : tous ceux qui 
reviennent , mâles & femelles , font 
adultes \ 3.^ fur ce qu'ils ne craignent 
point le froid ^ mais feulement la neige 9 



du Finfon. IJ9 

qui 5 en couvrant les campagnes , les prive 
d'une partie de leurs fubfiftances (dj. 

Il faut donc, pour concilier tout cela, 
qu'il y ait un pays au Nord où la neige ne 
couvre point la terre : or on prétend que 
les déferts de la Tartarie font ce pays \ il 
y tombe certainement de la neige \ mais 
les vents l'emportent , dit-on , à mefure 
qu'elle tombe , & laifTent de grands es- 
paces découverts. 

Une fingularité très-remarquabîe dans 
la migration des pinfons -, c'eft ce que dit 
Gefner de ceux de la Suiife , & M. Linnseus 
de ceux de la Suède , que ce font les fe- 
melles qui voyagent , & que les mâles 



(d) Frifch, loco citato, Aidrovande dit qu'ea 
Itaiie, lorfqu'il y a beaucoup de neige , & que 
le froid efi: rigoureux, ies pinfons ne peuvent vo- 
ier, & qu'ion les prend à la main, page 820 ; mais 
cette impuifiance de voler peut venir d^inanition , 
& l'inanition de la quantité des neiges. Olina pré- 
tend qu'en ce même pays les pinfons gagnent îa 
montagne pendant l'été. M. Hébert en a vu, dans 
cette faifon , fur les plus hautes montagnes du Bu- 
gey, où ils éfioient auifi communs que dans les 
plaines, & où certainement ils ne leftent point 
l'hiver. 



i6o Uijloire Naturelle 

rcftcnt riiiver dans le pays {e) , maïs ces 
habiles Naturaliftes n*auroient-iIs pas été 
trompés par ceux qui leur ont attefté ce 
fait , & ceux-ci par quelque altération 
périodique dans le plumage des femelles, 
occafionnée par le froid ou par quel- 
qu'autre caufe? Le changement de couleur 
me paroît plus dans Tordre de la Nature , 
plus conforme à l'analogie (f) , que cette 
réparation a jour nommé des mâles & des 
femelles 5 & que la fantaiiie de celles-ci 
de voyager feules & de quitter leur pays 
natal, 011 elles pourroient trouver à vivre 
tout auffi-bien que leurs mâles* 

Au refte 5 on fent bien que l'ordre de 



(e) lu Heluetîa noflra per hiemem recedunt , femin<e 
prafirtim , mares enim aliquando complures fimul appa- 
rent fine ulla femina, Gefner, de Au iè iis , -p^ge 388. 
M. IJnnaeuG dit pofitivement que les pinfons fe- 
melies quittent la Suède par troupes au mois de 
feptembre , qu^elIes vont en Hoiiande , & revien- 
nent au printemps rejoindre leurs mâles, qui ont 
pafle l'bfiver en Suède. 

ffj Nous rendrons compte, k l'article du tarier 
ou traquet d'Angleterre y de quelques obfervations 
curieufes fur les changemens fucceffifs du plumage 
de cet oifeau 6c de quelques autres. 



du Pinfon. i6f 

ces migrations doit varier dans les diffé- 
rens climats : Aidrovande affure que les 
pinfons font rarement leur ponte aux 
environs de Bologne , & qu'ils s'en vont 
prefque tous fur la fin de ri)iver5 pour 
revenir Tautomne fuivant. Je vois , au 
contraire , par le témoignage deWiliughby, 
qu'ils paflent toute l'année en Angleterre, 
& qu'il eft peu d'oifeaux que l'on y voie 
auffi^ fréquemment. 

Ils font généralement répandus dans 
toute l'Europe , depuis la mer Baltique 
& la Suède (g) ^ ou ils fo?it fort communs 
& où ils nichent , juf'qa'au détroi»: de 
Gibraltar, & même jufque fur les cotes 
d'Afrique (h). 

Le pinfon eft un oi(Qd.v\ très-vif-, on ïe 
voit toujours en mouvement -, & cela. 
Joint à la gaieté de fon chant, a donné 
lieu j fans doute , à la façon de parler 



(g) Vo^^ez "^avna Suecka ,Xi.^ Jgg. 

f h } Étant en ftatiaii fur les côtes du royaume 
de Maroc pendant l^été , il nous vint très fréquem- 
me it des pinfons à bord; nous croifions du trente 
au trente-cin uiièine de.rré de latitude ; j'ai même 
Guï alTurer qu on les retrouvoit au cap de Bonne-, 
efpérance (note de M. le vicomte de Querhoent). 



I 6 1 Hijîôire Naturelle 

proverbiale : gai comme pinfon. Il Goit3l-« 
mence à chanter de fort bonne heure aii 
printemps , & plufieurs jours avant le 
roffignol ', il finit vers le folftice d'été : 
fon chant a paru affez intéreffant pouf 
qu'on Fanalysât , oii y a diftingué un 
prélude 3 un roulement , une finale (i) - 
on a donné des noms particuliers à chaque 
reprife , on les a prefque notées , & les 
plus grands connoiffeurs de ces petites 
chofes 5 s'accordent à dire que la dernière 
reprife eft la plus agréable (k). Quelques 
perfonnes trouvent fon ramage trop fort, 
trop mordant ; mais il n'eft trop fort que 
parce que nos organes font trop foibles. 



(ij LepréïiiJe,feîon M. Frifch, efl composé 
de trois notes ou traits femblabîes; îe roulement de 
fept notes différentes en defcendant, Se îa finale de 
deux notes ou phrafes : il renvoie à Van de la 
ehajjè de Schroder , /û^e 138; & à VHehetia cif 
7 iq/û d'ÉmanueIKonig, ;?â'^e 831. M. Lottinger a 
fait auffi quelques obfervations fur cette matière: 
« Dans la colère, dit- il, le cri du pinfon eft fîmpïe 
99 & aigu ; dans îa crainte , il eft plaintif, bref & 
?9 fouvent répété ; dans la joie, il eft vif, alfez fuivi j 
99 & il finit par une efpèce de refrain, n 

(kj On îa nomme en Allemand j Rduriu ; en 
François, Bouu-fdU. 



du Pinfoiu i6'j 

ou plutôt parce que nous Tentendons de 
trop prè? & dans des appartemens trop 
réfonnans , oii le fon direâ: eft exagéré , 
gâté par les fons réfléchis : la Nature a 
fait les pinfons pour être les chantres des 
bois -, allons donc dans les bois pour Juger 
leur chant, & fur-tout pour en jouir* 

Si Ton met un jeune pinfon , pris au 
nîd 5 lous la leçon d un ferin 5 d'un 
roffignol 5 &c. 5 il fe rendra propre le 
chant de fes maîtres : on en a vu plus 
d\m exemple (l) ; mais on n a point vu 
d'oifeaux de cette efpèce qui euffent 
appris à iîfler des airs de notre mutique : 
ils ne favent pas s'éloigner de la Nature 
jufqu'à ce point. 

Les pinfons , outre leur ramage ordi- 
naire, ont encore un certain frémiiJement 
d'amour qu'ils font entendre au prin- 
temps 3 & de plus un autre cri peu agréa- 

flj Cette facilité de s'approprier des chants 
étrangers, explique la diverfité de ramage qu'on 
obferve dans ces oifeaux. On difbingue dans. les 
Pays bas cinq à fix fortes de pinfons , qui ont cha- 
cun des phrafes pius ou moins longues. Foyei 
THift. Nat. des Oifeaux de Salemcj^a^g 26^^* 



1^4 Hijiolre Naturelle 

ble 5 qui , d:t-on , annonce la pKiîe (m) * 
on a aiiffi remarqué que ces oifeaux ne 
chantoicnt jamais mieux ni plus long- 
temps , que lorfque, par quelqu'accident, 
ils avoient perdu la vue fnj ; & cette 
remarque n'a pas été plutôt faite , que 
Tart de les rendre aveugles a été inventé : 
ce font de petits efciaves à qui nous 
crevons les yeux , pour qu'ils puiflent 
mieux fcrvir à nos plaifirs. Mais je me 
trompe, on ne leur crève point les yeux, 
on réunH Seulement la paupière inférieure 
à la fjpérieure , par une efpèce de cica- 
trice artificielle, en touchant légèrement, 
& à plufieurs reprifes , les bords de ces 
deux paupières, avec un fil de m.étal rougi 
au feu , & prenant garde de blelfer le 
globe de l'œil. 11 faut les préparer à cette 
fîngulière opération , d'abord en les ac- 
coutumant à la cage pendant douze ou 



fm) Ce cri a un nom particulier en Allemand j 
on VR^ipeWefihircken. 

(u) nsfontfujetsà cet accident , fur-tout iorf- 
qu'on les tient entre deux fenêtres ^ à i'expofitiojî 
du midi. 



du Pin/on. i6$ 

quinze jours , & enf^jite en les tenant 
enfermés, nuit & jour avec leur cage, 
dans un coffre , afin de les accoutumer à 
prendre leur nourriture dans Tobicuri- 
té (ojn Ces pinfons aveugles font des 
chanteurs infatigables (pJjSc Ton s'en ' 
fert par préférence (^<^^ , comme d'appeaux 
ou d\ippelans y pour attirer , dans les 
pièges , les pinlons fauvages : on prend 
ceux-ci aux gluaux (^rJySc avec différentes 
fortes de filets , entr'autres celu'r d'alouet- 
tes j mais il faut que les mailles, foient 



(oj Gefner prétend qu'en' tenant des pinfons 
aînfi renfermés pendant tout Pété, & ne les tirant 
de prifon quVi commencement de î^mtomne, 
ils chantent pendant cette dernière faifon, ce qu'ils 
n'eutTent point tait fans cela : Pobrciirité ïes ren» 
doit muets, îe retour de la lumière eft le prin-^ 
temps pour eux. De Avibus , page 388. 

(p) On les appelle en Flandre, Rabadlaux. 

(q) Avec d'autant plus de raifbn que ceux qui 
«e font point aveugles font des chantres fort ca- 
pricieux, & qui fe taifent pour peu qu'il fifle de 
vent ou qu'ils éprouvent d'incommodité , & 
même d'inquiétude, 

(v) Le pinfon eil: un oifeau de pipée ; il vient; 
en faifant un cri, auquel les autres pinfons ne man- 
quent pas de répondre, & auffi-tôt ils fe mettent 
$ous en marche. (Note iz M. h Do&ear LottingerJ, 



l66 Hijîôire Naturelle 

pins petites 5 & proportionnées à îa 
grofTeur de roifeau. 

Le temps de cette chafle (^fj eft celui 
où les pinfons volent en troupes nom- 
breufes 5 Toit en automne à leur départ , 
foit au printemps à leur retour : il faut, 
autant que Ton peut, choilir un temps 
calme , parce qu'alors ils volent plus bas , 
& qu'ils entendent mieux Tappeau. Ilg 
ne fe façonnent point aifément à la cap- 



(fj On établit îe iBIet dans un bofquet de char- 
mille d'environ foixame pieds de long fur trente- 
cinq de îarge, à portée des vignes & des chene- 
vières; ie filet eft à un bout, la loge où fe met 
rhomme qui tient la corde du filet à l'autre bout; 
deux appeaux dans Tefpace qui eft entre les deux 
napes ; pîufîeurs autres pinfons en cage répandus 
dans le bofquet : cela s^appelle une pinfoinuère. Il 
faut beaucoup d'attention à cacher l'appareil ; car 
îe pinfon, qui trouve aifément à vivre , n'eft point 
facile à attirer dans le piège : quelques-uns difent 
qu'il eft défiant & rufé , qu'il échappe à l'oifeau de 
proie en fe tenant la tête en bas , que l'oifeau îe 
méconnoît dans cette fituation , & que s'il fond fur 
lui, fouvent il ne lui prend que quelques plumes 
de la queue. M. Guys m'afllire que la femelle eft 
encore plus rufée que le mâle : ce qu'il y a de fur, 
e'eft que mâle & femelle fe iaiflent approcher de 
foit près. 



du Pinjon. i6y 

tïvîté', les premiers jours ils ne mangent 
point ou prefque point , ils frappent 
continuellement , de leur bec , les bâtons 
de la cage , & fort fouvent ils fe laiiTent 
mourir (tj. 

Ces oifeaux font un nid bien rond & 
folidement tiflli -, il femble qu'ils n'aient 
pas moins d'adrefle que de force dans le 
bec : ils pofent ce nid fur les arbres ou 
les arbuftes les plus touffus j ils le font 
quelquefois jufque dans nos jardins , fur 
les arbres fruitiers , mais ils le cachent 
avec tant de foin , que fouvent on a de 
la peine à l'apercevoir , quoiqu'on en foit 
fort près : ils le conftruifent de moufle 
blanche, & de petites racines en-dehors, 
de laine, de crins, de fils d'araignées, & 
de plumes en dedans. La femelle pond 
cinq ou fix œufs gris-rougeâtres , femés 
de taches noirâtres plus fréquentes au 
gros bout : le mâle ne la quitte point 
tandis qu'elle couve , fur-tout la nuit , il 

(tj Ceux que l'on prend aux gîuaux meurent 
fouvent k l'inftant où on les prend, foit par le rçr 
gret de la liberté , foit qu'ils aient été bielles par 
fil chouette, foit qu'ils en aient eu peur. 



î68 Hijloire Naturelle 

fe tient toujours fort près du nid, &:, îe 
jour 5 s'il s'éloigne un peu 5 c eft pour 
aller à la provifion. Il fe pourroit que la 
jaloufie fût pour quelque chofe dans cette 
grande affiduité *, car ces oifeaux font d'un 
naturel très-jaloux ; s'il fe trouve deux 
mâles dans un même verger au prin- 
temps 5 ils fe battent avec acharnement 
jufqu'à ce que le plus foible cède la place 
ou fuccombe ; c'eft bien pis , s'ils fe 
trouvent dans une même volière où il 
n'y ait qu'une femelle (u). 

Les pères & mères nourriilent leurs 
petits de chenilles & d'infedes *, ils en 
mangent eux-mêmes (x) : mais ils vivent 
plus communément de petites graines , de 
celles d'épine blanche , de pavot , de 
bardanne , de rolîer , fur-tout de faine , 



(u) On confeille même de ne pas mettre plus 
de deux paires dans la même ehambre , de peur 
que ies mâ'es ne fe pourfuivent & qu'ils ne cau- 
fent du défbrdre dans la volière. 

(x ) Aîdrovande favoit cela, & ii ajoute que ies 
Oifeieurs donnoient aux pinfons qui leur fer- 
voient d'appeaux une fauterelle ou quelqu^autre 
infecte pour les mettre en train de chanter ; ce 
qui fuppoferoit dans ces oifeaux un appétir de pré- 
férence povr les infedes, 

de navette 



du Pinfon. 169 

5e navette & de chenevîs : ils fe nour* 
rrffent auffi de blé & même d'avoine , 
dont ils favent fort bien caffer les crains 
pour en tirer la fubftance farineufe : 
quoiqu'ils foient d\in naturel un peu 
rétif , on vient à bout de les former au 
petit exercice de la galère , comme les 
chardonnerets , ils apprennent à fe fervir 
de leur bec & de leurs pieds, pour faire 
monter le fceau dont ils ont befoin. 

Le pinfon cft plus fouvent pofé que 
perché ; il ne marche point en fautillant -, 
mais il coule légèrement fur la terre , & 
va fans ceffe ramaiîant quelque chofe : fou 
vol eft inégal 5 mais, îorfqu'on attaque fou 
nid 5 il plane au-dc(iiis en criant. 

Ctt oifeau eft un peu plus petit que 
notre moineau *, il eft trop connu pour 
le décrire en détail : on lait qu'il a les 
CQiés de la tête , le devant du cou , la 
poitrine & les flancs d'une belle couleur 
vineufe*, le deiîlis de la tête & du corps 
marron, le croupion olivâtre, & une 
tache blanche fur l'aile, La femelle a le 
bec plus eflilé , & les couleurs moins 
vives*, mais, loit dans ia femelle, foit 
dans le mâle , le plumage eft fort ftijet 
O'ifcaux j Tome FIL H 



I 70 Hljtoire Naturelle 

à varier. J'ai va une femelle vivante , 
prife fur fes œufs ie 7 mai 5 qui difFéroit 
de celle que M. Briflon a décrite *, elle 
avoït le deffus de la tête & du dos d un 
t)run olivâtre 5 une efpèçe de collier gris , 
qui environnoit le cou parderrière , le 
ventre & les couvertures inférieures de la 
queue 5 blancs , &c. -, parmi les mâles 5 il 
y en a qui ont le deflus de la tête & du 
cou cendrés , & d'autres d'un brun- 
marron*, quelques-uns ont les pennes de 
la queue les plus voifînes des deux in- 
termédiaires 5 bordées de blanc , & d'au- 
tres les ont entièrement noires : eft-ce 
l'âge qui produit ces petites différences ? 
Un jeune pinfon , pris fous la mère , 
dont les pennes de la queue étoient déjà 
longues de lîx lignes, avoit le deffous du 
corps comme la mère , le deifus d'un 
brun^-cendré , le croupion olivâtre , Tes 
ailes avoient déjà les deux raies blanches , 
mais les bords du bec fupérieur n'étoient 
point encore échancrés près de la pointe, 
comme ils le font dans les mâles adultes*, 
ce qui me feroit croire que cette échan- 
crure :, qui fe trouve dans beaucoup d'ef- 
pèees 5 ne dépend pas immédiatement de 



//!. 



P/.ir/^.u/.jycy. 




'^i^>^ ^^^^^J^^^^ ,,^, 



)çyJenj-e d' 



J.K riNSON . 



Ohcaclza^u^J 



au F in fan. 171 

ïa première organifation , maïs que c'eft 
un effet fccondaire & mécanique, produit 
par la preffion continuelle de Textrémité 
du bec inférieur , qui eft un peu plus 
court 5 contre les bords du bec fupérieur. 

Tous les pinfons ont la queue four- 
chue 5 & compofée de douze pennes s le 
fond de leurs plumes eft cendré-obfcur, 
& leur chair n'eft pas bonne à manger : 
la durée de leur vie eft de fept ou huit 
ans. 

Longueur totale 5 fix pouces un tiers ; 
bec, fix lignes, vol, près de dix pouces^ 
queue , deux pouces deux tiers ; éî^ 
dépaffe les ailes d'environ feize lignes. 



Faribtes du pinson. 

Indépendamment des variations fré=^ 
quentes de plumage, que Ton peut re-- 
marquer dans les pinfons dun même 
pays 5 on a obfervé , parmi les pinfons de 
différens climats, des variétés plus ce? 1- 
tantes, & que les Auteurs ont jugées 
dignes d'être décrites^ Les trois picmicici 

Hij 



tjz Hljloire Naturelle g 

ont été obfervées en Suède , & les deux 
autres en Siléfie. 

I. Le pinson à ailes & queue noires fyj. 
Il a en efîet les ailes entièrement noires', 
mais la penne extérieure de la queue , & 
la fuivante , font bordées de blanc en de- 
hors, depuis le milieu de leur longueur: 
cet oifeau fe tient fur les arbres j dit 
M. Linnxus. 

II. Le pinson brun (^^J. Il eft re- 
marquable par fa couleur brune & par 
Ion bec jaunâtre : mais cette couleur 
brune n'eft point uniforme *, elle eft moins 
foncée fur la partie antérieure, & parti- 
cipe du cendré & du noirâtre fur la partie 



(yj Fringllla artuhus , remigièus , rediricibu fque 
fiigris , diiabus utrimque extimis à medio extrorsùin 
Mis. Linnacus. Fauna Snecica, n.^ 200. 

Fringilla Sylvatka artiibus , &c. Linnaeus. Syfl, 
JSat, eçl. X. G. 98 5 Sp. 6 , page 180. 

Fringilla ails & cauda pi gris. Briilbn , tome III y 
jpage 153. 

(ij Fringilla fufca , roflro fiapicante. Linnaeiis. 
laun. Siiec, 11.^ 204. 

Fringilla flapirojiris fufca, &c, Linn. Syft. Nau 
j^â. X. G. 98, Sp. 21, page 182. 

J::rin§illafiifca, Briiton, toms III, page 154, 



du Pin/on. 175 

poftéricure : cette variété a les allés noires 
comme la précéde^ite, les pieds de même 
couleur & la queue fourchue. Les Sué- 
dois lui donnent le nom de riska j dit 
M. Linnxns. 

III. Le pinson brun huppé (^a). Sa 
huppe eic couleur de feu , & c'eft le trait 
caracStériftique qui ie diftingue de la va- 
riété précédente. M. Linn^^ais difoit, en 
1746 , qu'il fe trouvoït en Nortlande , 
c'ePt-à-dire , dans la partie îe^ptentrîonale 
de la Suède*, mais 5 douze ans après 5 il a 
cru le reconnoître dans la linotte noire 
de Klein , & il a dit 5 en général , qu'il 
fe trouvoit en Europe. 

IV. Le pinson blanc fl^J. Il eft fort 



fa) Fringilla fufia, cri fia flamme a, Linnaeus^ 
Faun, Suec. n.^ 201. 

Fringilla flammea fiifca , &c, Linn. Syft, Nau 
cd. X. G. 98, Sp. 20*, page 182. 

Luteola nigra, Schwarzer Zeilig. Schwenckfeîd. 
^p, Silef. page 297. 

Linaria feu Luteola uigra Schweiickfeldi , Schwar- 
zer Henfiing, Klein, Ordo Avium , page 93 , n.^ v. 

(h) ïringilla candida, IVeijJe fincke » JVeiJJe hiich 
fificke, Schwenckfeîd. Ap, Silef, page 262. 

Gefner, de Avihus , page 387. 

BrifTon, tome 1 II, page 154. 

Hiij 



J74 HiJIûire Naturelle^ 

rare 5 félon Schwenckfeld , & ne diffère 
que par la couleur de notre pinfon or- 
dinaire. Gefner attefte qu'on avoit vu 
un pinfon , dont le plumage étoit entiè- 
rement blanc. 

V. Lî: pinson a gollieb. fcj. II a le 
fommet de la tcte blanc , & un collier 
de la mêiise couleur : cet oifeau a été 
pris dans les bois , aux environs de 
Kotzna. 



Ce) Friiigilla torquata , Ringel-flnch. SchwencI:* 
feîd. Jp. Sikf. page 262. 

BriiTon, tome l ll,pa^e 155. 



^^«N.^ 






^75 

^ LE PINSON D'ARDENNE (a). 

XL POuHROïT refaire que ce pinfon ^ 
qui paffe généralement pour le pinfon de 
montcîgne , ou Vorofpi\a d'Ariftote ^ ne 
fût que Ton fpi^u^ ou Ton pinfon propre- 
ment dit 5 & que notre pinfon ordinaire. 



ifr //-f^yg^ îcs planches enluminées, n.° 54, %. 2« 

(a) Le montain , pinfon montain , pinfon d'Ar- 
deiine, mouti frin^illa , oivfpiies , orofpiiis ; en quel- 
ques endroits, pailTe ou moineau de bois, mais par 
erreur; peut être ie fpiza d'Ariftote ; bringillaro* 
Bélon, Nature des OifeauXj^jje 372 ; & Obfer- 
vations, fol. 13. 

tVingilla montanay monti fringiila, orofpiies ; mon- 
tans, pinfon d^Ardenne; Angî. Bramling ; Germ. 
ein rowert, Schnee-fuick^ J'Vinter-finck ; lielveùcè ^ 
ïVald-fiuck , Thami-finck (Fringiila abietum). Gef- 
lier, de Jpiùus , page 388. 

Montl- fringiila , Fringiila hyLernay Niyalis ; Fren^ 

guello montaiiino (nom que l'on a appliqué mal-à- 

- propos au gros -bec & au rouge- gorge) ; pinfon 

montain, pinfon d'Ardenne, &c. Aldrovande, Or- 

nitholog. tome 1 1, page 821. 

Fringiila montana feu monti-fringilla , 'O^t^i^u 
Ariftote. Angl. The hramtkorbrambling. Wiilughby, 
page 187, . 

H iv 



I 7<5 Hijloire Naturelle 

qui paffe généralement pour fon /pî^a ^ 
fût fon véritable orofpi'^a 3 ou pinfon de 
montagne : voici mes raifons. 



Friiigilla monfana, &c, Willug/ihy, mountain-finch, 
Ray, page 88. 

Monti-fïiugilla , &c. B lier- fin c/i (parce qu'ii fe 
pîakfur les buifforiS). Charieton, Aves , page 88, 

Irlngîlla hyherna aurea, E^c, 'O^ût^/Jm^ danneti 
fttick , ëfc. h femelle XP^'^i^^'^*'^-^^ y Jmi vittis pcuctri , 
Qi/eck , QueckeTy Gold-fii:cke^ ^uetfih-finckc, Lauè- 
jincha. Schwenckleîd, Jp. Silzf page 262. 

Tîingiîla moutaua hyherna, &c, Irringillago G nia 
(c'eft le nom de la greffe méfange qui a le cri du 
muntain), IVald fiuck . Schnec-finck. Rzakzynski, 
jiuH, Eifl. Nat. PolcfL page 379. 

Monti-fringilla, alarum bafi fahtus flaviffimâ. Car- 
dnelis Jugermanica Rudheck ; Suecis , JNorrqniiit, Lin- , 
naus. Farw, Suecica n.^ 198. Syjl Nat, éd. X, G. ' 
98, Sp. 3, page 179. 

FringiUa moutaua, B erg fiuck Qnaeker (d'cXprèsTon 
tYÏ fjiiec çnccj, Gegler, Zekrliug; en Autriche, JVi- 
cawiti Frifch, terne I, cL i , dii\ 1 , uP 3. 

Friugîlla hyherna, mon tan a, &c. the Bramlay , &c» 
Klein, Ordo Avlum, page 96. 

Paffer fupernè uiger, margiuibus pennarum. rafefien^ 
tibiis. , Inftrnè albus ; uropygio candide ; colla iuferiorâ 
& pedtore dilntè rufis; re&ricibus lateralihus uigricarn 
tibus, cris exterioribas albo-flavicautihus , cxîimd €Xîe^ 
rius prima medictatc albâ, Mas, 



au Plnjon d^Ardenne. 177 

Xcs Anciens ne faîfoîent point de 
defcriptions complètes*, mais ils difoient 
un mot 5 foit des qualités extérieures , foit 
des habitudes;, & ce mot indiquoit or- 
dinairement ce qu'il y avoit de plus re- 
marquable dans TanimaL Uoro/pi^a j dit 
Ariftote fhj j efi: femblable au Jpi:(a ; il 
eil un peu moins gros, il a le cou bleu , 
enfin il fe tient dans les montagnes : or 



Paffer fupernè fil fais , margiiiihns pennamm grifeo- 
rdfefcentibus , iufernè alhus j uropygio candido ; coUo 
inferiore 6* pe&ore grifeo-rafefcentièus ; reâêricièas 
lateralibus fufcis, ons exteiioribus^albo flavicautibus , 
extimâ exterius prima medietate albâ, femina* . . . 
Monti-fringilla. BrilTon, tome HT, page 155. 

Tioquet , en quelques cantons de ia Bourgogne , 
d'après fon cri. The Brambliug. Mouti ^fringilla. 
British Zoology ^ page loS, 

Pinfons de montagne, Fringîlla moniana, Hy-» 
herna, &c. en Savoie, Quînçoh de montagne; en 
Sologne, Jrdenet, Vin fon des Ardevnes; à Oriéans, 
Pichot mondain ou Pichot de mer ; Ebourgeonneau ou 
Pinfon d'Artois, félon Fortin dans fes rufes inno- 
centes, Salerne. Hifl:. Nat. des oifeaux, p^^e 269. 

Nota. Quoique les pinfons d^Ardenne 8c autres 
aient les bords du bec échancrés près de îa pointe, 
M. BrUfon l'es a admis dans le genre du moineau, 
dont"! 'un des caradères eft d'avoir les deux mandi- 
bules droites &; entières. 

fbj H'ift, JnimaUum , lib. V î 1 1 , cap. 1 1 1. 

H y 



1 yZ Bi/ioire Naturelle 

toutes ces propriétés appartiennent à 
notre pinfon ordinaire, & quelques-unes 
d'elies lui appartiennent exclufivement. 

I.*^ Il a beaucoup de reffemblance 
^vec le pinfon d'Ardenne 5 par la fuppo- 
fition même *, & , pour s'en convaincre , 
il ne faut que les comparer Tun à lautre i 
d'ailleurs il n'eft pas un feul Méthodifte 
qui n'ait rapporté ces deux efpèccs au 
même genre. 

2.^ Notre pinfon ordinaire eft un peu 
plus petit que le pinfon d'Ardenne , fui- 
vant le témoignage des Naturaliftes , & 
fuivant ce que j'ai obfervé moi-même. 

3.^ Notre pinfon ordinaire a le deffus 
de la tête & du cou d un cendré-bleuâ- 
tre Y ^^; au-lieu que, dans le pinfon 
d'Ardenne , ces mêmes parties font va- 
riées de noir-luftré & de gris-jaunâtre. 

4.° Nous avons remarqué ci-deffus , 
d'après Oîina, qu'en Italie notre pinfon 
ordinaire fe retire l'été dans les monta- 
gnes pour y nicher -, & comme le climat 
de la Grèce eft fort peu difîérent de celui 
de l'Italie, on peut fuppofer par analo- 

(cj Caj)ut in mare c<emhfçk^ dit Willughby,. 



du Pinfon d^Ardenne, i j 9 

gîe, à défaut d'obfervatioii , qu'en Grèce 
notre pinfon ordinaire niche auffi fur les 
montagnes (d). 

5.^ Enfin le ffl^a d'Ariftote (emble 
chercher, fuivant ce Philofophe, les pays 
chauds pendant Tété , & les pays froids 
pendant l'hiver ( e) : or cela convient 
beaucoup mieux aux pinfons d'Ardenne 
qu aux pinfons ordinaires , puifqu une 
grande partie de ceux-ci ne voyagent 
point 5 & que ceux-là non-feulement font 
voyageurs, mais qu'ils ont coutum.e d'ar- 
river au fort de l'hiver ( f) , dans les 



( à ) FrlTch prétend que les pinfons d'Arcîenne 
-viennent des montagnes eu automna, & que lorf- 
qu'ils s^en retournent, ils prennent ie chemin des 
montagnes du nord. M. le Marquis de Piolenc ^ 
qui m'a donné pkilieurs notes fur ces oifeaux, 
m'affure qu'ifs partent dans le mois d'o(^iobre ces 
montagnes de Savoie & de Dauphiné , & qu'ils y 
reviennent au mois de février ; ces époques s'ac- 
cordent très-bien avec celles où nous les vayons 
paiïer & repafier en Bourgogne : il peut fe "faire 
que îes deux efpèces aiment les montagnes, &; fe 
TelTembîent en ce point. 

(t) Hiftoria Jnimalium, lib. IX, cap. VIT. 

f fj Aidrovande allure poBtivement que ce^ai 
«ft. dÀïiû aux environs de Bologne. JVL I ottini^fs- 

H y] 



I 8 o UiJIoire Naturelle 

diftérens p^ys qu'ils parcourent : c'efl: cc 
que nous favons par expérience, &c ce 
' qui d'ailleurs eft attefté par les noms de 
pinfon d'hiver ^ pinfon de neige ^ que 
Ton a donnés en divers pays au pinfon 
d'Ardenne. 

De tout cela il réfultCj ce me femble, 
que très-probablement ce dernier eft le 
fpi\a d'Ariftote 5 & notre pinfon ordi- 
naire fon orofpl'^a. 

Les pinfons d'Ardenne ne nichent 
point dans nos pays -, ils y pafient , d'an- 
nées à autres > en très-grandes troupes : 
îé temps de leur paffage eft l'automne & 
l'hiver , fouvent ils s'en retournent au 
bout de huit ou dix jours, quelquefois 
ils reftent jufqu'au printemps : pendant 
leur féjour , ils vont avec les pinfons 
ordinaires '5 & le retirent , comme eux, 
dans les feuillages. ïl en parut des volées 
très -nombreu les en Bourgogne , dans 
lliiver de 1774 5 & des volées encore 



me mande que, dés la fin d'août, ii en paroît quel- 
ques iiiis ers Lorraine ; mais que i'on n^en voit de 
greffes troupes que fur ia fin d'odobre^ ^i oiêixiç 
plus tard. 



du Tinfon d^Ardenne. i 8 i 

pîus nombreufes dans le pays de Wir- 
temberg , fur la fin de décembre 1775 ? 
ceux - ci alloient fe gîter tous les foirs 
dans un vallon fur les bords du B<\ïin(g) ^ 
& 5 dès laube du jour, ils prenaient leur 
vol : la terre étoit toute couverte de leur 
fiente. La même chofe avoit été obfervée 
dans les années 1735 ^ ^757 (^'^) î ^^ 
ne vit peut-être jamais un auffi grand 
nombre de ces oifeaux en Lorraine , que 
dans Thiver de 1765 : chaque nuit on en 
tuoit plus de fix cens douzaines , dit 
M. Lottinger, dans des forêts de ftpins , 



(g) M. Lottinger dît, peut-ctre un peu trop 
généralement, que le jour ils fe répandent dans les 
forêts de la plaine, & que la nuit ils fe retirent fur 
la montagne : cette marche n'eft point apparemment 
invariable, & l'on peut croire qu'elle dépend du 
local & des circonftances. 

On ena vu cette année dans nos environs une 
Tolée de plus de trois cens, qui a paifé trois ou 
quatre jours dans le même endroit, & cet endroit 
eft miOntagneux. Ils fe font toujours pofés far le 
même noyer; & lorfqu'on les tiroit, ils partoient 
tous à-îa-fois, & dirigeoient conrtamment leur 
route vers le nord ou le nord-eft (nou de M. U 
Marquis de Piolencj. 

(h) Voyez îa Gaiettc d' ogriculî are ^imuéc 1776^ 
^11.^ ij 5 page 66, 



i§2 ïlijlolre Naturelle 

qui font à quatre ou cinq lieues dfe 
Sarhourg *, on ne prenoit pas îa peine de 
îcs tirer , on les affommoit à coup de 
gaules*, &5 quoique ce maffacre eût duré 
tout Thiver, on ne s'apereevoit prefque 
pas 5 à la fin , que la troupe eût été en- 
tamée. M. Willughby nous apprend 
qu'on en voit beaucoup aux environs de 
Venife(^iy>-, (ans doute au temps du paf-* 
fage : mais nulle part 5 ils ne reviennent 
auffi régulièrement que dans les forêts de 
Weiffem.bourg où abonde le hêtre , & 
par conféquent la faine , dont ils font 
très-friands : ils en mangent le jour & la 
nuit, ils vivent auffi de toutes fortes de 
petites graines. Je me perfuade que ces 
oifeaux reftent dans leur pays natal tant 
qu'ils Y trouvent la nourriture qui leur 
convient 5 & que c'eft la àikttt qui les 
oblige à voyager -, du moins il elî cer- 
tain que l'abondance des graines qu'il» 
aiment de préférence , ne fufEt pas tou- 
jours pour les attirer dans un pays, même 
dans un pays qu'ils connoiffent-, car, en 
1774 5 quoiqu'il y eût abondance de faine 

(il) Page i87> 



du Tinfon d^Ardenne. 185 

en Lorraine , ces pinfons n'y parurent 
pas, & prirent une autre route : Tannée 
fuivante^au contraire 5 on en vit quelques 
troupes, quoique la faine eût manqué (^/ty?. 
Lorsqu'ils arrivent chez nous , ils ne font 
point du tout fauvages , & fe laiflent ap- 
procher de fort près : ils volent ferrés , fe 
pofent 5 & partent de même , cela eft au 
point, que Ton en peut tuer douze ou 
quinze d'un feul coup de fufiL 

En pâturant dans un champ , ils font 
à-peu-près la même manœuvre que les 
pigeons *, de temps en temps on en voit 
quelques-uns fe porter en avant , lefquek 
font bientôt fuivis de toute la bande. 

Ce font , comme Ton voit, des oifeaux 
connus & répandus dans toutes les parties 
de l'Europe, du moins par leurs voyages \ 
mais ils ne fe bornent point à l'Europe* 
M. Edwards en a vu qui venoient de 1^ 
b-^ie d'Hudfon , fous le nom à'oifeaux de 
neige ; & les gens qui fréquentent ctitt 
contrée, lui ont affuré qu'ils étoient des 
premiers à y reparoître chaque année au 



(k) Je tiens ces faits de M. Lottinger. 



r84 Hiftoire Naturelle 

retour du printemps , avant même que 
les neiges fuflent fondues (^Ij. 

La chair des pinfons d'Ardeniie j 
quoiqu'un peu amère, eft fort bonne à 
manger 5 & certainement m-eilleure que 
celle du pinfon ordinaire : leur plumage 
eft auffi plus varié , plus agréable , plus 
velouté', mais il s'en faut beaucoup qu'ils 
chantent auffi-bien : on a comparé leur 
voix à celle de la chouette (mj & à celle 
du chat (^nj : ils ont deux cris , l'un eft 
une efpèce de ploiement *, l'autre , cju'ils 
font entendre étant pofés à terre , ap- 
proche de celui du traquet, mais il n'eft 
m auffi fort ni auffi prononcé. Quoique 
nés avec Ci peu de talens naturels , ces 
oifeaux font néanmoins fufceptibles de 
talens acquis : lorfqu'on les tient à portée 
d'un autre oifeau dont le ramage eft plus 
agréable , le leur s'adoucit , fe perfec- 
tionne , & devient femblable à celui 
qu'ils ont entendu (^oj. Au refte 5 pour 

flj Nat, B'ijîory of uncommon birds, part. 11^ 
•page 117. 

(m) Bélon. Nature des oi féaux, page 371* 
fnj OJina., paqe 32. 
(oj Olina, ibid. 



du Pinfon d^Ardenne. i 8 5 

avoir une idée jufte de leur voix , il 
faudroit les avoir ouïs au temps de la 
ponte \ car c'eft alors 5 c eft en chantant 
Thymne de Tamour, que les oifeaux font 
entendre leur véritable ramage. 

Un Chafleur, qui avoit voyagé, m'a 
afiliré que ces oifeaux nrchoient dans le 
Luxembourg*, qu'ils pofoient leurs nids 
fur les f^pins les plus branchus , allez 
haut 5 qu'ils commençoient à y travailler 
fur la fin d'avril -, qu'ils y employoient la 
longue mouife des fapins au-dehors *, du 
crin 5 de la laine & des plumes au-dedans \ 
que la, femelle pondoit quatre ou cinq 
œufs jaunâtres & tachetés , & que les 
petits commençoient à voltiger de bran- 
che en branche dès la fin de mai. 

Le pinfon d'Ardenne eft 5 fuivant 
Bélon 5 un oifeau courageux , & qui fe 
défend , avec fon bec , jufqu'au dernier 
foupir. Tous conviennent qu'il eft d'un 
naturel plus doux que notre pinfon or- 
dinaire 5 & qu'il donne plus facilement 
dans les pièges : on en tue beaucoup à 
certaines chaffes que Ton pratique dans 
îe pays de Weiffembourg , & qui méri- 
tent cl çtre connues. On fe raffemblejpour 



I 8 6 Uijloire Naturelté 

cela 5 dans la petite ville de Bergzabem •, 
& 5 le jour étant pris , on envoie , Ll 
veille 5 des obfervateurs à la découverte , 
pour remarquer les arbres fur lefquels ils 
ont coutume de Te pofer le foir -, c'eft 
communément fur de petits piceas & fur 
d'autres arbres toujours verts : ces obfer- 
vateurs de retour fervent de guides à la 
troupe \ elle part le foir avec des flam- 
beaux & des farbacanes : les flambeaux 
fervent à éblouir les oifeaux & à éclairer- 
les ChalTeurs *, les farbacanes fervent à 
ceux-ci pour tuer les pinfons avec de 
petites boules de terre sèche : on les tire 
de très-près 5 afin de ne les point man- 
quer 5 car s'il y en avoit un feul qui ne 
fût que blelîé 5 fes cris donneroient in- 
failliblement l'alarme aux autres, & bien- 
tôt ils s'envoleroient tous à -la-fois. 

La nourriture principale de ceux que 
l'on veut avoir en cage , c'efl: le panis , 
le chenevisj la faine, &c. Olina dit qu'ils 
vivent quatre ou cinq ans> 

Leur plumage eft fujet à varier dans 
les différens individus : quelques mâles 
ont la gorge noire , & d'autres ont la tcte 
aufolument blanche & les couleurs plus 



du Pin/on d^Ardenne. 187 

forblcs (p)' Frifch remarque que les 
jeunes mâles, lorfqu'ils arrivent, ne font 
pas Ci noirs , & n ont pas les couvertures 
inférieures des ailes d un jaune iî vif que 
iorfqu'ils s'en retournent-, il peut fe faire 
que rage plus avancé amène encore 
d'autres différences dans les deux fexes , 
& delà toutes celles que l'on rembarque 
dans les defcriptions. 

Lepinfonque j'ai obfervé, pefoit une 
once -, il avoit le front noir , le deiîus de 
la tête & du cou, & le haut du dos 5 varié 
de gris- jaunâtre & de noir-luftré •, la 
gorge, le devant du cou, la poitrine & 
le croupion d'un roux -clair \ les petites 
couvertures de la bafe de l'aile d'un 
jaune-orangé *, les autres formoient deux 
raies tranfverfales d'un blanc- jaunâtre, 
réparées par une bande noire plus large ; 
toutes les pennes de l'aile , excepté les 
trois premières , avoient fur leur bord 
extérieur , à Tendroit où (inifl'oient les 
grandes couvertures , une tache blanche 



(p) Koyq Aîdrovande , /7û^e 821. M. Brifîbn 
en a foit une variété marquée A , qu^iî nomme 
Monti-frin^illa kucocephalos , tome iU, page 159^ 



ï88 Bifioire Naturelle 

d'environ cinq lignes de long -, la fuite 
de ces taches îbrmoit une troifième raie 
blanche , qui étoit parallèle aux deux 
autres dans l'aile étendue , mais qui , dans 
Taile repliée 5 ne paroiffoit que fous la 
forme d une tache oblongue , prefque 
parallèle à la côte des pennes , enfin ces 
mêm_es pennes étoient d'un très -beau 
noir 5 bordées de blanc : les petites cou- 
vertures inférieures des ailes , les plus 
proches du corps , fe faifoient remarquer 
par leur belle couleur jaune. Les pennes 
de la queue étoient noires , bordées de 
blanc ou de blanchâtre, la queue four- 
chue 5 les flancs mouchetés de noirs , les 
pieds d un brun-olivâtre , les ongles peu 
arqués , îe poftérieur le plus fort de tous*, 
les bords du bec fupérieur échancrés près 
de la pointe 5 les bords du bec inférieur 
rentrans & reçus dans le fupérieur, & la 
langue divifée par le bout en pluiieurs 
filets très-déliés. 

Le tube inteftinal avoit quatorze pouces 
de longueur-, le géfîer étoit mufculeux , 
doublé d'une membrane cartilagineufe 
fans adhérence , précédé d une dilatation 
de réfophagCj & encore dun jabot qui 



du Plnfon cTArdenne. i S 9 

avoit cinq à fix lignes de diamètre , le 
tout rempli de petites graines fans un feui 
petit caillou : je n'ai vu ni cœcum ni 
vcfîcule du fiel. 

La femelle n'a point la tache orangée 
de la bafe de Taiie, ni la belle couleur 
jaune de fes couvertures inférieures , (z 
gorge eft dun roux plus clair, & elle a 
quelque chofe de cendré fur le fommet 
de la tête & derrière le cou. 

Longueur totale 5 fix pouces un quart ', 
bec 5 (\yi lignes & demie -, vol , près de 
diyi pouces \ queue , deux pouces un tiers , 
elle dépafle les ailes d'environ quinze 
lignes. 




ï 9 o Hijioire Naturelle 



LE GRANDMONTAIN (a). 

v^E PINSON eft le pins grand de ceux qui 
habitent l'Europe j Klein dit qu'il égale 
Talouette en grofleur. Il fe trouve dans 
!a Lapponie , aux environs de Tornéo : 
il a la tête noirâtre , variée de blanc- 
roufsâtre 5 ornée , de chaque côté , d\ine 
raie blanche , qui part de Toeil & defcend 
le long du cou^ le cou, la gorge & la 
poitrine d un roux - clair , le ventre 5 & 
tout ce qui fuit , blanc , le delTus du corps 
xoufsâtre, varié de brun, les ailes noires, 



(a) Le grand Pin fon de montagne, the greater 
irambling. Albin , O i féaux , tome 111, n.° 63. 

Fr'wgilla capiu nigricante maculato , macula alhâ. 
poiiè oculos, Carduelis Lapoiiica Rudbeck, Linnaewis, 
Fauua Suecica, n.° 196 ; 6^ Syfl, ISau éd. X , G. 98 , 
^P- 5? page 180. 

Emberixa capiu nigro , luteis maculis vario, . . . tAe 
greater brambling. Germ. Schwarti-kopffiger^gelb-gold^ 
animer Klein, Ordo Ai^inm, page 92 , n.^ X. 

Pajfer fupernè mfefcenSy maculis fufc'ts varius , iii^ 
fernè alhus; capite nigricante j al bo-rufefc en te maculato ; 
collo inferiore 6* pe&ore dilutè rufis ; tceniâ tranfperfâ 
Jn alis cafididâi reitricibus nigricantibu$, oris &xtmori- 



du Grand'-montain. 191 

bordées de jaune -pile & verdâtre , & 
traverfées par une raie blanche*, la queue 
fourchue , compofée de douze pennes 
prefque noires , bordées de jaunâtre j le 
bec 5 couleur de corne , plus foncée vers 
la pointe -, les pieds noirs. 

Longueur totale 5 lix pouces & demi % 
bec 5 fept lignes 5 comme le pied & le 
doigt du milieu , vol , onze pouces & 
demi, queue, deux pouces & demi, elle 
dépaffe les ailes de dix lignes. 



lus flaricautihns .... fringilla moutana, Brilîbn ^ 
tome II I y page i6o. 

H me femble que M. BrilTon w^a pas été fondé à 
rapporter à cette efpèce ie troifiéme pinfon de 
montagne d'Aldrovande , ^^,^€5 821 & 023, puif- 
qu'Aidrovande dit pofitivement qu'il reiTembfe 
paFfaitement au pinfon d'Ardenne , fi ce n'eil 
qu'il n'a point de noir à ia gorge , èc que ia 
féconde bande tranfverfale jaune de i'aile eft 
l)eaucoup plus marquée. 

lî eft probable que ie grand- montain eft Poifeau 
que ies habitans des montagne? du D^yphiné 
iapp^lient roujjolan» 



i^z HiJIoire Naturelle 



Le pinson de NEIGE 

ou LA NIFEROLLE (a). 

C/ETTE DÉNOMINATION cft fondée appa- 
remment fur la couleur blanche de îa 
gorge 5 de la poitrine & de toute la partie 
inférieure de i'oifeau^ comme auffi fur ce 
qu'ii habite les pays froids , & qu'il ne 
parcît guère dans ies pays tempérés qu'en 
hiver , & lorfque la terre eft couverte de 
neige. Il a les ailes & la queue noires & 
blanches 5 la tête & le delîiis du cou 
cendré , en quoi il fe rapproche de notre 
pinfon-, le de/Tus du corps gris -brun 5 
varié d'une couleur plus claire *, les cou- 
vertures fupérieures de la queue 5 tout- 
à-fait noires 5 ainfi que le bec & les pieds. 



(a) Pajfer fupernè grifco fufius , marginibus peiuia- 
rum dilutioribus , in fer ne nwens; capit^ 6' collo fupt- 
riore einereis , redtricibns alarum Ù" lemigibus minorlbus 
candidis; rettricibus lattralibus albis, apice nigris, . . 
pringilia nip-alis ; le pinfon de neige ou la iiiveroile. 
BrilVon, tome 111, page 161 ^pL xv, fig. i. 

C'eft le jnpaeau des montagnards du Daupbiné, 

Longueur; 



du Pinfon de neige y &c. 193 

Longueur totale, fept pouces, hcc^ 
fept lignes ', pieds , neuf lignes & demie v 
vol 5 douze pouces ; queue 5 deux pouces 
fept lignes , elle dépaffe les ailes de huit; 
à neuf lignes. 



yv. 




Oifiauxj Tome Fil; 



194 Hijioire Naturelle 



LE BRUN OR (a). 

V>E NOM renferme une defcrîptîon en 
raccourci*, car Toifeau à qui on Ta donné, 
& qui eft le plus petit de tous les pinfons 
connus , a la gorge , la poitrine , & tout 
ïe deilous du corps , d'un orangé-rou- 
geâtre : il a de plus la tête, & tout le 
defîus du corps d'un brun - foncé \ mais 
îes plumes , & même les pennes , font 
bordées d'une nuance plus claire , ce qui 
produit une couleur mciée*, enfin il a le 
bec blanc & les pieds bruns. 



faj Petite pivoine brune , Ruhicîlla fttfca minimal 
The litîh hrown bull-jiiKh, Edwards.//. 83, la figure 
j^périeure. 

Fiin^Ula fufca Americaim, Kîein, Ordo Avium ^ 

Esge 98, n.^ X V 1 ; il confond la petite pivoine 
rune d^Edwards,//. 83, avec la grande pivoine, 
j)L 82, dont IVii. B. ifibn a fait fon trentième tangara. 
Loxia fufca fuûîhs rubra, loxia bicolor, Linnseus, 
Syfl. Nat, éd. X , G. 96 , Sp. 32. 

PajJcT fupernè faturatè fit feus , infernè aurantio-ru» 
fefceiis, remig'ibus redlricibufque faturatè fufcis y oris 
nmigum dilutioribus. . . . FrwgiUa rubra minor , le 
petit puïfon rou^e. Brijfon, tome 111; page 164, 



du Brunor. 



'95 



M. Edwards, à qui nous devons îa 
connoiflance de cet oifeau , n'a pu décou- 
vrir de quel pays il venoit : M. Linna:us 
dît qu'il fe trouve aux Indes. 

Longueur totale, trois pouces & un 
quart*, bec, trois irgnes & demie*, pieds, 
quatre lignes & demie , queue , un pouces 
die dépaffe les ailes de fix lignes. 




1^6 ITifloire Naturelle. 



LE BRUNET (a). 

La couleur dominante de cet oifeaii eft 
ie brun \ mais elle eft moins foncée fous 
' le corps. Catefby nous dit que fon pinfon 
brun 5 qui eft notre brunet , fe trouve en 
Virginie -, qu il va avec les choucas & les 
oifeaux dont nous avons parlé , fous le 
nom de commandeurs (b) ^ & que d'autres 
appellent étourneaux à ailes rouges : il 
5ijoute qu'il fe plaît dans les parcs où l'on 
renferme les beftiaux , & que Ton n'en 
voit point en été. 

Longueur totale , fix pouces trois 
quarts , bec , fept lignes *, queue , deux 
pouces & demi , dépaife les ailes d'environ 
quinze lignes , pieds , onze lignes , doigt 
du milieu , idem. 

(a) Moineau brun, Cowpen bird., Catesby ^ tome. I, 

//. 34. 

Vaffzr in toto corpore fufciis , fupewe faturatihs , 
in fer ne dilutius ; remi gibus reStncibufque fu/cis , rojîro 
v/gricante, . . . Fringilla Virgin iana , le pinfon de 
Virginie. BriJTun, tome 111 , page 16^. 

(bj Tome m, page 214. 



197 



LE BONANA (a), 

JLe BONANA eft un arbre d'Amérique , 
fur lequel fe perche volontiers Toifeau 
dont il s'agit ici , & c'eft delà qu'il a pris 
fon nom. Il a les plumes du deflus du 
corps foyeufesj & d un bieu-obfcur s le 
deifous d'un bleu plus clair 5 le ventre, 
varié de jaune*, les ailes & la queue à\\i\ 
bleii-obfcur 5 tirant fur le vert, les pieds 
noirs , la tctQ groife à proportion du 
corps 5 & le bec court , épais & arrondi. 



(a) Pajfer caTuUo-fufcus : The bouana bird, Ray , 
Synopfis , page 187, n.^ 46. 

PaJ/er ca^ruleo-fufcus : The bonaua biyd, Sloan. Ja- 
maïque, tome II, page 311. 

Pdffer ccsruleo-fiifcus , The bonaua bird : blaw bunter 
fperling, Kiein , page 89. 

Emheiiia remigibas redtricibufque nlgris ; pe&ore 
viridi cœrulefcetite. Linn2euS5 Amaen. Acad. tome I, 
page 497. 

Pajfer obfcurè caruleus , pedtore dilutlus caeruleo ; 
aplcibus pemiarum in ventre luteis , rtmi^ihus re&rici- 
bufqiie è cœruko ohfcuro virefcentibtis, Fringilla JamaL- 
ce////5. Pinfon de îa Jamaïque. Brifon, tome III, 
page 166. 

liij 



1,98 IJiJloire Naturelle. 

Cet oifeau fe trouve à la Jamaïque. 

Longueur totale , quatre pouces & 
demi \ bec , quatre lignes *, vol , huit 
pouces & quelques lignes -, queue , en- 
viron feize lignes ^ dépaiîe les ailes de 
cinq à ûx lignes. 




I 



^97 



LE PINSON 

A TÊTE NOIRE ET BLANCHE (a). 

jLa tête de cet oîfeau eft noire , ainfî 
que le dos & les plumes fcapulaires ', mars 
elle a , de chaque côté 5 deux raies 
blanches 5 dont l'une paile au-defliis , & 
l'autre au-deflbus de ToeiL Le cou ed 
noir pardevant 5 & d'un rouge - obl^jur 
parderrière : cette dernière couleur 
règne fur le croupion & les couvertures 
fupérieures de la queue \ la gorge ell 
jaune 5 la poitrine orangée \ le ventre , 
jufques & compris les couvertures in- 



(a) Fringilla Ba/iamenjis :The Bahama-jiuch. Pinfon 
de Bahama. Catesby, tome I, page 42. Klein ^ 
page 97 , n.o 6. " 

Pajjer fupernè niger, iufernè albus ; collo fupenore ô* 
uropyglo objcurè nibris , gutture liiteo ; pe&ore aiiraii^ 
tio ; tceniâ utrimqne duplici in capitc caudidâ ; reêïrlcl- 
biis fiifcis, . . . Fringilla Bahamenfis, Pinfon de Ba- 
hama. BrifTon^tome III, page 168. 

Fringilla capite nigro , fafciâ albà alamm fuprà in^ 
flaque oculos , pe&ore fulpo ; .... Zena, Linnscus, 
Syll. Nat. éd. X, G. 98. Sp. 15, page 181. 

ï iv 



2 00 HiJIoire Naturelle. 

férieures de la queue , blanc , la cpieirc 
î)rune & les ailes de même : celles-ci ont 
une raie tranfverfale blanche. 

Cet oifeau eft très-commun à Bahama, 
Se dans plufieurs autres contrées de TA- 
mérique méridionale : il eft à-peu-près 
de la groffeur de notre pinfon ordinaire*, 
fon poids eft de fîx gros. 

Longueur totale , fix pouces & un 
quart , bec , fept lignes , queue , deux 
pouces & un tiers , dépafle les ailes d^en- 
yxron quinze lignes. 




201 
LE PINSON NOIR 

AUX YEUX ROUGES (û). 

J-JE NOIR règne fur la partie fupérieure 
du corps 5 ( fur le haut de la poitrine , 
fuivant Catcfby , ) & fur les pennes de la 
queue & des ailes (h) ; mais celles de la 
queue font bordées de blanc : le milieu 
du ventre efl de cette dernière couleur, 
le refte du deiTous du corps eft d'un 
rouge - obfcur , le bec noir , les yeux 
rouges & les pieds bruns. La femelle eft 



(a) Towhc-h'iTd, moineau noir aux yeux rouges, 
Catesby, tome I y pagt 34. 

Paffer nlger , oculis ruons , iride nigrâ, Schwarier 
Sj)eriing\ Klein , Ordo Ai^ium , page 89 , n.^ 7. 

Fringiita enthrophtalma , /ngra, rubro reluceiis ; ab- 
iomim rufeCcente ; macula alarum albâ. LinnaeuSj 
Syft. Nat éd. X , G. 98 , Sp. 8. 

Pajjcr fuperuè niger , inferiiè obflurè ruber , medlo 
rentre caiidido ; remi gibus redtric'ibufcjue nigris; oris 
exwionbus majorum remigum alb'is (Mas.) 

PaJJèr in toto corpore fufcus, cum Icvi in pedtove ruhri 

mixîurâ Fringilia Carolinenjis, Pinfon de la 

Caroline. Brifjon , tome III, page 169. 

(b) M. Klein dit qu'il a iix raies blanches fur les 
aîies. Lqco citato* 

Ir 



202 HiJIûire Naturelle. 

toute brune , avec une teinte de rouge 
fur la poitrine. 

Cet oifeau fe trouve à la Caroline *, il 
va par paires , &c le tient dans les bois 
îes plus épais : il eft de la groiieur d une 
alouette hupéc. 

Longueur totale , huit pouces , bec , 
huit lignes , pieds , feize lignes *, queue , 
trois pouces , dépaffe les ailes d'environ 
vingt-fept lignes 5 d'où on peut conclure 
qu il n'a pas le vol fort étendu. 




205 



LE PINSON NOIR & JAUNE (a). 

JL/A COULEUR générale de ctt oifeaii eft 
un noir velouté 5 fi-iï" ieqael paroît , avec 
avantage 5 la belle couleur jaune qui règne 
fur la bafe de l'aile, le croupion &"^les 
couvertures fupérieures de la queue , & 
qui borde les grandes pennes des ailes*, 
les petites pennes, & les grandes couver- 
tures 5 font bordées de gris i le bec & les 
pieds font de cette dernière couleur. 

Cet oifeau a été envoyé du cap de 
Bonne - efpérance : il eft de la groifeur 
de notre pinfon ordinaire. 

Longueur totale, lix pouces & plus*, 
hcc 5 huit lignes *, pieds , douze lignes , 
doigt du milieu , dix lignes *, le doigt 
poftérieur à-peu-près aulïi long , vol 5 
àiYi pouces & un quart -, queue , deux 
pouces deux lignes, dépaffe les ailes de 
douze lignes. 

(aj Pajfa fplendidè ulger, dorfo iuferiore , uTopy- 
glo 6* te&ncibus alarum minoribiis luteis ; remigibug 
fufci^s, oris exterioribus majorum luteis, minorum grl" 
feis : re&ricibus fpUndidè nigris, . . . Fri/igilla capi^ 
tis Bou<z-fpei. Pinfon du cap de Bonne -efpératiee, 
BriJJbn, tome III, 'page 171, 

Ivj 



2 04 Uijîoire Naturelle. 



LE PINSON A LONG BEC (a). 

KjYt OISEAU a la tête & la gorge noires ; 
îe defliis du corps varié de brun & de 
Jaune-, le deffous dun jaune-orangé, un 
collier couleur de marron *, les pennes 
de la queue olivâtres en -dehors -, les 
grandes pennes de TarPe de même cou- 
îeur 5 terminées de brun -, les moyennes , 
brunes , bordées de jaunâtre *, le bec & 
les pieds gris-bruns. Il a été envoyé du 
Sénégal : m groffeur eft à-peu-près celle 
de notre pinion ordinaire. 

Longueur totale, fix pouces un quart*, 
feec , neuf lignes *, pieds , onze lignes, 
doigt du milieu , dix lignes *, vol , dix 
pouces un c[uart *, queue , deux pouces un 
quart , dépaiTe les ailes d'environ un 
pouce. On voit que c'eft , de tous les pin- 
fons connus , celui qui a le plus long bec. 

(a) Pajferfupeniè ex fiifco & flayo paritis , infernè 
fiavo-auraurus ; capite nigro : collo torque caftaiieo 
ciu&o; re&ricihas olhaceis , oris interiovious latéral ium 
h tel s. . . . Triugilla SenegaUufîs, Pînfon dw Sénégal». 
Srifon , toçne lil j page 1 7 3, 



20^ 

L'OLIVETTE (a). 

J'appelle ainlî un pinfon venu de la 
Chine, qui a la bafe du bec, les joues, 
la gorge , le devant du cou & les cou- 
vertures fupérieures de la queue d un 
vert-d olive -, le deffus de la tête & du 
corps d\in brun - olivâtre , avec une 
légère teinte de roux fur le dos , le 
croupion & les couvertures des ailes les 
plus proches du corps*, la queue noire, 
bordée de jaune , terminée de blan- 
châtre -, la poitrine & le ventre , roux , 
mêlé de jaune*, les couvertures inférieures 
de la queue & des ailes d'un beau jaune ^ 
îe bec & les pieds jaunâtres. Il eft à-peu- 
près de la groffeur de la linotte : la fe- 
melle a les couleurs plus foibîes, comme 
c*efl l'ordinaire. 



(a) Pajfer fuptrnè fufco-olwaceus , infernè ruf^ 
favus 'y capite anteriùs & collo inferiore viridi'Olwar 
cas; remigibus re&ricibufgue prima medktate luteis^ 

altéra nigris ; remigum apicibus albidis Fringilla 

Swtnfis. Pinfon de ia Chine. BriffiB)», mm IJI^ 
page 175. 



206 Hijîoire Naturelle. 

Longueur totale , cinq pouces -, hec , 
fix lignes , pieds , fix lignes & demie ', 
doigt du milieu ^ fept lignes , vol , huit 
pouces un tiers*, queue 5 vingt-une lignes*, 
elle eft fourchue , & ne dépaûe les ailes 
que de cinq ou fix lignes. 




207 



LE PINSON JAUNE & rougeK 

JLe jaune règne fur la gorge, le cou, la 
tête 5 & tout le deffus du corps '-, le rouge 
fur toutes les extrémités, favoir, le bec, 
les pieds , les ailes & la queue : ces deux 
couleurs fe fondant enfemble , forment 
une belle couleur orangée fur la poitrine 
& fur toute la partie inférieure du corps : 
outre cela , il y a-, de chaque côté de la 
tête , une marque bleue immédiatement 
au-deflous de Tœil. 

Seba dît que cet oifeau avoit été en- 
voyé de rifle Saint-Euftache , & il l'ap- 
pelle pinfon d'Afrique , apparemment 
que cet Auteur connoiiîoit une ifle de 



*Beau moineau d'Afrique. S^hay planche LXV, 
figure 6. 

Va^tr Afrkanm eximius , infulœ Sandti-Efijîachii ; 
en Allemand, groffèr Africamr, Kiein, pa^e 90, 
lu^ 15. 

Pajf^r fuperuè flavus, infernè auraiitius^ macula hifra 

Gculos caruleâ ; alis caudàque rubris Fringilla 

infidce Sandti-Euflachii. l e pinfon de l'île de Saint- 
Euilache. BriJJbn, tom^ III ^ page 177, 



2c8 HiJIoire Naturelle. 

Saint-Ëuftache 5 en Afrique, bien diffé- 
rente de celle de même nom , qui eft 
Tune des petites Antilles. La groffeur 
du pinfon jaune & rouge , eft à-peu-prcs 
celle de notre pinfon ordinaire. 

Longueur totale , cinq pouces & de- 
mi -, bec 5 fix lignes , pieds , fix lignes & 
demie *, doigt du milieu , fept lignes , 
queue, vingt-une lignes -, elle dépaife les 
ailes d'environ dix lignes. 




2G9 

LA TO U ITE^ 

J ADOPTE îe nom que Seba a donné à 
cet oifeau , pvirce que c eft un nom propre 
qui lui a été impofé dans le pays , & qui 
a rapport à fon cri : or on doit fentrr 
combien de tels noms font préférables à 
ces dénominations équivoques^, compofées 
d'un nom générique & d'un nom de pays y 
telle 3 par exemple , que celle du pinfon 
varié de la nouvelle Efpagne 5 par laquelle 
on a défigné Toifeau dont il s'agit ici. Il 
eft très -probable que 5 dans la nouvelle 
Efpagne , il y a plus d'un oifeau à qui le 
nom de pinfon varié peut convenir , & 
qu'il i\y en a pas deux à qui les habitans 



^ Avis Tnite Americana variegata. Sebn ylomt I , 
page 176, planche ex, figure 7. 

PaJJer ex rubro , flavo , cœruleo & albo marmorls 
iujlar pariegatns , capite dilutè rubro purpurzo admixto ; 
pedtore dilutè luuo , faturata flapedine obumbrato ; rec- 
tricibiis in apice margiiie albâ prceditis, . . . Friugilla 
varia nopce Hifpauice. Le pinfon varié de la nouveild 
Efpagiie. Brifon ftom^ 111, page 178. 



2 I G HiJIôire Naturelle. 

de ce pays , fe foicnt accordés à donner 
le nom de touice. 

Ce bel oifeau a la tête d'un rouge- 
clair 5 mêlé de pourpre *, la poitrine de 
deux jaunes , le bec jaune , les pieds 
rouges 5 tout le refte , varié de rouge, 
de blanc , de jaune & de bleu *, enfin les 
ailes & ia queue bordées de blanc : il eft 
à-peu-près de la grofîeur de notre pinfon 
ordinaire. 

Longueur totale , cinq pouces deux 
tiers *, bec , iix lignes & demie *, pieds , 
huit lignes *, doigt du milieu ^ fept lignes 
& demie*, queue, deux pouces , dépaiTe 
les ailes d'environ onze lignes» 



2 11 

LE PINSON frisé: 

JLe nom de cet oifeau vient de ce qu'il 
a plufieurs plumes frifées naturellement, 
tant fous le ventre que fur le dos : il a , 
en outre , le bec blanc 5 la tête & le cou 
noirs, comme iî on lui eût mis un coque- 
luchon de ctitQ couleur \ le deffus du 
corps 5 compris les pennes de la queue & 
des ailes 5 d'un brun-olivâtre*, le defTous 
du corps jaune, les pieds d\m brun foncé. 

Comme cet oifeau venoit de Portugal , 
on a jugé qu'il avoit été envoyé des prin- 
cipales poiTeffions des Portugais , c'eft-à- 
drre , du royaume d'Angole ou du BréfiL 

Sa grofleur eft à -peu -près celle de 
notre pinfon ordinaire. 

Longueur totale, cinq pouces & de- 
mi *, bec 5 cinq à lix lignes *, la queue 
eft compofée de douze pennes égales, & 
dépaffe les ailes de douze à treize lignes. 

^ The black and yelîow frizied fparrow. ... JLe 
moineau frifé jaune & noir. En Portugais, Beco de 
prata. Edwciïds ^ planche 271. 

Pajfer pennis crifpis i^ejlitus , fupernè ohfcure oUva- 
ceus y infernè luUus ; capite 6* colla nigris ; reStricibus 
ohfcure oliaceis ; roftro candidQ, Jinffon, tome VI ^ 
fup^lément, pa^e 86, 



1 1 2 Hijloire Naturelle 



LE PINSON A VOUBLE COLLIER.^ 

CrET OISEAU a en efFet deux coliiers, 
©Il plutôt deux demi-col!iers -, Tun par- 
devant 5 & fautre parderricre *, le pre- 
mier noir 5 & le plus bas des deux *, 
l'autre 3 blanc : il a de plus la poitrine, 
& tout le deflous du corps d'un blanc 
teinté de rouffâtre *, la gorge , le tour du 
bec & des yeux ^ d'un blanc pur*, la tète 
noire, tout le deffus du corps dun cendré 
brun 5 qui s eclaircit fur les couvertures 
fupérieures de la queue -, les grandes 
pennes des ailes, noires*, les moyennes & 
les couvertures fupérieures , noires , bor- 



* The coîfared finch. Lepinfou à collier, Edwards , 
plûuche 272. 

Le coliheirinho des Portugais, ibidem. 

Pajferfnpernè cinereo fufcus , infernè albiis rufefccHte , 
adumbratiis ; capite & tceniâ traufverfâ in coUi inférions 
parte infimâ nigris ; pliimulis bajîm roftri ambientibus , 
oculornm amhitu &' gntture candidis'^ torque candicaute; 
remlgibus nigris, minoribus rufefiente marginatis ; rec- 
tricibus cinereo fufiis, . . . Fringilla torquata Indica. 
Le pinfon à coiiier des Indes* Brijfon, tome VI-, 
fepplément , page 85. 



du Pinfon à douhle collier. 2 i 3 

dces d'un brun - rougeâtre , & qui a dct 
Vèclàt -, le bec noir , & les pieds bruns. 
M. Brifîon dit qu'il fe trouve dans les 
Indes : il eft de la groffeur de notre 
pinfon ordinaire. 

Longueur totale, environ cinq pouces; 
bec, fix lignes*, queue, vingt lignes *, elle 
eft compofée de douze pennes égales , Se 
dépafle Ips ailes d'environ dix lignes. 




2 I 4 Hijloire Naturelle 



LE NOIR-SOUCI.^ 

V^'est ici une efpèce nouvelle, à qui j'ai 
cru devoir donner un nouveau nom •, ce 
nom eft formé des couleurs principales 
qui régnent dans le plumage de Toifeau : , 
il a la gorge , le devant du cou & la 
poitrine iouci \ le deffus du corps noi- 
râtre 5 les pennes des ailes & de la queue 
de même , bordées extérieurement de 
bleu -, la tête , & le deffus du cou du 
même bleu , le ventre , & les couvertures 
inférieures de la queue , dun jaune- 
foufre *, le bec noirâtre , court , fort & 
convexe-, le bec inférieur d'une couleur 
plus claire \ les narines rondes , fituées 
dans la bafe du bec & percées à Jour-, 
la langue demi-cartilagineufe & fourchue*, 
les pieds d un brun-rougeâtre ', le dcigt 
du milieu , uni à Textérieur , par une 
membrane, jufqu'à la première articula- 

^ Frlngilla vel Ji inavis pajjer capite ad dimidium 
collum, caudit lateribus ^ alis ejc a^urco carulefcQtitièus, 
Commerlon. 



du Noir- Souci. 1 1 j 

tîon-, le doigt poftérieur, le plus gros de 
tous les doTgts 5 & Ton ongle le plus 
fort de tous les ongles , lefquels , en 
général, font aigus, arqués & creufés en 
gouttière. 

Ces oifeaux vont par couples : le maie 
& la femelle paroillent avoir , Tun pour 
l'autre , un attachement & une fidélité 
réciproques vils fe tiennent dans les terres 
cultivées & les jardins, & vivent d'herbes 
& de graines, M. Commerfon , qui , le 
premier, a fait connoître ctt oifeau , & 
qui Ta obfervé à Buenos-ayres , dans le 
mois de feptembre , marque fa place 
entre les pinfons & les gros-becs : il dit 
que fa groiieur eft égale à celle du 
moineau. 

Longueur totale , fept pouces \ h^c , 
fept lignes \ vol , onze pouces & demi -, 
queue, trente-trois lignes*, elle ed com^ 
pofée de douze pennes égales*, les ailes 
ont dix-fept pennes*, la deuxième & la 
troiiième font les plus longues de toutes. 



2 1 6 Hifioire Naturelle 



LES VEUVES. 

Toutes les espèces de veuves fe trouvent 
en Afrique *, mais elles n'appartiennent 
pas exclufivement à ce climat , puifqu'on 
en a vu en A(îe & jufqu'aux ifles Phi- 
lippines : toutes ont le h^c des granivores, 
de forme conkjue , plus ou moins rac- 
courci 5 - mais toujours aflez fort pour 
cafler les graines dont elles fe nourriffent -, 
toutes font remarquables par leur longue 
queue 5 ou plutôt par les longues plumes, 
qui 5 dans la plupart des efpèces , ac-- 
compagnent la véritable queue du mâle , 
& prennent naiflance plus haut ou plus 
bas que le rang des pennes dont cette 
queue eft compofée *, toutes enfin , ou 
prefque toutes, font fujettes à deux mues 
par an, dont l'intervalle, qui répond à 
la' faifon des pluies , eft de fix à huit mois , 
pendant lefquels les mâles font privés, 
non-feulement de la longue queue dont 
je viens de parler, mais encore de leurs 

belles 



des Fleuves. 1 1 7 

hdlcs couleurs & de leur joli rmi^gcf aj. 
Ce n'eft qu'au retour du printemps qu'ils 
commencent à recouvrer les beaux fons 
de leur voix , à reprendre leur véritable 
plumage , leur longue queue , en un mot , 
tous les attributs , toutes les marques de 
leur dignité de maie. 

Les femelles , qui îubiffent les mêmes 
mues , non - feulement perdent moins , 
-parce qu'elles ont moins à perdre , mais 
eîles n éprouvent pas môme de change- 
ment notable dans les couleurs de leur 
plumage. 

Quant à la première m.ue des jeunes 
mâles 5 on fent bien qu'elle ne peut avoir 
de temps fixe , & qu'elle cft avancée ou 
retardée , fuivant l'époque de leur naif- 
fance : ceux qui font venus des premières 
pontes 5 commencent à prendre leur 
longue queue dès le mois de mai*, ceux, 
au contraire 5 qui font venus des dernières 



faj Les veuves chantent en effet très-agré^ibfe- 
in^nt, & c^eft une des ralfons qui déterminent 
M. Edwards à juger qu^eiies doivent être rapportées 
aux pinfons piutôt qu'aux moineaux. 
OjfcauXj Tome VIL K 



2 I 8 Hifloire Naturelle 

pontes 5 ne la prennent qu'en feptembrç 
& même en p6tobre. 

Les Voyageurs difent que les veuves 
font leur nid avec du coton -, que ce nid 
a deux étages -, que le mâle habite Tétage 
fupérieur , & que la femelle couve au 
rez-de-çhauffée fbj , il feroit poffible de 
vérifier ces petits faits en Europe , & 
même en France , où , par des foins 
bien entendus , on pourroit faire pon- 
dre & couver les veuves avec fuccès , 
comme on l'a fait en Hollande, 

Ce font des oifeaux très -vifs, très- 
rcmuans , qui lèvent & baiffent fans ceffe 
leur longue queue : ils aiment beaucoup 
à fe baigner 5 ne font point fujets aux. 
maladies , & vivent jufqu'à douze ou 
quinze ans. On les nourrit avec un mé- 
lange d'afpic & de millet , & on leur 
donne pour rafraîchiflement des feuille^ 
de chicorée. 



(bj Voyez ia DeJcr}j.nion du cap de Bomie-rfpé- 
raiice , par Kolbe : iî me paroît crcs probabie que i(;^ 
chardonnerets à plumage charjgeauij, didit M parie^ 
toit d^js yériuiblçs veuvesr 



des V'^euves. 2 i 9 

Au relie , il eft aflcz iingiilier que ce 
nom de veuves , fous lequel ils font gé- 
néralement connus aujourd'hui , & qui 
paroît il bien leur convenir , foit à caufe 
du noir qui domine dans leur plumage , 
Toit à caufe de leur queue traînante, ne 
leur ait été néanmoins donné que par 
pure méprife : les Portugais les appelè- 
rent d'abord oijeaux de îVhidha (^c'eft- 
à-dire de Juida^) , parce qu'ils font très- 
communs far cette côte d'Afrique *, la 
reffemblance de ce mot avec celui qui 
figniëe veuve en langue Portugaife, aurs? 
pu tromper des étrangers (c) 5 quelques- 
uns auront pris Tmipour l'autre , & cette 
erreur fe iera accréditée d'autant plus ai- 
fément , que le nom de veuves paroif- 
foit, à piufieurs égards 5 fait pour cq%' 
oifeaux. 



(t) C'eft ce qui efi arrhé à de fort habiles gens.. 
M. Edwards dit, p il o-e 86 de feu Hijhire NatiirdU 
{Î2S Oifzaux ^ que les Portugais donnent à ceux-ci ie 
nom de veuves; mais enfuice, mieux informé, i{ 
dit II îa fin de ia quatrième partie de cette mêm.e 
hifloire , que îeur véritable nom , en Portugal , ell 
celui d'oifeaux de Whidha. (IVhidha bird ^ & non 
pas IVidow bud,J 



2 20 HiJIolre Naturelle 

On trouvera ici huit cfpèces de veuves*, 
favoir , les cinq efpèces déjà connues , 
& qui ont été décrites par M. Eriiîon *, 
4deux efpèces nouvelles très-diftinguées, 
& remarquables par la belle plaque 
rouge qu elles ont , Tune fur Taile , & 
l'autre (ur la poitrine , enfin j'ajoute à 
ces fept efpèces , celle de Toifeau qup 
M. BriOcn a appelé linotte à longue 
queue ^ & qui , ne fût-ce que par cette 
longue queue , me paroît avoir plus de 
rapport avec les veuves , qu'avec les 
linottes. 




des V^euves. m 

^ La veuve 

AU COLLIER d'or r^\ 

Le cou de cette veuve efl cehit par- 
rlernère (f un demi-coîlier fort large 5 d un 
beau jaune doré : elie a la y^oitriiie oran- 
gée, le ventre & les coiffes Hanches, 
îe bas-ventre &îes couvertures dudeffous 

'^ Fovc^ les planches enluminées, nP 194,011 
cet Oifeau eil repréfenté fous le nom de p;rande 
veuve d'Angola, figure i, dans Ton habit d'été, 
qui eH Ton bel habit; & figure 1^ dans fon habit 
d'hiver. 

(a) Pajjer Indiens macroures fi//^/5. Aldrovande , 
OiuifhoL towe II, page ^66 , cap. 23. 

Pajjer lu d icus ^ 6'c. Aldrovandi. Willughby. Ornit/i, 
page 1 84 , §. XI, 

Ray , Synopfis Apium , page 87 , nP 10. 

Pafjer Indiens macrouros rojîro c^eruleo, Jonfton, 
A l'es , page 67. 

Moineau du cap de Bonne-efpérancge. Kolhe, 
Defcripdon de ce cap , tome III ^ page 165. 

Pajpr pfuiacns Indiens j caudâ lougL .VQlhev ^ 
G aiophyl. planche S5 > fi§"''^ ^* 

Red-breajîed loug-tailid finch. Rouge-.gorge à îon - 
''.le queue. Edwards, Nat. hiîlory of uncomm, 
blidSy pi. 86. 



22 2 HiJIoire Naturelle 

de la queue noirâtres, la tête , la gorge, 
le devant du cou , le dos , les ailes & la 
queue noires : cette queue eft comme 
celle d^s autres oifeaux -, elle eft com- 
pofce de douze pennes , à peu - près 
égales 5 & recouverte par quatre longues 
plumes 5 qui naiffent auflî du croupion , 
mais un peu plus haut -, les deux plus 
longues ont environ treize pouces , elles 
font noires , de même que les pennes 
de la c|ueue , & paroiiTent ondées & 
comme moirées : elles font auffi un peu 

Pajfcr canââ loni^ifpmâ & mutahili Edn^-ardL'KlQiOi». 
Ordo Ap. page 90 ^ n.^ 22. 

Emheriia fufca, pe&ore rubra, reHricibus duahus 
ïongiorihus acuminatis , intermedi'is duabns longif[îfnis,.x 
Emberiia pavadifœa. Linria:iis. Syft* Nat. éd. Xj 
page 178. G. 9-7, iv. î2. 

PaJJèr , ^flate , fi'perijè Jpkiididè inger , infernè albo 
Tufcfceiis , collo fuperiore rufefiente; pérore fpUndidè 
cafîaneo ; reêijicibus nigris , hiuls intermtdiis longiori" 
bus, utrimquQ. proximè Jlqiienti hngiffimâ, pedibus" 
caniels. 

PaJJèr, hiemz, fnperuè caflaneo-rubefcens , macuUs 
fufcLS parias infernè al bus ; cap i te tceiills al bis & nîgris. 
VOtTLO, re&ricibus fufco nigriçantibiis oris exterionbns-. 
çqftaneo-rubefcennbus ; pedibtis carneis, . . , Vidua^ ia 
Veuve. BriJJon, tome UI, page i^q. 



des Veuves. 223 

arquées comme celles du coq -, leur lar- 
geur 5 qui eft de neuf lignes près du 
croupion , fe réduit à trois lignes vers 
leur extrémité : les deux plus courtes 
font renfermées entre les deux plus lon- 
gues 5 & n*ont que la moitié de leur 
longueur , mais elles font une fois audï 
larges , & fe terminent par un filet dé- 
lié , par une efpèce de brin de foie, qui 
a plus d'un pouce de long. 

Ces quatre plumes ont leur plan dans 
une fituatioa verticale , & iont dirigées 
en en-bas : elles tombent tous les ans à 
la première mue , c'eft-à-dire , vers le 
com.men cernent de novembre , & à cette 
même époque , le plumage de Toifeau 
change entièrement , & devient fem- 
blable à celui du pinfon dArdenne : 
dans ce nouvel état , la veuve a la tête 
variée de blanc & de noir : la poitrine, 
îe dos 5 les couvertures fapérieures des 
ailes , d'un orangé-terne , moucheté de 
noirâtre *, les pennes de la queue & àt'^ 
ailes 5 d'un brun très-foncé , le ventre 
& tout le refte du deffous du corps , 
blanc j c eft-là fon habit d'hiver , elle îe 



2 24 Hijhire Naturelle 

cofiferve jufqu'au commencement Je h 
belle faifon , temps où elle éprouve une 
féconde mue toute auffi conddérable que 
la première , mais plus' heureule dans 
fes effets , puîfqu'elle lui rend fes belles 
couleurs , fes longues plumes & toute fa 
parure : dès la fin de juin', ou le com- 
mencement de juillet , elle refait fa 
queue en entier. La couleur des yeux , 
du bec & des pieds , ne varie point y 
les yeux font toujours marron *, le lx"ç 
de couleur plombée , & les pieds cou- 
leur de chair. 

Les jeunes femelles font à peu - près 
delà couleur des mâles en mue*, mais, 
au bout de trois ans , elles deviennent 
d'un brun prefque noir , Se leur couleur 
ne change plus dans aucun temps. 

Ces oifeaux font communs dans le 
royaume d'Angola 5 fur la côte occi- 
dentale de l'Afrique , on en a vu auiïï 
qui venoient de Mozambique , petite 
île fituée près de la côte orientale de ce 
même continent , & qui difîéroient très- 
peu des premiers. L'individu qu'a defïiné 
M. Edvv^.ards , a vécu quatre ans à Londres* 



des Veuves. zz^ 

Longueur totale , quinze pouces ; 
longueur prife de la pointe du bec juf- 
qu'au bout des ongles, quatre pouces & 
demi , bec , quatre lignes & demie -, 
vol 5 aeuf pouces , faufle queue , treize 
pouces *, queue véritable , vingt -une 
lignes 5 celle-ci dépafle les ailes d'environ 
un pouce* 




K 



2 25 Hijîoire Naturelle 
"^ La FEUFE 

A (QUATRE BRINS ( d) . 

^Jl en est de cet aifeaii , quant au:^ dexix 
xniies & à leurs eiSets , comme du pré- 
cédent 5 il a le bec & les preds rouges ^ 
la tètQ & tout le deffus du corps noirs', 
la gorge , le devant du cou , la poitrine > 
& toute la partie inférieure aurore *, mais 
cette couleur eft plus vive fur le cou , 
que fur la poitrine y 8c s'étendant der- 
xière le cou , elle forme un demi-colîier 
plus ou moins large , félon que la calotte 
Fxoire de la tête defcend plus ou moins 
î>as. Toutes les pennes de la queue font 
noirâtres, mais îes quatre du milieu font 
quatre ou cinq fois plus longues que les 



^ Voyci hs planches criluminées , //.° 8 , fig, i . 

(a) On donne encore à cet oifeau le nom de^ 
queue en foie. 

Pafjkr fupenû nigev , infernè rufefcens; collo ritfif- 
cane, fuperihs aigris maculis vario ; re&ricihus nigrica'j^ 
tihus , quatuor iinennediis l:o/![^i[pmi^, apice tantiimpiu^ 
milis Gofiîis ; rofiro pedibiifque ruhris. . . Vidua riparim 
Jj ricana, La veuve de la côte d'Ali*i<^ue» Bri^(fm% 
tame iil^ psge 329* 



n. FIT- 



P/. Kpn^.22Û 




• Scve i/<-/. ~~~ ia//i. Hau^.^an^ ScX 



des Preuves ^ 227 

latérales , & les deux du milieu font les 
plus longues de toutes. Dans la mue, 
le mSIe devient femblable à la linotte, iî 
ce n'eft qu'il eft d'un gris plus vif. La 
femelle eft brune , & n'a point de lon- 
gues plumes à la queue. 

Cette veuve eft un peu plus petite que 
îe ferin -, on a vu plus d'un individu de 
cette efpèce vivant à Paris , tous avoient 
été apportés des côtes d'Afrique. 

Mefures prifes fur plufieurs individus^ 
longueur totale , douze à treize pouces j 
de la pointe du bec jufqu'au bout des 
ongles 5 quatre à cinq pouces *, bec , 
quatre h cinq lignes *, vol , huit à neuf 
pouces ) les deux pennes intermédiaires 
de la queue 5 de neuf à onze pouces y 
les deux fuivantes , huit à dix pouces y 
les latérales 5 de vingt à vingt -trois 
lignes. 



K 



V 



2 28 Hijloire Naturelle 

»ega aBmfliidWt«K aMja33E2 ^ 

■■■■•" -■■■'■ . ■ - . ., .. , , 

^ La FEUFE dominicaine (a). 

Si la longueur, de la queue eft le 
caradère diftinctif des veuves , celle-cî 
eft moins veuve qu'une autre , car îes 
plus longues plumes de fa queue n'ont 
guère plus de quatre pouces. On lui a 
donné le nom de dominicaine ^ à caufe 
de foni plumage noir & blanc: elle a 
tout le deffus du corps varié de ces deux 
couleurs : le croupion & les couvertures 

^ Voyex îes planches enluminées, nP 8 , fig» i, 
(a) FaJJlr fups.rnè iiiger, marginibus peiuiarum ru fis ^^ 
hifernè albus ad nifefcentem colorem inclinans ; vertice 
rufo; torque albo-rufefcente; reciricibus ni gris , binis 
iinermediis loiigioribus, tribus utrimqua proximis apice 
clbis , duarnm utrimque extimarum oris exterioribus- 
Tufefieiitibus , iiiterioribvs albis; roflro rubro, . . Vidua 
minor. La petite veuve. /?r///o/;, to^ie III , page. 124. 
M. Commerlbn foupçonnoit qu\ui certain oifeau 
d'un noir- bleuâtre qu'il avoit vu dans Tîle de 
Bourbon, où il a îe nom de brenoud , n'étoit autre 
chofe que cette même^veuve en mue ; & de cette 
fuppoiition ii concluoit que lorfque îe màle e'toit 
en mue, Ton plumage étoit plus uniforme : mais 
cela fercit plus applicable à la femelle qu'au mâle, 
encore y a- 1 il loin du noir-bieuâtre, qui eft ia 
couleur du brenoud , au brun uniforme , qui eft 
celle de ia femelle dominicaine. Ce brenoud ref- 
ièmbie pius à la grande veuve. 



des Veuves. 129 

fupérieures de la queue , mêlés de blanc- 
iale & de noirâtre *, le deiîiis de la tète 
d un blanc-roufsâtre entouré de noir -, la 
gorge 5 le devant du cou & la poitrine 
du même blanc qui s'étend encore en 
arrière. Se va fermer un demi-collier 
fur la face poftérieure du cou. Le ventre 
n'a point de teinte de roux. Le bec eft 
rouge & les pieds font gris. 

Cette efpèce fubit une double mue 
chaque année , comme Tefpèce précé- 
dente -, dans l'intervalle des deux mues , 
le mâle n'a point fa longue queue 5 & fcn 
blanc eft plus fale. La femelle n'a jamais 
à la queue ces longues plumes qu'a le 
mâle, & la couleur de fon plumage, en 
tout temps 5 eft un brun prefque uni- 
forme. 

Longueur jufqu'au bout de la qiieue , fîx 
pouces un quart -, jufqu'au bout des on- 
gles 5 quatre pouces *, bec, quatre lignes & 
demie *, pieds , fept lignes *, doigt du milieu 5 
lept lignes & demie , vol , fept pouces & 
demi j les pennes du milieu de la queue^ 
excèdent d'environ deux pouces un quart 
les latérales qui font étagées, & elles dé- 
palîent les ailes de trois pouces un quart* 



2 5 o HiJÎQire Naturelle 



gB EAtfaajaK« ' J*Jttfia«giLsa^ -j»a 



LA GRANDE VEUVE (a). 

Le deuil de cette veuve eft un peu 
égayé par la belle couleur rouge de Ton 
bec ^ par une teinte de vert-bleuâtre ré- 
pandue fur tout ce qui eft noir , c'cft-à- 



(a) Pc.fjh- Iitd'icus macrouros rofiro miniaîo. Aîdro- 
vande, tome II, page, ^6^. 

Pajjcr Indiens macrouros , roflro mîviato jihhovandi , 
îong-tailed Indian f^'àwow. JVillughby , Ornitholo^ia , 
page 184. 

Ray , Synopfis , page 87 , n.° IX. 

Jonfton. Ah\ page 67. 

Paffir Indiens caudâ loîigijpmâ. Petiver, GaicphyL 
pi. L-V,tlg. I. 

PaJJèr Indiens maaotirus , kng-tailed, Cbarletorî. 
iExercit page 8 7. 

Pafjèr pjpernè niger ^ fubpiridl ad cœruleum pergente 
colore admixto. in/ernè candicans ; tceniâ duplici in alis 
îranfperfâ ^ altéra alhâ^ altéra luiefcente ; re&ricièws 
quatuor in termedii s lovgijjimis , nigris quatuor ntrimqnt 
extimis a'hefcentibus ; roflro miniacco. . . Vidua major* 
La grande veuve. Erijjon , tome lU, page 127. Cet 
oifeau a beaucoup plus de rapport avec le brenoucî 
ée Commerfon , quant au plumage , que n'en a !a 
petite veuve ; mais il eil plus grard : il pourroit fe 
faire que le brenoud fut une grande veuve encore 
jeune. 



P/-yi. ^un/. L'ih 




C.£>(xroii . ^ubh>-. 



.A GRANDK YEU VK . 2.>Uimeffie G VEUVK,EN MUE 



des Veuves. 231 

dire 5 fur toute la furface fupérieure *, par 
deux bandes tranfverfaies, l'une blanche 
& l'autre jaunâtre, dont les ailes font 
ornées, enfin par la couleur blanchâtre 
de la partie inférieure du corps & des 
pennes latérales de la queue. Les quatre 
longues plumes qui prennent naiiîance 
au - deiîus de la queue véritable font 
noires (b) ^ ainii cjue les pennes des 
ailes: elles ont neuf pouces de longueur, 
& font fort étroites. Aldrovande ajoute 
que cet oifeau a les pieds variés de noir 
& de blanc, 8c les ongles noirs, très- 
acérés fc trcs-crcchus. 



(h) Aldrovande dit pofitiTement qu-e îe mate 
de cette efpèce a une double queue comme le 
paon mâle , & que la phis iongue pafie fur ]a plus 
petite, qui lui fert de fupport. Je ne fais pourquoi 
M. Briffon préfente les quatre plumes de la queue 
fupérieure comme les quatres pennes intermddiaites 
iie ia véritabie queue. 




z ^1 Hijîoire Naturelle 



^ La veuve a i^AULETTEs r^v 

La couleur dominante dans îe plu- 
mage de cet oifeau eft un noir velouté, 
il n y a d'exception que dans les ailes : 
leurs petites couvertures font d'un beau 
rouge & les moyennes d'un blanc pur, ce 
qui forme à l'oifeau des efpèces d'épau- 
lettes*, les grandes, ainfî que les pennes 
des ailes font noires , bordées d'une cou- 
leur plus claire. 

Cette veuve fe trouve au cap de 
Bonne - efpérance. Elle a une double 
queue comme toutes les autres : l'infé- 
rieure eft compofée de douze pennes à 
peu-près égales, la fupérieure en a fix 
qui font de différentes longueurs v les 
plus longues ont treize pouces , toutes 
ont leur plan perpendiculaire à l'horizon. 

Longueur totale, dix-neuf à vingt-un 
pouces*, bec, huit à neuf lignes ', pieds, 
treize lignes, queue , treize pouces. 

^ Voyei les planches enluminées, n,^ 635. 
(a) C'ell une efpèce nouvelle & qui n'a poim 
encore été décrite. 

5^1^ 



des Preuves. 233 



j K H^ iiéissa 



LJ rSUFE MOUCHETEE.'' 

1 ouTE LA PARTIE fiîpéneure eft en 
effet mouchetée de noir fur un fond 

orangé ', les pennes de Taile & fes grandes 
couvertures font noires bordées d'orangé ;* 
la poitrine eft d'un orangé plus clair 
fans mouchetures: les petites couvertures 
de Taiie font blanches & y forment une 
large bande traiifverfaie de cette cou- 



^ Moineau à îongue queue. Long-taiied fparrow, 
Edwards,;;/. 270. 

PaJJer pipernè iiigro & rufo varias , infernè alhus ; 
pe&ore dilaté rufo; te&ricibus alarum miiioribus fupe- 
rioribus candidis; re&ricibus quatuor intermediis ion-' 
gijfimis nigris; quatuor utrimque extimis obfcurè fufiis, 
fufco dilutiore exterius margiuatis , alho iiiteriùs macula-' 

tis ; roftro coccinco Vidua Augoknfis. La veuve 

d'Angola. BriJJbn j tome VI, fupplément^ page 80. 

l'^ota. Que quoique M. BrilTon femble ne parler 
de cette veuve que d'après M. Edwards , ii ie con- 
tredit néanmoins, en donnant les quatre longues 
plumes de cetoifeau pour les quatre intermédiaires 
de îa véritable queue. M. Edwards dit expreirément 
que ces quatre longues plumes pailerjt fur les pennes 
de la queue. 



2 3 4 Hijloire Naturelle 

leur 5 qui eft la couleur dominante fur 
toute ia partie inférieure du corps: le 
hçc eft d'un rouge vif, & les pieds font 
couleur de chair. 

Les quatre longues plumes qu'a cet 
oifeau font d'un noir-foncé 5 elles ne 
font point partie de la vraie queue > comme 
on pourroit le croire 5 mais elles forment 
une efpèce de fauffe queue qui paiTe fur 
la première. Ces longues plumes tom- 
bent à ia mue , & reviennent fort ' vite , 
ce qui eft dans l'ordre commAin pour le > 
grand nombre des oifeaux , mais ce qui 
eft une fingularité chez les veuves. Lorf- 
que ces plumes ont toute leur longueur, 
îes deux du milieu dépaffent la queue 
inférieure de cinq pouces & demi , les 
deux autres ont un pouce de moins*, les 
pennes de la queue inférieure, qui eft 
îa véritable , font d'un brun obfcur \ Ie5 
latérales font bordées en dehors d'une 
couleur plus claire , & marquées fur leur 
coté intérieur d'une tache blanche. 

Cette veuve eft de la groffeur de là 
dominicaine-, elle a le bec d'un rouge 
vif, plus court que celui du moineau , & 
îes pieds couleur de chair. 



des Veuves. 235 



* LA VEUVE EN FEU. 

Tout est noie, dans cet oifeaii, & d\\n 
beau noir velouté, à Texception de la 
feule plaque rouge qu'il a fur la poi- 
trine 5 & qui paroit comme un charbon 
ardent. Il a quatre loiigues plumes toutes 
égaies entr^elies, qui prennent naiffance 
au-deilous de la vraie queue 5 & la dé- 
pafient de plus du double de fa lon- 
gueur. Elles vont toujours diminuant de 
largeur, en forte qu'elles fe terminent 
prefqtie en pointe. Cette veuve fe trouve 
au cap de Bcnne-efpérance & à l'île 
Panay , l'une des Philippines faj , elle 
eft de la f^rofieur de la veuve au collier d'or. 
Sa longueur totale eft de douze pouces* 



-^ For e^ les planches enluminées, nP 647, où 
cile eft nommée la veuve r poitrine rouge. 

(a) La veuve de l'île Panay. Sonnerat, Voyage 
il la nouvelle Guinée ^/^^e 117, pL 75 



1^6 Hijlolre Naturelle. 



L^ VEUVE ÉTEINTE* 

Lh erun CENDR.É règiic fuY îc plumagc 
de cette veuve , à cela près qu'elle a la 
bafe du bec rouge, & les ailes couleur 
de chair mêlé de jaune : elle a en outre 
deux pennes triples de la longueur du 
corps, lefquelles prennent naiflance du 
croupion , & font terminées de rouge-bai. 



'^ Seba a fait Je cet oifeaii un fringilla en iadn , 
foii tradiideur un fviqnetyM. Linnaeus un emheriia, 
MJ^ Klein & BrifTon une Unott e ; j'ai cru, vu fa 
longue queue traînante, que fa place naturelie étoit 
parmi les veuves. 

Fringilla Brafilieujîs, Frîquet du Bréfil. Alhp 
Seha, tome I, page 103. 

Linaria caudâ longâ ; fringilla BraJîUenjis Sehœ, 
Lange - Schwant-^er henn fling. Kiein , Ordo Ai^* 
page 94 , nP v 1 1 1. 

Embariia cineieo fiifca, alisfulvis ^ reftricihus diiahus 
lotigijjimis. . . . Emheriia pfittacea, Linnaeus, Syjh 
IS'at, éd. X , page 1 78 * Sp. 1 1 . 

Paffer ex cinereo obfcnrè grifias ; bafî roflri riihelh 
cin&d ; alis flavo & dilaté riibro variegatis ; re&ricihus 
ex cinereo obfcnrè gnfeis , binis intermediis longiffimis , 
apice fpadiceis. . . . Linaria Braf lien fis longicanda , 
ia iinotte a longue queue du Bréfil. Brijfoii , 
tome m, page 147. 



^n 



* LE GRENADIN (a). 

Les Portugais y trouvant apparemment 
quelque rapport entre le plumage du 
grenadin & Tuniforme de quelques-uns 
de leurs régimens , ont nommé czt oifeau 
capitaine de l'Grénoque. li a le bec & le 
tour des yeux d'un rouge vif, les yeux 
noirs : fur les côtés de la tête une grande 
plaque de pourpre prefque ronde, dont 
le centre eft fur le bord poftérieur de 
l'œil 5 & qui eft interrompue entre Tœil 
& le bec par une tache brune : Tœil , la 



^ Voyei les planches enluminées, nP loç ^fig. 3, 

(aj Le pinlbn rouge & bleu du Bréiil. T/ie red 
and hlue Brafiilan finch. Edwards, pi. lyi. 

Pajjlr pipernè fufco-caflamus , infernè cajîaueus ; 
verticc cafianeo; geiiis p'iolacds ; fjittnre & imo ventn 
nigris ; uropygio ccenileo ; reStricibus /pleiididè nigris, . . 
Granatinus ,hGrQn?idin. Brijfjon, tome III , page 216. 

Fr'wgilla caudâ cuneiformi , coipore nifefcente , 
umporibus, uvopygio ^ ahdomim uiolaceis; rofîro rubro,», 
'fringilla Bnifdïana Linnseus. Syjî. Nat, ed , X ^ 
page 181. Sp. 16. 



238 Hifioire Naturelle 

gorge & la queue font noirs (b) ; les 
pennes des ailes gris -brun 5 bordées de 
gris-cIair*, la partie poftérieure du corps, 
tant deflus que deiîous, d'un violet-bleu: 
tout le refte du plumage eft mordoré ^ 
• mais fur le dos , il eft varié de brun- 
verdâtre , & cette même couleur mor- 
dorée 5 borde extérieurement les cou- 
vertures des ailes : les pieds font d une 
couleur de chair obfcure. Dans quelques 
individus 5 la bafe du bec fupérieur eft 
entourée d'une zone pourpre. 

Cet oifeau fe trouve au Bréfil > il a les 
mouvemens vifs 5 & le chant agréable: 
il a de plus le bec alongé de notre 
chardonneret (cj ^ mais il en diffère par 
fa longue queue étagée. 

La femelle du grenadin eft de même 
taille que fon mâle : ell-e a le bec rouge , 
un peu de pourpre fous les yeux , la 
gorge & le deffous du corps d un tauve- 



(h) Dans quelques individus îa gorge efl d'un 
i>run-verda'.re. 

(c) M. Edwards a trouvé îa longueur du bec 

^iiriabie dans les diiîciCiis individus. 



Tom. m. 



FI. rii.pa^ .2.36 




: GRENADIN. 2. OISEAUDU BRESIL A PE17ME FRISEE . 



du Grenadin. 239 

paie 5 le fommet de îa tête d'un fauve 
plus foncé 5 le dos gris-brun , les aiies 
brunes , la queue noirâtre , les couver- 
tures fupérieures bleues , comme dans 
le maie , les couvertures inférieures , & 
le bas-ventre, blanchâtres. 

Longueur totale 5 cinq pouces un 
quart , bec , cinq lignes *, queue , deux 
pouces & demi ,' compofée de douze 
pennes étagées : les plus longues dépaffent 
les plus courtes de dix-fept lignes 5 & 
l'extrémité des ailes 5 de deux pouces \ 
tarfe , fept lignes : Tongîe poftérieur ell 
le plus fort de tous. Dans les ailes , les 
quatrième & cinquième pennes (ont les 
plus longues de toutes. 




240 Hijlolre Naturelle 

* LE VERDIER (a). 

Il ne faut tas confondre cet oifeau 



*^ Voyei îes planches enluminées, nP 267 ,%. 2. 

(a) ■x?-^^?''*<^ d'Arillote que Gaza a mai traduit par 
lutea Scliiteola, noms qui conviennent mieux aux 
bruans. 'Av^qç , florus , chloris , viriàia ; Gallicè , 
bruant fuivant Béion ; yhos , y bis, ydos , /lyi par 
corruption fab i^rr^cij accurtis , acontis (ab avBcpJ, 
ItaiiSj verdov , verderro , verdmontaii , laranto , carauto , 
toranto , frinfon. Lviiitanis , verdelham, Sabaudis , 
verdeyre. Germanis, gruenling, gruenfinck , kutwogel , 
tinter, ropp'fînck, /ùrflfinck , hhjjvogel (miliaria) 
tyrolt; thraupis Turmn, Ulynis , leglolka. Anglis, 
giecn-fincL Gefner, de Avibus, pages 165 8* 258. 

Chloris , &c, Aidrov. OrnitlioL tome II , page 850 , 
copie Gôfver en entier. 

Bruant, Av^tàç^ floms, Béîon , Nat. des Oif. 
fol. 366. Bruyan, verdiin , verdier, verderzulc, verden. 
Idem , Portrait des Oifeaux , page 94. 

Verdoiie , z^'^'^fi^ ^ vireo Gejheri, Olina . Uccelle-- 
via, page 26. 

Cillons Aldrovandi , the green-finch, Antîius feu 
florus lîellonii, Gailicè, ^/v/^//^ Wiîlugriby. OriiithoL 
Di£,e 179, cap. II. 

Chloris jîldrovand, the' green-finck. Ray. Synopf. 
page 85, n.^"^ 4. 

R. Sibbaldus. H/J?. ûw/.72«/. in Scotiâ, cap. iv, 
page 18. 

avec 



du Verdier. 241 

nvec le bruant , quoiqu il en porte ie 



Macring. Jv, gênera, 26. 

Chloris Jeu fringilla vlridis , tab. g 6 6* 37. C/iloris 
Sylpefîris , tab. 38. Jonfton, Ji^, page 71. 

Chloiis , fniigilla viridis , the greai-finch , uei^hin^ 
hlid; Charleton. Exercit. page 88 , n.^ V. 

Linaria viridis , X^^f^'- Ariftot. fringilla vindis , 
viridia miliarii , hirfch- finck , hïrfch- vogd y grucner-- 
henffing, grueue- fincke, gruen -iing, gruen-pogel, 
ivelfcher ■ henffiiig, ' Schwenckieli Av, S'defice^ 
page 295. 

Fr'wgïlla viridis , chlorîs Àldrov, Nolaria , linaria 
yiridis Schwuickfeldi , linaria flaïui ; graen-finck, 
kirfch'finck ; in Vi'uf^û^ gaien-ling , gruemr-huîffling, 
fchwontike ; Polonis , d^wonieck , konopka» Rzac- 
zynski. Aa&mr, pages 379 Ef 39:. 

Chloris, Suecis fwenska : loxia flavicantl pirens , 
remigibus primoribus anticè luteis , reStricibus laterali^ 
bus quatuor, baji lu tei s, h\nn<£\.\s. Syft. t^'at. ed, X^ 
G. \.6 y Sp. 20; Ef Fauna Suecica, //.^ 202. 

Coccoîhraufles viiidis , chluris , linaria , fiingilla 
viridis ; t^erdone , grunergelber-dick-fclinabler , kut-vogeh 
Klein. Ord» Avium . pa e 95. 

k^erdier, Albin , tome 1 , page 51 , n.° 58. 

PaJJhr fubviiidis, aLarum extremis nigricantihus, 
Chloris , verdier, Catal. verderoL Barrére. G. 30 ^ 
Sp. 6 

Grueu-finck , gruenling, gruen -fcliwanti, fcliwanit:^, 
fchwanfchel ; en Bohémien ^fcliwoneti, uireo. Frifch , 
tome l, cl. I , div. i. 

Le bruant , chloris Aldrovandi , fringilla , Ô'c» 
Linnaei; bréant, verdrier, verddin , verdoie , paillent* 

Oijiaux , Tome VI /• L 



242 Hifioire Naturelle 

nom dans plufieurs provinces (^IjJ ; fans 
parler des autres différences, il na pas 
de tubercule offeux dans le palais, comme 
en a le bruant véritable. 

Le verdier pafle l'hiver dans les bois : 
il fe met à Tabri des intempéries de la 
niauvaife faifon fur les arbres toujours 
verts 3 & même fur les charmes & les 



Saîerne. HlJIoire Naturelle des Olfeaux , page i^g^ 

Pajjerfupernè vindi-olipaçetLS j cinereo admixto , iri^ 
fernè viridi-olivactofiaPLcans ; ventre & marginibus 
alarum luteis ; macula rofirum inter £y oculos faturatè 
cinereâ ; re&ricibus uigricantibiis , apicls margiue ciiit- 
reâ, tribus extimis prima medietate luteis (Mas). 

PaJJer fupernè grifeus, pennis in exortu ad viridi- 
jolivaceum indinantibuSy infernè dilate grifeus ^ pennis 
in exortu ad luteum vçrgentibus ; ventre albo ad luteuin 
inclinante ; marginibus alarum luteis; redlricibus nigri- 
cantibus, apicis margine cinereâ, tribus extimis prima 
medietate luteis. ., . C'/iloris , le Verdier. Brijfon ^ 
tome Ilfjpage 190. 

The green-finck, ckloris Aldrov, Verdier de BriiTon, 
Zoologie Britannique, Eirds , page 107 5 Sp. V, 
pî. v, fîg. 5. 

Verdale, verdaiige, verdat, verdeïat, verdrin^ 
Vredin, verdrie en différentes provinces. 

(bj Cette erreur de nom efl fort ancienne, -& 
remonte jufqu^aux tradudeurs d'Ariftote^] çommQ 
on peut le voir dan§ fe note (aj. 



du Verdier. 245 

clicnes touffus , qui confervent encore 
ieurs feuilles quoique defîéchées. 

Au printemps , il fait fon nid fur ces 
mêmes arbres , & quelquefois dans les 
buiflons : ce nid eft plus grand & prefque 
aufïî bien fait que celui du pinfon : il eft 
compofé d'herbe sèche & de mouffe en 
dehors , de crin , de laine & de plumes 
en dedans -, quelquefois il rétablit dans 
les gerçures des branches , lefquelles 
gerçures il fait agrandir avec fon bec ; 
il fait auiïî pratiquer tout autour un petit 
magafin pour les provifions (c). 

La femelle pond cinq ou fîx œufs, 
tachetés, au gros bout, de rouge -brun 
fur un fond blanc -verdâtre : elle couve 
avec beaucoup d'affiduité , & elle fe tient 
fur les œufs , quoiqu'on en approche 
d'affez près , en forte qu on la prend 
fouvent avec les petits : dans tout autre 
cas 5 elle eft très-défiante. Le mâle paroît 
prendre beaucoup d'intérêt à tout ce qui 
regarde la fomille future : il fe tient fur 
les œufs alternativement avec la femelle , 

Miji .^ \ >.,.] ' ï^f 

(c) Nous tenons ces derniers faits, & quelque» 
autres; de M. Guys, de M^irfeilte. * 

Lij 



2 44 i^ifioire Naturelle 

& fou vent on le voit fe jouer autour de 
Tarbre où eft le nid , décrire , en volti- 
geant ^ plufieurs cercles 5 dont ce nid eft: 
ie centre , s'élever par petits bonds , puis 
retomber , comme fur lui-même , en 
battant des ailes avec des mouvemens , 
& un ramage fort gdk(d). Lorfqu'il arrive 
ou qu'il s'en retourne 3 c'eft-à-dire, au 
temps de fes deux paiîages, il fait en- 
tendre un cri fort fingulier , compofé de 
deux fons -, & qui a pu lui faire donner 
en Allemand plufieurs noms , dont la 
racine commune lignifie une fonnette: 
on prétend au refte que le chant de cet 
oifeau fe perfectionne dans les métis , qui 
réfultent de fon union avec le ferin. 

Les verdiers font doux & faciles à 
apprivoifer ; ils apprennent à prononcer 
quelques mots , & aucun autre oifeau ne 
fe façonne plus aifément à la manœuvre 
de la galère*, ils s'accoutument à manger 
fur le doigt, à revenir à la voix de leur 

(dj Or\ les garde en c?ge i^arce qu'ils chantent 
plaifamment. Béion. JS'a-Lve des Oiflaux, page 366. 
TVl. Guys ajo'ute que le ramai;e de fa feme ie eft 
encore plus intéreiîarit que celui du mâle , ce qui 
feroît très-iemarquabie parmi les oifeaujs. 



du Verdict. 245 

maître , &:c. Ils fe mêlent , en automne ^ 
avec d'autres efpèces, pour parcourir les 
campagnes : pendant l'hiver, ils vivent de 
baies de genièvre *, ils pincent les boutons 
des arbres 5 entre autres ceux du marfaule: 
rété 5 ils fe nourriffent de toutes fortes 
de graines, mais ils femblent préférer le 
chenevis : ils mangent auffi des chenilles , 
des fourmis , des fauterelles , &c. 

Le feul nom de verdier indique affez 
que le vert eft la couleur dominante du 
plumage-, mais ce n'eft point un vert pur, 
il eft ombré de gris-brun fur la partie 
fupérieure du corps & fur les flancs, & 
il eft mêlé de jaune fur la gorge & la 
poitrine : le jaune domine fur le haut du 
ventre, les couvertures inférieures de la 
queue & des ailes , & fur le croupion : 
il borde la partie antérieure & les plus 
grandes pennes de Taile , & encore les 
pennes latérales de la queue. Toutes ces 
pennes font noirâtres , & la plupart 
bordées de blanc à l'intérieur : le bas- 
ventre eft de cette dernière couleur , & 
les pieds d\m brun-rougeâtre. 

La femelle a plus de brun : fon ventre 
eft prefque entièrement blanc , & les 

L irj 



2 4^ tJljioire Naturelle. 

couvertures inférieures de îa queue font 
fnêiées de blanc, de brun & de jaune. 

Le bec eft couleur de chair y de formç 
conique , fait comme celui du gros-bec 5 
mais plus petit : fes bords fupérieurs font 
îégèrement échancrés près de la pointe, 
& reçoivent les bords du bec inférieur , 
qui font ^in peu rentrans : Toifeau pèfe 
un peu plus d'une once, & fa groffeur eft 
à-peu-près celle de notre moineau-franc. 

Longueur totale, cinq pouces & demi, 
bec 5 lix lignes & demie -, vol , neuf 
pouces -, queue , vingt -trois lignes , un 
peu fourchue , dépaiîe les ailes de dix à 
onze lignes ', pieds , fept lignes & demie*, 
doigt du milieu 5 neuf lignes. Ces oifeaux 
ont une vélîcule du fiel , un géfier muf- 
culeux 5 doublé d'une membrane fans 
adhérence, & un jabot aflez coniîdérable. 

Quelques-uns prétendent qu'il y a des 
verdiers de trois grandeurs différentes; 
mais cela n'eft point conftaté par des 
obfervations affez exades, & il eft vrai- 
femblable que ces différences de taille ne 
font qu'accidentelles & dépendent de 
l'âge , de la nourriture , du climat ou 
d autres circonftances du même genre. 



'(mt . Fil, 



Fl.VJir.paj.^^â^. 




-— ' '- ^'r-ufCr-î- ~^>'- pniy I||l| I III I II ^^-'"^ 



XE VERDIÉK . 



247 



^ Z £ PAPE(a). 

Cet oiseau doit fon nom aux couleurs 
de fon plumage , & fur-tout à une efpèce 
de camail dun bîeu-violet, qui prend à 
ia bafe du bec, s'étend jufquau-deflbus 
des yeux , couvre les parties fupérieures 



'^ Voyei ies planches enluminées , //.° 159, 
figure I , la femeile ; figure 1 , ie mâle. 

(a) Fringilla tricolor , peinted finch ; HifpaniS) 
maripofa piniada, Pinfon de trois couleurs. Catesby, 
page 44. 

Th& China hull-finch, rouge-queue de îa Chine. 
Alhiîiy tome III , n.^ Lxviii. Cet oifeau ne diffère 
que très-peu de celui de Catesby: il ell fort dou* 
teux qu'il vienne de la Chine. 

Fringiila tricolor, blankop figer difiel-finck, roftra 
grifeo j capite & collo cyaueis , pe&ore & ventre 
igneis , dorfo & alis fupernè ex flavo viridibus; rémi- 
ges & cauda ex nigro purpurafcunu Klein. Ordo Av. 
§. 45 , tribus V , n.^ vu. 

Fringilla purpwea, carduelis Sinenfis capite purpu-^ 
reo ; the China bull-finch Albini , cardinalchen : ventre 
toto à roftro ad genua iifque & caudam , rubra ; dorfo 
&f alis viridibus ; capite 6' caudâ fuperâ purpureis* 
Ibidem, n.^ Xlll , page 98. 

PaJJèr fupernè viridis ad flavum inclinans , inftrnè 
Tuber i capite 6* collo fuperiore caruleo - violaceis ; uro^ 

L iv 



248 Hijîoire Naturelle 

& latérales de ia tête & du cou 5 & ; 
dans quelques individus 5 revient fous la 
gorge : il a le devant du cou, tout le 
deilous du corps, & même les couver- 
tures fupérieures de la queue & le 
croupion, d'un beau rouge prefque feu*, 
le dos varié de vert-tendre & d'olivâtre- 
obfcur (h) ; les grandes pennes des ailes 
8c de la queue, d'un brun-rougeâtre -, les 
grandes couvertures des ailes vertes *, les 
petites d'un bleu-violet comme le csmail. 
Mais il faut plufieurs cannées à la Nature, 
pour former un fi beau plumage : il n'eft 
parfait qu'à la troilième. Les jeunes papes 
font tous bruns la premiière année : dans 
la féconde , ils ont la tête dVin bleu-vif, 
ïe refte du corps d\in bleu-verdâtre , & 
îes pennes des ailes & de la queue brunes » 
•bordées de bleu-verdâtre. 



vygio rubro ; re&ricîhus fufcis , bînis iutermed'iis in 
utroque latere, & laUralibus exteriùs ad rnhnim per^ 
gentibus. . . . Chlovis Liidopiciaiia, pidgo papa di&a , 
\q verdier de îa Louifiane , dit vulgairement le 
pape. Brijjon , tome III, page 200. 

Le chiitototl deSeba, toiml^pl. 87 ,nerefrembïe 
ni au pape, ni à fa femelle , rii à leurs petits. 

(h) L'individu décrit par Catesby a voit le do$ 
\eu terminé de jaune , pa^e 44. 



du Pape. 249 

Maïs c'eft fur-tout par la femelle que 
cette efpèce tient à celle du verdier : elle 
a le defllis du corps d un vert-terne , & 
tout le deflbus d'un vert -jaunâtre : les 

fraudes pennes des ailes brunes , bordée» 
nement de vert , les moyennes , ainlî 
que les pennes de la queue, mi-parties 
dans leur longueur , de brun & de vert. 
Ces oifeaux. nichent à la Caroline fur 
les orangers 5 & ny relient point Thiver : 
ils ont cela de commun avec les veuves, 
qu'ils muent deux fois Tannée , Se que 
leurs mues avancent ou retardent , Sui- 
vant les circonftances : quelquefois ils 
prennent leur habit d'hiver dès la fin 
d'août ou le commencement de feptem-* 
bre : dans cet état , le deflbus du corps 
devient jaunâtre , de rouge qu'il étoit, IIj? 
fe nourrifîent comme les veuves , avec la 
millet 5 l'alpifte , la chicorée. . . . Mars il$ 
font plus délicats : cependant une foij 
acclimatés , ils vivent jufqu'à huit ou dix 
ans : on les trouve à la Louifiane. 

Les Holiandois , à force de foins & de 
patience, font venus à bout de faire ni- 
cher les papes dans leur pays , comme ils 
y ont fait nicher les bengalis ôc les veuves, 

Lv 



2 5<3 HiJIoire Naturelle. 

£c l'on pourroit cfpérer , en imitant Tîn- 
duftrie hoUandoife 5 de les faire nicher 
dans prcfque toutes les contrées de l'Eu- 
rope : ils font un peu plus petits que 
notre moineau-franc. 

Longueur totale , cinq pouces un tiers ^ 
vol 5 fept pouces deux tiers s bec , fix 
lignes -, pieds , huit lignes -, doigt du 
milieu, fept lignes*, queue, deux pouces, 
dépafle les ailes de treize à quatorze 
lignes. 



Variété du PAPE. 

Les Oiseleurs connoiflent, dans cettQ 
efpèce 5 une variété diftinguée par la cou- 
leur du deflbus du corps , qui eft Jau- 
nâtre : il y a feulement une petite tache 
rouge fur la poitrine , laquelle s'efface 
dans la mue ^ alors tout le deffous du 
corps eft blanchâtre , & le mâle reffemble 
fort à fa femelle. C'eft probablement une 
variété de climat. 



'%jf 




|LE PAPE .2 .I.EBP.C îlOISia) ..^/B0U^UKITII.]3^.EI:T . 



251 



LE TOUPET BLEU (a). 

En comparant cet oifeau avec le pape 
& fes variétés , on reconnoît entr'eiix des 
rapports fi frappans , que s'ils n'eulTent 
pas été envoyés, comme on TalTurej ceux- 
ci de la Louifiane, & l'autre de Tîle de 
Java, on ne pourroit s'empêcher de re- 
garder celui dont il s'agit dans cet article , 
comme appartenant à la même efpèce : on 
eft même tenté de l'y rapporter , maigre 
cette différence prétendue de climat, vu 
la grande incertitude de la plupart des 
notes par lefquelles on a coutume d'in- 
diquer le pays natal des oifeaux. II a la 
partie antérieure de la tête & la gorge 
d'un affez beau bleu *, le devant du cou 
d un bleu plus foible , le milieu du ventre 



fa) PaJJer fupernè viridis, in féru è ru fus ; medio ven- 
tre rubro ; uropygio ru fo ; fonte, genis, guttureque C(Z- 
ruleis : rediricibus viridibus , oris exterioribus^ rubris , 
latcralibus -interiùs ftfcis, . . . Chloris Javenfis. Le 
Terdier de Java, Briflbn, Omithologia , tome III ^ 
page 198. 

L vj 



2 j 2 Tlijîoire Naturelle. 

rouge 5 la poitrine , les flancs , le bas- 
ventre 5 les jambes , les couvertures in- 
férieures de la queue & des ailes , d\in 
beau roux \ le deiîus de la tête & du 
cou 5 la partie antérieure du dos & les 
couvertures fupérieures des ailes vertes*, 
le bas du dos & le croupion, d'un roux 
éclatant , les couvertures fupérieures de 
îa queue rouges , les pennes de Taile 
brunes , bordées de vert -, celles de la 
queue de même , excepté les intermé- 
diaires 5 qui font bordées de rouge -, le 
bec couleur de plomb *, les pieds gris : il 
efl: un peu pius petit que le friquet. 

Longueur totale, quatre pouces, bec> 
{lyi lignes \ pieds , fix lignes & demie v 
doigt du milieu , fept lignes 5 vol , près 
de fept pouces \ queue , treize lignes , 
compofée de douze pennes , dépaiîe les 
ailes de fix à fept lignes. 




*;5 



LE PUREMENT BLE U (a). 

On ne peut parler de cet oifeau 5 ni le 
clafler , que fur la foi d'AIdrovande , & 
cet Ecrivain n'en a parlé lui-même que 
d'après un portrait en couleur, porté, en 
Italie 5 par des voyageurs Japonois , qui 
en firent préfent à M. le marquis Fa- 
chinetto. Tels font les documens fur 
lefquels fe fonde ce que j'ai à dire du 
parement bleu. On verra facilement, en 
lifant la defcription , pourquoi je lui ai 
donné ce nom. 

II a toute la partie fupérieure verte , 
toute l'inférieure blanche *, les pennes de 
la queue & des ailes bleues , à côtes 
blanches 5 le bec d'un brun-verdâtre , & 
îes pieds noirs. Quoique cet oifeau foit 



(a) C/iloris Indica virioni cou gêner. Aidrovande* 
OrnithoL lib. XVIII, cap. xviii. 

Chloris Indica. Jonllon. jii^. page 71. 

Pajjcr fitperuc viridis , infernè caiididus ; remigibus 
re&ricibufque aenikis , fcapis albis prc^ditis,... Chloris 
Indica minor. Le petit Ycrdier de§ Indes. Briffon, 
tome III, page 197, 



2^4 iJiJloire Naturelle. 

un peu plus petit que notre verdier , & 
qu'il ait le bec & les pieds plus menus 5 
AIdrovande étoit convaincu qu'Ariftote 
lui-même n'auroit pu s'empêcher de le 
rapporter à ce genre. C'eft ce qu'a fait 
M. BrilTon 5 au défaut d'Ariftote , & nous 
n'avons aucunes raifons de ne point fuivre 
î'avis de ce Naturalifte. 




m; 



*L£ VERT- BRUNE T (a), 

XL A LE BEC & Ics pîeds bruiis -, le deffus 
de la tètt & du cou , le dos , la queue 
& les ailes dun vert-brun très-foncé*, le 
croupion , la gorge 5 & toute la partie 
inférieure , jaunes , les côtés de la tête 
variés des deux couleurs , de telle forte 
que le jaune defcend un peu fur les côtés 
du cou. O 

Le verdier des Indes de M. Edwards (b)^ 



* Voyei les pîanches enluminées, nP ^4i^fig i, 
011 cet oifeau eft repréfenté fous ie nom de verdiev 
du cap de Bonne-efpérance. 

(a) Fringilia virens , JhperciliiSj pe&ore, ahdomi- 
neque flavis , remigibiiê primoribus margine exteriore 
alb'is. Fringilla butiracea. Linnaeus, Syfl. Nat, éd. X, 
G. 98, Sp. 17, page 181. 

Loriot ou verdier Kolbe. Defcription du cap de 
Bonne-efpérance, tome I II j page 64. 

PaJJer fupewè viridl - oUvaceus , infernè luteus ; ta- 
ma utrimgue fupra oculos luteâ , per oculos viridi-oli^ 
vaceâ, infra oculos nigrâ; remigihus viridi- olïvaceis. 
Gris majorum exterionbus albis ; u&.riclbus diluîè vi- 
rid'i flavis. Chloris ludica. Le verdier des Indes. 
Bnjjou , Ornithol, tome III, page 195. 

(bj The Indian green fine h , pinfon des Indes: 



1^6 Hijîoire Naturelle. 

pourroît être regardé comme une variété 
dans cette efpèce , car il a auffî tout le 
deffus vert-brun & le deffous jaune : ii 
ne diffère qu'en ce que le vert-brun eft 
moins foncé & s'étend fur le croupion ^ 
que les côtés de la tête ont deux bandes 
de cette même couleur , dont Tune pafle 
fur les yeux , & l'autre , qui eft plus 
foncée & plus courte , paffe au-deffous de 
îa première 5 & en ce que les grandes 
pennes des ailes font bordées de blanc. 

Le vert-brunet eft un peu plus gros qwe 
le ferin de Canarie, & le furpaffe, dit 
M. Edwards , par la beauté de fon ramage. 

Longueur totale , quatre pouces & 
demi-, bec, quatre lignes & demie*, tarfe, 
fix lignes & demie , doigt du milieu , 
fept lignes *, queue , dix-neuf lignes , un 
peu fourchue, dépaffe les ailes de neuf 
à dix lignes. 

M. Hawkins l'a efquilTé dans Pile de Madère , où 
il avoit été apporté d'ailleurs fous le riom de 
hewgala: on a fu depuis qu'il venoit des Indes 
orieniales. Edwards , pL 84. M. Linnaeus dit qu'il 
ie troviAje k Madère, mais il eft ailé de voir que ce 
n'eft qu'une citation imparfaite du paiTage d« 
M. Edwards dont je viens de rendre compte. 



^57 
LE VERDINERE (a). 

Excepté la tête , le cou & la poitrine ,' 
qui font noirs , tout le reftc du plumage 
eft vert : on diroit que c'eft un verdier 
qui a mis un capuchon noir. Cet oifeau 
eft très-commun dans les bois des iies 
de Bahama-, il chante perché fur la cime 
des arbuftes , & répète toujours le même 
air comme notre pinfon : fa groifeur eft 
égale à celle du canari. 

Longueur totale, quatre pouces, bec, 
quatre lignes & demie-, queue, dix-neuf 
lignes 5 dépaffe les ailes de neuf à àxs, 
lignes. 

fa) Bahama fparrow , pajfer hicolor BahamenJiJ» 
Catesby, n.^ g 7. 

Pajfcr firdidè viridîs; capite, collo 6* pe&ore ni'' 
gris; remigibus redtricibiifqm fordidè viridibus ; chloris 
jj'^^û77?Ê/;/5, le pinfon Je Bahama. Brijjou, Oniitho* 
logia , tome 111 , page 202. 

Fringi/la capite pe&oreque iiigris ; dorfo , dis cam 
âàqun ohfcuvè. virefcentibus, .... Zeiia, Linnaeus. 
SyP. Nau ed, X, G. 98 , Sp. 31. 

Kota. Que M. Linnaeus a donné îe même nom 
de Zena k h quinzième efpèce du même genre (98), 
qui eft notre pinfon à tête noire & blanciie. 



258 Hi/Ioire Naturelle. 



LE VERDERIN^ 

Nous APPELONS aînfî ce verdier , parce 
qu'il a moins de vert que les précédens* 
II a auffi le bec plus court , le tour des 
yeux d'un blanc - verdâtre , toutes les 
plumes du deffus du corps 5 compris les 
pennes moyennes des ailes , leurs cou- 
vertures 5 &c les pennes de la queue, d'un 
vert -brun 5 bordées d'une couleur plus 
claire , les grandes pennes des ailes 
noires -, la gorge > & tout le deflous du 
corps jufqu'aux jambes 5 d'un roux fombre 
moucheté de brun -, le bas-ventre , & les 
couvertures inférieures de la queue , d'un 
blanc affez pur : cet oifeau fe trouve à 
Saint-Domingue. 

* Voyei les planches enluminées, n,^ 341 , fi^ 2* 



LE FERDIER SANS VERT. 

Il n'y auroit fans doute jamais eu de 
verdier , s'il n'y eût pas eu d'oifeau à 
plumage vert*, mais le premier verdier, 
ayant été nommé ainii à caufe de fa cou- 
leur, il s'eft trouvé d'autres oifeaux qui, 
lui reffemblant à tous égards 5 excepté 
par les couleurs du plumage , ont dû 
recevoir la même dénomination de ver- 
dier : tel eft l'oîfeau dont il s'agit ici. 
C'eft un verdier prefque fans aucun vert , 
mais qui , dans tout le refte , a plus de 
rapport avec notre verdier qu'avec tout 
autre oifeau. Il a la gorge blanche 5 le 
deflous du corps de la même couleur -, la 
poitrine variée de brun -, le defîus de la 
tête & du corps , mêlé de gris & de 
brun-verdâtre , une teinte de roux a« 
bas du dos 5 & fur les couvertures fupé- 
rieures de la queue , les couvertures 
fupérieures des ailes, d'un roux décidé; 
les pennes moyennes bordées extérieure- 
ment de cette couleur , les grandes 
pennes & les grandes couvertures , bor- 
dées de blanc-roufsâtre , ainfi que les 



2 6o Hijîoire Naturelle. 

pennes latérales de la queue , enfin ïâ 
plus extérieure de ces dernières eft ter- 
minée par une tache de ce même blanc, 
&: elle eft plus courte que les autres : 
parmi les pennes de Taile , la féconde 
& la troifième font les plus longues da 
toutes. 

Cet oifeau a été apporté du cap de 
Bonne-efpérance par M. Sonnerat. 

Longueur totale , fix pouces un tiers 5 
bec, fix lignes, tarfe ^fept lignes*, queue, 
environ deux pouces Se demi) dépalTe 
les ailes de feize lignes. 




i6i 
*LE CHARDONNERET(a). 

Beauté du plumage, douceur de la 
VOIX, fiueffe de rinftinét, adrefle fingu- 
lîère 5 docilité à Tépreuve , ce charmant 
petit oifeau réunit tout , & il ne lui 

^ Voyei les planches enîuminées, //.° 4 , fîg. i. 
(a) nw.ux^ç d'Ariftote, carduells varia de Gaza, 
jf^i//5 , chardonneret, héion. Nature des oifeaux, 

Guardelli, flra^alim chez les Grecs modernes. 
BéLon , Obfervations , /7j,;'e 13 

Carduells, Itaiis, carddio , calderugio , Olina, Uc' 
celkriay page 10. 

Carduells , acanthls Tfidoro & récent, gr^cis ; 
zhraupls Arlflotells apud Ga^am & Hirmolaum ; 
yliamico^ Ai'lceuiKz ; Zena, id e/?, avis Jovis , aflraga- 
linus Klraiiidi ; aftrollnus, aflrof^allus , carddia , car- 
dueUus y acardeleiites y acalantla, af^alantla, Lifinia, 
Matth. Sylvatico ; afleies forte Opplano ; rapailnus, 
ravarinus , aurivittls , yj''^'^^(^^^?^'^\ Germ. diftel-jînch , 
difleLvogd, truns , flixellti, ^oidfïnck , rotkoegelken ^ 
(rothvo^elken ) kletter; Iralis , garddio , gardeillno , 
cardelino , car-(erlno , garddlin ; Hifpanis, jirguerito , 
fiele colore, fbite plntacll^o ; Sabaudis, ch nderaulat. 
liiyiis vel Bo émis, fle^Uck ; PoioniS;, fiilglL 
Ge ner , ^ Jvibus , pages 23.:^ 6* 2-; 2. 

Carduells, ;:tP'^°/^'^?"^ / reuntibm Grascis AnAi^i^ 



z6z Hijloire Naturelle 

manque que d'être rare & de venir d un 
pays éloigné , pour être eftimé ce qu'ii 
vaut. 



Itafis , carduello , carduelino , rapariuOy ravarino ; Gallîs , 
chardonneret , chardonnet ; Germanîs , fiftel - finck 
(dijiel-fjick) ; HoIIandis, een pitter. AldrovandCj 
Ornithologiay tome II, ïib. XVIII, cap. III, 
page 798. 

Carduelis , the goldfinch, thijlle-flnch , ;^fJîro//.;9p«ç 
Ariftotelis, acant/iis recentiorum gracorum, Wiliughby, 
OrnithoL îib. 1 1, cap. X. 

Ray , Synopf, page 89 , A. nP 1. 
Aç-pat-y^x/v©-, TpàT/WtTjivoç^ carduelis ^ vnlgo Tci^S'éXî ^ 
Jonfton, Ji^. page 68. 

Carduelis, gold- finck, Sihhdldus prodromus , iib. III, 
C3p. IV, page 18. 

Xf uo-o^HTp^ç Aldrovandi , A;:^ûtvT/ç , Tiot)(j\iç t;eteri* 
hiis, Bfietù-'anc Arifiotelis , Ga^ce, Hennolai ; yupoiXf ^ 
aurii^ittis Aldrov, Zeiia Kyranidis; Germanîs, flie" 
gliti, diftel- finck , rothvogel, Schv/enckfeid, Ai^t, 
Silefi<z, page 233. 

Carduelis feu afiragalinus , Zena Eelonii ( Béfon ne 
donne point ce nom au chardonneret). Aurivittis 
ornit/iologorum , chryfomitres ; Itaîis , cardello ; Germ, 
Jlieglitij diftel-i-ogel;'PolomSj fixygielj Rzaczynski. 
Auauar, page 370. 

Carduelis, chryfomitris , aurivittis, acantkis^ apis 
jovis , gold'finch, Charleton. Exerçit, page 87. 

Carduelis , fringilla jovis , Zena Schwerickfeldii , 
Frifi/i. luteola Albini , 1,64. Cardello Olin(£ ^ the 
gold-fijicà, diftel'firiçk, roth-yogel, . . . Kkin^ 
j^age 97, «.o 4, 



du Chardonneret. 26^ 

Le rouge-cranioiiî , le noir-velouté , 
le bîânc 5 le jaune-doré , font les princi- 
pales couleurs qu'on voit briller fur fon 



Carduelis, chardonneret ; en Cataîan, cavdina^ 
•Barrère. Ornithologie fpacimen , page 57. 

Carduelis, fringiila remigihus aiitrorsàm luteis , eX" 
timâ immaculatâ ; re&ricibus diiahus extimis medio , re^ 
liquifque apice aLhis ; en Suédois , fligUtia, Linnaeus , 
Syfl, Nar. G. 98 , Sp. 9, page 180; èf FaunaSucc, 

The gold'finchj carduelis, lateola, Aîbjn, tome I, 

n." 44- 

Carduelis der fliglitx, ftiegUti, flichliti, Jlechlit^, 

diflel finck, kletter, Frifch ^ tome I, cL j, div. i, 
pi. I, art, 1. 

Chardonneret, pinfon doré , pinfon de chardon , 
ypUfxo^/Tpiiç, porte -mitre d'or, A;^ûtv6/ç^ trefflier, 
parce qu^il mange ïa graine du grand treffle : en 
Provence , cardaline ; en Périgord , cardelino ; feu 
Guienne, cardinat, chardonneret , chardonneaii , char- 
drier ; en Picardie , c^^o/'^^z ; ie jeune qui n^a pas 
encore pris fes belles couleurs, grifet, Salerne, 
Hift' Nat. des oifeaux , page 274, 

Carduelis fufco rufefcens ; capite anteriùs & gutture 
rubris ; remigibus nigris apice albis, prima medietate 
exteriiis luteis; redlricibus nigris, fex intermediis apica 
albis , duabus utrimque extimis interihs albo macula- 
fis. . . . Carduelis , }e chardonneret. Erijfon , 
tome III, page 53. 

The gold-jînch , carduelis Gefaeri, British j^ooîogy| 
G. 22, Sp, /i fcige 108, 



2(^4 Uijloire Naturelle 

plumage, & le mélange bien entendu de 
teintes plus douces ou plus fombres leur 
donne encore plus d'éclat , tous les yeux 
en ont été frappés également , & plu- 
fieurs à^s noms qu'il porte en différentes 
îangues font relatifs à ces belles couleurs. 
Les noms de chryfom êtres ^ à'aurivittis ^ 
de gold'finchj n'ont-ils pas en effet un 
rapport évident à la plaque jaune dont 
fes ailes font décorées -, celui de roth- 
vogel au rouge de fa tête & de fa gorge*, 
CQ\\y^ à'afieres j à!(iJîrolinus y à Téclat de 
fes diverfes couleurs*, & ceux de piki/isj 
de varia ^ à l'effet qui réfulte de leur 
variété ? lorfque fes ailes font dans leur 
état de repos , chacune préfente une 
fuite de points blancs , d'autant plus 
apparens qu'ils fe trouvent fur un fond 
noir. Ce font autant de petites taches 
blanches qui terminent toutes les pennes 
de l'aile , excepté les deux ou trois pre- 
mières. Les pennes de la queue font d'un 
noir encore plus foncé*, les fix intermé- 
diaires font terminées de blanc, & les 
deux dernières ont de chaque coté , fur 
leurs barbes intérieures, une tache blan- 
che ovale très-remarquabie. Au refte, 

tous 



du Chardonneret. i6j 

tous ces points blancs ne font pas tou- 
jours en même nombre 5 ni diftribués de 
îa même manière (bj ^ & il faut avouer 
qu'en général le plumage des chardon- 
nerets eft fort variable. 

La femelle a moins de rouge que îé 
mule, & n'a point du tout de noir. Les 



(b) Les chardonnerets , qui ont îes fix pennes 
intermédiaires de îa queue terminées de bhnc , 
s'appei!enty?^<2z//5: ceux qui en ont huit font ap- 
pelés huitains; ceux qui en ont quatre font appe- 
lés quatrins ; enfin queiques-uns n'en ont que 
deux, & on n'a pas m^^nqué d^attribuer au nombre 
de ces petites taches ia différence qu'on a remar- 
quée dans îe chant de chaque individu : on pré- 
tend que ce font les fizains qui chantent ie mieux, 
mais c'efl Huis aucvm fondement, puifque fouvenc 
i'oifeau qui étoit fizain pendant Tété , devient 
quatrain après la mue, quoiqu'il chante toujours 
de même. Kramer dit dans fon Elenchus, veget. 
& animal, aujîria: inferions, page ^(^6., que ies 
pennes de la queue & des ailes ne font terminées 
de blanc que pendant Fautomne, & qu'elles font 
entièrement noires au printemps. Cela efi: dit trop 
■généralement. J'ai fous les yeux, aujourd'hui, 
6 avril , deux mâles chardonnerets qui ont toutes 
îes pennes des ailes (excepté les deux premi^eres) 
& les ^\^ intermédiaires de k queue terminées de 
blanc , ck qui ont auili les taches blanches ovales , far 
îe côté intérieur des deux pennes latérales de la queue» 
Oifeaux^j Tome FIL M 



26 d Hijîoire Naturelle 

jeunes ne prennent leur beau rouge que 
îa féconde année -, dans les premiers 
temps leurs couleurs font ternes, fndé- 
cifes , & c'eft pour cela qu on les appelle 
gr'ifets : cependant le jaune des ailes 
paroît de très-bonne heure, ainfî que les 
taches blanches des pennes de la queue; 
mais ces taches font d'un blanc moins 
pur (c). 

Les mâles ont un ramage très-agréable 
& très-connu -, ils commencent à le faire 
entendre vers les premiers jours du 
mois de mars , & ils continuent pendant 
la belle faifon, ils le confervent même 
Thiver dans les pocles où ils trouvent» la 
température du printemps (d). Aldro- 
vande leur donne le fécond rang parmi 



fc) Obfervé avant ie 15 de juin. J*ai auffi re- 
iTiarqué que ies chardonnerets, tout petits, avoient 
!e bec brun , excepté ia pointe &; les bords qui 
étoient blanchâtres & tranfparens; ce qui ell le 
contraire de ce que l^on voit dans les adultes. 
( d) Frilch, O ifiau x , lom^ I , pi. i , n.^ 2, 
]^en ai eu deux qui n'ont pas cefle de gafouiller . 
lin feui jour cet hiver, dans une chambre bien 
fermée, mais fans feu, il eil vrai que le plu$ 
grîind froid n'a été cjue d^ 8 degrés. 



du Chardonneret. 16 y 

les oïfeaux chanteurs *, & M. Daines 
Barrington ne leur accorde que le fixièine» 
Ils paroiffent avoir plus de difpofition à 
prendre le chant du roitelet, que celui 
de toute autre oifeau -, on en voit deux 
exemples: celui d'un joli métis forti d'un 
chardonneret & d une ferine , obfervé à 
Paris par M. Salerne (e)^ & celui d'un 
chardonneret qui avoit été pris dans le 
nid deux ou trois jours après qu'il étoit 
éclos 5 & qui a été entendu par M. Daines 
Barrington. Ce dernier obfervateur fup- 
pofe 5 à la vérité 5 que cet oifeau avoit eu 
occafîon d'entendre chanter un roitelet, 
&: que ces fons avoit été, fans doute, 
les premiers qui euffent frappé fou 
oreille, dans le temps où il commençoit 
à être fenfible au chant & capable d'imi- 
tation (fj; mais il faudroit donc faire 1^ 



fe) Hilloire Naturelîe des Oiî^dxx^ ^ page 2']6. 

ffj ^oj/e:^ Lettre fur îe chant des oifeaux, du 
10 janvier 1773. Tranfadlions phiiorophiques , 
vol, LXIII , part. Il, Olina dit que les jeunes char- 
donnerets qui font à portée d'entendre des .^inottes, 
des ferins, &c. s'approprient leur chant: cepen- 
dant je lais qu^un jeune chardonneret & une 
jeune iiuotte ayant éçc éievés enfemble , le chiur- 

Mfj ' 



2 68 Histoire Naturelle 

même fiippofitîon pour roifeau de M. Sa- 
îcnie 5 ou convenir qu'il y a une fmgu- 
îière analogie , quant aux organes de la 
Voix, entre le roitelet & le chardonneret. 

On croit généralement en Angleterre , 
que les - chardonnerets de la province 
de Kent chantent plus agréablement Y^y'j 
que ceux de toutes les autres provinces. 

Ces oifeaux .font , avec les pinfons, 
ceux qui favent le mjeux çonftruire leur 
nid, en rendre le tiflu plus folide, lui 
donner une forme plus arrondie -, je dirois 
volontiers plus élégante *, les matériaux 
qu'ils Y emploient font pour le dehors la 
mouiîe fine, les lichens, Thépatique, les 
joncs 5 les petites racines , la bourre des 
chardons , tout cela entrelacé avec beau- 
coup d'art-, & pour Tintérieur, llierbe 
sèche, le crin, la iaine & le duvet: ils 
le pofent fur les arbres, & par préférence 
fur les pruniers & noyers*, ils choififfent 



donneret a confervé Ton ramage pur, 8c que [a 
linotte Fa adopté au point qu'elie n^en a pius 
d'autre : ii ell 'vrai qu'en l^adoptant elle Pa 
embelli. 

(gj Lettre de M. Daines Earrington. Loco 
dtata, 



du Chardonneret. z6^ 

d^ordinaîre les branches foibles & qui 
ont beaucoup de mouvement \ quelque- 
fois ils nichent dans les taillis, d'autres 
fois dans des buifions épineux, & Ton 
prétend que les jeunes chardonnerets 5 qui 
proviennent de ces dernières nichées , ont 
le plumage un peu plus rembruni , mais 
qu'ils font plus gais & chantent mieux 
que les autres: Olina dit la même chofe 
de ceux qui font nés dans le mois d'août-, 
fi ces remarques font fondées, il Eiudroit 
élever par préférence les jeunes char- 
donnerets éclos dans le mois d'août, & 
trouvés dans des nids établis fur des 
buiffons épineux. La femelle commence 
à pondre vers le milieu du printemps \ 
cette première ponte eft de cinq œufs (h), 
tachetés de brun-rougeâtre vert le gros 
bout*, lorfqu'iîs ne viennent pas à bien, 
elle fait une féconde ponte , & mêmq 
une troiiîème lorfque la féconde ne 
réuffit pas *, mais le nombre des œufs 



''(h) Bcloii dit que les chardonnerets fonf com*- , 
munément huit petits; mais je n'ai jamais yu plus 
de cinq œufs dans une trentaine de nids de eiiar' 
xionnerets qui m'ont paflc fous les yeux. 

M iij 



lyo Hijîoire Naturelle 

va toujours en diminuant à chaque ponte. 
Je n'ai jamais vu plus de quatre œufs 
dans les nids qu'on m'a apportés au mois 
de juillet , ni plus de deux dans les nids 
du mois de feptembre. 

Ces oifeaux ont beaucoup d'attache- 
ment pour leurs petits , ils les nourriflent 
;avec des chenilles & d'autres in feâies 5 
&: fi on les prend tous à~la-fois & qu'on 
îes renferme dans la même cage , ils 
continueront d'en avoir foin: il eft vrai 
que de quatre jeunes chardonnerets que 
)'ai fait ainfi nourrir en cage par leurs 
père & mère , prifonniers , aucun n'a 
vécu plus d'un mois, j'ai attribué cela à 
îa nourriture qui ne pouvoit être auffi 
î)ien choifie qu'elle î'eft dans l'état de 
liberté 5 & non à un prétendu défefpoir 
héroïque qui porte, dit-on , les char- 
donnerets à faire mourir leurs petits 
ïorfqu'ils ont perdu l'efpérance de les 
rendre à la liberté pour laquelle ils 
étoient nés (ij. 

(i) Voyei Gerini^ Ornltholog, tome I, page 16, 
6c plufieurs autres. On ajoute que fi on eft venu . 
à bput de faire nourrir k3 petits en cage par les pèrts I 



du Chardonneret 271 

II ne faut qu'une feule femelle au 
mâle chardonneret , & , pour que leut 
union foit féconde , il ell à propos qu'ils 
foient tous deux libres : ce qu'il y a de 
/îngulier , c'eft que ce mâle fe détermine 
beaucoup plus difficilement à s'apparier 
efficacement dans une volière avec fa fe- 
melle propre qu'avec une femelle étran- 
gère, par exemple, avec une ferine de 
Canarie (k)^ ou toute autre femelle > 



& mère refiés ifces, ceux-ci voyant au bout 
d'un certain temps qu^ils ne peuvent ies tirer 
d'efclavage , ies empoifonnent par compaiTioa 
2iVtQ une certaine herbe ; cette fable ne s'accorde 
point du tout avec îe naturel doux & paiilble du 
chardonneret, qui d'ailleurs n'eft pas aùfli habile 
dans la connoifiance des plantes & de leurs vertus 
que cette m.eme fable le fuppoferoit. 

( k) On prétend que ies chardonnerets ne fe 
mêlent avec aucune autre efpèce étrangère ; on a 
tenté inutilement, dit-on, de les apparier avec 
des linottes; mais j'alTure hardiment qu'en y em^ 
ployant plus d'art & de foins on réufîira , non- 
feulement à faire cette combinaifon , mais encore 
beaucoup d'autres : j'en ai la preuve pour les 
linottes & les tarins ; ces derniers s'accoutument 
encore plus facilement h îa fociété des canaris qu^ 
îes chardonnerets , & cependant on prétend que , 
dans le cas de concurrence , ies chardonnerets font 
préférés aux tarijis par les femelles canaris, 

M iv 



2 7^ Hif^oire Naturelle 

qui étant originaire d'un climat plus 
chaud 5 aura plus de reffources pouf 
Texcirer. 

On a vu quelquefois la femelle char- 
donneret nicher avec le mâle canari (IJj 
mais cela eft rare , & l'on voit au con- 
traire fort fouvent la femelle canari 
privée de tout autre mâle (^;72^^fe joindre 
avec le m.âle chardonneret : c'eft cette 
femelle canari ^ qui entre en amour la 



fl) Le R. P. Bougot ayant iâché un mâle & 
une femelle chardonnerets dans une volière où il 
y avoit un aiïez grand nombre de femelles & ^ie 
maies canaris ; ceux-ci fécondèrent îa femelle char- 
donneret, & fon mâle reOa vacant. C'eft que îe 
in?iiQ canari , qui eft fort ardent, & à qui une feule 
femelle ne fuÉt pas, avança la femelle chardon- 
neret & la difpofa, au lieu que les femelles canaris 
moins ardentes, & qui d'ailleurs avoient leur mâle 
propre pour les féconder , ne tirent aucun frais 
pour rétr nger, & l'abandonnèrent à fa froideur. 

(mj Cette circonftance eft eHentielle ; car le 
R. P. Boug( t m'alTure que des femelles de canaris 
qui auront un mâle de leur efpèce pour quatre 
& m.éme pour fix, ne fe donneron^t point au mâle 
chardonneret, à moins que le leur ne puiile pas 
fuffire à toutes , & que , dans ce feul cas , les furnu- 
méraires aocepteront le mâle étranger , & lui fe- 
ront mçme des avances. 



du Chardonneret. 27 j 

première, & qui n'oublie rien pour 
échauffer fon mâle du feu dont elle 
brûle : ce n'efl: qu à force d'invitations & 
d'agaceries , ou plutôt c'eft par l'influence 
de ia belle faifon, plus forte ici que 
toutes les agaceries , que ce mâle froid 
devient capable de s'unir à l'étrangère^ 
& de Gonfommer cette efpèce d'adultère 

. phyfique 5 encore faut-il qu'il n'y ait dans 
la volière aucune femelle de fon efpcce. 
Les préliminaires durent ordinairement 
fix femaines , pendant lefquelles la ferine 
a tout le temps de faire uije ponte entière 
d'œufs clairs 5 dont elle n'a pu obtenir la 
fécondation , quoiqu'elle n'ait ceffé de la 
foliiciter ;, car ce qu'on peut appeler le 
libertinage dans les animaux, eft prefque 
toujours Subordonné au grand but de la 

" Nature , qui eft la reproduction des êtres. 
Le R. P. Bougot, qui a été déjà cité 
avqç éîoge , a fuivi ayec attention le petit 
manège d'une ferine panachée , en pareille 
circonltance*, il l'a vue s'approcher fou- 
vent du mâle chardonneret, s'accroupir 
comme la poule > mais avec plus d'ex-- 
preffion, appeller ce mâle qui d'abord 
neparoît- point l'écouter, qui commence 
' 'Mv ' 



2 74 ^ifioire Naturelle 

jenfuite à y prendre intérêt, puis se- 
chauffe doucement & avec toute la len- 
teur des gradations (n) : il fe pofe un 
grand nombre de fois fur elle avant d'en 
venir à laéte décifif , & à chaque fois elle 
épanouit fes ailes & foit entendre de 
.petits cris *, mais lorfqu'enfin cette fe- 
melle fi bien préparée eft devenue mère, 
il eft fort afîidu à remplir les devoirs 
de père , foit en Taidant à faire le nid (o)^ 
Ibit en lui portant la nourriture , tandis 
qu'elle couve fes œufs ou qu'elle élève 
fes petits. «; 

Quoique les couvées réuffiffent quel- 
quefois entre une ierine & un chardon- 
jieret fauvage pris au battant , néanmoins 
.on confeille d'élever enfemble ceux dont 
;On veut tirer de la race, & de ne les 



(n) J'ai oviï dire à quelques Oifeieurs que fe 
chardonneret étoit un oifeau froid , cela paroît 
vrai, fur-tout lorfqu^on ie compare avec ies fé- 
lins; mais. Iorfqu\ine fois fon temps efl: venu, iî 
paroît fort anim.é, & l'on a vu pius d'un mâle 
tomber d'épiiepfie dans le temps où ifs étoient le 
plus en amour, & où ils chantoient le plus fort. 
^ (o) lis y emploient j dit-on, par préférence h 
înouite & ie petit foin. 



du Chardonneret. 275 

apparier qu'à Tâge de deux ans \ îes 
jnétîs 5 qui réfultent de ces unions forcées", 
reffemblent plus à leur père par la forme 
du bec , par les couleurs de la tète , des 
ailes 5 en un mot par les extrémités , & 
à leur mère par le refte du corps > on a 
encore obfervé qu'ils étoient plus forts & 
vivoient plus long-temps; que leur ra- 
mage naturel avoit plus d'éclat, mais 
qu'ils adoptoient difficilement le ramage 
artificiel de notre muiique (p). 

Ces métis ne font point inféconds , Sf 
lorfque l'on vient à bout de les apparier 
avec une ferine, la féconde génération 
qui provient de ce mélange , fe rapproche 
fenfiblement de refpèce dir chardon- 
neret (q)j tant l'empreinte mafculinc 
a de prépondérance dans l'œuvre de la 
génération. 

Le chardonneret a le vol bas , mais 
fuivi & filé comme celui de la linotte , 
& non pas bondiiîant & fautillant comme 
celui du moineau. C'eft un oifeau aûif 
& laborieux -, s'il n'a pas quelques têtes 

fUfrmtmmmmmmmÊmm II I i m II , i I ii < i i ■ ■ m m % » 1 1 m I ■■i l ii II II» r ,.rii jM % 

(y) "^oyez, cî-delTuSj l'hifloire du Serin, 
(^) M. Hébert. 

M v) 



i^Ç> HiJIoire Naturelle 

de pavots , de chanvre ou de chardon.^ 
à éplucher, pour le tenir en adion, il 
portera & rapportera fans ceiTe tout ce 
qirii trouvera dans fa cage. Il ne fmt 
qu'un mâle vacant de cette efpèce dans 
une volière de canaris , pour faire man- 
quer toutes les pontes, il inquiétera les 
couveufesj fe battra avec les mâles,, 
défera les nids y caffera les œufs. On ne 
croiroît pas qu'avec tant de vivacité cc 
de pétulance les chardonnerets fuflent fi 
doux & même fi dociles. Ils vivent en 
paix les uns avec les autres: ils fe re- 
cherchent ;, fe donnent des marques d'a- 
mitié en toute fiiifonj & n'ont guère de 
querelles que pour la nourriture. Ils 
iont moins pacifiques à l'égard des au- 
tres efpèces*, ils battent les ferins & les 
linottes , mais ils font battus à leur tour 
par les iTiéfanges. Ils ont le fingulier 
înftind: de vouloir toujours fe coucher 
au plus haut de la volière , & l'on fent 
bien que c'eft une occafion de rixe lorf- 
que d'autres oifeaux ne veulent point leur 
céder la place. 

A l'égard de la docilité du chardon- 
mcxQty elle eft connue, on lui apprend :i 



du Chardonneret. ijy 

fans beaucoup de peine , à exécuter divers 
mouvemens avec précifion 5 à faire ie 
mort 5 à mettre le feu à un pétard , à 
tirer de petits féaux qui contiennent 
fon boire & fon manger -, mais pour lui 
apprendre ce dernier exercice 5 il faut 
favoir Yhabiller. Son habillement con- 
(\i\:t dans une petite bande de cuir doux 
de deux lignes de large , percée de quatre 
trous 5 par lefquels on fait palfer les ailes 
& les pieds'5 & dont les deux bouts fe 
rejoignant fous le ventre 5 font maintenus 
par un anneau auquel s'attache la chaîne 
du petit galérien. Dans la folitude où il 
fe trouve 5 il prend plaifir à fe regarder 
dans le miroir de fa galère , croyant 
voir un autre oiieau de fon efpèce , & 
ce befoin de fociété paroît chez lui aller 
de front avec ceux de première néceffité : 
on le voit fou vent prendre (on chenevis 
grain à grain & Taîler manger au mi- 
roir, croyant fans doute le manger en 
compagnie. 

Pour réuffir 5 dans Téducation des char- 
donnerets, il faut les féparer & les 
élever feul à feul, ou tout au plus avec 
la femelle qu'on deftine à chacun. 



zj% Hijiolre Naturelle 

Madame Daubcnton la jeune, apnt 
élevé une nichée entière 5 les jeunes char- 
donnerets n'ont été familiers que jufqu'à 
un certain âge 5 & ils font devenus avec 
le temps prefque auiîî fauvages que ceux 
qui ont été élevés en pleine campagne 
par les père & mère -, cela eft dans ia 
Nature 5 ia fociété de Thomme ne peut 
être 5 n'eft en effet que leur pis-ailer 5 & 
ils doivent y renoncer dès qu'ils trouvent 
une autre fociété qui leur convient da- 
vantage •, mais ce n'efi: point là le feuî 
inconvénient de ^éducation commune *, 
ces oifeaux accoutumés à vivreenfemble, 
prennent un attachcmiCnt réciproque les 
ims pour les autres 5 & lorfqu'on les fé- 
pare pour les apparier avec une femelle 
canari, ils font mal les fondions qu'on 
exige d'eux , ayant le regret dans le 
cœur, & ils finiffent ordinairement par 
iiioiirir de chagrin frj. 



(t) De cinq chardonnerets éîeve's enfemble dans 
3a volière de Madame Daubenton îa jeune ^ &: 
appariés avec des ferines, trois n'ont rien fait du 
tout : les deux autres ont couvert leur ferine , lui 
ont donné la bequée , mais enfuite ils ont cafie 
es ceufèj & font morts biç^itôt après. 



du Chardonneret. lyc^ 

L^automne, les chardonnerets com- 
mencent à fe rafFembler *, on en prend 
beaucoup en cette faifon parmi les oi- 
feaux de paflage qui fourragent alors les 
jardins*, leur vivacité naturelle les préci- 
pite dans tous les pièges \ mais , pour 
faire de bonnes chaiîes, il faut avoir un 
mâle qui foit bien en train de chanter. 
Au relie 5 ils ne fe prennent point à la 
pipée 5 & ils favent échapper à Toifeaii 
de proie en fe réfugiant dans les buif- 
fons. L'hiver ils vont par troupes fort 
nombreufes 5 au point que Ton peut en 
tuer fept ou huit d'un feul coup de 
fufil: ils s'approchent des grands che- 
mins 5 à portée des lieux où croiffent ïes 
chardons , la chicorée fauvage : ils favent 
fort bien en éplucher la graine, ainfi 
que les nids de chenilles 5 en faifant 
tomber la neige : en Provence , ils fc 
réunifient en grand nombre fur les aman- 
diers. Lorfque le froid eft rigoureux ils 
fe cachent dans les buiilons fourrés, & 
toujours à portée de la nourriture qui 
leur convieï-it. On donne communément 
du chenevis à ceux que Ton tient en 



2.8o Hijloire Naturelle 

cage { f). Ils vivent fort long-temps : 
Gefner en a va un à Mayence âgé de 
vingt-trois ans: on étoit obligé toutes les 
femaines de lui rogner les ongles & le 
bec, pour qu'il pût boire , manger & fe 
tenir fur fon bâton*, fa nourriture ordi- 
naire étoit la graine de pavots, toutes 
fes plumes étoient devenues blanches, il 
ne voloit plus , & il reftoit dans toutes 
les fituations qu'on* vouloit lui donner j 
on en a vu , dans le pays que j'habite , 
vivre feize à dix-huit ans. 

Ils font fujets à Tépilepiie, comme je 
l'ai dit plus haut (t)^ à la gras-fondure, 



( f) Qi-iOïquMî foït vrai, en général, que îes gra- 
laîvores vivent de grain, il n^eil pas moins vraî 
qu'ils vivent auin de chenilîes, de petits fcarabées 
èc autres infedes, & mêine que c'eft cette dernière 
XiQurriture qu^i^'s donnent à leurs petits. Ils mangent 
auffi avec grande avidité, de petits .filets de veau 
cuit; mais ceux qu'on- éîéve préfèrent, au bout 
d'un certain temps, Ma graine de chenevis & cjé 
navette à toute autre nouitriture. ^. 

(t) On prétend qu'elieell occafionnée' par un 
ver mince & long , qui ie giilTe entre cuir & 
ehair dans fa cuifie , & qui fort quelquefois de 
iui - même en perçant la peau ^ mais que Foifeaii 



^nL, rn. 



PL X.pîiM . ^Bif , 




JeveJel.^ 



L^ui/c^ Je 



JLE CHAINE) ONNERET. 



du Chardonneret. 281 

& fouvent la mue eft pour eux une ma^ 
ladie mortelle. 

lis ont la langue divifée par le bout en 
petits filets 5 le bec alongé (u)_y les bords 
de l'inférieur rentrans & reçus dans le 
fupérieur \ les narines couvertes de pe- 
tites plumes noires *, le doigt extérieur 
uni au doigt du milieu jufqu'à la pre- 
mière articulation -, le tube inteftinal 
long d'un pied -, de légers vertiges de 
cœciim, une véiicuie du fiel, le géfier 
muiculeux. 

Longueur iotAe de Toifeau , cinq 
pouces quelcfues lignes*) hQC^ fix lignes*, 
vol , huit à neuf pouces*, queue , deux 
pouces 5 elle eft com.pofée de douze 
pennes 5 un peu fourchue 5 & elîedépafTe 
les ailes d'environ dix à onze lignes. 



arrache avec fon bec loiTqu'il peut îe faifir. Je ne 
doute pas de l^exiilence de ces vers dont parle 
Frifch , mais je doute beaucoup qu^iis foient une 
caufe d'épilepfie. 

(n) Les jeunes chardonnerets i'ont moins alongé 
à proportion. 



"XJf 



28 2 Uifioire Naturelle 



Variétés du CHARDONNERET. 

Quoique cet oifean n'e perde pas 
fon rouge dans la cage auffi promptement 
que la linotte, cependant fon plumage 
y éprouve des altérations confidérables & 
fréquentes 5 comme il arrive à tous les 
- offeaux qui vivent en domefticité } ai 
déjà parlé des variétés d'âge & de fexe> 
comme auffi des difléfences multipliées 
qui fe trouvent entre les individus , 
quant au nombre & à la diftribution des 
petites taches blanches de la queue & 
des ailes , & quant à la teinte plus ou 
moins brune du plumage: je ne ferai 
mention ici que àçs variétés principales 
que j'ai obfervées ou qui ont été obfervées 
par d autres (a) y ^ qui me paroiflent 



(a) Je ne mettrai pas au nombre de ces variétés 
îe chardonneret h tête brune fvertice fufco) dont 
parle Gefner, fur la foi d'un ouï dire, ( }ac:e iaq^) 
comme d'une race diftinde de ia race ordinaire , 
ni des variétés rapportées par M. Saîerne , d'après 
les Oifeleurs Orléanois, teiies que le l'crt-prc, qui a 
du vert au gros de l'aik> ; le charbonnier » qui a îa 
barbe noire, le corps plus petit, le plumage plus 



du ChardonnereL 285 

n*être pour la plupart que des variétés 
individuelles & purement accidentelles. 

I. Le Chardonneret a poitr-ine 
JAUNE. II n eft pas rare de voir des char- 
donnerets qui ont'les côtés de la poitrine 
jaunes , & qui ont le tour du bec & les 
pennes des ailes d'un noir moins foncé \ 
on croit s'être aperçu qu'ils chantoient 
mieux que les autres : ce qu'il y a de 
certain 5 c'eft que la femelle a les côtés 
de la poitrine jaunes comme le mâle. 

II. Le Chardonneret a sourcils 

ET FRONT BLANCS (b). Tout CC qui cft 

ordinairement rouge autour du bec & 
à^s yeux dans les oifeaux de cette efpèce. 



grifâtre , & qui eft plus p^ein de chant ('Hip. Nat, 
des oifeaux , page 2767. Je ne citerai point non plus 
les monftres^ tels que îe chardonneret à quatre 
pieds dont Aldrovande fait mention. Oniit/iolog, 
tome II, page 803. 

f bj Carduelis cilih &* roflri amhiîu uiveo colon 
refulgentibiis. Aldwv. page 801. 

Jonfton , tab, 36. 

Wiiiughby, Ornitholog. page 189, n.^ 2, 

Carduelis leucocephalos , A , chardonneret à tétC 
blanche. Brijfon , tome III, page 57. 



284 Hijîoire Naturelle 

étoit bîanc dans celui-ci. Alclrovande qiiî 
Ta obiervé , ne parle d'aucune autre dif- 
férence. J'ai vu un chardonneret qui 
avoît en blanc tout ce qui eft en noir fur 
la ûtQ des chardonnerets ordinaires. 

III. Le Chatidonncret a tête 

RAYEE DE E.OUGE ET DE JAUNE (c). II 

a été trouvé en Aniéricme : mais proba- 
blement il Y avoît été porté. J'ai remar- 
qué dans plufieurs chardonnerets que lé 
rouge de la tête & de la gorge étoit 
varié de quelques nuances de jaune 5 & 
auffi de la couleur noirâtre du fond 
des plumes 5 laquelle perçoit en quelques 
endroits à travers les belles couleurs de la 
fuperficie. 

IV. Le Chardonneret a capuchoh 
NOIR ( d). A la vérité le rouge propre 

(c) Friiigllla fubfîifca^ cap i te varié flriato ^ fliiis. 
quandoqua riibris , qiiandoquî flavis. Gvld - finc/u 
Brov/ne , Nat, hlfl, oj\ Jamaïca, page 468. 

Cardudis capite flriato , B, chardonneret il tête 
rayée. i?r//7o//, tome m, page 58. 

fdj The fwalloiv gold-fiiich, îe chardonneret 
tirant fur l'hh'ondelle. Albin , tome III , pi. Lxx. 

Cardaelis mdaiiocephalos , C, ie chardonneret à 
tCte noire. BriJJon, tome III^ page 58. 



du Chardonneret. 285 

aux chardonnerets fe retrouve ici, mais 
par petites taches femées fur le front. 
Cet oifcaii a encore ies , ailes & la 
queue du chardonneret*, mais' le dos & 
la poitrine font d'un brun jaunâtre*, le 
ventre & les cuiiîes d\in blanc allez pur^ 
Tiris jaunâtre, le bec & les pieds couleur 
de chair. 

Albin avoit appris d'une perfonne 
digne de foi j que cet individu étoit né 
d'une femelle chardonneret fécondée par 
une alouette m.âle. Mais un feu! témoi- 
gnage ne fuffitpas pour conftater un pareil 
fait. Albin ajoute, en confirmation, que 
fon métis avoit c[uelque chofe de la- 
louette dans fon ramage & dans (qs 
manières. 

V. Le Char.donnle.et blanchâ- 
tre (ej. Excepté le deilus de la tètQ & 
la gorge qui étoient d'un beaai rouge 
comjme dans le chardonneret ordinaire, 
la queue qui étoit d\in cendré brun , 



(t) Cardnelis fuhalbida. Aidrovande, jm^e 8oi, 
Wiilughby, Ôrnit/wlog. page 189, n.^ 4. 
Çaiduelis albida , le chardonneret ■ blanchâtre, 
Eri£bn, lome III ^ page 59. 



z 8 6 Hijloire Naturelle 

& les arles qui étoient de la même cou- 
leur avec une bande d'un jaune-terne , 
cet olfeau avoit en effet le plumage 
blanchâtre. 

VI.* Le Chardonneret blanc ff)^ 
Celui d'Aldrovande avoit fur la tête le 
même rouge qu'ont les chardonnerets 
ordinaires, & de plus quelques pennes 
de f aile bordées de jaune , tout le refte 
itoit blanc. 

Celui de M. labbé Aubry a une teinte 
jaune fur les couvertures fupérieures des 
ailes, quelques pennes moyennes noires 
depuis la moitié de leur longueur, ter- 
minées de blanc *, les pieds & les ongles 
blancs ', le bec de la même couleur , mais 
noirâtre vers le bout. 

J'en ai vu un chez M. le baron de 



^ Voyex îes planches enîuminées , //.^ 4 , fîg, 2. 
( f) Cardiielis alba, capîte riibro, Aïdrovande. 
OrnithoL tome II, page 801. 
Wiifughby 5 /?«^^2 189, /;.^ 3. 

Carduelis candida , E, ïe chardonneret bîanc. 
J5/-///o/;, tome lU, page 60. 

Cardiœles ioias aléas in Rli(£tiâ aliquando repairi 
midïo. Gcfnerj de Avibus, page 243, 



du Chardonneret. zSy 

Goula, qui avoît la gorge & le front 
d'un rouge-foible 5 le refte de la tête 
noirâtre *, tout le deffous du corps blanc 
légèrement teinté de gris-cendré , mais 
plus pur immédiatement au-deffous du 
rouge de la gorge, & qui remontoit 
jufqu'à la calotte noirâtre *, le jaune de 
Taile du chardonneret, les couvertures 
fupérieures olivâtres*, le refte des ailes 
blanc 5 un peu plus cendré fur les pennes 
moyennes les plus proches du corps *, la 
queue à peu-près du même blanc , le hcc 
d'un blanc-rofé, & fort alongé*, les pieds 
couleur de chair. Cette dernière variété 
eft d autant plus intérelîante qu'elle ap- 
partient à la Nature : Toifeau avoit été 
pris adulte dans les champs. 

Gefner avoit entendu dire qu'on en 
trouvoit de tout blancs dans le pays des 
Grifons 5 & tel eft celui que nous avons 
fait repréfenter dans nos 'planches enlu- 
minées. 

- VIÎ. Le Chardonnep^et noir (^g}. 



fgj Cardue.Us nigra, F , le chardonneret nok* 
Eriffon, tome 111 j page $0, 



2 8 3 îTîfloire Naturelle 

On en a vu pîuiieurs de cette couleur. 
Celui d'Arpernacz dont parle André 
Schenberg Anderfon (h) ^ étoit devenu 
entrèrement noir, après avoir été long- 
temps en cage. 

La même altération de couleur a eu 
îieu dans les mêmes circonftances flir un 
chardonneret que l'on nourriiToit en cage 
dans la ville que j'habite \ il étoit noir fans 
exception. 

Celui de M. BrriTon avoit quatre 
pennes de l'aile 5 depuis la quatrième à 
îa feptième incluiivement 5 bordées d'une 
belle couleur foufre au-^dehors & de 
blanc à l'intérieur , ainii que les moyennes, 
une de ces dernières terminée de blanc \ 
enfin le bec, les pieds & les ongles 
blanchâtres : mais la defcription la plus 
exade ne reuréfente qu'un moment de 
l'individu, & (on hiftoire la plus com- 
plète qu'un mom.ent de Feipèce *, c'cfl: à 
Thiftoire générale à repréfenter, autant 
qu'il efl poffible, la fuite & l'enchaîne- 



(h) ■ Voyzi la coîledron Académique , partU 
étrangère, tome XL Acad. de ^lodioXm^ pa^e'^'é, 

ment 



du Chardonneret. 289 

ment des différens états par ou paffent, & 
îes individus & les efpcces. 

Il y a aftuellement à Beaiine, deuiJt 
chardonnerets noirs 5 fur lefquels je me 
fuis procuré quelques éclairciffemens *, ce 
font deux mâles 5 Tun a quatre ans, l'autre 
cft plus âgé : ils ont Tun & l'autre eiiuyé 
trois mues, & ont recouvré trois fois 
leurs couleurs qui étoient très-belles •, 
c'cft à la quatrième mue qu'ils font de- 
venus d'un beau noir luftré fans mélange: 
ils confervent cette nouvelle couleur 
depuis huit mois , mais il paroît qu'elle 
n eft pas plus fixe cjiie la première -, car 
on commence à apercevoir ( 25 mars ) du 
gris lur le ventre de l'un de ces oifeaux , du 
rouge fur fa tête, du roux lur fon dos, 
du jaune fur les pennes de fes ailes ( l) y 
du blanc à leurs extrémités & fjr le htc^ 
Il feroit curieux de rechercher i'infaience 
que peuvent avoir dans ces changem*ens 
de couleurs, îa nourriture, l'air la tem- 
pérature , &c. On (ait que le chardon- 
neret éieûrifé par M. Klein , avoit en- 



(i) Les i.-e^ 2.e, 5.e, 6.e, 7.^, & n.e de Fune 
«les ailes & quelques-unes de l%iutre. 

0/Jcaux ^ Tome FIL N 



2 90 Hijloire Naturelle 

tièrement perdu , fix mois après , non- 
feulement le rouge de fa ttit , mais la 
belle plaque citrine de fes ailes (kj. 

VIII. Le Chardonneret noir a 
TÊTE orangée ( l). Aldrovande trou- 
voit cet oifeau iî différent du chardonne- 
ret ordinaire , qu'il le regardoit , non 
comme étant de la même efpèce, mais 
feulement du même genre *, il étoit plus 
gros que le chardonneret & auffi gros 
que le pinfon \ fes yeux étoient plus 
grands à proportion -, il avoit le deflus 
du corps noirâtre, la tête de même cou- 
leur , excepté que fa partie antérieure, 
près du bec, étoit entourée d'une zone 
d'un orangé vif-, la poitrine & les couver- 
tures fupérieures des ailes d'un noir-ver- 
dâtre -, le bord extérieur des pennes des 
ailes de même , avec une bande d'un 
jaune - foible , & non d'un beau citron 

(k) T. Klein. Ordo Avium, page 93. 

(l } Cardiieli con^ener , rofiro fa/ciola croceâ cir- 
cumdato, Aldrovande, 0/7/ zV/zo/. tome 1 1, page 801— 
803. Willughby, Ornithol. page 189. 

Carduelis nigra iêierocephalos , G , h chardonne- 
ret noir à tête jaune. Bnjjon, tome UI, page 61* 



du Chardonneret. 291 

comme dans le chardonneret \ le reile 
des pennes noir, varié de blanc*, celles 
de la queue noires , la plus extérieure 
bordée de blanc à Tintérieur , le ventre 
d'un cendré-brun. 

Ce n'eft point ici une altération de 
couleur produite par Tétat de captivité : 
Toileau avoit été pris dans les environs de 
Ferrare, & envoyé à Aldrovande. 

IX. Le Chardonneret métis fm). 
On a vu beaucoup de ces métis : il ieroit 
infini & encore plus inutile d'en donner 
ici toutes les defcriptions. Ce qu'on peut 
dire en général, c'eft qu'ils reirembîent 
plus au père par les extrémités , & à la 
mère par le refte du corps, comme cela 
a lieu dans les mulets des quadrupèdes* 
Ce n'eft pas que je regarde abfolument 
ces métis comme de vrais mulets *, leâ 
mulets viennent de deux efpèces difFé- 
rentes , quoique voifines , & font pref- 

(m) The Canarle-gold-finch , chardonneret qui 
tient du ferin des Canaries. Albin , tome 11 1^ 
n." 70. 

Carduelis hyhrida ,Ji, le chardonneret mulet* 
Brijfon, tome III , page 62. 

N i) 



2^1 HiJIolre Naturelle 

que toujours ftérilcs *, au lieu que les 
métis réfultant de raccouplcment de 
deux efpèces granivores , tels que les 
ferins , chardonnerets , verdiers , tarins , 
bruans , linottes , font féconds & fe re- 
produifent allez facilement , coinme on 
îe voit tous les jours. Il pourroit donc fe 
faire que ce qu'on appelle différentes 
elpèces parmi les granivores ne fuflent 
en effet que des races diverfes , apparte- 
nant à la même efpèce , & que leurs mê«- 
langes ne fuff^ent réellement que des 
croïièmens de races , dont le produit eft 
perfectionné 5 comme il arrive ordinai- 
rement (nj : on remarque en effet que 
îes métis font plus grands, plus forts, 
qu'ils ont la voix plus fonore , &c. mais 
ce ne font ici que des vues 5 pour con- 
clure quelque chofe, il faudroit que des 
amateurs s'occupafl^ent de ces expérien- 
ces, & les fiîiviffrent jufqu'oû elles peu- 
vent aller. Ce que Ton peut prédire , 
c'eft que plus on s'occupera des oifeaux , 
de leur multiplication, du mélange, ou 

fnj Fbj'e^ rHiftoire Naturelle j généraîe*& par- 
ticulière 5 îvm ê I V > pa'^e 216, 



du Chardonneret. 295 

plutôt du croifement des races dîverfes > 
plus on multipliera les prétendues erpcces. 
On commence déjà à trouver 5 dans les 
campagnes, des oifeaux qui ne reflem-- 
blent à aucune des efpèces connues. J'en 
donnerai un exemple à Tarticle du tarin. 
Le métis d'Albin provenoit d'un mâle 
chardonneret élevé à la brochette , & 
d'une femelle canari -, il avoit la tête , le 
dos & les ailes du chardonneret , mais 
d'une teinte plus foible \ le deffous du 
corps & les pennes de la queue jaunes , 
celles-ci terminées de blanc. J'en ai vu 
qui avoient la tête & la gorge orangée , 
il fembloit que le rouge du mâle fe fiît 
mêlé, fondu avec le jaune de la femelle. 




Niij 



2 94 HiJIoire Naturelle. 
LE CHARDONNERET 

JL QUATRE HAIES (û). 

Ce qu'il y a de plus remarqnabî'è 
dans cet oifeau, ce font fes ailes, dont 
la bafe eft roufîe ^ & qui ont outre cela 
quatre raies tranfverlâles de diverfes 
couleurs dans cet ordre, noir, roux^ 
noir 5 blanc *, la tèt^ & tout le deffus du 
corps 5 jufqu'au bout de la queue, eft 
d'un cendré-obfcur , les pennes des ailes 
font- noirâtres •, la poitrine roufle \ la 
gorge blanche-, le ventre blanchâtre & 
le bec brun. Ce chardonneret fc trouve 
dans les contrées qui font à Toueft du 
golfe de Bothnie , aux environs de Lulhéa» 

(a) Frin^illa fitfca ; pe&ore^ alammque baji-rufîs ; 
alis nigris macula riifâ. Rudb. Pi&. Carduelis Lulenjis, 
Linn. Faiin, Suce, n.- 197, page 75. 

Frinoilla fufca , pe&ore humeiifque rufis , alis nigris 
macula ru fâ, Lulenfis. Linnseus , Syft. JS'at. éd. X, 
G. 98, Sp. 4, page 180.^ 

Carduelis Suecica, charaonneret de Suéde. Bnjr 
fon, tome 111, page 63, 



295 
OISEAUX ÉTRANGERS 

Qui ont rapport au CHARDONNBRhT* 

1. 

LE CHARDONNERET FERT 

ou LE MARACAXAO (a). 

XSXm Edwards qui, le premier, a ob- 
fervé & décrit cet oifeau , donne ia 
figure du mâle dt^mit d'après ie vivant, 

(a) The green gold-fiuch y îe chardonneret vert. 
Edwards y pi. 128, 272; & dans ies Avertliremens 
du tome L 

Fringilla facie caudâque Tubris ; ab domine albo ni- 
groque iwdato y doifo viiidi, Melba. Linna^us, Syfi. 
Nat. G. 98, Sp. X. Je ne fais pourquoi ce Natura- 
îifte dit que le chardonneret vert fe trouve à îa 
Chine , M. Edwards dit poiitivement qu^ii le 
trouve au Bréfil. 

Cardueli affiins viridis Edw'avdi, Linnaeus , Ibid, 

Cardudis fu peine viridi - flaviciws y înfernè alba , 
fnpzo tViwPi^ersïm firiata ; capitt anttrioie 6* gutfure 
coccineis ; pe&ore viridL-olivaceo ; re/^ricibus fiiperiiè 
coccineis , pubnis cinereis. . , . Cardueli s viridis, le 
chardonneret vert. Bri^on , tome VI, Supplément: 
page 70. ^ ? 

N iv 



^9^ Hi/Ioire Naturelle 

planche 2y2 ; Sl celle de la femelle deF- 
finée d'après le mort ^^ planche 12S, De 
plus , il nous apprend , dans une addition 
qu'il a mife à la tête de fon premii^r 
volume 5 que ceft un oifeau du Bréfil. 

Le mâle a le bec 5 la gorge & la 
partie antérieure de la tête d'un rouge 
plus ou moins vif, excepté un petit 
efpace entre le bec & l'œil qui eft 
bleuâtre*, le derrière de la tête, du cou 
& le dos , d'un vert- jaunâtre , les cou- 
vertures fupérieures des ailes & les 
pennes moyennes verdâtres , bordées de 
rouge 5 les grandes pennes prefque noires *, 
la queue & fes couvertures fupérieures 
d'un rouge-vif-, les couvertures infé- 
rieures d'un gris-cendré *, tout le deflous 
du corps rayé tranfverfalement de brun , 
fur un fond qui eft vert-d'olive à la 
poitrine, & qui va toujours s'éclaircif- 
fant , jufqu'à devenir tout-à-falt blanc 
fous le ventre. Cet oifeau eft de la 
grolTeur de nos chardonnerets*, il a le 
htc fait de même & les pieds gris. 

La femelle diffère du mâle en ce 
qu'elle a le bec d'un jaune-clair *, le 
tieffus de la ûiiè & du cou cendré \ la 



des Oifeaux étrangers, ic^y 

bafe des ailes & le croupion d'un vert- 
jaunâtre 5 comme le dos , fans aucune 
teinte de rouge -, les pennes de la queue 
brunes bordées en dehors d'un rouge 
vineux-, les couvertures inférieures blan-. 
elles 5 &: les pieds couleur de chair. 

I I. 

» LE CHARDONNERET JAUNE (b). 

Tous CEUX qui ont parlé de c^t oi=- 
feau, fe font accordés a lui donner le 
nom de chardonneret d'Amérique -, mais 
pour que cette dénomination fût bonne , 



* V^jyo-x les planches enluminées, 77.^ 202, 
%. 2 , où cet oifeau eil repréfenté fous îe nom de 
chardouiiereî du Canada. 

(h) The Jmerican gold-finch^ îe chardonneret 
d'Amérique. Catesby , page 43. Edwards, pi. 274, 

FruiplUiy cardmlis Aniericana, Gelbtr diflcl~finck<* 
Klein, Ordo Jpium, §. 45, page 97. 

Friiigilla flaira fronte nu^râ, alis fufiis ; fnuf^illa 
trlftis. Linnaeus, Syft. Nai. éd. X, (3. 98, Sp. 14, 

Cardiidis lutza : vertke nigio ; tceniâ traiifpcrpi in 
alis candidâ ; remigibus , re&ncibnfque nigris ; mina- 
mm ramigum oris exterioribiis & in apice albis. . . , 
Cardf/elis Americana , le ch:trdonncret d'Arnériqu^.* 
BiijVjn , tome lll, page 6^. 

ISI y 



298 Hijloire Naturelle 

il faiidroit que l'oifcau à qui on la ap- 
pliqué 5 fût ie feiil chardonneret qui 
exiftut dans tout le continent du nou- 
veau monde*, & non-feulement cela eft 
difficile à fuppofer, mais cela eft dé- 
menti par le fait mêm.e , puifque le 
chardonneret de l'article précédent eft 
auffi d'Amxérique. J'ai donc cru devoir 
changer cette dénomination trop vague 
en une autre qui annonçât ce qu'il y a 
de plus remarquable dans le plumage de 
Toifeau. Le chardonneret jaune a le bec 
à très-peu-prcs de même forme & de 
même couleur que notre chardonneret > 
le fi'ont noir , ce qui eft propre au mâle > 
le refte de la tête , le cou , le dos & la 
poitrine d\in jaune éclatant , les cuiiles ^ 
le bas-ventre , les couvertures fupérieures^ 
& inférieures de la queue d un blanc- 
jaunâtre ', les petites couvertures des ailes 
jaunes à l'extérieur 5 blanchâtres à Tinté- 
rieur 5 & terminées de blanc, les grandes 
couvertures noires & terminées d'un blanc 
légèrement nuancé de brun , ce qui 
forme deux raies tranfverfales bien mar- 
quées fur les ailes qui font noires, les 
j ciiiies moyennes terminées de blanc ; 



des Oifeaux étrangers. 299 

c'elles qui avoilinent le dos &: leurs cou- 
vertures bordées de Jaunes*, les pennes 
de la queue, au nombre de douze , égales 
entr'elles , noires delTus , cendrées deiious ', 
les latérales blanches à l'intérieur vers 
ie bout 5 le bec & les pieds couleur de 
chair. 

La femelle diffère du mâle en ce 
qu'elle n'a pas le front noir , mais d un 
vert-olive 5 ainii que tout le deiius du 
corps 5 & en ce que le jaune du croupion 
& du deflous du corps eft moins bril- 
lant, le noir des ailes moins foncé, & 
au contraire les raies tranfverfales m^oins 
claires \ enfin en ce qu'elle a le ventre 
tout blanc, ainfi que les couvertures in- 
férieures de la queue. 

Le jeune mâle ne diffère de la femelle 
que par fon front noir. 

La femiclle obfervée par M. Edwards > 
étoit feul dans fa cage 5 & cependant 
elle pondit, au mois d'août 1755, un 
petit œuf gris-de-perlc 5 fans aucune ta- 
che*, mais ce"c|iii mérite plus d'attention , 
c'ePi que M. Edwards ajoute que conf- 
tamment cette femelle a mu-é deux fois 

N vj 



3 00 Ei/Ioire Naturelle 

-par an , favoir , aux mois de^ mars & de 
Septembre. Pendant l'hiver , fon corps 
étoit tout'à-fait brun, m^ais la tête, les 
ailes & la queue confervoient la même 
couleur qu'en été*, le mâle étant mort 
trop tôt, on n'a pu fuivre cette obfer- 
vation dir lui*, mais il eft plus que vrai- 
femblable qu'il auroit mué deux fois 
comme fa femelle, & comme les ben- 
galis 5 les veuves , le miniftre & beau- 
coup d'autres efpcces des pays chauds. 

L'individu obfervé par M. Briffon, 
avoit le ventre, les flancs, les couver- 
tures inférieures de la queue & des ailes 
du même jaune que le refte du corps y 
ïes couvertures fupérieures de la queue 
d ïin gris-blanc ', le bec , les pieds & les 
ongles Hancs *, mais la plupart de ces 
diftérences peuvent venir des difîérens états 
oii l'oifeau a été obfervé. M. Edwards l'a 
deffiné vivant -, il paroît auffi qu'il étoit 
plus grand que celui de M. Briiîon. 

Catefby nous apprend qu'il eft fort 
rare à la Caroline, moins à la Virginie, & 
très-commun à la nouvelle Yorclc, celui 
qui eft repréfenté dans nos planches 



des Oifeanx étrangers. 3 o £ 

enluminées , venoit du Canada , ou le 
P. Charlevoix a vu plus d'un individu 
de la même efpèce (cj. 

Longueur totale ^ quatre pouces un tiers , 
bec 5 cinq à lîx lignes*, tarfe de même; 
vol 5 fept pouces un quart -, queue , dix- 
huit lignes 5 coiiipofée de douze pennes 
égales 5 dépalTe les ailes de fix lignes. 

(c) Nouvelle France, tome IIÎ, page 156, 




3©i Hiflolre Naturelle 

wA^^. ■■ ... ..- ■ ■■ ■ 

""LE SIZERIN(^)^ 

iVl.» Brisson appelle cet oifeaii petite 
linotte de vignes. Je ne lui conferve 
point le nom de linotte 5 parce qu'il me 

'•■' Foyei les pîancbes eniuminées , 11.^ i^i^fig,2^ 

(a) Linaria ruera ; Itaiis , circa Verbanum lacum 
(majorem dittiim) Fïneit, hchetiis fchojjlrk ; Germa.- 
nis, flock - henfling ; NorimbergcC, tfchuafchtrle, 
Gefner, de Ai^-ihus , page 591. 

Linaria ruhra , &c. Gefneri. Aidrovande^ Cr//i- 
t/iolog. tome III, page 825. 

Linaria ruhra Gefneri , the r^d-headed liueL Char- 
îcton, page 88. 

Linaria ruhra minor, the lejjcr red-headsd linet, 
Wiilughby , page 191. 

Ray, Syhopf.Avimn y page 91 , comme Willughby. 

Linaria vertict rubro : Germi^nis, der roth-plattige- 
hanfling , 7itxchtrlcin , xiferevicheu , meer - leislein 
( cela me feroit croire que cet oifeaii eft le fanelh 
marino d'Aldrovande). Frifi/i, tome I, cl. i^ 
div. III, pî. II, ou n.^ 10, ait. 4. 

Linaria rubra minor Willughbeii .... das Sc/ijvarti 
haertchen ; roth-plattiger-henfling! . . • Frijchii. Pruffis, 
tfchetike, Y^lQin^ Ordo Aviinn , page 93, §. 43, 
n/^ III. 

Querula y qnod lu&iiGsè daniitet ; A]yiùBoç Jrijîou 
Peuc. Linaria rubra Gefneri ; Sains Ga^^ ; linaria 
tinerea truncalis , grifola Nonn. fa GridareJ. Sile- 
iiis^ loetfcherlin , todten pogel ^ rnftiçis Sil^f^e , M eu fi 



du Sizerln. 303 

fcmble nvoir plus de rapport avec le 
tarin , & que d'ailleurs fon ramage efl 
fort inférieur à celui de la linotte. Gef- 
ner dit qu'on lui a donné le nom de 
tfchet'J chérie :, d'après fon cri qui eft fort 
aigu^ il ajoute qu'il ne paroît guère que 
tous les cinq ou tous les fept ans (h)^ comme 

vogeL Schwenckfeld , Aviar. Sikf, page 344. 

L'uiaiia ruera minor IVillughbeiL Rzaczynski , 
auHuar, Pol. page 391. 

Fiingilla remi gibus, reMfidhufqm fufcis ^ margînt 
ohfohlè pallido , litiirâ alavum dhidà, Liuaria ruhra 
Gefueri , &c. Suecis Graofiska. Linnseus , Faiiua 
Sitec, n.^ 210. Syfi. Nat. éd. X , G. 98, Sp. 23, 
page 182. 

Le fizin ou petit chêne de M. ie dodeut 
Lottmger. 

Pajffèr fnperuè. fufco & g^'ifio riiftfcznte vanus , 
infernè alùo rufcfceus ; maculis roflri/m imiter & ociilos, 
& fub guttiire fnjcis frertice & fc&ore ruhris , Mas); 
f yertice riihro , fœmiuâ ) tceniâ duplici in alvs tranf- 
verfà , albo nifefceinc ; re&ricièus fitfcis ; oris in utroahe 
latere grifio albicannhiis, , . . Linaria ruhra minpr , 
la petite linotte de v)gnes. BriJJon , tome IH^ 
page 138. 

(b) Tout ce qui n'eil: point ordinaire , produit 
des erreurs encore plus extraordinaires. Les uns ont 
dit que l'apparition des troupes nombreufes de 
lizerins annonçoit la pefte ; d'autres que ce n'etoit 
autre chofe que des rats qui fe métamorphofoient 
«n oifeaux avant i'iiiver ^ ^ qui reprenoient leur 



304 Hijîoire Naturelle 

lesjafeursde Bohème, & qu'il arrive en 
très-grandes troupes. On voit ^ par le témoi- 
gnage des Voyageurs qu'il pouffe quel- 
quefois fes excurfions jufqu'au Groen- 
land (^cj. M. Frifch nous apprend qu'en 
Allemagne , il paffe en oàobre & en 
novembre, & qu'il repaffe en février. 

J'ai dit qu'il tenoit plus du tarin que 
de la linotte 5 cétoit l'avis de Gefner fdjj 



forme de rat au printemps : on expïiquoit ainfî 
pourquoi ii n'^en paroît jamais l'été. î^oy, Schweiick' 
fild, page 344. 

fc) << Ii vient Pété au Groenland un autre 
» oifeau qui approche de la iinotte , quoiqu'il foit 
*î plus petit; on le diftingue à la tête, qui eil: en 
>» partie d'un rouge de lang; on peut i'apprivoifer 
^5 & le nourrir de gruau pendant l'hiver. . . . iï 
» en vient quelquefois des vols entiers à bord des 
n vaiiTeaux comme un nuage pouffe par les vents, 
n k quatre-vingts & cent lieues de la terre. Il a 
jî un chant très- agréable. Continuation de l'Hijloire 
des Voyages , tome I , page 42. >» Seroit - ce les 
Blêmes oifeaux que l'on nourrit à la Chine dans 
des cages pour les faire combattre ? « Ces oifeaux 
n reffemblent, dit- on, aux linottes; &, comme ils 
>» font grands voyageurs , il fer oit moins furpre- 
nant de les trouver dans un pays ii éloigné. » 
JNai^arette, page 40. 

fdj Magniùidine ^ figi^i'à rojîri ad ligurinum 
accedit ; colore dlfferu De Jvibiis , page 591. 



du Si:^erin. 305 

& c'cfl celui de M. le dodenr Lottiii- 
gcr, qui connoît bien ces petits oifeaux. 
M. Frifch va plus loin, car, félon lui, le 
tarin peut fervir dappeau pour attirer 
les fizerins dans les pièges au temps du 
paffage, & ces deux efpèces fe mêlent 
& produifent enfemble. Aldrovande a 
trouvé au fizerin beaucoup de reffem- 
blance avec le chardonneret , & Ton fait 
qu'un chardonneret approche fort d'un 
tarin qui auroit du rouge fur la tête. 
Un Oiieieur qui a beaucoup de pratique 
& peu de lefture , m'a affuré , en voyant 
la figure enluminée du iîzerin , qu'il 
avoit pris plufi eu rs fois des oifeaux fem- 
blables à celui-là pêle-mêle avec des 
tarins auxquels ils reffembloicnt fort, 
mais for-tout les femelles aux femelles", 
feulement elles ont le plumage plus 
rembruni & la queue plus courte. Enfin 
M. Linnasus remarque que ces oifeaux 
fe plaifent dans les lieux plantés d'aunes, 
& Schwenckfeid met la graine d'aune 
parmi celles dont ils font friands*, or, 
on fait que les tarins aiment beaucoup la 
graine de cet arbre, ce qui eft un nou- 
veau trait de conformité entre ces deux 



5 06 Hijloire Naturelle 

efpèccs: d'ailleurs les fizerins ne mangent 
point de navette comme la linotte , mais 
bien du chenevis, de la graine d'ortie 
grieche , de chardons , de lin , de pavots, 
les boutons des jeunes branches de 
chêne 5 &c. ils fe mêlent volontiers aux 
autres oifeaux \ Thiver eft la faifon où ils 
font le plus familiers \ on les approche 
alors de très-près (ans IJfe effaroucher (^e); 
en général 5 ils font peu défians & fc pren- 
nent facilement aux gluaux. 

Le fizerin fréquente les bois , il fe 
tient fouvent fur les chênes, y grimpe 
comme les méfanges, & s'accroche comme 
elles à l'extrémité des petites branches : 
c'eft.de-là que lui eft venu probablement 
le nom de linarîa trunca/isj & peut-être 
celui du petit chêne. ^ 

Les fizerins prennent beaucoup de 
graille & font un fort bon manger , 
Schwenckfeld dit qu'ils ont un jabot 
comme les poules , indépendamment de 



(ej Ces obfervations font de M. Lottinger. 
Sclnvenckfeld rapporte qu'on prie une quantité 
prodigieufe de fizerins au commencement ifi 
i'feiver de l^an 1602. 



du Si^erin. 307 

îa petite poche formée par la dilatation 
de rœfophage , avant fon infertion dans 
le géfier-, ce géiier eft mufculeux comme 
dans tous les granivores, & Ton y trouve 
beaucoup de petits cailloux. 

Le mâle a la poitrine & le fommet 
de la tète rouges > deux raies blanches 
tranfverfales fur les ailes > le refte de la 
tête & tout le defliis du corps rniîé dç 
brun & de roux-clair; la gorge brune*, 
le ventre & les couvertures inférieures 
de la queue & des ailes d'un blanc-rouf- 
fâtre -, leurs pennes brunes bordées tout 
autour d'une couleur plus claire *, le bec 
jaunâtre, mais brun vers la pointe*, les 
pieds bruns. Les individus obfervés par 
Schwenckfeld avoit le dos cendré. 

La femelle n'a du rouge que fur 1$. 
tête, encore eft-il moins vif. M. Linnxus 
le lui rcfufe tout-à-fait *, mais peut-être 
que la femelle qu'il a examinée avoit été 
long-temps en cage. 

Klein raconte qu'ayant éledrifé au 
printemps un de ces oifeaux avec un 
chardonneret , fans leur caufer d'incom- 
modité apparente , ils moururent tous 
deux au mois d'octobre fuivant, & tous 



3o8 Hijîoire Naturelle. 

deux îa même nuit: mais ce qui eil: à 
obferver, c'eft que tous deux avoient 
entièrement perdu leur rouge. 

Longueur totale, cinq pouces &plus', 
vol 5 huit pouces & demi , bec 5 cinq à 
jfîx lignes *, queue , deux pouces un quart; 
elle eft un peu fourchue 5 compofée de 
douze pennes , & elle dépaffe ks ailes de 
plus d un pouce. 




309 

* LE TARIN (a). 

IJE TOUS LES GRANIVORES, le chardon- 
neret eft celui qui paiîe pour avoir ie plus 
de rapport au tarin , tous deux ont ie bec 



^ Voyci les planches enîuminées , //.° 485 , fig. 3. 

(aj Acanthis avicula , fpinus & ligurinus Ga^ce j, 
Jcauthilis Theodori, Leucanis Niphi ^ Acalainhis Syl- 
vatià. Siculis, legora ; Itaiis, lugaro , lugariuo , lego- 
rin . luganello uiide iigurinus y ^^^^'^o'^ty'-Jpov T^ç(poùv'nç, 
Gallis jfieniclefirin, caiiiu , cinit, Germanis,^//;5/e, 
infel y xyfde, lyfclitu, leyfîch, engelc/ien ; Lovanien- 
fibus, gaehogel ; Fvïïiis ^ fifgen ; Polonis, c^iieck ; 
lilyriis, ciijl ; Turcis, utlugau ; Fatalyz, ajîlavados , 
amaflorochoi Avicewm (p^r corruptiun); Anglis, 
a Jiskin. Gefaer, Ji^, page i. 

jonfton, A^\ pi. XLiii. 

Spiniis j lignrimis , acanthis , &c. Aîdrovande, 
OrnithoL tome il, page 807 & fuiv, 

Xtstivqç AK,iv9/ç ; fpinus feu liguriiiiH Aidrovaudi, 
a fiskiii. Willugbby, OrnithoL/p^ge 192. 

Ray, Synopjïs av. page 91,^^5. 

©ffitutirk _, thraiipis , tarin , d/aprés fon cri. J?e/o//^ 
Kat. des oifeaux , /?.'î^2 355. M. BiiiTon & d'autres 
ont cru que le tarin de Bélon n'étoit autre chofe 
que le ferin d'Italie ; mais Bélon lui-même com- 
pare ces deux oifeaux 5 ^ fait remarquer leur 
^ifiercnce. 



3 I Q HiJIoire Naturelle 

alongéjun peu grêle vers la pointe*^ tous 
deux 0nt les mœurs douces Je naturel do- 
cile & les mouvemens vifs. Quelques Na- 



Lucarino > lecora , ligur'wus. Oiina. Uccelleria , 
page 17. 

Liiteola germanica, X^^f^^ Ebeii b' Peuceri, feri" 
nus quafî fyreii , feri s » citrina, x^fda y xeif^eu , \zysh, 
'{ijlh. Siiefiis, leyfich, ^eifeL Schwenckfeld , Jv, 
^/7£/: p'cige !297. 

Spiniis ligunnus Ga^a. Serinus Schwevckfeldi , &c, 
Polonis , cj^ ; in Prufïîa, lieske. Rzaczynski. j4u&. 
Pol. page 420. 

Splnus ligimims , malè luteola y bfc. Cbarleton j 
Exercit. page 87. 

Linaria i^iridis , Germanis der gruene haiiffing : 
leiileiii , xk^ng, Frifch , tome I , ci. i , div. 3 , 
pL m, ou n.^ 11, art. 5. 

Linaria viridis Frifchiiy the haiiey-hird y ahada- 
piney verdier* Albin, towie UT, //.° lxxfi. 

Linaria viridis Frifchii; citrinella WilL vercellinù 
Olinay page 15 (c'eft le ferin). Anglis, t/ie aberdu- 
vin or fiskin, Germanis, Gruenner fc/iwarti platiignr 
benffing. Klein. Ordo Avium, page 94, n.'^ vi. 

Tarin y carduelis uirefcens, capite & alis nigris * 
ligurinns fen fiinus Jonfionii ; en Catalan , llucareu 
Barrére , OruithoLfpmmtn, G. 31 , Sp. 2 , p^ge 57. 

Fringilla remigilus mcdio lutds y primis quatuor 
immaculatis ; rectricibus duabus extimis , reliquifque 
ûpice albis, Spinus ; Suecis, Siska, Groenfiska. Lin- 
liaeus, Fauna Suec. n,^ 203. 

Fringilla remigihus medio luteis y primis quatuor 



du Tarin. j i i 

tiin^-Iiftes frappés de ces traits de relTem- 
blance , & de la grande analogie de 
nature qui fe trouve entre ces oifeaux 
puifqu'ils s'apparient & produifent en- 
Temble des métis féconds, les ont regardés 
comme deux efpcces voiiines apparte- 
nantes au même genre (bj ; on pourroit 
même, fous ce dernier point de vue, 
les rapporter avec tous nos granivores, 
comme autant de variétés ou ii Ton veut 
de races confiantes , à une feule & même 
efpèce 5 puifque tous fe mêlent & pro- 



immaculatis ; rediriclbus hafi flauis apice nigris, Spiniis, 
Linnaeus. Syfl. nat. éd. X, page i8i , G. 98, 
Sp. 19. 

The fiskiu , acauthis , &c. Ge/lieri, British zoo- 
iogy. Birds , page 109. 

Spinus feu liguriuus , lucherino Ornithol. ItaL 

F^' 361. 

Carduelis fupernè virldi olivaceo flai^efcens , infernè 
caiidicaus j lutco admixto ; pe&ore citrino ; verticc 
jiigro ; foris peunanim grifeis in feminâj r2dtricibus 
latèrdibus luteis , apice nigricantibus., extimâ, uLtimâ 
medietate , exteriùs nigricante. . . . Liguriuus , ie 
tarin. Brifjou , tome 111, page 6^, 

Lucre y en « rovence. 

En François j tarin , terin , félon quelques-uns, & 
même drin, 

fi/J M." Barrère & BrifTon , aux endroits cités. 



312 Hijloire Naturelle 

duifent enfemble des individus féconds. 
Mais cette analogie fondamentale entre 
ces races diverfes , doit nous rendre 
plus attentifs a remarquer leurs diffé- 
rences 5 afin de pouvoir reconnoître re- 
tendue des limites dans lefquelles la 
Nature femble fe jouer, & qu'il faut 
avoir mefurées, ou du moins eftimées 
par approximation , avant d'ofer détermi- 
ner ridentité des efpèces. 

Le tarin eft plus petit que le char- 
donneret*, il a le bec un peu plus court 
à proportion , & fon plumage eft tout 
différent -, il n'a point de rouge fur la 
tète y mais du noir, la gorge brune*, le 
devant du cou , la poitrine & les pennes 
latérales de la queue jaunes*, le ventre 
blanc-jaunâtre*, le deflus du corps d'un 
vert-d'olive moucheté de noir, qui prend 
une teinte de jaune fur le croupion, 8c 
plus encore fur les couvertures fupé- 
rieures de la queue. 

A l'égard des qualités plus intérieures 
& qui dépendent immédiatement de 
l'organifation ou de l'inftinâ:, les diffé- 
rences font encore plus grandes. Le tarin 
a un chant qui lui eft particvilicr ^ & qui ne 

vaut 



du Tarin. 313 

l^aut pas celui du chardonneret, H recher- 
che beaucoup la graine de Taune à la- 
quelle le chardonneret ne touche point, 
& il ne lui difpute guère celle de char- 
don -, il grimpe le long des branches & 
fc fufpend à leur extrémité comme la 
méfange *, en forte qu'on pourroit le 
regarder comme une efpèce moyenne 
entre la mélange & le chardonneret : de 
plus 5 il eft oifeau de paffage , & , dans 
fes migrations , il a le vol fort élevé , on 
Tentend plutôt qu'on ne l'aperçoit -, au 
lieu que le chardonneret refte toute 
Tannée dans nos pays & ne vole jamais bien 
haut : enfin Ton ne voit pas ces deux rac^s 
faire volontairement fociété entre elles. 

Le tarin apprend à faire aller la ga- 
lère comme le chardonneret, il n'a pas 
moins de docilité que lui,&5 quoique 
moins agifîant 5 il eft plus vif à certains 
égards, & vif par gaieté : toujours éveillé 
le premfer dans la volière , il eft aullî le 
premier à gazouiller & à mettre les 
autres en train (cj; mais, comme il ne 
I — 11 ^ 

fc) Les Oifeieurs l'appellent vulgairement boutz^ 
tu~tra'm. 

Oifcaux j Tome Vlh O 



3 1 4 Hljloire Naturelle 

cherche point à nuire , il eft fans défiance 
& donne dans tous les pièges , gluaux, 
trébuchets, filets, &c. on Tapprivoife 
plus facilement qu'aucun autre oifeau 
pris dans Tâge adulte;, il ne faut pour 
cela que lui préfenter habituellement 
dans la main une nourriture mieux 
choilîe que celle qu'il a à fa difpofition, 
& bientôt il fera auffi apprivofé que le 
ferin le plus familier : on peut même 
Taccoutum.er à venir fe pofer fur la main 
au bruit d'une fonnette: il ne s'agit que 
de la faire fonner dans les commence- 
mens, chaque fois qu'on lui donne à 
manger , car la mécanique fubtile de 
Taflociation des perceptions a auffi lieu 
chez les animaux. Quoique le tarin fem- 
Lle choifir avec foin fa nourriture , il ne 
laiife pas de manger beaucoup , & les 
perceptions, qui tiennent de la gourman- 
âife , paroiiTent avoir une grande influence 
fur lui ', cependant ce n'eft point là fa 
paffion dominante , ou du moins elle eft 
fubordonnée à une paffion plus noble: il 
fe hit toujours un ami dans la volière 
parmi ceux de fon efpèce, & à leur dé- 
faut parmi d'autres efpèces, il fe charge 



du Tarin. 3 i j 

de nourrir cet ami comme fon enfant & 
de lui donner la bcquée*, il eft affez fin- 
gulîcr que , Tentant fi vivement le befoiii 
de confommer, il fente encore plus vive- 
ment le befoin de donner. Au refte , ii 
boit autant qu'il mange , ou du moins il 
boit très- fouvent (djj, mais il fe baigne 
peu : on a obfervé qu il entre rarement 
dans l'eau 5, mais qu'il fe met fur le bord 
de la baignoire 5 & qu'il y plonge feule-» 
ment le bec & la poitrine fans faire beau-» 
coup de mouvement (e)jy excepté peut- 
être dans les grandes chaleurs. 

On prétend qu'il niche dans les îles 
du Rhin , en Franche-comté , en Suiffe , 
en Grèce ^ en Hongrie, & par préférence 
dans les forêts en montagne. Son nid eft 
fort difficile à trouver (fjj & fi difficile 



fd) Auffi les Oifeîeurs en prennent - ils beau- 
coup à l'abreuvoir. 

(e) Obfervé p^r M. Daubenton le jeune. 

(f) « Nos Oifeieurs OrléaRois,dit iVT. Saferne, 
pag^ 288 , conviennent qu'il eil comme inouï u 
que quelqu'un ait découvert ie nid du tarin ; u 
cependant ils préfument qu'il en relie quelqiîes- u 
uns dans le pays, qui font leur nid le long du « 
loiret, dcins.ies aunes, où ils fe plailent beau- u 

Oïl 



5 I (î Hijîoire Naturelle 

que c'eft une opinion reçue , parmi le 
peuple , que ces petits oifeaux favent le 
rendre invilîble par le moyen d une cer- 
taine pierre-, auflî perfonne ne nous a 
donné de détails fur la ponte des tarins. 
M. Frifeh dit qu'ils font ou plutôt qu'ils 
cachent leur nid dans des trous : M. Cra~ 
mer croit qu'ils les cachent dans les 
feuilles, & que c'eft la raifon pourquoi 
on n'en trouve point : mais on fent bien 
que cela n'eft pas applicable à la plupart 

f» coup, d'autant pîus qu'iïs en prennent queîque- 
9} fois aux giuaux ou au trébuchet qui font encore 
» tous jeunes. M. Coïombeau m'a aflfuré en avoir 
*♦ trouvé un nid où ii ,y avoit cinq œufs à la blan- 
chi iTerie de M. Héry de la Salle. »» Salerne , 
Uiftoire Naturelle des Oifeaux, page 288. M. Kra- 
mer aflure qite l'on voit dans les forêts qui bordent 
îe Danube des milliers de jeunes tarins, qui n'ont 
pas encore quitté leurs premières plumes , & que 
cependant il efl très-rare d'en trouver dans le nid. 
Un jour qu'il herborifoit dans ces forêts avec un de 
fes amis, vers le 15 de juin, ils virent tous deux 
vm mâle & une femelle tarin aller fouvent fur un 
aune , le bec plein de nourriture , comme pour 
donner la béquée à leurs petits ; ils les virent autant 
de fois s'éloigner de ce même aibre , n'ayant plus 
rien dans le bec, pour y revenir encore; ayant 
cherché avec tout le foin poffible , ils ne purent 
ni trouver ni même entendre ks petits. EUnakus 
Jkjîri^ iiijpriqm, page 566. 



du Tarin. 3 i 7 

de nos provinces , autrement fl faiidroit 
que les tarins eux-mêmes demeuraffent 
auiïi cachés tout l'été dans les iilêmes 
trous 5 puifqu'on n'y en voit jamais dans 
cette faifon. 

Si Ton vouloit prendre une idée de 
îeurs procédés dans les diverfes opéra- 
tions qui ont rapport à la multiplication 
de refpèce, il n'y auroit qu'^à les faire 
nicher dans une chambre -, cela cft po(^ 
fible 5 quoiqu'on l'ait tenté plufieurs fois 
fans Çucchs \ mais il eft plus ordinaire & 
plus aifé de croifer cette race avec celle 
des ferins -, il y a une fympathie marquée 
entre ces deux races 5 au point que fi on 
iâche un tarin dans un endroit ou il y ait 
des canaris en volière, il ira droit à eux, 
s'en approchera autant qu'il fera pofïibie , 
& que ceux-ci le rechercheront auffî avec 
empreffement 5 & fi on lâche- dans la 
même chambre un mâle & une femelle 
tarin avec bon- nombre de canaris , ces 
derniers 5 comme on Ta déjà remarqué , 
s'apparieront indifféremment entr'eux & 
avec les tarins (g)j fur-tout avec la 

(g) Le R. P. Bougot, de qui je tiens ces faits, ^ 

O uy 



3 I 8 Hijioire Naturelle 

fenielle^ car le mâlç refte quelquefois 
yacant. 

Lorfqu'un tari;i s'çft apparié avec une 
femelle canari , il partage tous fes travaux 
îivec beaucoup de zèie , il l'aide affidû- 
ment à porter les matériaux du nid & à 
les employer, & ne ceffe de lui dégorger la 
nourriture tandis qu elle couve \ mais, 
malgré toute cette bonne inteiijgenûe ^ il 
faut avouer que la plupart, des œufs 
jeftent clairs. , Ce n'efk point affez. de 
runion des cœur$ pour opérer la féc-on^ | 
dation 5 il faut de plus un certain accord 
dans les tempéramens, & à cet égard le 
tarin eft fort au-deffous de. la fiemeib 
canari/ Le peu de métis qui^roviennîent 
de leur union, tiennerit du père &. de la 
anère. r.ic < 

En Allemagne , le paffage des tarirfs ■ 
commence en oftobre ou même pkis 
tôt 5 ils mangent alors les graines du 



a vu cinq ^-nnées de fuite une femçîîe tarin faire 
^égulièrenieut trois pontes par an avec ie même 
îîiâie canari, de les quatre années fuivantcs faire 
deux pontes par an avec un autre mâle , le pre- 
mier étant mort. 



du Tarin. 5 r 9 

houblon au grand préjudice des proprié- 
taires •, on reconnoît les endroits où ils 
fe font'Wêtés, à la quantité des feuilles 
dont la terre eft jonchée*, ils dîfparoiflent 
tout-à-fait au mois de décembre, & re- 
viennent au mois de février (hj; chez 
nous , ils arrivent au temps de la ven- 
dange 5 & repaffent lorfque les arbres font 
en fleurs •, ils aiment fur-tout la fleur du 
pommier. 

En Provence , ils quittent les bois & 
defcendent des montagnes fur la fin de 
l'automne 5 on en trouve alors des volées 
de deux cens & plus 5 qui fe pofent 
tous fur le même arbre 5 ou ne s'éloi- 
gnent que très-peu. Le paflage dure quinze 
ou vingt Jours, après quoi on nen voit 
prefque plus (^ij. 

Le tarin de Provence diffère du nôtre 
en ce qu'il eft un peu plus grand , & d\ia 
plus beau jaune (kj^ c'eft une petite variété 
de climat. 

Ces oifeaux ne font point rares en 



fhj Frifch, à î^endroit cité. 

(ij Note de M. fe Marquis de Piolenc. 

f Xy Note de M. Guys. 

O iv 



3 20 HiJIoire Naturelle 

Angleterre , comme le croyoit Turner ("Ij; 
on en voit au temps du paffage comme 
ailleurs*, mais il en pafle quelquefois un 
très-grand nombre , & d'autres fois très- 
peu. Les grands paflages ont lieu tous- 
les trois ou quatre ans , on en voit alors 
des nuées que quelques-uns ont cru ap- 
portées par. le vent fwj. 

Le ramage du tarin n'eft point défa- 
gréable 5 quoique fort inférieiir à celui 
du chardonneret 5 qu'il s'approprie , dit- 
on 5 affez facilement -, il s'approprieroit de 
même celui du ferin ^ de la linotte , de 
la fauvette 5 &c. s'il étoit à portée de les 
entendre dès le premier âge. 

Suivant Olina, cet oifedu vit jufqu'à 
dix ans (^nj; lafemelle duR. P. Bougot, 
doht j'ai parlé ci-deffus, eft parvenue à 



(IJ Je dis ceîa fur la foi de Williigbby, page 192. 
Cependant les Auteups de ia Zoologie Britaiiniqut 
avouent qu^ilsn^ont jamais vu cet oifeau dans leur 
pays , d^oû l'on peut conclure légitimement que du 
moins il n'y eft pas commun. 

(m) Olina 5 Ùccellenà , page 17. Myriades in 
Pnifflâ capinntur in areis. Klein, ^û^e 94. 

(n) Ceux qu'on tient à la galère vivent beau- 
coup moins. 



du Tarin. 321 

cet âge*, «nais il faut toujours fe fouvenîr 
que Tes femelles d'oifeaux vivent plus 
que leurs mâles : Au refte 5 les tarins 
font peu fujets aux maladies, iî ce n'eft 
à la gras-fondure , lorfqu'on ne les nour- 
rit que de chenevis. 

Le mâle tarin a le fommet de la ttt^ 
noir 5 le refte du deifus du corps olivâ- 
tre, un peu varié de noirâtre*, le crou- 
pion teinté de jaune*, les petites couver- 
tures fupérieures de la queue tout-à-fait 
jaunes*, les grandes, olivâtres terminées 
de cendré*, quelquefois la gorge brune, 
& même noire (o); les joues, le devant 
du cou , la poitrine & les couvertures in- 



(0) Tous les mâles adultes n'ont pas la gorge 
noire ou brune ; j'en ai tenu qui Favoient à\\ même 
jaune que la poitrine, & qui avoient d'ailleurs 
toutes les marques diftindives du mâle ; j'ai eu 
occafion de voir cette tache noire fe former par 
degrés dans un individu pris au filet ; el!e étoit 
d'abord de îa grolTeur d'un petit pois , eîle s'eft 
ét-endue infenfiblement jufqu'à lix lignes de lon- 
gueur & quatre lignes de largeur dans l'efpace de 
dix-huit mois, & encore h préfent (8 avril) elle 
fembîe continuer de croître & de s'étendre. Ce 
tarin m'a paru plus gros que les autres, &; fa poi- 
trine d'un plus beau jaune. 

o V 



3 2 z Hljtoire Naturelle 

férfeures de ia queue d\m beau Jaune- 
citron -, le ventre blanc -jaunâtre , les 
flancs auffi, mais mouchetés de noir;, 
deux raies tranfverfales olivâtres ou jaunes 
fur les ailes 5 dont les pennes font noirâ- 
tres, bordées extérieurement de vart 
d'olive *, les pennes de la queue jaunes , 
excepté les deux intermédiaires qui font 
noirâtres, bordées de vert d'olive , toutes 
ont la cote noire, le bec a la pointe 
brune , le refte eft blanc & les pieds font 
gris. 

La femelle n'a pas le defTus de la 
tête noir comme le mâle , mais un peu 
varié de gris, 8t elle n'a la gorge ni 
jaune, ni brune, ni noire, mais blanche. 

Longueur totale , quatre pouces trois 
quarts-, bec, cinq lignes*, vol, fept 
pouces deux tiers, queue, vingt -une 
lignes , un peu fourchue , dépaffe les aiie$ 
fept à huit lignes. 

M I I I mi^mmaÊmt^.m t i M I J I I | lll> 

J^A RI ET ES dans Vefptœ 
du TARIN. 

I. On m'apporta l'année paffée , an 
mois de feptembres un oifeau pris au 



t 



du Tarin. 323 

trébuchet, lequel ne pouvoît être qu'un 
métis de tarin & de canari, car il avoit 
le bec de celui-ci , & à peu-près les cou- 
leurs du premier *, il s'étoit fans doute 
échappé de quelque volière. Je n'ai 
point eu occafion de Tentendre chanter 
ni d'en tirer de la race, parce quil eft 
mort au mois de mars fuivant -, mais 
M. Guys nVafllire en général que le 
ramage de ces métis eft très-varié & très- 
agréable^. Le deflus du corps étoit mêlé 
de gris , de brun & d\m peu de jaune- 
olivâtre 5 cette dernière couleur dominoit 
derrière le cou , & étoit prefque pure 
fur le croupion, le devant du cou & la 
poitrine jufqu'aux jambes \ enfin elle 
bordoit toutes les pennes de la queue 
-& des ailes dont le fond étoit noirâtre, 
&: prefque toutes les couvertures fupé- 
rieures des pennes des ailes. 

Longueur totale, quatre pouces un 
quart *, htc , trois lignes & demie *, vol , 
fept pouces & demi , queue , vingt-deux 
lignes, un peu fourchue, dépaffant les 
ailes de neuf lignes *, Tongle poftérîeur 
étoit le plus long de tous. . . l'œfophage, 
deux pouces trois lignes dilaté en forme 

Ovî 



324 Uijîoire N/iturelle 

de petite poehe avant fon infertion dans 
îe géiîer qui étoit mufculeux , & doublé 
d'une membrane cartilagineufe fans adhé- 
rence 5 tube inteftinal , Tept pouces un 
quart 5 une petite véficule de fiel 5 point 
de cœcum. 

Il, Le Tarin de la nouvelle 
YoRCK."^ II fuffit de comparer cet oî- 
feau avec le tarin d'Europe , pour voir 
que ce n'eft qu'une variété de climat, il 
eft un peu plus gros, & a le 'bec un 
peu plus court que le nôtre , il a la ca- 
îotte noire , le jaune de la gorge & de 
la poitrine remonte derrière le cou , & 
form.e une efpèce de collier*, cette même 
couleur borde la plupart des plumes du 
haut du dos , & reparoit encore au bas 
du dos & fur le croupion -, les couver- 
tures fupérieures de la queue font blan- 
ches, les pennes de la queue & des 
ailes font d'un beau noir, bordées & 
terminées de blanc : tout le deiïous du 
corps eft d'un blanc-fale. Comme les 



* l'^oyex les planches enîuminéeSj 11.^ 292 5,^^. Ij 
Je mâle ^jîg^'^y h femeile. 






du Tarin. 3 2 y 

tarins font des oifeaux voyageurs 5 & 
qu'ils ont le vol très-élevé , il peut fe 
faire qu'ils aient franchi les mers qui 
féparent les deux continens du côté du 
nord : il eft polîible auffi qu'on ait porté 
dans TAmérique feptentrionale des tarins 
d'Europe, & qu'en s'y perpétuant , ils 
aient' épi-ouvé quelques changemens dans 
leur plumage. 

III. L'Olivarez. Le de/îiisducorps 
olivâtre *, le défions citron \ la tête noire *, 
les pennes de la queue & des ailes noi- 
râtres, bordées plus ou moins de jaune- 
clair 5 les ailes marquées d'une raie jaune ', 
tout cela reflemble fort à notre tarin & 
à celui de la nouvelle Yorck : il cft de la 
même groffeur & modelé fur les mêmes 
proportions ', on ne peut s'empêcher de 
croire que cVft le même oifeau qui s'é- 
tant répandu depuis peu de temps dans 
ces différens climats n'en a pas encore 
fubi toute l'influence. 

La fem.elle a le fommet de la tête d\ui 
gris-brun, & les joues citron, ainfî que 
ia gorge. 

Ccft un oifeau qui chante très- bien i 



ji6 Hijïoire Naturelle 

& qui furpafîe à cet égard tous les oîfeaux 
de l'Amérique méridionale , on le trouve 
aux environs de Buenos - ayres & du 
détroit de Magellan, dans les bois, qui 
lui offrent un abri contre le froid .& 
les grands vents. Celui qu'a vu M. Corn- 
merfon s'étoit laiffé prendre par le pied 
entre les deux valves d'une moule. 

Il avoit le bec & les pieds cendrés : la 
pupille bleuâtre -, le doigt du milieu uni 
par fa première phalange au doigt exté- 
rieur , le doigt poftérieur le plus gros, & 
fon ongle le plus long de tous , enfin 
il pefoit une once. 

Longueur totale , quatre pouces & 
demi', bec, cinq lignes*, vol, huit pou- 
ces*, queue, vingt-deux lignes, peu four- 
chue, compofée de douze pennes, dé- 
pafle les ailes d'environ un pouce : ces 
ailes n'ont que feize pennes. 

IV. Le Tarin noir ( pj- Comme 

(pj Luteola nigra, ein Schwartier :(eijifig. Schwenck- 
feld, JuL Silef page 297. 

Ligmiims fiiger. A, Le tarin noil. Brijfoii, 
îome 111 j page 6g* 



du Tarin. ^ ij 

îl y a des chardonnerets noîrs à tête 
orangée, il y a aulTi des tarins noirs à 
tête jaune. Schwenckfeld en a vu un de 
cette couleur dans la volière d\in gentil- 
homme de Silélie : tout fon plumage 
étoit noir , à l'exception du fommct de 
la tête qui étoit jaunâtre. 




3 z 8 Hijloire Naturelle 



»'iii!Wli^.l4MW 



OISEAUX ÉTRANGERS 

Qui ont rapport au TARIN. 
I. 

LE C A T O T O L (a). 

On appelle ainfî au Mexique un petit 
oifeau de la tailîe de notre tarin, lequel 
a toute la partie fupérieure variée de 
noirâtre & de fauve > toute la partie infé- 
rieure blanchâtre , & les pieds cendrés : 
il fe tient dans les plaines 5 vit de la graine 
de Farbre que les Mexicains appellent 
hoauhtli^ & cliante fort agréablement. 



( a ) CacatototL Fernandez , Ai^. //o^^ Hifpan» 
cap. 397. 

Carduelis fiiperiiè fiihnigro & fulpo varius , infernè 
/candidiis ; remigibus redtricibufgne fubnis;vis , falvo 
rarlis, . . . Li^nriuus Mexicaïuis niger , tarin noir du 
Mecque, BriJJou, OniiéoL tome 1 II ^ page 71. 



des Oifeaux étrangers. 329 
I I. 
VACATÈCHILI (b). 

Le peu que Ton fait de œt oifeau, 
ne permet pas de le féparer du tarin : il 
eft à-peu-près de la mïme grofleur -, il 
chante comme lui , il vit des mêmes 
nourritures *, il a la tête & tout le delTus 
du corps d un brun-verdâtre \ la gorge 
& tout le deffous du corps dun blanc 
nuancé de jaune. Fernandez lui donne 
le nom d'oifeau fe frottant contre les 
rofeaux *, cela tiendroit-il à quelques-unes 
de fes habitudes ? 



(b) J ^ai formé ce nom de celui à^acatechichi&ll , 
que lui donnent les Mexicains , & qui eil trop diffi- 
cile à prononcer pour ies Européens. Avis confrl- 
caiis Je ad aruiidines. Ferncindez, Hift. Aviam , iiovas. 
lîifpanicey cap. 13. 

Ray, Syiwpjh, page 90, wP 3. 

Carduelis fupcrnè ex fufco virzfcens , inferiiè ex 
albo pallefiens ; nmiglbus rcdtricièujque fufco - i^irefieri* 
tibas. Ligurinus Mexicanus , le tarin du Mexique, 
Bri£bii, tome III, page 70. 



3 3 o Hijîoire Naturelle 



'WB3s^?ess5!^»s!s?sgigs?aBi 



LES TANGARAS. 

On trouve, dans les climats chauds de 
rAmérique , un genre très - nombreux 
d'oifeaux, dont quelques-uns s'appellent 
au Brélîl Tangaras'*' ; & les Nomencla- 
teurs ont adopté ce nom pour toutes les 
efpèces qui compofent ce genre. Ces 
oifeaux ont été pris par la plupart des 
Voyageurs 5 pour des efpèces de moi- 
neaux, ils ne difFèrent en efiet de nos 
moineaux d'Europe que par les couleurs 
& par un petit caraftère de conforma- 
tion, c'eft d'avoir la mandibule fupé- 
rieure du bec échancrée des deux côtés 
vers fon extrémité*, mais ils refTemblent 
aux moineaux par tous les autres carac- 
tères , & même ils en ont à très-peu-prcs 
les habitudes naturelles*, comme eux ils 
n'ont qu'un vol court & peu élevé*, la 
voix défagréable dans la plupart des 
efpèces*, on doit auffi les mettre au rang 



*•' Marcgrave, Willugbby, &;e. 



des Tangaras. 331 

des oîfeaiix granivores, parce qu'ils ne 
fe nourriffent que de très-petits fruits ; 
ils font dailleurs prefque auffi familiers 
que les moineaux , car ia plupart viennent 
auprès des habitations *, ils ont auffi les 
mœurs fociabies entr'eux. Ils habitent les 
terres sèches, les lieux découverts & 
jamais les. marais; ils ne pondent que 
deux œufs & rarement trois: les moi- 
neaux de Cayenne n'en pondent pas 
davantage, tandis que ceux d'Europe en 
pondent cinq ou hx , & cette diftérence 
pft prefque générale entre les oifeaux 
^es climats chauds & ceux des climats 
tempérés. Le petit nombre dans le 
jproduit de. chaque ponte eft compenfé 
par des pontes plus fréquentes*, comme 
ils font en amour dans toutes les faifons, 
parce que la température eft toujours à 
très-peu-près la même, ils ne font à 
chaque ponte qu'un moindre nombre 
d'œufs que les oifeaux de nos climats 
qui n'o»t qu'une ou deux faifons d'amour. 
Le genre entier des tangaras dont 
nous connoiiTons déjà plus de trente 
efpèces , fans y comprendre le* variétés , 
paroit appartenir exciufivement au non* 



3 3 2 HiJIoire Naturelle 

veau continent , car toutes ces efpèces nous 
font venues de îa Guyane & des autres con- 
trées de FAmérique , & pas une feule ne 
nous eft arrivée de rAfiique ou des Indes* 
Cette multitude d'efpèces n'a néanmoins 
rien de furprenant , car nous avons ob- 
fervé qu'en général le nombre des ef- 
pèces & des individus dans les oifeaux ^ 
eft peut-être dix fois plus grand dans les 
climats chauds que dans les autres climats, 
parce que la chaleur y eft plus forte ^ les 
forêts plus fréquentes, les terreins moins 
peuplés 5 les nourritures plus abondantes , 
& que les frimats, les neiges & les glaces, 
qui font inconnues dans ces pays chauds , 
n'en font périr aucun -, au lieu qu'un feul 
hiver rigoureux réduit prefque à rien la 
plupart des efpèces de nos oifeaux. Une 
sutre caufe , qui doit encore produire 
cette différence , c'eft qtte les oifeaux 
des pays chauds , trouvant leur fubfiftance 
en toutes faifons , ne font point voya- 
geurs *, il n'y en a même que très - peu 
d'erratiques j il ne leur arrive jamais de 
changer de pays , à moins que les petits 
fruits dont ils fe nourriffent ne viennent 
à leur manquer , ils vont alors en cher- 



des Tangaras. 333 

cher d'autres à une afl'ez petite diftance: 
Ton doit donc ceffer dctre étonné de 
cette nombreufe multitude d'oifeaux, qui 
fe trouvent dans les climats chauds de 
l'Amérique. 

Nous allons divifer nos trente efpèces 
de tangaras en trois ordres pour éviter la 
confufion , & nous n'emploierons que 
ia différence la plus iîmple , qui eft eelle 
de la grandeur. 




5 5 4 Hijîoire Naturelle 



LE GRAND TANGARA: 

Première efpèce (planche XL) 

Le grand Tangara eft repréfenté dans 
nos planches enluminées, /i.^ 20 y ^ fous 
îe nom de tangara des bois de Cayenne ; 
dénomination que nous avions alors adop- 
tée 5 parce qu'on nous avoit affuré qu'il ne 
lortoit jamais des grands bois pour aller 
à la campagne*, mais M. Sonini de Ma- 
noncour nous a informés que ce tan- 
gara 5 non-feulement habitoit les grandes 
forêts de la Guyane 5 mais que fouvent 
auffi on le voyoit dans les endroits 
découverts 5 & qu'il fe tenoit fur les 
buiiions. Le mâle & la femelle , qui fe 
rciremblent beaucoup , s'accompagnent 
ordinairement*, ils fe nourriffent de pe- 
tits fruits & m.angent aufli quelquefois 
de petits infeéles qu'ils trouvent fur les 
plantes. 

* royex ïes planches eniuminées , n.^ 205. 



m. 



PL XI, ^Ulyf . 3 3^ . 




LE GliAND TAN GARA. 



des Tangaras. 3 3 j 

Nous n*en donnons point ici la d^Ç- 
eriptioii , parce que ia planche enlu- 
minée repréfente cet oifeau de grandeur 
naturelle, & fort exadlement pour la 
diftribution des couleurs : au refte , ce 
grand tangara eft une efpèce nouvelle, 
& qui n a été indiquée par aucun Na- 
turaiifte. 




5 5^ Bifloire Naturelle 

""LA HOUPPETTE (a). 

Seconde efpèce. 

V-/ET OISEAU n'cfl: pas tout-à-fait fi grand 
que le précédent , quoique dans ce genre 
il foit un peu plus gros 5,^ nous Tavons 
appelé houppette j parce qu'il diffère de 
tous les autres tangaras par une petite 
huppe qu'il porte fur la tête , ou plutôt 
qu'il relève lorfqu'il eft agité. 

On la repréfenté d'abord dans îa 
planche enluminée, /2.^ 301 ^ fig, 2 ^ 
fous le nom de tangara huppé de Ici 
Guyane j & encore dans la planche 
n,^ 7 j fig' 2 y fous le nom de tangara 
huppé de Cayenne j parce qu'on ne s'eft 

* Fôjj'q les planches enluminées, w.<^ "j ^ fig, 2; 

6 11,^ 301 cVûiYifig, 2. 

faj Tangara criftata, nigricaus ; crifîata aurantia ; 
peunis hafim rojîri ainbitntibus uigiis ; gnttiire , dorfo 
infimo & uropygio dilate fulvis ; maculis in dis eau- 
didis ; reàricibus nigricantibus. , . . Tangara Cayanen- 
fis nigra criflata. làxï^OW ^ fuppîémcnt , page 6^'j ^ 

point 



7y.xii.j;nu^ ,:k'v>: 




U.uut Th. AW.-..-./c-/, .s\.„/,,. 



LE BIATET. 



des^ Tangaras. 337 

point aperçu que c etoit la même efpècc 
d'oifeau, dont Tun n'eft qu'une variété 
de l'autre *, en confidérant donc ces deux 
planches 5 comme repréfentant deux va- 
riétés d'âge ou de fexe , & en les com- 
parant on ne doutera pas que ce ne foit 
îa même efpèce d'oifeau. 

Cet oifeau eft fort commun dans les 
terres Je la Guyane , où il vit de petits 
fruits*, il a un cri aigu comme celui du 
pinfon, fans cependant en avoir léchant. 
Il ne fe tient ni dans les grands bois, ni 
dans les palétuviers , & on ne le trouve 
que dans les endroits découverts ou 
défrichés» 




OîfeauK^ Tome VIL 



538 Hijhire Naturelle 



LE TAN G A VIO.'' 

Troljîèrm efpccc. 

C^'est à feu M. Commerfon que nous 
devons la connoiffance de cet oifeau*, il 
s'en eft trouvé une peau affez bien con- 
fervée dans fon recueil \ ii Tavoit nommé 
bruant noir ^ mais ce n eft certainement 
pas un bruant, puifque 5 par tousies rap- 
ports de fa conformation , il reflemble 
parfaitement aux tangaras : de plus , il 
s'en faut bien que cet oifeau foit noir, 
il eft au contraire d'un violet-foncé fur 
le corps & même fur le ventre, avec 
quelques reflets verdâtres fur les ailes & 
la queue , & c'eft par cette raifon que 
nous l'avons nommé tangavïo par con- 
tra6tion de tangara violet. 

Cet oifeau mefuré depuis l'extrémité 
du bec jufquà celle de la queue, a huit 
pouces de longueur 5 fon bec eft noirâtre 

^ Voyti les planches enîuminées , nP 710, 



des Tangaras. 339 

& long de huit à neuf lignes, fa queue, 
qui neft point étagée, a trois pouces de 
longueur , & dépaffe les ailes de dix-huit 
lignes, le tarfe a environ un pouce de 
long, il eft noirâtre ainfi que les doigts ^ 
les ongles font gros & forts. 

La femelle a la tête d'un noir luifant 
comme "de lacier poli*, tout le refte de 
fon plumage eft d'un brun uniforme. 
L'on voit cependant, fur le deffus du 
corps & fur le croupion, quelques teintes 
d'un noir luifant. 

Le tangavio fe trouve à Buénos-ayres , 
& probablement dans les autres terres du 
Paraguay -, mais nous ne favons rien de 
fes habitudes naturelles. 




Pi] 



5 40 Hijroire Naturelle 

''LE SCARLATTE (a). 

Quatrième efpèce. 

Cjet oiseau eft repréfenté dans les 
planches enluminées 5/2.^ 1 2 j ^figure i y 
fous le nom de tangara du Mexique ^ 
îippelé /d cardinal; &, comme le nom 
de tangara eft un nom générique , & que 
le furnom de cardinal a été appliqué à des 
oifcaux d'un autre genre, nous avons 
adopté le nom fcarlatte que lui ont donné 
les Anglois , parce que fon plumage eft 
d un rouge d'écarlate. 

C'eft le même oifeau que le cardinal 
de M. Briflon (b) ^^ le même que le 

^ Foye:^ les pïanches enluminées ,/;. ^ 127,^^. i; 
&//.° 156, auffi^^. I. 

(a) Scarlarte, — Par îes colons de rAmérique, 
cardinal, — En Anglois , fiarlet fparrow, Edwards. 
— Kumplofs & red and black. Cbarleton. — Au 
'BréïW j tijepiranga. Marcg. — Au Mexique, chil- 
totoîl & hauhtoîotL Fern. Hijî, nop. Hijp, page 51 , 
cap. 190. 

fbj Tangara coccbiea, alis, caiidâ cruribufque ni^ 
gi'îs, ... Cardinalis. Briflbn, OriiithoL tome III ^ 
page 42. 



des Tangaras. 341 

moineau fcarlet d'Edwards (c) ; on doit 
auffi lui rapporter: 

l."^ Les deux moineaux rouges & 
noirs d'AIdrovande , qui ne difîèrent 
entr'eux qu'en ce que l'un des deux n'a- 
voit pas de queue 5 & qu'AIdrovande a 
fait de ce défaut un caractère fpécifique 
en le nommant Tun moineau rouge fans 
queue ^ & l'autre moineau rouge à 
queue (d). Cette erreur & fes detcrip- 
tions ont été copiées par prefque tous les 
Ornithologues (e) : 



(c) Scarletjjjarroip, Moineau écarîate. Edw, gîaiu 
page 1']% , avec une figure coloriée, pi. 343. N^ta, 
Cet oileau a auffi été indiqué par Séba, fous ia 
dénomination d'oifcan du Mexique , rouge & grand ^ 
qui tft une ejpèce de moineau y tome I, page loi. 

Cardinalis non criftatus è para Brajii'ne regione, Or^ 
vithol. Itaiis , Florence, 1771 , page 69 ; & pi. 335 , 
fig. 2. 

f d) Paffèr erytiiiomelanus Indicus fine uropygio, 
Aldrovand. Jvium , tome II, page c^6%. 

Et paffcr Indiens alius porphyromelanus caiidatus , 
ibid. p:ige 570. 

(e) Pajfer fine uropygio , Charîeton , Exzrcit. 
page 87, 13.° 3, & onomaity page 79, \\P 3. — 
PdJJer porphyromelanus, Red and black , ibid, page 87 , 
6* ononiait , page 79. 

Piij 



34^ Hijioire Naturelle 

2.° Le lijepiranga de Marcgrave (^fj: 
3.^ Le chilottotl de Fernandez <^^/): 
4.° Et Enfin le merle du Bréfil de 
Béion 5 qu'il a ainfi nommé , parce que 
ceux qui apportoient en France quel- 
ques-uns de ces oifeaux les appeloient 
merles du Bréfil (h). Aldrovande a 



Paffcr Indiens erythromelamis Jiiie uropygio, Jonft. 
jivi, page 67. — Pajjlr Indiens porjj/iyromelauus , 
ibid, page 60, 

Pajfer erythromelas Indiens Jim nropygio Aldro- 
vandi, WiHugh. Ornith. page 185. — Pqjjlr Indien^ 
caudatns porphyromelas Aldrovaudi , ibidem, page 183. 

PaJJèr erythromelas Indiens nropygio Aldrovandi. 
Ray, Syn, Jvium, page 87, n." 3. — PaJJer In- 
diens eaudaîns porphyromdas Aldrovandi, ibidem, 
page 87, n.^ 8. 

(f) Tijepiranga Brajilien/ibns. Marcg. Hifî. Braf, 
page 192. , 

Tijepiranga, Pifon. Hift. Nat. Braf page 94. 

PajJer Americaiius tijepiranga BrafiLienfibus. Jonfl. 
Ai^i, page 131. 

Pûjjèr Amerieanns tijepiranga Brajîlienfibns Marc* 
gravii. Willughby , Ornithol. page 184. 

(g) ChiltototL Fernandez , Bijî, noi\ Hifp. 
page 54, cap. 210. 

ChiltototL Ray , Syn. Ai^inm , page 173. 
(h) Merle du Bréfiî. Hélon, Hifloire Natnrelie 
dés Oifianx , page 319; &' Portrait d'oifeaux. 
, jpflo-5> ^o, figure a. 



des Tangaras. 345 

encore copié Bélon : la différence effen- 
tielle , que Ton trouve -dans les notices 
données par ces Auteurs , ne porte que 
fur le chant des aes oifeaux , mais , après 
ïes avoir toutes examinées, nous avons 
réconnu que ceux des oifeaux qui chaii - 
tent, étoient d'une taille un peu plu» 
grande que les autres , qu'ils avoient le 
plumage teint dun rouge plus éclatant, 
que cette couleur fe voyoit auffi fur les 
couvertures fupérieures des ailes , &c. ce 
qui nous fait croire avec beaucoup de 
vraifemblance 5 que Toifeau. qui chante 
eft le mâle , & que c'eft la femelle qui 
n'a point de ramage, comme cela arrive 
dans prefque toutes les efpèces d'oifeaux 
chanteurs. 

Il paroît auffi que le mâle a les plumes 



Mernla Brajilica, Aidrovaade, Apium, tome II, 
page 628. 

Mertila Brafiliccu Jonfton, Apium , page 75. 

Mernla Brafilienfibus Belle/ni, Charieton , Exerdî, 
page 90, & onomait, page 84, n.^ 6. 

Merula Brajilîca AldropandL Wiiiughby , 0////- 
thoL page 142. 

Merula Brafilica Bellouii ô* Aldrovaiidi, Ray , 
Syn, Apium > page 66, n.^ 8. 

P iv 



344 HiJIoire Naturelle 

de la tête plus longues ,& qu'il les relève 
un peu en forme de huppe 5 comme 
Edwards Ta repréfenté ( i). Ceft ce qui" 
a fait dire à quelques Voyageurs 5 qu'il y 
avoit au Mexique deux efpèces de cardi- 
naux , Fun qui a une huppe & qui chante 
affez bien , & Tautre plus petit qui ne 
chante pas. 

Ces oifeaiix appartiennent aux climats 
chauds du Mexique, du Pérou & du 
Bréfil 5 mais ils font fort rares à la 
Guyane. Bélon dit que de fon temps 
les marchands, qui venoient du Bré- 
lîl, apportoient beaucoup de ces oi- 
feaux & en tiroient un grand profit ("kj. 
Il faut croire que c'étoit pour faire des 
garnitures de robes & d'autres parures 
qui poiivoient alors être à la mode , & 
que ces oifeaux étoient dans ce temps 
bien plus nombreux qu'ils ne le font 
aujourd'hui. 

On doit préfumer que c'eft du fcar- 
îatte qu'il faut entendre ce que les Voya- 
geurs difent du ramage du cardinal , car 

(ij Gîanures, page 278, planche 343. 

(kj Bélon, Hijl^Nau des Oifiaus' , p?ge 319. 



des Tangaras. 34 j 

îe cardinal huppé étant du genre des 
gros hzcs 5 doit être filentteux comme 
eux. M. Salerne , après avoir dit , comme 
les Voyageurs, que le cardinal huppé, 
c'eft -à-dire 5 celui du genre du gros bec, 
avoit un très-joli ramage, «ajoute qu'il en 
a vu un vivant à Orléans qui ne crioit 
que rarement, & dont la voix n'avoit 
rien de gracieux (l) ; contradidion qui 
fc trouve dans la même page de l'ou- 
vrage de cet Auteur. Les Voyageurs 
s'accordent à dire que cet oifeau a un 
ramage très-agréable, & quil eft même 
fufceptible d'inftruclion. Fernandez allure 
qu'on le trouve particulièrement à Toto- 
nocapa au Mexique , & qu'il chante très^. 
agréablement. 

Nous regardons comme des variétés 
de cette efpèce, l.^ le cardinal tacheté ^ 
cité par M. Briffon (m)^ qui ne diffère 
de notre fcarlatte qu'en ce que quel- 
ques plumes du dos & de la poitrine 

(l) Saîerne, Onnthol. page 255. 

(m) Tangara cocclned ; pe&ore ô* dorfi fuprzmù 
maculis liuiatis virefccntibus variegatis ; alk, candâqut 
iiigrls. . . . Cardmilh immus. Briffon , OrnithoU 
tome III j page 4^, 

Pv 



3 4^ JHiJIoire Naturelle 

font bordées de vert, ce qui forme dcs^ 
taches de cette couleur , qui ont la figure 
d\in croiffant. Aldrovande a fait un 
merle de cet oifeau , &, comme fes 
jambes ne font pas auffi alongées que 
celles du merle , il Ta appelé merle aux 
pieds courts (n). 

2.° Le cardinal à collierj cité par 
M. Briffon (ojj qui a la taille & les 
couleurs du fcarlatte, mais qui a de plus 
les petites couvertures & les bords des 
pennes des ailes bleues, & de chaque 
côté du cou deux grandes taches de la 
même couleur , elles font contiguës , & 
ont la forme d'un croiffant , mais cet 
Auteur décrit le cardinal tacheté ainfi 
que le cardinal à collier - d'après AIdro- 



(nj Merula apus îudica. Aîdrov. Ai^'ium , tome II , 
page 629. 

Merula indica apos, Jonilon, Avium , page 76. 

Merula indica apos didta fà brevitate pedum) quam 
adumhrat Aldrovandns» Charleton, Exercit, page 90 5 
ïî.^ 7, 6' oz/owA^î, page 84,n.° 7. 

(oj Tangara coccinea ; macuUs binis in utroque 
coin îatere jemilunaribus c^cruleis ; alis & caudâ nigris ; 
marginibus alarum aeruleis, . . . Cardinàlis torqua- 
tus. BriiToHj OrniîàoLwmQ III, page 45. 



des Tangams. 347 

vande (pj, qui, félon la remarque de 
Willughby fqjj n'avoit A^u que des 
deffins de ces deux oifeaux ^ non plus 
que des autres que nous avons cités de 
lui dans cet article •> ce qui rend fes des- 
criptions très-imparfaites & Texiftence de 
ces oifeaux aflez douteufe *, je n'aurois 
pas même fait mention de celui-ci 5 fi 
les Nomendateurs ne Favoient pas com- 
pris dans leurs liftes. 

3.? Voifeau Mexicain j que Her- 
nandès a indiqiié par la phrafe fuivante : 
avis Mexicana pjïctaci colore ^ & que 
M. Briiîbn , d'après lui , a décrit comme 
s'il Tavoit vu 5 fous le nom de cardinal 
du Mexique (r); tandis que Hernandès 



(p) Pajfer Indiens Jine uvopygio alins cyauerythro-^ 
mêlas. AlàvoY'àVïàQ^ Apium, tome II, page 569. 

Pajjer Tndicus cyanerythmmelauns fine uvopygio ,_ 
Aldrovandt, Wiilugh. OrnithoL page 185. 

Pajfer Tndicus cyanerythr&melanus fine tiropygio ^ 
Aldrovaudi. R.'àj ^ Syn. Ji^ium, page 87 , n.*^ 14. 

Pajfer Indiens cyaneryt/iromelanus fine uropygio, 
Jonfion, Jvium , page 67, 

(q) Ornithologie, j7«^^e 18/5 5 0^/7. 15. 
' (r ) Tangara coccinea ; collo fuperiore viridi ; cavité , 
(dis & caudâ aimthyfdnis : quâlibet alarimi pennâ cir-- 

p vj 



348 Hijîoire Naturelle 

dit feulement : hdc avis flaûm in roJIr9 
Y quod aduncum nonnihil & cinneritïum 
ejt totum) inferiore parte ad caudam uf- 
que j hoc ejl ^ in ventre toto minïi colore 
rubet : qui idem color furfum per uropy- 
gium , ad dorfuni porrigitur ^ niji quod 
alarum versus principium cum virore 
rubor confunditur , qui ad ipfum ita 
collum protenditur jy quod omnino virefcit. 
Cap ut autem amethyfiino y aut hyacin" 
îhino colore diluitur, Circulus qui pupil^ 
lam ambity valdè albet ^ orbita vero 
cculi ejl cdrulei faturati coloris. Ubi fuum 
fumunt -principium aU , color ejl fublu- 
teus. Sequitur primus pennarum in alis 
crdo cum fecundo & tertio dicli hyacin-^ 
zhino coloris. In medio tamen harum pen- 
narum circumferentia intercurrit linearis 
fubviridis ufque ad finem, Cauda tota ejl 
amethyjlini coloris . abfque viriditate ^ 
dilutioris tamen verfus finem, Pedes j 
qui très ante & unum rétro digitcs ha^ 



eumferentiâ limari fiihi^indi , in mtdio intercurrente 
fTceditâ, . . . Cardin dis Mexicana. Brifîbn, Orni-- 
îhQl, tome lil, page 46, 



des Tangaras. 549 

hent j inter cincreum ac violaceum am-- 
bigunt (f). 

Au refte , ces oifeaux volent en 
troupes ( t) i on les prend facilement 
avec des lacets & autres petits pièges (uj; 
ils s'apprivoifent aifément , & de plus ils 
font gras & bons à manger. 



(f) Hernandès , Hifl, Mexic, page 709. 
(tj Voyage de Robert L^de ^pai^e 358. 
(11 J Pilon 5 Hift. Nat, page 94. 




3 50 Hijloire Naturelle 



LE TANGARA du Canada.''. 

Cinquième efpcce. 

Cet oiseau diffère du fcarlatte par 
la grandeur & par la couleur *, il eft plus 
petit 5 & fon plumage eft d un rouge 
de feu-clair , au lieu que celui du fcar- 
latte eft d'un rouge vif-foncé connue 
récarlate. Le bec du tangara de Canada 
eft de couleur de plomb dans toute fon 
étendue , & n'a point de cara6tères parti- 
culiers *, tandis que le bec du fcarlatte eft 
en deffus d'un noir-foncé, & que la 
pointe de la mandibule inférieure eft 
noire 5 le refte de cette mandibule blanc, 
& qu'elle eft élargie tranfverfalement 
comme la bafe de la mandibule infé- 
rieure de Foifeau appelé licc - d'argent. 
Les becs de ces oifeaux font affez mal 
repréfcntés dans les figures des planches 
enluminées. 

*• /^oj'e:^ les planches en! aminées ^n.^ ^S^hPS' ^' 



des Tan garas. 3 j i 

Le fcarlatte ne fe trouve que dans ies 
climats les plus chauds de rAmériquc 
méridionale, au Mexique, au Pérou, 
au BréfiL Le tangara du Canada fe 
trouve dans pluiieurs contrées de TAmé- 
rique feptentrionaîe , aux Illinois (^ajj 
à îa Louifiane (^hjj a la Floride (^c) ; 
ainfi, l'on ne peut douter qu'ils ne faflent 
deux efpèces diftindes &,féparée£. 

Cet oifeau a été décrit exaftement 

par M. Briffon (dj. Il a très-bien remar- 

'■y^^"*^— "-'■' * ■-- ■ ' '■' " ■ " ' '" '■' ■ " " ' I I I I i • ■ — 

(a) Ce n'efl guère qu'à cent lieues au fud du 
Canada qu^on commence à voir des cardinaux ; iîs 
ont le chant doux , ie pîumage beau , une aigrette 
fur la tête. Charievoix, nouvelle France, tome I II ^ 
page 156. ^ ^^ '' 

(bj Biftoire de la Louiiiane, par le Page Du- 
pratz, tome II, page 139. 

(cj Le mercredi , il entra dans îe port ( de ia Ha- 
vanne) une barque de îa Fioride , chargée de 
peaux d'oifeaux cardinaux & de fruits. . . . Les 
Efpagnois achetoient les oifeaux cardinaux jufqu'à 
dix pièces de huit ia pièce, & en privent, maigre 
la misère publique , pour dix-huit mille pièces de 
huit. Gemelli Caréri. Voyage autour du monde , 
îoine VI y page 32 2. 

(dj Tangara riibr a ; remigihus fnfcis , oris interio^ 
rihiis alôls ; reBricihus al arum , reEtricibufqne nigris ^ 
apicis reStriann margine albâ. . , . Cardin ails Cana- 
den/is. Brifion, Ornithol, tome 11 1, page 48; 6* 
pi. 2, fig.. 



3 5 z Hijîoire Naturelle 

que que la couleur rouge de fon pîu- 
mage eft beaucoup plus claire que celle 
du fcarlatte -, les couvertures fupérieures 
des ailes & les deux pennes les plus 
proches du corps font noires, toutes les 
autres pennes des ailes font brunes & 
bordées intérieurement de blanc jufque 
vers leur extrémité, la queue eft com- 
pofée de douze pennes noires , terminées 
par un petit bord d'un blanc très-clarji? *, 
les latérales font un peu plus longues 
que celles du milieu , ce qui rend la queue 
un peu fourchue. 




des Tangaras. 353 



LE TANGARA bu Mississipi."^ 

Sixième ejpèce. 

Le Tangara du Miffiffipi , eft une 
efpèce nouvelle qui n a été décrite par 
ïîucun Naturalifte. Cet cifeau a beau- 
coup de rapports avec le tangara du 
Canada *, feulement ce dernier oifeau a , 
comme le fcarlatte , les ailes & la queue 
noires , tandis que le tangara du Miffiffipi 
les a de la même couleur que le refte du 
corps. Une diflérence plus eflentielle , 
eft celle qui fe trouve dans le bec , celui 
du tangara de Miffiffipi eft plus grand 
que le bec de tous les autres tangaras, 
& en même temps beaucoup plus gros. 
Il y a de plus un caractère particulier 
qui indique aflez évidemment que ce 
tangara du Miffiffipi eft dune efpèce 
différente de celle du fcarlatte & de celle 
du tangara de Canada, c'eft que les deux 
mandibules du bec font convexes & ren- 

* Foyei î^ planches enluminées, n,^ 741, 



3 54 lîijloire Naturelle 

fiées 5 ce qui ne Te trouve daiis" aucune 
autre efpèce de tangara, & ne fe voit 
même que très-rarement dans tous les 
oifeaux. Nous devons avertir que ce ca- 
raftère n'a pas été faifi par nos deffina- 
teurs, & que cet oifeau n'ayant pas étc 
delîiné vivant , le bec n'a ni fa forme , 
ni fa couleur dans ia planche enluminée*, 
car, dans Tétat de nature vivante, le bec 
n'eft pas noir, mais d'un brun très-clair Se 
très-lavé, & la convexité des deux man- 
dibules , qui n'eft pas exprimée dans la 
planche , eft néanmoins un caraélère très- 
remarquable. 

Au refte , cet oifeau n'a pas un chant 
auiîî agréable que celui du fcarlatte, 
mais il fiffle d'un ton net , (i haut & lî 
perçant , qu'il romproit la tête dans les 
maifons , & qu'il ne faut l'entendre qu'en 
pleine campagne ou dans les bois, ce C'eft 
33 en été , dit Dupratz , qu'on entend fré- 
D3 quemment le ramage du cardinal dans 
y> les bois , & T'hiver feulement fur les 
03 bords des rivières lorfqu'il a bu , dans 
D3 cette faifon , il ne fort point de fon 
33 domicile oii il garde continuellement 
w la provifion qu'il a faite pendant le 



des Tansaras. 



355 



beau temps. On y a trouvé en eflct ce 
du grain de maïs /amaffé jufqu'à la ce 
quantité d'un boifleau de Paris , ce ce 
grain eft d'abord artiftemcnt couvert de ce 
feuilles , puis de petites branches ou ce 
bûchettes 5 & il nj a qu'une feule ou- ce 
. verture par où l'oifeau puiiTe entrer ce 
dans fon magafui (aj^ y> 



(a) Hiileire de laLouifiane, par ie Page Du- 
pratZj tome II, -pa^e 139. 




^^6 Hijloire Naturelle 

—— i l ■ m il I II ■ mi iimÊÊaÊUÊmm ms^amÊ Ê as ÊmmBBÊBÊÊBm 

Ls CAMAIL 
ou LA CRAVATTE.^^ 

Septième efpèce. 

C«ETTE ESPÈCE cft nouvelIc, & c'eft 
M. Sonini de Manoncour qui nous l'a 
donnée pour îe Cabinet , nous avons 
tiré fon nom du caractère le plus appa- 
rent, fon pîumage étant d'une couleur 
uniforme cendrée, un peu plus claire 
fous le ventre, à l'exception du devant 
& du derrière de la tête, de la gorge & 
du haut de la poitrine , fur lefquelles 
parties s'étend une couleur noire en 
forme de cravatte, ce qui lui a fait don- 
ner le nom de tangara à cravatte noire 
dans nos planches enluminées ', mais, 
comme cette bande noire lui pafie aufli 
fur le front , nous avons cru devoir pré- 
férer le nom de camail ^ qui repréfente 
mieux ce caractère frappant. Les ailes & 

^ ^^y^X ï^s pîanches enluminées, //.^ V^^fê- 2» 



des Tangaras. 3 j 7 

îa queue font encore d'une couleur cen- 
drée , plus foncée que celle du deffus du 
corps*, les pennes des ailes font bordées 
extérieurement d'un cendré moins foncé 5 
& celles delà queue d'une couleur encore 
plus claire. 

Cet oifeau eft le feptième dans l'ordre 
de grandeur en ce genre*, fa longueur 
totale eft de fept pouces *, le bec a neuf 
lignes*, la partie fupérieure en eft blanche 
à la bafe & noire au bout*, l'inférieure eft 

i entièrement noire *, la queue eft un peu 
ctagée, elle a trois pouces un quart de 
long 5 & dépafle les ailes pliées de deux 
pouces. 

La planche enluminée /2.° 7/^^^^. 2 ^ 
le repréfente fidèlement *, il a été trouvé à 

I ia Guyane dans les lieux découverts , mais 
il Y eft fort rare , & n'a été indiqué par 
aucun Auteur, 



\j^ 



3 5 s HifiGire Naturelle 

LE MORDORÉE 

Huitième efpcce. 

Cette espèce 'eft encore nouvelle & a 
été apportée comme la précédente par 
M. Sonini de Manoncour , fes dimen- 
fions font ies mêmes que celles du pré- 
cèdent, fa longueur eft de fept pouces*, 
la thQ 5 les ailes & la queue font d'un 
beau noir luftré *, le refte du corps eft 
d'une belle couleur mordoré, plus foncée 
fur le devant du cou & la poitrine , & 
c'eft de ce caraftère très-apparent que j 
nous avons tiré fon nom. On Ta défîgné j 
dans les planches enluminées fous la dé- 
nomination de tangara jaune à tête noire. 
Ses pieds font bruns *, fa queue , qui eft 
étagée, a trois pouces de long , & dépafTe 
les ailes pliées de quinze lignes*, le bexL 
eft noir & a neuf lignes de long. mm 

Nous ne favons rien de fes habitude?' 
naturelles-, il fe trouve à la Guyane , ou il 
eft encore plus rare que le précédent. 

^ Voyei les planches enluminées, w.^ 809 , fg. 2 



des Tangaras. 359 



r O N G L E T. 

Neuvième efpèce. 

Dans cet oiseau, chaque ongle a, fur 
chacune des faces latérales, une petite 
rainure concentrique au contour des 
bords de cette iàce , & c'eft de ce carac- 
tère lingulier que nous avons tiré fon 
nom 5 il a été apporté par M. Commer- 
fon, & comme il reflemble pour tout 
le refte aux tangaras , il eft plus que pro- 
bable qu'il vient de l'Amérique méri- 
dionale. 

La tête de cQt oifeau eft rayée de 
noir & de bîeu , la partie antéricuVe du 
dos eft noirâtre, & la poftérieure d'un 
orangé-vif *, les couvertures lupérieures 
de la queue font d'un brun-olivâtre, 
les couvertures fupérieures des ailes, 
leurs pennes & celles de la queue font 
noires & bordées extérieurement de 
bleu -, tout le deffous du corps eft jaune* 

Sa longueur totale eft de près de fept 



^6o Hijloire Naturelle 

pouces, le bec a huit lignes de loiig, 
& il eft échancré vers la pointe comme 
celui des tangaras*, le tarfe a neuf lignes 
ainiî que le doigt du milieu. 

M. Commerfon ne nous a laiffé aucun© 
notice fur les habitudes naturelles de cet 
oîfeau. 



LE TANGARA 



des Tangàras. ^(Si 

LE TANGARA NOIR 
ET LE TANGARA ROUX.'t 

Dixième efpècc. 

On a cru que ces oifeaux étoient de 
deux efpcces différentes , mais M. Sonini 
de Manoncour nous apprend qu'ils ne 
font qu'une efpcce, & que celui qui eft: 
repréfenté dans les planches enluminées^ 
72^. //^ j fig^^^ 2' i eft îe i^âle 5 & 
celui qui eft repréfenté dans la planche 
enluminée, n^ 7^^j fous le nom de 
tangarou eft la femelle de ce tangara 
noir. Comme la femelle eft entièrement 
roufîe, & que le mâle feroit entiè- 
rement noir, fans une tache blanche 
qui couvre le haut de chaque aile, ces 
oifeaux n'ont pas befoin d'une plus 
ample defcription. Ils font commams à 



^ Voycx les planches enluminées^ //.^ 179^ fig, 2 j 
^ nP 711. 

Oifeaux ^ Tome VU, Q 



3^2 Hijîoire Natunelle 

la. Guyane dans les endroits décou- 
verts, ils m.-îngent comme les autres de 
petits fruits & quelquefois auflî des 
infeftes *, leur cri eft aigu , & ils n ont 
point de chant. Ils vont toujours p^r 
paires & jamais en troupes. 




des Tangaras. 3(^3 

li lWUIItiiy BMBaBHBBll lW I^^^^ ■ JBWBBBBBWMMWBMI 

■'■ ■ '■ ■ ' ' ■ Il I W I ... I ^ 

LE TURQUIK^ 

Onzième efpèce. 

iSous AVONS DONNÉ à cc Taiigara le 
nom de Turquin ^ parce qu'il a toutes 
les parties inférieures du corps 5 ie 
defllis de la tête & les côtés du cou 
dun bleu turquin*, le front, le deffus 
du corps 5 les ailes & la queue font 
noires > il y a quelques taches de cette 
couleur noire près des jambes y & une 
bande affez large au bas de la poitrine. 

L'oifeau décrit par M. Briiîbn , fous 
ie nom de tangara bleu du Bréfil (a) ^ 



^ Fôjê^ ies planches enïnminées, 7/.,^ l'jç-^fig. i, 
fous îa dénomination de Tangara hku du BréjîL 

(a) Tangara fupcrnè iiigra infernè alha ; capite , 
êollo inferiore & uropygio cceruleo-cinerafcentièus ; pec- 
tore macula nigrà inpgnito : bafi rojlri nigro circum- 
datâ ; rcdtricibus nigris, . . . Tangara BraJiUenfis 
êœrulea* Briffon , Oruithol, tome III, page 8. 



g 6' 4 lïijloire Naturelle 

paroît être le même, ou bien une lé- 
gère variété de cette efpèce , qui fe 
trouve à la Guyane, quoiqu'aflez^ rare- 
ment. Nous ne connoiiTons rien de k% 
habitudes naturelles» 




des Tangaras. ^6f 



■^ LE BEC-jy ARGENT (a). 

Douzième efpèce. 

Nos Colons de Cayenne ont donné à 
cet oifeau le nom de bec-d* argent que 



*^' Voyei îes planches enluminées ,7/.^ 12^^ fig, i , 
le mâle ; & fig, 1 , la femelle. 

fa) Bec-d'argent ; par ies Mexicains, chichilto-^ 
îotL — Par ies Angîois , red breajled hlack bird, 
Edwards. — Par les habitans de Cayenne , bec* 
é' argent. 

Chichiltototl tepaxculluîa. Fernandez. Hifl, nov. 
WP' page 51^ cap. 189. 

Red breajled black bird. Merle à gorge rouge. 
Edw, Glan , page 120, avec une bonne figure colo- 
riée, pL 267. 

Tangara obfiurè purpurea; remigibus, redlricibus » 
cruribufque fpUndidè nigris (Mas). 

Tangara fiip^rnè fufca, purpiireo obfiuro m'ixta , in- 
fernè nibefcens ; remiglbus, re&ricibufçiie fufcis (fae- 
îTiina). . . . Cardinalis purpureus, Briflbn , Orni-* 
thol. tome III, page 49. 

Paffer Indicus capite & pe&ore vinaceo. Gerinî. 
OriiithoL n.° 279. 

Avis Americana cardinalis niger di&a brachyura ca^ 
pite & infcrnâ corporis parte vinaceâ, Ornithol. ItaL 
Floren. l'j^l^p'^oQ 69, pL 334. 

Cardinal pourpre -foncé. Salerne, Ornithologie j, 
page 271, 



3^6 Hifioire Naturelle 

nous avons adopté, parce qu'il exprime 
un caraftère Ipécrfique bien marqué 5 & 
qui confifte en ce que les bafes de la 
mandibule infcrieure du bec fe prolongent 
jufque fous les yeux en s arrondiflant , & 
forment , de chaque côté , une plaque 
épaiffe qui, lorfque loifeau eft vivant 
paroît être de Targent le plus brillant, 
cet éclat fe ternit quand Toifeau eft mort. 
On a nia:nqué ce caractère dans la repré- 
fentation qu'on a faite de cet oifeau , 
planche enluminée, nj^ ^ ^S ^fg, /, fous 
la dénomination de tangara pourpré ; 
apparemment Ton n'a pas cru qu'il fût 
général dans tous les individus , il Teft 
néanmoins pour tous les mâles. La fe- 
melle repréfentée fur la même planche, 
figure -2 ^ eft mieux à cet égard , parce 
que dans la Nature fon bec n'a qu'une 
légère trace prefque infenfible de ce 
renflement fi apparent dans le mâle , & 
par conféquent elle n'a pas comme lui 
ces plaques de couleur argentée. Dans la 
flanche 26 j des Glanures d'Edwards, 
on voit une très -bonne repréfentation 
de cet oifeau qu'il a donné fous le nom 
de merU c. gorge rouge ; il s'eft trompé , 



des Tan garas. 367 

€omme Ton voit, fur le genre de ctt 
oifeau -, mars H a très-bien faiiî le carac-, 
tère lingulier du renflement du bec 5 feu- 
lement la couleur argentée des plaques 
eft beaucoup plus terne , parce qu'il n'a 
pas deffiné Toifeau vivant, & que le 
brillant de ces parties s'étoit diffipé. 

La longueur totale de cet oifeau eft 
de fix pouces & demi , celle du bec eft 
de neuf lignes , & il eft noir fur fa partie 
fupérieure, la tête, la gorge & Teftomac 
font pourprés , & le refte du corps eft 
noir avec quelques teintes de pourpre* 
L'iris des yeux eft brune: la femelle 
diftère du mâle non- feulement par Ici 
la couleur du bec , mais encore par 
celles du plumage , le deffus de fou 
corps eft brun avec quelques teintes d'un 
pourpre-obfcur, & îe deiTous rougeâtre ^ 
la queue & les ailes font brunes. 

Un autre caractère diftinftif du mâle, 
& qui n'avoit pas encore été faifi , c'eft 
une efpèce de demi-collier autour de 
l'occiput, formé par de longs poiîs ou 
foies pourpres , qui débordent les plumes 
de près de trois lignes : c'eft à M. Soniniî 
de Manoncour que nous devons cette 



3^8 HiJIoire Naturelle 

nouvelle obfervation -, nous lui devons 
âulTî la connoifîance des habitudes na- 
turelles de cet oifeau & des autres tan- 
garàs de la Guyane. 

Le bec-d'argent eft detouslestangaras 
celui qui eft le plus répandu dans Tile 
de Cayenne & à la Guyane*, il y a 
apparence qu'il fe trouve 'dans plufieurs 
autres climats chauds de TAmérique , car 
Fernandès en parle comme d'un oiieau 
du Mexique vers les montagnes de 
TepuzcuUula (^bj. Il fe nourrit de petits' 
fruits, il entame auffi. les bananes, îes 
goyaves & autres gros fruits tendres iorf- 
qu'ils font en maturité & ne mange point 
d'infecftes. Ces oifeaux fréquentent les 
îieux découverts, & ne fuient pas le 
voifinage des habitations i, on en voit 
jufque dans les jardins*, cela nempcche 
pas qu'ils ne foient affez communs dans 
îes endroits déferts & même dans les 
clairières des forêts *, car , dans les plus 
épaiffcs, lorfque les vents ont abattu 
un certain nombre d'arbres, & que 
îe foleil peut éclairer cet abatî:is & 



(bj Fernand. Hifu nov, Hifp* page 51 , cap. 189,. 



des Tangaras. ^^^ 

iafîaînîr le terreîn , on ne manque guère 
d'y trouver quelques bec-d'argent qui ne 
vont cependant pas en troupes , mais 
toujours par paires. 

Leur nid eft un cylindre un peu courbé 
qu'ils attachent entre les branches hori- 
zontalement 5 l'ouverture en bas , de 
manière que, de quelque côté que vienne 
îa pluie 5 elle ne peut y entrer , ce nid 
eft long de plus de fîx pouces , & a 
quatre pouces & demi de largeur-, il eft 
conftruit de paille & de feuilles de 
balifier defléchées , & le fond du nid eft 
bien garni intérieurement de morceaux 
plus larges des aiêmes feuilles. C'eft fur 
ïes arbres peu élevés que l'oifeau attache 
ce nid, îa femelle y pond deux œufs 
elliptiques, blancs & chargés au gros 
bout de petites taches d'un rouge léger 
qui fe perdent en approchant de l'autre 
extrémité. 

Quelques Nomencîateurs ont donné à 
cet oifeau le nom de cardinal (c)^ msfis 
c eft improprement , parce qu'il a été 
appliqué, par ces mêmesNomenclateurs^, 



(c) MJ» Briffon & Salerne. 



3 70 HiJIoire . Naturelle 

à plufieurs autres efpèces. D'autres ont 
cru qu'il y avoît une variété aflez appa- 
rente dans cette efpèce *, on voit dans le 
Cabinet de M. Mauduit , un oifeau dont 
tout le plumage eft d'un rofe-pâle varié 
de gris, il nous a paru que cette diffé- 
rence n'eft produite que par la mue, & 
que ce n'eft point une variété dans l'ef- 
pèce qui, quoique trcs-nombreufe en 
individus 5 nous paroît très-couftante dans 
tous fes caradèrese. 




des Tan garas. 371 

T ESCLAVE (a). 

Treizième efpèce. 

Nous CONSERVERONS à ctt oîfeau !e 
nom à'Efclave qu'il porte à Saint-Do- 
mingue 5 félon M. Briffon , & nous 
fommes furpris qu'ayant un nom qui 
iemLle tenir à Tétat de fervitude ou de 
domefticité, on ne fe foit point informé 
fi on îe nourrit en cage , & s'il n'eft pas 
d'un naturel doux & familier que ce 
nom paroît luppofer. Mais ce nom vient 
peut-être de ce qu'il 7 a , à Saint-Do- 
mingue, un gobe-mouche huppé qu'on 
y nomme le tyran j nom- qu'on a auffi 
donné au gobe-mouche à queue four- 



^- Fbyq îes planches enluminées, //.^ 1^6^ fig. 2, 

fa) Tangara fupernè fufia, înfernè fordidè alba ^ 

V'aculh longitudinalibus fufcis varia ; rtmigibus , re&n- 

cihufque lateralibus fufcis , oris exterioribiis olivaceis..,^ 

Tangara Dominianfis, BrilToB; OrnithoL tome III;^ 

Qvj 



3 72 Hijîolre Naturelle 

chue en Canada : & , comme ces oifeaiix 
tyrans font bien fupérieurs en grandeur 
& en force, on aura donné le nom 
d'efclave à celui-ci , qui fe nourrit comme 
eux d 'infedes auxquels ils donnent la 
chafle. 

Cet oifeau a quelques caradlères com- 
muns avec les grives, il leur reffeiTible 
par les couleurs & fur-tout par les 
mouchetures du ventre *, les grives ont , 
comme lui & comme les autres tangaras, 
î'échancrure du bec à la mandibule fu~ 
périeure -, ainfi, le genre des grives & 
celui du tangara, font aflez voifins Tun 
de Tautre, & Tefclave eft peut-être de 
tous les tangaras celui qui reffemble le 
plus à la grive, néanmoins comme il en 
diffère beaucoup par la grandeur & qu'il 
€;ft confidérablement plus petit , on doit 
le placer , comme nous le faifons ici , dans 
îe genre des tangaras. 

L'efciave a la tête , la partie fupérieure 
du cou 5 le dos , le croupion , les plunles 
fcapulaires & les couvertures du deffus 
des ailes d'une couleur uniforme*, tout 
îe deiTous du corps eft d un blanc-fale ^ 



des Tansaras. 



57i 



varié de taches brunes qui occupent le 
milieu jJe chaque plume, les pennes des 
ailes font brunes , bordées extérieurement 
d'olivâtre & intérieurement de blanc- 
fale, les deux pennes du milieu de la 
queue font brunes, les autres font de 
la même couleur avec une bordure oli- 
vâtre fur leur côté intérieur, la queue 
eft un peu fourchue , les pieds font bruns^. 




3 74 iiijloire Naturelle 

LE B L u E r.^ 

Quatorzième efpèce. 

C^ETOiSEAu a été indiqué dans îes 
planches enluminées fous le nom de 
VEvêque de Cayenne ^ parce que les No- 
menciateurs Favoient ainfi nommé, fans 
faire attention à Tindécence de la déno->- 
mination, & à un inconvénient encore 
plus grand , c'eft qu'il y a deux efpèces 
d'oifeaux auxquels îes Voyageurs ont 
donné ce nom, fans trop favoir pour- 
quoi, fi ce neft qu'ils ont une partie de 
leur robe bleue -, l'un eft un bengali 
qu'on a auffi appelé le minijîre ^ ^PP^^ 
remment par la même raifon *, le fécond 
eft celui qu'on a appelé , à Saint-Do- 
mingue, VorganiJIe j & auquel nouscon- 
ferverons ce nom, à caufe de fon chant 



'^ Foyei les planches enîumiîiées ^ //.^ 178 ^ ^j. i ^ 
k mâle j fi^, 2 j ia femelle. 



des Tangaras. 37^ 

harmonieux-, & enfin le troifîcme évêque 
étoit notre bluet de Cayenne, que les 
habitans de cette colonie connoiflent 
fous ce dernier nom, plus convenable 
que celui d'évêque pour un oileau *, il eft 
certainement du genre des tangaras, & 
d'une grandeur un peu au-deflus de celle 
dQs efpèces de tangaras , qui compofent 
notre fécond ordre de grandeur en ce 
genre. Dans la planche enluminée, les 
couleurs en général font trop fortesv', le 
mâle a tout le deflous du corps d'un 
gris-bleuâtre ^ & la femelle a le deiTus de 
la tête vert-jaunâtre , & tout le deflous 
du corps 5 le dos , le def&is des pennes 
de la queue & des ailes, dun brun- 
olivâtre glacé de violet , la large bande 
des ailes , qui eft d'un olivâtre-clair , tranche 
beaucoup moins que dans la pLanche 
avec le brun du âos. 

Les bluets font très -communs à 
Cayenne, ils habitent les bords des 
forêts , les plantes & les anciens endroits 
défrichés , où ils fe nourrifl^ent de petits 
fruits. On ne les voit pas en grandes 
troupes j mais toujours par paires. Ils 



3 7^ Hijîoire Naturelle 

fe réfugient le foir entre les feuilles des 
palmiers à leur jondion près de la tige, 
ils y font un bruit à peu-près comme 
nos moineaux dans les faules , car ib 
n'ont point de chant & feulement une 
voix aiguë & peu agréable. 




des Tau garas. 377 



""LE ROUGE-CAP (a). 

^Quin\ième ejpcce. 

-Nous ArPELONS cet oifeau Rouge<ap ^ 
parce que fa tèt(^ entière eft couverte 
d une belle couleur rouge. 

Pour fe faire une idée exafte des 
nuances du plumage de ctt ^oifeau 5 il 
faut fubfdtuer à la couleur brune qui 
couvre, dans la planche, tout îe deiîus 
du corps , une belle couleur n-oire , la 
tache de la gorge eft plus étroite, plus 
alongée & noire avec des petites taches 
pourpres; les pieds font noirg, ainfî que 
îa partie fupérieure du bec \ Tinférieure 
eft jaune à fa bafe & noire à ^on extré- 



^^ Voye\ ïes pîaiiches enluminées, u,^ ^SSffig- ^^ 
fous la dénomination de Taugara brun d'Amérique. 

(a) Taugara fuperuè fplendidè nigra , infernè n'wea ; 
capite & gutture fupremo coccinels , gutiure injivio obf- 
curè purpurefccnte ; redfridbus^nigricantibus. , . . Car^ 
dinalis Jmericanus, Brifîon , OniithoL fupplémenl^ 
page 67 ;& pi. 4;fig. 4. 



378 Hijloire Naturelle 

mité : tout ceci eft tel dans la nature 
de Toifeau vivant , & la planche a été 
gravée d'après un oifeau mort. 

Cette efpèce n eft pas bien commune 
à la Guyane , & nous ne favons pas fi 
elle fe trouve ailleurs. 




des Tan garas. ^jc^ 



msKsst^mi'^imaimsgA 



LE T ANGARA FERT bu Brésil. 

Seizième efpèce. 

v^E Tangara, que nous ne connoîflons 
que d'après M. Briflon "^5 eft plus gros 
que le moineau-franc. Tout le delTus du 
corps eft vert , Ton voit, de chaque côté 
de la tête , une tache noire placée entre le 
bec & Toeil , au-deflous de laquelle eft 
une bande d'un bleu très-foncé , qui s'é- 
tend tout le long de la mandibule infé- 
rieure *, les plus petites couvertures fupé- 
rieures des ailes font d'une couleur 
d'aigue-marine fort brillante , les autres 
font vertes. 

La gorge eft d\in beau noir 5 la par- 



"^' Tan^ara viridis , infernè ad luteum vergens ; ma- 
cula utrimque roflrum in ter &* ociilum nigrâ ; tceiiiâ in- 
fra oculos faturatè ueruhâ ; guttiire nigro ; te&ricious 
alarum fupenoribus mîuimis beryllinis ; re&ricibus la- 
teralibus viridi - cœruleis. . . . Tangara Bra/ilienfis 
viridis, Briflbn, OmithoL tome III, page 25. Nota, 
Que la defcription de M. Eriflbn eft faite d'après 
l'oifeau même. 



380 Hijîoire NatureUe 

tie inférieure du cou eft jaune , & tout 
îe refte du deiîous du corps eft dun 
vert-jaunâtre 5 les ailes pliécs paroiiîent 
d'un vert changeant en bleu , les pennes 
de la queue font de la même couleur , 
à 1 exception des deux intermédiaires 
qui font vertes. 

M. Briiion dît que Ton trouve eet 
oîfeau au Mexique , au Pérou & au 
BréfiL 




des Tangaras. 381 

»■ ■ ■ ■! ' ■■ ■ I I . Il Il I I , 

ro L I V E r. 

DiX'feptième efpèce. 

Nous LUI AVONS DONNÉ cc nom, parce 
qu'il eft par - tout d'un vert couleur 
d'olive, plus foncé fur le defTus du 
corps , & plus clair en deffous *, les 
grandes plumes des ailes font encore 
plus foncées en couleur que le dos, car 
elles font prefque brunes *, on y diftingue 
feulement des reflets verdâtres. 

Sa longueur eft d'environ fix pouces, 
& les ailes s'étendent jufqu a la moitié de 
la queue. 

Ce tangara nous a été apporté de 
Cayenne par M. Sonini de Manoncour. 

Les dix-fept efpèces précédentes com- 
pofent ce que nous avons appelé les 
grands Tangaras ; nous allons mainte- 
nant donner la defcription des efpèces 
moyennes pour la grandeur , qui ne lont 
pas fi nomfareufes. 



382 HiJIolre Naturelle 
* LE TANGARA 

DIJIBLE-ENRHUMB (a). 

Première efpèce moyenne. 

v->'est le nom que les Créoles de 
Gayenne donnent à cet oifeau , dont le 
plumage eft mélangé de bleu, de jaune 
& de noir 5 & dont le defîus & les côtés 
de la tête, la gorge, le cou & le crou- 
pion , la partie antérieure du dos font 
noirs fans aucune teinte de bleu , les 
petites couvertures des ailes font cepen- 
dant d une belle couleur d'aigue-marine, 
& prennent, au fommet de Taile, une 
teinte violette*, le dernier rang de ces 



^- Voyei les planches enîuminëes, /;.° 290, ji^. 2. 

(aj Tangara fhpernè ffleiididè nigra, infernè alho- 
fiapicans , lateralibus nigro & caruleo maculatis ; ca- 
j)ite, collo inferiore y peâtore & uropygio cceruleis ; 
reBricibus fphudidè ingris» . . . Tangara Cayaiitnfis 
aernka. Briflbn, Oruithol, tome III, page 6. 

Black and blm tit-moufe, &c, Méfaiige noire & 
bieue. Ediç. Glan. page 292, avec vme bonne 
figure (2 oloïiéQ j planche 350. 



des Tangaras. 383 

petites couvertures eft noir terminé de 
hîeu- violet, lès pennes des ailes font 
noires , les grandes ( la première excep- 
tée ) font bordées extérieurement de 
vert jufquà environ la moitié de leur 
longueur , les grandes couvertures font 
noires, bordées extérieurement de bleu- 
violet 5 les pennes de la queue font noires, 
bordées légèrement à l'extérieur debleu- 
violet jufqu'auprès de l'extrémité *, l^. 
première penne de chaque côté n'a pas 
cette bordure, elles font toutes grifes 
en deifous *, une légère couleur jaune 
couvre la poitrine & le ventre, dont les 
côtés , ainfi que les couvertures des 
jambes, font femés de plumes noires , 
terminées de bleu-violet & de quelques 
plumes jaunâtres tachetées de noir. 

Nous avons cru devoir donner la 
defcription exacte des couleurs prifes 
fur Toifeau vivant, parce qu'elles font 
différentes de celles de \r planche enlu- 
minée n.^ 2po j fig. 2 _, qui n'a été 
peinte que d'après un oifeau mort 5 on 
lut a donné dans cette planche la déno- 
ininatton de tangara tacheté de Cayenne. 

Sa longueur totale eft de cinq pouces 



384 Hijloire Naturelle 

& demi", le bec a fix lignes de long -, îa 
queue , un pouce dix lignes , elle dépafle 
les ailes pliées d'un pouce. 

On le trouve à la Guyane 5 où il n'efl 
pas commun , & nous ne favons rien du 
tout de fcs habitudes naturelles. 

M. Briffon a penlé que cet oifeaii 
étoit le même que le teoauhtototl de 
Fernandès*, mais Fernandès dit feule- 
ment que cet oifeau eft environ de Li 
grandeur d'un moineau, qu'il a le ho^c 
court 5 le deffus du corps bleu, & le 
defîbus d'un blanc jaunâtre avec les ailes 
noires. Il n'eft guère poffible, d'après 
une defcription aufïï incomplète , de 
décider fi le teoauhtototl eft le même 
oifeau que le diab h- enrhumé. Au rcfte, 
Fernandès ajoute que le teoauhtototl 
vit dans les campagnes & fur les mon- 
tagnes de Tet^ocan au Mexique, qu'il 
eft bon à manger , qu'il n'a pas un chant 
agréable , & qu'on ne le nourrit pas 
dans les maifons (b). 

(h) Fernandès , VLï^. nov. Hijjfan. page 52 , 
cap. 198, 

LE FERDEROUX, 



des Tangaras. 385 

' 3 



LE VERDEROUX. 

Seconde efpèce moyenne. 

Nous AVONS APPELÉ cct offeau Verde^ 
roux ^ parce qu'il a tout le plumage 
d'un vert plus ou moins foncé , à Texcep- 
tîon du front qui eft roux des deu^: 
côtés de la tête , fur lefquels s'étendent 
deux bandes de cette couleur, depuis le 
front jufqu'à la naiffance du cou en ar- 
rière de la tête \ le refte de la tête eft 
gris-cendré. 

Sa longueur eft de cinq pouces quatr(3 
lignes 5 celle du bec eft de fept lignes , 
& celle des pieds de huit lignes \ la 
queue neft point étagée, & les ailes 
pliées ne s'étendent pas tout-à-fait jufqu'à 
îa moitié de fa longueur. 

Cette efpèce eft nouvelle *, nous en 
devons la connoiflance à M. Sonini de 
Manoncour 5 mais il n'a pu nous rien 
apprendre àt^ habitudes naturelles de 
cet oifeau, qui eft fort rare à la Guyane, 
& qu'il a trouvé dans les grandes forêts de 
cette contrée. 

OifcauXf Tome VIL îi 



^Î6 Ffiflvlre Naturelle 



^ LE PASSE^ VERT (a). 

Troijième efpèce moyenne. 

r% OUS AYONS DEJA DONNE CCt OlfcaU foUS 

ce même nom de Paffe-ven dans notre 
troiiième Volume, page 4Ç4^ & on Ta 
repréfenté dans la planche enluminée 
n? 2QT ^fig. 2 y fous la dénomination 
de moineau à tête roujje de Cayenne ; 
c'eft cette dénomination qui nous a 
induits en erreur , & qui nous a fait 
Joindre mal-à-propos cet oifeau au genre 
é^s moineaux , tandis qu'il appartient à 
celui des tangaras , c'eft le mâle de Tef- 



'•"' Voyci les planches çîiîuminées ,/;. <3 2-90, p,g, i ; 
y u.^ 291, fig, 2. 

(a) Acanthis amethijîina leucocephalos. Serin ou 
Sauteur. Banère, Franc, cquinox, page 121. 

Tangarapipcrnë virldis , infeniè rufo j grlfio Cd^ru" 
ho & paUidVluteo-aureo confuse mixta; vcrtice rufo; 
gcnis nigris ; colla fuperiore ^ uropygio pallidè luteo 
mireis ; re&ricibus lateralibus interiîis fîipernè nîgrican- 
tihus, , . \ Tangara Cayenenfis yiridis* Briffonj 
pruiplioL tome lll^ page 21, 



des Tangaras. 587 

pcce -, la femelle eft repréfentée dans la 
planche cnlummée 5 /2.^ 2po ^fig. /^fous 
ïa' dénomination de tangaraàtête roujje ; 
ainli, je ne iti'étois trompé que pour le 
mâîe 5 dont voici la defcriptîon plus 
détaiiiée pour les couleurs , quoique la 
planche les repréfente aflez fidèlement, 
mais c'eft' pour faire connoître ici la 
différence des couleurs eritre le mâle & 
la femelle, 

La partie fupérreure de la tête eff:^ 
rouffe, le defi'us du cou, le bas du dos 
&c le croupion 5 font d'un jaune-pâîc' 
doré, brillant comme de la foie crue, 
& dans lequel on aperçoit, félon certviins 
jours 5 une légère teinte de vert-, les 
côtés de la tête font noirs*, la partie fu' 
périeure du dos, les plumes fcapulaires, 
les petites couvertures fupérieures d^s 
ailes & celles de la quc^ue font vertes. 

La gorge eft d\iu gris-bleu -, le refte 
du dcHous du corps brille d'un mélange 
confus de jaune-pâle &ré, ~ie roux &- 
de gris-bleu, & chacune de ce$ couleurs 
devient la dominante, félon les diffé- 
rens jours auxquels 1 oifeau ^il expofé ; 
les pennes des ailçs & de la queue font" 

Rij 



388 HiJIoire Naturelle 

brunes avec une bordure plus ou moins 
large d'un vert-doré (bj. 

La femelle diffère du mâle en ce 
qu'elle a le deffus du corps vert, & le 
deflous dun jaune-obfcur avec quelques 
reflets verdâtres. 

Ces oifeaux font très - communs à 
Cayenne, où les Créoles leur ont donné 
ie nom de dauphinois ^ que nous enflions 
adopté II nous n'avions employé précé- 
demment celui de pajfe-vert ^ croyant 
que cet oifeau étoit un moineau ou 
pajjereau vert ; il n'habite que les lieux 
découverts , & s'approche même des 
habitations-, il fe nourrit de fruits, & 
pique les bananes & les goyaves qu'il 
détruit en grande quantité 5. il dévafte 
auffi les champs de riz dans le temps de 
îa maturité-, le mâle & la femelle fe 
fuivent ordinairement , mais ils ne volent 



(h) Dans quelques individus, ïe roux du fom- 
met de ia tête defcend beaucoup pîus bas fur fe 
cou; dans d'autres, cette couleur s'étend d'une 
part fur ia poitrine & ie ventre, & de l'autre, fur 
îe cou & tout ie deffus du corps , & ie vert d©8 
plumes dçs aiies eft changeant en biçu. 



des Tangaras. 389 

pas par troupes , feulement on les 
trouve quelquefois en nombre dans les 
rizières. Ils n'ont ni chant ni ramage, 
mais un cri bref & aigu. 

LE P ASSE-FERT 

A TETE BLEUE ^ Fauété. 

L'on trouve , dans la Colleâion aca- 
démique 5 une defcription dun tangara 
qui paroît avoir beaucoup de rapport 
avec le paflc-vert. Cet oifeau a, félon 
M. Linnxus , le devant du cou , la poi- 
trine & le ventre d\m jaune-doré , le 
dos dun jaune -verdâtre -, & les ailes 
& la queue vertes , fans mélange 
de Jaune , mais ce tangara diffère du 
paife-vert par fa tête qu il a d'un bleu 
très-vif^. 

^ Coîîedion académique , jpartit étrangère , 
tome IF. Académie de Suède. Defcription d*uiî tan- 
gara ;, par M. Linnaeus, /;a^e 59, ^ pi. 3, 

Rii] 



55)0 Hijîoire Naturelle 

""LE TRICOLOR(a). 

Quatrième efpcce moyenne. 

La planche enluminée 5 72.® j>j 3 repré- 
iente deux olfeaux fous les noms de tan- 
gara varié à tête verte de Caycnne^fig. r j 



^ Kqyq les planches enluminées, z/.*^ 335 f,g, 1 
B 2. 

faj TaNgara viridi-lutefcens ; plumulis hafîm roflri 
ambieutibus , doîfo fnpremo & gutture infimo fplen- 
didè iiigris ; capite viridi-beryllino ; collo fuperiore 
piridi , ad aureiim colorem vergente ; collo iuferiore Ô* 
jje&ore acruhû-beryllinis ; dorjh înfimo & uropygiff 
lurco-aurainiis ; vedtncibus quatuor intermediis vigm- 
virefcentibus , quatuor utrimque extîmis nigris, omiii- 
èus exteriùs d'ilutè virîdi marginatis, binis intermediis 
jnaculâ caruleo-violaceâ exteriùs versus apicem iiota- 
ïis, , . . Tangara Cayanenjis varia chlorocephalos. 
Briflbn , OrnithoL fupplément , page 59 ; & pi. 4.^ 
fig. I. — Tangara diluîè viridis , yluimdis bafim 
Tojlri ambientibus & dorfo fnpremo /plendidè nigris ; 
fyncipite viridi-beryllino ; capite fuperiore 6* gutture 
Cicruleo-violaceis ; genis tf collo fuperiore rubro-auran- 
tiis; taniâ tranfversâ in alis aurantiâ ; rccfricibus qua- 
tuor intermediis obfcnrè viridibus , quatuor utrimque 
extimis nigris, omnibus exteriùs dilutè viridi mMrgiua- 
tis. . . . Tangara Cayanenfs varia cyanocephalos^ 
^lèid. page 62 , pL 4> fig. 2. 



des Tangaras. 591 

& de tangara varié à tête bleue de Cayennej 
fie' ^ •> ^^ ^^ow^ paroilTent ne faire qu'une 
variété dans la même efpcce, & peut- 
être une Tmiple différence de fexe 5 puif- 
que ces deux oifeaux ne diffèrent guère 
que par la couleur de la tête, qui dans 
Tun eft verte, & dans Tautre eft bleue, 
& par le deffus du cou qui eft rouge 
dans Tun , & vert dans Tautre. 

Nous ne connoiflons rien des habi- 
tudes naturelles de ces tangaras , qui 
tous deux nous font venus de Crycnne , 
où cependant M. Sonini de Manoncouc 
ne les a pas vus. Nous avons donné à 
cette efpèce le nom de tricolor ^ parce 
que les trois couleurs dominantes du 
plumage font le rouge , le vert & le bleu , 
& toutes trois fort éclatantes. 

On voit 3 dans le cabinet de M. Aubrf, 
Curé de Saint-Louis , ce tricolcr à tête 
bleue bien confervé^ auquel on a donné 
le nom de pape de Magellan ; mais il 
n'eft pas trop croyable qu*il vienne en 
effet des terres votfmes de ce détroit, 
puifque ceux qui font au Cabinet du Roi 
font venus de Cayenne. 

Riv 



39 2 Hijloire Naturelle 



LE G RI S'O L I VE: 

Cinquième efpèce moyenne. 

JNou s NOMMONS ainfî cet oJfeau parce 
qu'il a le deflous du corps gris, & le 
deffus de couleur d'olive. La planche 
enluminée > n.^ 7^4 ^fig^^^ /^lerepré- 
fente exactement , il y eft dénommé 
tangara olive de la Louijiane ^ mais il fe 
trouve à la Guyane auffi-bien quà la 
Louifiane. Nous ne favons rien de Tes 
habitudes naturelles. 



^ Foyei les pianches eniuminéeSj tu^ 714^ ^^. i. 




des Tangarâs. 353 

''LE SEPTICOLOR(a). 

Sixième efpèce moyenne. 

JNous APPELONS Septîcolor cette efpccc 
de tangara parce que fon plumage eft 
varié de fept couleurs bien diftinftes , 



** ^oye^ îes planches enluminées, /7.^ '] ^ fg. i; 
^ ;/.^ 127 jflg. 2. 

fa) Taugara prima Brafilienfibus, Marcg, Hijî* 
X^at, Braf, page 214. 

Tangara prima Brafilienfibus, Jonflon, Avium , 
page 47. 

Taugara prima BrafiUcnJibus Marcgravii, Wîliugh» 
Ornith. page 177. 

Tangara prima Brafdienfihus Marcgravii. Ray 5 
Syn. Amnm, page 84, wP 13. 

Tangara fupernè fplendidè nigra , infernè heryllum ; 
nropygio flammeo; capite fuperiîis & ad latere viridi; 
collo inferiore cczrnleo-violaceo ; remigibus majoribus 
axteriàs c<enileo-piolaceis , interius ni gris ; minoribus cf 
rzctricihus fpkndidè nigris. . . . Tangara. Brifibn , 
OrnithoL tome lïl, page 3 ; & pL i, fig. i. 

Tit-moufe of Paradife , méfange du Paradis, 
Edwards, Glan. page 289-, pi. 349. 

Tangara de Cayenne. Saleme, Oxmxhol. page 250. 

Les créoles de Cayenne appellent cet oiieau , 
d'Os rougd & oifeait épinard ; quelques Oifeleurs iuî 
ont donné en France le nom de Pavcvu 

R 7 



3 94 HiJIolre Naturelle 

dont voici I enumération : un beau vert 
fur la tète & fur les petites couvertures 
du defius des ailes , du noir velouté fur 
les parties fupérieures du cou & du dos , 
fur les pennes moyennes des ailes & 
fur la face fupérieure des pennes de la 
queue , du couleur de feu très-éclatant 
fur le dos , du jaune orangié fur le crou- 
pion -, du bleu-violet fur la ^orge 5 la 
partie inférieure du cou &: les grandes 
couvertures fupérieures des ailes *, du 
•gris - foncé fur la face inférieure de la 
queue , & enfin du beau vert-d'eau oh 
couleur d'aigue-marine fur tout le def- 
fous du corps depuis la poitrine. Toutes 
ces couleurs font évidentes, même bril- 
lantes & bien tranchées , elles ont été 
mal mélangées dans les planches enlumi- 
jnées qui ont été peintes diaprés des oi- 
feaux aifez mal confervés. Le premier 
que Ton a repréfenté , /?/. J^fig^ i y fous 
le nom de tangara j étoit im oifeau féché 
au four, qui venoit du cabinet de M. de 
Réaumur , les gens qui avoient foin d» 
ce cabinet, lui avoient a]outé une queue 
étrangère, & c'eft ce qui a trompé nos 
peintres. Le fécond qui cft repréfenté^, 



des Tangaras. 39^ 

planche I2y, figure 2 ^ fous le nom de 
tangara du Brejll ^ eft un peu moins 
défeâiueux, mais tous deux ne font que 
le même oifeau afîez mal repréfenté •, 
car 5 dans la Nature, ceft le plus beau, 
non-feulemcnt de tous ies tangaras 3 
mais de prefque tous les oifeaux connus» 

Le fepticolor jeune n'a pas fur le dos 
le rouge vif qu'il prend lorfqu'ii eft 
adulte 5 & la femelle n'a jamais cette 
couleur; le bas du dos eft orangé comme 
le croupion, & en général fes couleurs 
font moins vives & moins tranchées 
que celles du mâle \ mais on remarque 
des variétés dans la diftribution des cou- 
leurs 5 car il y a des individus mâles 
qui ont ce rouge vif fur le croupion 
auiîî-bien que fur le dos , & Ton a vu 
d'autres individus ^ même en affez grand 
nombre, qui ont le dos & le croupion 
entièrement de couleur d'or. 

Le mâle & la femelle font à peu^ 
près de la même grandeur ♦, ils ont cinq 
pouces de longueur; le bec n'a que iîx 
lignes 5 & les pieds huit lignes , la 
gueue eft un peu fourchue, & les ailes 

Rvj 



3 9^ Uijloire Naturelle 

pliées s'étendent jufque vers la moitié de 
la longueur. 

Ces oifeaux vont en troupes nom- 
breufes 5 ils fe nourriflent de jeunes fruits 
à peine noués 5 que porte un très-grand 
arbre de la Guyane , dont on n'a pu 
nous dire le nom-, ils arrivent aux envi- 
rons de nie de Cayenne*, lorfque cet 
flrbre y eft en fleurs , & ils difparoilTent 
quelque temps après, pour fuivre vrai- 
leniblablement dans l'intérieur des terres 
la maturité de ces petits fruits \ car c'eft 
toujours de l'intérieur des terres qu'on 
îes voit venir. C'eft ordinairement en 
feptembre qu'ils paroiffent dans la partie 
habitée de la Guyane, leur féjour eft 
d'environ fix femaines, & ils reviennent 
en avril & mai attirés par les mêmes 
fruits qui mûrifrent alors*, ils n'abandon- 
nent pas cette efpèce d'arbre , on ne les 
voit jamais fur d'autres ', auffi lorfqu'un 
de ces arbres eft en fleurs 5 on eft pref- 
que affuré d'y trouver un nombre de 
ces oileaux. 

Au refte, ils ne nichent pas pendant 
leur féjour dans la partie habitée de k 



des Tangaras. ^c^y 

Guyane. Marcgrave dit qu'au Bréfil on 
en nourrit en cage 5 & qu'ils mangent de 
la farine & du pain (b). Ils n'ont point 
de ramage, leur cri eft bref & aigu. 

On ne doit pas rapporter à refpcce 
du fepticolor celle de Toifeau Talao j 
comme l'a fait M. Briflon (c) ^ car la 
defcrîption qu'il a tirée de Séba, ne lui 
convient en aucune façon, ce Le talao, 
dît Séba 5 a le plumage joliment ce 
mélangé de vert-pâle , de noir 5 de ce 
jaune & de blanc*, les plumes de la ce 
tête & de la poitrine 5 font très-agréa- ce 
bîement ombrées de vert-pâle & de ce 
noir*, il a le htc^ les pieds & les doigts ce 
d'un noir de poix (d). r> D'ailleurs ce 
qui prouve démonftrativement que ce 
n'eft pas le même oifeau , c'eft ce qu'a- 
joute œt Auteur, qu'il eft très-rare au 
Mexique, ce qui {iippofe qu'il ne va pas 
par troupes nombreufes, tandis que le 
fepticolor voyage & arrive en très-grand 
- nombre. 



(b) Marcgrave, Eifl. Nat, Brafil. page 2*4. 

(c) Ornithol. tome III, page 3. 

(d) Séba, ro/72e I, page 96, //.^ 6'^ ^ pL 60 y 



3 98 Uijloire Naturelle 

LE T ANGARA BLEU.^ 

Septième efpèce moyenne. 

Nous AVONS INDIQUÉ ctt oifeaii fous 
cette dénomination dans nos planches 
enluminées^ n.^ ^ S S :> fig* ^. II a en effet 
in tête , la gorge & le deflbus du cou 
d'une belle couleur bleue*, le derrière 
de la tête , la partie fupérieure du cou , 
le dos 5 les ailes & la queue noires*, les 
couvertures fupérieures des ailes noires 
& bordées de bleu*-, la poitrine & le 
refte du deffous du corps d'un beau 
blanc. 

En comparant ctt oîfeau avec ceîuî 
que Séba a indiqué fous le nom de moi^ 
neau d'Amérique (a) ^ il nous a paru 
que c'étoit le même 5 ou du moins que 
ce ne pouvoit être qu'une variété de fexe 
ou d'âge dans cette efpèce, car la def- 
cription de Séba ne préfente aucune 

un — . ' ' " .11. .a 

* Voyz\ ^es planches enluminées, vP i55?/^- i- 
(a) Pajfcr k-inerkaiiuô, Séba^ tojna I, ^a^t ^04, 
9^ 3- 



Fù^XJU.paç, 3i^, 




J'^ Mansard J-c 



LE PETIT TANGARA. 



des Tanmras. 399 

différence fenfible : M. Briffon ayant 
apparemment trouvé la dcfcription de 
cet Auteur trop imparfaite Ta amplifiée, 
mais 5 comme il n'a pas vu cet oifeau 5 & 
qu'il ne cite pas ceux qui peuvent lui 
avoir donné connoilîance des caractères 
qu'il ajoute, nous n'avons pu établir 
aucun jugement fur la vérité de cette 
defcription (b ) ^ & nous nous croyons 
bien fondés à regarder ce moineau de 
Séba comme un tangara, qui reffemble 
beaucoup plus à celui - ci qu'à tout 
autre. 

Au refte, cet oifeau de Séba lui avoit 
été envoyé de la Barbade, le nôtre eft 
venu de Cayenne, &: nous ne favons rien 
de (ts habitudes naturelles^ 



fb) Tan gara pi£ crue fpl^ndidè rugra, inftrnè alla"; 
iCaj)ite & x:oflo iifferiore & pérore ca:ruUis ; teHricibus 
cau(l(je fapcriorihus faturatè viridibus ; remigibas , reStrh- 
cibufque fpkndidè nigris oris exterioribus dilutè piirpu--^ 
reis . . . Tangara Barbaden/ïs cœrulca* Briffon j 
Oniith, tome III ^ page 8. 



H*^^^^ 



400 Hifioire Naturelle 

LE TANGARA A gorge noire.^ 

Huitième efpèce moyenne. 

vxETTE ESPÈCE cft nouvcIIe , on le trouvc 
à la Guyane, d'oii il a été apporté par 
M. Sonini de Manoncour. 

li a la tête &: tout le deflus du corps 
d'un vert-d'olive -, la gorge noire ', la 
poitrine orangée -, les côtés du cou & 
tout le deffous du corps d'un beau jaune: 
les couvertures fupérieures des ailes, 
les pennes des ailes & delà queue brunes 
j&L bordées d'olivâtre , la mandibule fu- 
périeure du bec noire, l'inférieure grife 
& les pieds noirâtres. 



, * Voyei îes pîanches enkiminées , n,^ 720 j/i^^. 1 5 
fôus ia dénomiacition de Tarigara olipe. 



%J^ 



des Tangaras. 401 

I 

LA COIFFE NOIRES 

neuvième efpèce moyenne. 

La longueur totale de cet oîfeau, efl 
de quatre pouces dix lignes, fon bec eft 
noir & a neuf lignes de long', tout le 
deflbus du corps eft blanc légèrement 
varié de cendré *, le deffus de la tête eft 
d'un noir luftré qui s'étend de chaque 
côté du cou 5 par une bande noire qui 
tranche fur le blanc de la gorge, ce qui 
donne à Toifeau lair d'être coifié de 
noir 5 les pennes de la queue ne font 
pas par étage & ont toutes vingt-une. 
lignes de longueur^ elles dépaffent d'un . 
pouce les aiTes pliées , le pied a neuf 
lignes de long. 

Le tijepiraîiga de Marcgrave (a)j dont 



^ Voyei les planches enluminées, //.^ 72Q , j%. 2, 
fous la dénomination de Tangara à coiffe noiie dt 
Cayenne, 

(a) Tijepiranga alia Brafilicnfibus, Marcg, H/7?« 
l^at» Braf. pcige 192. 



40 2 HjJÎGire Naturelle 

M. Briflon a fait (on tangara cendré dit 
Bréjil (b) j reflembleroit parfaitement à 
cet oifeau, lî Marcgrave eût fait men- 
tion de cette couleur noire en forme de 
coiffe, ce qui nous fait préfumer que 
celui dont nous venons de donner la 
defcription eft le mâle. Se que le tijepi- 
ranga de Marcgrave eft la femelle. 

Au refte 5 on le trouve dans les terres 
-de la Guyane comme dans celles du 
Bréfîl, mais on ne nous a rien appris de 
fes habitudes naturelles. 



Tijepiraiiga alla Brajilieufibus, Jonilon , ApL 

Pajferis Americani , tijepiraiiga^ Brafilieii/ièiis alla 
fpecies Marcgravii. Wiilughby, OrnithQL page 184. 

Tijepirangd Brafilienfibus alla fpccies, Ray, Syn, 
Apî. page 89, n.^ i. 

(b) Tangara cinereo-delurefceus ; collo infer'iore & 
ventre albis ; alis ad thdaffiiuim colorent pergentibus ; 
-re&ricibus ciiiereo-ccerulefientibus. . . , Tangara Bra- 
Jîlienjis cinerea, Brillbn , OrnithoL tome 1 1 1 , 
page 17, 



des Tan garas. 40,5 



PETITS TANGARAS. 

Les Tangaras de moyenne grandeur 
dont nous venons de faire Ténumération, 
ne font en général pas plus gros qu'une 
linotte, ceux dont nous allons donner la 
defcription font encore fenfiblement plus 
petits 5 & il y en a qui ne font pas plus 
-gros qu'un Toitelet. 




404 HlJIoire Naturelle 



^ LE ROUVERDIN (a). 

Première petite efpèce. 

vjE NOM que nous lui avons donné, in- 
dique 5 pour ainfi dire , toute la defcrip- 
tion des couleurs de Toifeau , car il a le 
corps entièrement vert avec la tête roufle , 
feulement il a fur la poitrine une légère 
couleur bleue avec une tache jaune fur 
le haut de Taile, 



'^' Voyei îes planches enluminées, w.° i^^y fig» 2, 
fous îa dénomination de Tangara du Pérou. 

(a) Friugillago virîdis capite rubro. Red /leaded 
^reen jïnch, Edwards, Hifl. ofBirds , page 23. 

FringUia pe&ore ca^ndeo, Klein , Ji^i. page 98 , 
îi.° 12. 

Fringilla viridis capite rubro collari flavo y pe&ore 
££ruleo. . . . Fringilla gyrola.hinudtwSj Syfi, Nat, 
éd. X,G. 98, Sp. 12. 

Tangara fplendidè viridis, infernè aeruleo fphndeuti 
variegata ; capite fplendidè caflaneo five obfiurè rubro ; 
macula in alis luteâ, cruribus dilutè fulvis ; remigibus , 
re&ricibufgue lateralibus interiiis fufcis, . . . Tangara 
Perupiana viridis, BrifTon ^ QrinthoU tome 1 1 Ij 
page23,pl. 4,fig, ï. 



des Tan garas. 405 

Cette efpèce de tangara fe trouve dans 
plulieurs contrées de l'Amérique méri- 
dionale 5 au Pérou (b)^ à Surinam (c)jy à 
Cayenne •, il paroît même qu'il voyage , 
car on ne le voit pas aux mêmes endroits 
dans tous les temps de Tannée. II arrive 
dans les forêts de la Guyane deux ou 
trois fois par an , pour manger le petit 
fruit d'un grand arbre fur lequel ces oi- 
feaux fe perchent en troupes , & enfuitc 
ils s'en retournent apparemment dès que 
cette nourriture vient à leur manquer; 
comme ils font affez rares , & qu ils fuient 
conftamment tous les lieux découverts & 
habités, on ne les a pas affez bien ob- 
fervés pour en favoir davantage fur leurs 
habitudes naturelles. 



(b) BrifTon, OrnithoL tonie III, page 25. 
(s;j Edwards, Hifl, ofBirds, page 23. 



4o6 Hijloire Naturelle 



msassKassmBBmmrPtrmi 



LE C YA C O U,^ 

Seconde petite efpèce. 

L'on peut regarder le Tangara tacheté 
des Indes (a) y des planches enluminées, 
n.^ 1^3 ^fig' I i & le tangara de Cayenne j. 
nJ^ jo T ^Jzg. I y comme deux oifeaux de 
même efpèce 5 qui ne nous paroiflent dif- 
férer que par le fexe *, mais ils nous font 
trop peu connus pour décider abfolument 
fur cette identité: nous préfumons feu- 
lement q^Q celui de ces oifeaux qui a \6 
ventre blanc eft la femelle 5 &• que celui 
qui la vert eft le mâle. 

"^ Voye\ îes planches enluminées, iiS^ 133 5 i^^ i J 
6* //.° 301 , auffi ^^«re 1. 

(a) Spottcd greautit-moufe, Méfange verte tache- 
tée. Edw. Glaiî. page iio, avec une figure colo- 
riée , j7/«/7C/^e 262. 

Tangara fuperiiè vîridis , fufcis maculis varia, in^ 
fernè albidâ, viridi ^ liiteo mixta ; collo inferlore Ef 
pe&ore maculis fufcis variegatis ; uropygio penitùs vi- 
ridi 6* immaculato ; remigiùu^s , re&ricibujqiie fufcis , 
oris exterioribus uiridibus, ... Tangara viridis In- 
dica pundtulata. Briflbn, Ornith, tomç III , page 19; 



des Tangaras. 40 7 

Dans h planche enluminée 72.° / 7^ _, 
il auroit fallu ajouter occidentales au mot 
Indes y & non pas orientales ^ comme 
la fait M. Briflon (h)^ parce que cet 
oifeau eft certainement de TAmérique 
méridionale. 

Nous donnons à cette cfpècc le nom 
de fyacou _, par contraction de fon non% 
J3ralilienyiy^co^ (o)y car nous ne dou- 
tons pas que cet oifeau , que M. Briifon 
indique lous le nom de tangara varié 
du Bréjil j^ ne foit encore le même que 
celui-ci. 

Ces deux oifèaux nous font venus de 
Cayenne;, où ils font aifez rares. 



(b) Ornithologie , tome ITT, page 20. 

(c) Sayacu BrafiLlenfibus, Marcgrave, Hljî. Nat* 
Braf. page 193. 

Sayacu Brafilienfibus, Jonfton , Avi, page 132. 

Sayacu BrafiUeufibus Marc^ravii, Wiilughbyj^ 
Ornit/u page 188. 

Sayacu Brafilienfibus Marcgrauii, Ray , Syn. jivl* 
page 89, n.^ 3. 

Tangara in îoto corpore è cinereo & thalafflno 
mixta , fupernè fplendidiiis y infernè non ita fphndidè,,,» 
Tangara BrafiUenfis varia, BrilTon, Ornidu îome III , 
page 18. 
. Sayacu. Saîerne, OnnthoL page 273, n.*^ 3*; 



4o8 Bijloire Naturelle 

g 

rORGANISTÈ^ 

Troijième petite efpece. 

JL'oN A DONNÉ 5 à Saint-Domingue 5 le 
nom d'OrganiJie à ce petit oifeau, parce 
qu il fait entendre fucceflivement tous 
les tons de Todave en montant , du 
grave à laigu. Cette efpèce de chant, qui 
uippofe dans Toreille de Toifeau quelque 
conformité avec Torganifation de Toreillc 
humaine, eft non-feulement fort fîngu- 
lière , mais très-agréable. M. le chevalier 
Fabre Deshayes 5 nous a écrit qu'il exifte 
dans la partie du fud , fur les hautes mon- 
tagnes de Saint-Domingue , un petit 
oifeau fort rare & fort renommé , que 
Ton y appelle mujicierij & dont léchant 
peut fe noter : nous préfumons que ce 
muficien de M. Deshayes eft le même 
que notre organifte , cependant nous 
doutons encore que le chant de cet 



* V^oyei les planches enluminées, nP 809, J%. !• 

oileaii 



des Tangaras. 409 

olfeau imite régulièrement & conftam- 
ment les fons îucceffifs de Todave de 
nos lens muiicaux , car nous ne l'avons 
point eu vivant", il m'a été donné par 
M. le comte de Noc , qui Tavoit rapporté 
de la partie Elpagnole de Saint-Domin- 
gue ) où il m'a dit qu'il étoit fort rare 
& très-difficile à apercevoir & à tirer, 
parce qu'il cft défiant & qu'il fait fc 
cacher *, il fait même tourner autour 
d'une branche à mefure que le chafleur 
change de place, pour n'en être pas 
aperçu-, en forte que fouvent, quoiqu'il y 
ait plufieurs de ces oifeaux fur un arbre, 
^n ne peut en découvrir un feul, tant 
ils font attentifs à fe mettre à couvert* 

Sa longueur efl: de quatre pouces *, foa 
plumage eft bleu fur la tête & le cou; 
-noir changeant en gros bleu fur le dos , 
-les ailes & la queue ^ & jaune-orangé 
fur le front , le croupion & tout le 
deffous du corps. Cette courte defcrip- 
tion fuffit pour le faire reconnoître. 

On trouve 5 dans l'Ouvrage de M. le 
Page Dupratz (^i2y) ^ la defcription d'uu 

(a) Hiftoire de ia Louifianc, toinc II , pa^^ù 140, 
Oifeaux ^ Tome rH% S 



41 o Hijloire Naturelle 

petit oifeau qu il appelle Yévêque ~ SE 
que nous croyons être le même que notre 
organifte : voici le paffage de cet Au- 
teur, ce L'évêque eft xin oifeau j)Ius petit 
9> que le ferin , fon plumage eft bleu 
9> tirant fur le violet -, on voit par-là 
7-> l'origine de fon nom (Tévêque). Il fe 
0^ nourrit de plufieurs fortes de petites 
v> graines, entre autres de Widlogouil 
30 & de choupichoul , efpèce de millet 
D3 naturel au pays. Son gofier eft fi 
» doux 5 fes tons fi flexibles , & fon ra- 
3D mage fi tendre , que lorfqu'unc fois 
3> on Ta entendu, on devient beaucoup 
3t plus réfervc fur Téloge du rolïignoL 
95 Son chant dure lefpacc d un mifererc ^ 
9> &, dans tout le temps ,11 ne paroît pas 
vi reprendre haleine , il fe repofe enfuite 
ofi deux fois autant pour recommencer 
3:> auflî-tôt après -, cette alternative de 
chant & de repos dure deux heures. » 

Quoique M. Dupratz; ne dife pas 
que fon oifeau fafîe les fept tons de 
Todiave, comme on l'avance de l'orga- 
nifte , nous nous croyons néanmoins fon- 
dés à le regarder comme le même oi- 
/e^U| car d'abord ils fe r^eiTibient par 



des Tangaras. 4 1 1 

îes couleurs & par la grandeur, furvant 
Ta defcriptioii *, & , en fécond lieu , on ne 
peut comparer le fien pour le chant 
qu'avec le fcarlatte, qui eft tout rouge 
& deux fois plus grand -, & iî on veut 
le comparer à larada, dont le chant eft 
fi beau, on trouvera la même différence 
pour les couleurs , car Tarada eft tout 
brun. Il ne refte donc que Torganiftc 
auquel on doive rapporter cet oifeau 
évêque de la Louifiane, & le détail des 
habitudes naturelles donné par M. Du- 
pratz doit lui appartenir *, ce qui paroît 
indiquer que cet oifeau , qui ne fe 
trouve à Saint-Domingue que dans \^ 
partie Efpagnole, habite aufîi quelques 
contrées de la Louifiane. 




Sij 



4 1 2 HiJIôire Naturelle 

gBMMHWBIMMWMa MU l «■ ■■( ■■■M ■■ — W HUW I J I i ■■. ■. [ ■W IIW IIJIW — — »aW| 

^ L£ JACARINI (a). 

Quatrième petite efptce. 

v>ET OISEAU a été nommé Jacarini par 
les Brafiliens. Marcgrave , qui en fait 
mention 5 ne nous a rien tranfmis fur fes 
habitudes naturelles *, mais M. Sonini de 
Manoncour qui Ta obfervé à la Guyane ^ 
où il eâ fercs-commun , nous apprend que 
ces oH^ax fréquentent de préférence 
les terreins défrichés & jamais les grands 



*^' Foyei ies planches enluminées, w.° 224 ^ 
fous îa dénomination de Moineau de Cayenne, 

(a) Jacarini Brajilienjihus, Marcgrave , Hijî. Nat. 
Braf. page 210. 

Jacarini BrafiUenfibus, Jonfton, Avi, page 144. 

Carduelis Brafiliana jacarini Marcgravio, Wiiiugho 
Qrnith, page 190. 

Jacarini. Edwards , Qlaiu page 202 , avee une 
Sgure peu exade, planche 306. 

Tangara nigra , chalybis poUti colore refplendens ; 
ndtricibus alarum inferioribus albicantibus ; reStricibu:. 
vigris , chalybis politi colore refplendentibus. . . 
Tangara Brajiiienfis lugrûo Briflop ^ Ornitlu tomc II J 
■page 28,' 



des Tangams. 4 1 j 

îboîs -, lis fe tiennent fur les petits arbres , 
& particulièrement fur ceux de café, & 
ils fe font remarquer par une habitude 
très-fingulière ', c'eft de s'élever à un 
pied ou un pied & demi de hauteur 
verticalement au-deffus de la branche 
fur laquelle ils font perchés , de fe 
îaifler tomber au même endroit, pouf 
fauter de même toujours verticalement 
plufîeurs fois de fuite \ ils ne paroilTent 
interrompre cette fuite de fauts que 
pour aller fe percher fur un autre arbrif- 
feau, & recommencer à fauter fur leur 
branche : chacun de ces fauts eft accom- 
pagné d'un petit cri de plailîr , & leur 
queue s'épanouit en même temps , il 
femble que ce foit pour plaire à leur 
femelle, car il n'y a que le maie qui fe 
donne ce mouvement, dont fa compa- 
gne eft témoin, parce qu'ils vont tou- 
jours par paires , elle eft au contraire 
aflez tranquille , & fe contente de fau- 
tiller comme les autres oifeaux. Leur 
nid eft compofé d'herbes sèches de 
couleur grife, il eft hémifphérique fur 
deux pouces de diamètre *, la femelle y 
dépofe deux œufs elliptiques, ïongs de 

S iij 



414 Hijioire Naturelle 

fept à huit lignes, & d'un blanc-ver- 
dâtre femé de petites taches rouges qui 
font en grand nombre, & plus foncées 
vers le gros bout, qui en eft prefc[ue 
entièrement couvert. 

Le jacarini eft aifé à rcconnoîtrc par 
fa couleur noire & luiiante comme de 
Tacier poli *, elle eft uniforme fur tout 
fon cor]\s, & il ny a que les couver- 
tures intérieures des ailes qui foient 
•blanches dans le mâle, car la femelle eft 
entièrement grife, & diffère fi fort du 
mâle par la couleur , qu'on pourroit la 
prendre pour un oifeau d'une autre ef- 
pèce -, néanmoins le mâle devient auffi 
tout gris dans le temps de la mue , en 
forte qu'on trouve de ces oifeaux mêlés 
de gris & de noir , ou de noir & de 
gris plus ou moins, félon qu'ils appro- 
chent ou qu'ils s'éloignent du temps de 
leur mue. Les planches enluminées les 
repréfentent dans leur grandeur naturelle* 






des Tangaras. 4 1 j 

* L £ TE I T È (a). 

Cinquième petite efpècc. 

vj'est le nom que porte cet oifeaiî 
dans fon pays natal au BréfiU où Marc- 
grave eft le premier qui Tait obfervé^r 



* Voyei les pîanches enluminées, /;.° ii^^pg, i 
& 2. 

(a) Teitei Brajïlienjihiis ; qudm tiîam vocant Gui" 
mnhemgera & guranndi, Marcgrave , Hijl, Nat. Braf. 
page 212. 

Guranlm - engera^ J. de Laet. Hiftoire du nouveau 
Monde , page 557. 

Teitei Byafilienfihus ; quam etiam vocant , Guiran- 
hemgera & guranndi, Jonfton, Ai^i» page 145. — " 
Guranhce-engeva. Ibid. page T25. 

Teitei Brafiiienfièus ; quam etiam vocant, GuiraU" 
hemgera & guraundi Marcgravii. Wiîlughby , Onn^ 
thol. page 194. 

Teitei Brafilienfihns ; quam etiam vocant Guiran^ 
hemgera 6* guraundi Marcgravii. Rtiy^ Syn. Avi, 
page 92, n.^ 12. 

Golden tit moufe , Méfange dorée. Edwards,^ 
Gian, page 112, avec une figure coloriée,/?/. 263. 

Fringilla violacea, fronte fubtufque flavijfuna. . . • 
Fringilla violacea. LinnsÊUS^ Syjï. Nat, éd. X, 
page 182. 

S iv 



41(3 Hijloire Naturelle 

La planche enluminée , n.^ i J4 y fig* 2 ^ 
fous le nom de tangara du Bréfil ^ re- 
préfente exaûement la grandeur & les 
couleurs du mâle. Marcgrave n'a point 
fait mention de la femelle, elle diflère 
JS fort du mâle 5 qu'on pourroit la pren- 
dre pour une autre efpèce , car elle a \t 
deffus du corps d'un vert-d'oiive , \\n 
peu de jaune fur le front & au-deffous 
du bec, & le rcfte d'un jaune-d'olive-, 
ce qui, comme Ton voit, eft fort diffé- 
rent des couleurs du mâle , qui font 
d'un bleu -foncé fur le corps, & d'un 
i3eau jaune fur le Yront , fous la gorge 
& lous le ventre. 



Tangara fupeniè iiigra , ckalyhis politi colore ref- 
j)Iendens , infernè lutea ; fyncipite luteo ; remi gibus 
iiiteri lis prima medictate caudidis ; re&ricibus nigris , 
chalybis politi colore refpkndeutibus , lateralibus inU" 
riiis ultimâ medietate alhls f^Mas^. 

Tangara fupernè viridi-oUvacea, infernè, flai'O oliva- 
cea ; Jyncipite ad flapum inclinante ; gutture cinereo ; 
reâtricibus faturatè cinereis , oris exterioribus viridi-oli- 
vaceis , duabus utrimque extimis interiiis margine albis 
(^faeminay). . . . Tangara Brajîiienfis nigio - lutea. 
Brilfon, OmithoL tome 111, page 31; & pL 2j 
fig. a. 

TûuL Salerne, OrnitL page 290 , n.^ 11. 



des Tan garas. 4 \ 7 

Dans le Jeune oHeau^Ies couleurs font 
un peu différentes , il a le deiius du 
corps olivâtre, femé de quelques plumes 
du bleu-foneé dont il doit devenir, & 
fur le front le jaune n'ell pas encore 
d'une couleur décidée. Les plumes ne 
font que grifes & feulement un peu 
jaunes à la pointe \ & à Tégard du 
deffous du corps, il eft dun auffi beau 
Jaune dans Toifeau jeune que dans 
iadulte. 

L'on remarque les mêmes change- 
mens dans le plumage de ctt oifeau 
que ceux qu'on a obfervés dans Tefpèce 
précédente. Le nid eft auffi fort fem- 
Î3lable à celui du jacarini, feulement il 
eft dun tiiTu moins ferré & compofé 
d'herbes rougeâtres , au lieu que celui 
du jacarini eft tiffu d'herbes grifes. La 
figure première de la planche enlumi- 
née, n.^ i 14 ^ fous le uom de tangara de 
Cayenne j préfente une variété dii 
teité (^hj ; les créoles de Cayenne lui 



(h) Tangara fupernè vigra , clialybis politi colore 
refulgens, inferiiè lutea ; fyncipite luteo ; iiu'werfo collo 
idgro'i rcmigibus intcrius prima medîetate caiididis ; 

Sy 



4 1 8 IJiJîoire Naturelle 

t)nt donné le nom de Peth-louîs^ aufli- 
bien qu'au premier teité , tous deux 
font très-communs à la Guyane , à Suri- 
nam (c)y ainfi qu'au Bréfil (d) ; ils vivent, 
comme le jacarini, dans les terres défri- 
chées qui entourent les habitations \ ils 
fe nourriflent de même des différentes 
efpèces de petits fruits que portent les 
îirbriiîeaux *, ils fe jettent aufli en grand 
nombre fur les plantations de riz , & 
l'on eft obligé de les faire garder pour 
les en chafler. 

On peut les élever en cage , oii ils 
ie plaifent^ pourvu qu'on les mette cinq 
ou fix enfemble *, ils ont le fifflet du bou- 
vreuil 5 & on les nourrit des plantes que 
l'on nomme au Bréiîl paco & mamao (c)\ 



Te&ncibus nigris , chalyhis polititi colore rejplendenti" 
lus, extimâ interius albâ macula injîgr.itâ, . . . , 
Taugara Cayancnfis ingro lutea, Brifibn, OruithQÏ;» 
tome III, page 34; 6- pi. 2, fig. 3. 

(c) Edwards 5 Glati, page 1x2. 

(dj Marcgrave, Hifl. ISJat. Braf. page 2Iî^. 

(ej Marcgrave, Willughby, ^c. 



%^ 



des Tangaras. 4 1 9 

^LE T ANGARA nègre (aj. 

Sixième petite efpèce* 

Vje petit oiseau eft d'un bleu fi foncé 
qu'il paroît parfaitement noir^ & que ce 
n'eft qu'en le regardant de près, que 
l'œil eft frappe de quelques reflets bleus ; 
il a feulement des deux côtés de la poi- 
trine une tache orangée qui eft recou- 
verte par l'aile, & qui ne s'aperçoit pas à 
moins qu'elle ne foit étendue -, de forte 
que, dans fon attitude ordinaire , l'oifeaa 
paroît entièrement noir. 

Il eft de la même grandeur que les 
précédens , il vit dans les mêmes lieux , 



* Voyei les planches enîuminées , r.® 114 , ^%. 3 5 
fous la dénomination de Tavgara de Cayeime, 

(a) Tan^ara nigra, chalybis politi colore refplen-^ 
ddiis ; macula utrimque lu pe Bore lutcâ , ad anrantiiim. 
vergente; teHricibus inferloriùus corpori finitimis fui- 
phureis y nliquis caudldis, Te&rkibus ni gris , Jupernè 
chalybis politi colore rejpleiidentibus. . . . Tangara 
Cayanenfis nîgra. Briffon, 0;/;/^;^. tOIîie IlI^pagC 29^^ 
& pL 2; fig. I» 



4^0 Hljtoire Naturelle 

iïiais il eft beaucoup ' plus rare daïiS fc 

Guyane. 

Voilà tous les tangaras grands 5 moyens 
& petits dont il nous a été poffible de 
eonftater les efpèces-, il refte fept ou 
huit oifeaux donnés par M. Briffon^ 
comme formant des efpèces de ce genre > 
mais, comme il n'a pu les décrire que 
d'après des indications vagues & im- 
complètes d'Auteurs peu exafts. Ton ne 
peut décider s'ils font en eftet du genre 
des tangaras ou de quelqu'autre genres 
nous allons néanmoins en donner Ténu- 
mération. 

I.° Voîfeau des herhes ou Xïuhtototlt 
de Fernandès (h) , qui a tout le corps ; 
bleu 5 femé de quelques plumes fauves > | 
ïes pennes de la queue noires terminées 
de blanc *, le defîous des ailes cendré , & le 
deiTus varié de bleu ^^ de fauve & de noir. 



(h) XîuhtotOîît feu herharum Jvis. Fern. Hifi, 
mv. Hifp. page 39, cap. 120. 

Tangara cyauea y fulvh macidis varia ; alîs fitperiîè 
tyaneo , fuh'O & nigro varkgatis , iufernè ci/iereis ; rec- 
tricibus iiigris apice alhis, , . . Taifgara Cderulea nova 
M'ifpani^, Bnlioiij Oruith. tome Ilî^page 15. 



^ 



des Tangaras. 4 2 t 

ie bec court, un ]:?eu épais & d'un blanc 
rouiîîtrc, les pieds gris. 

Cet Auteur ajoute qu'il eft un peu 
plus grand que notre moineau-franc-, 
qu'il eft très-bon à manger-, qu'on le 
nourrit en cage & que fon ramage n'eft 
pas déiagréable -, il ne nous eft pas pof- 
lîble , d'après cette courte indication , de 
décider fi ctt oifeau eft ou non du 
genre des tangaras, il eft vrai qu'il fe 
trouve au Mexique, & qu'il eft de la 
taille de nos grands tangaras -, mais cela 
ne fuftit pas pour prononcer , comme l'a 
fait M. Brillon , qu'il appartient en eftet à 
ce genre. 

2.^ Voïftau du Mexique de Séba^ 
de la grandeur d'un moineau (c); il a 
tout le corps bleu varié de pourpre , à 



/c) Séba, i^ol. I , page 94. 

Embmy^a Mexicana magiiitudine pajjer'is. Kîeiiî ^ 
/im, page 92, n.^ 8. 

Tangara aernlea cum aliqiià piirpnrei mixturâ ; ocu- 
lorum ambitu & gutture nigricantibus; alis ptpertiè ni- 
gris ; minii colore rariegath ; reâtricibus c^nileis , ali- 
Cjuid purpurei adinixtum habentibus. , . . Tnngara 
Mexicana aeruka, Brifîbn , Omitk, tome lii» 
page 16. 



42 2, Uijloire Naturelle 

Texccption des ailes qui font variées dfe 
rouge & de noir *, la tête eft ronde -, les 
yeux & le jabot font garnis en deiTus & 
en deflous d'un duvet noirâtre *, les cou- 
vertures inférieures des ailes & de la 
queue 5 font d'un cendré- jaunâtre. On met 
cet oifeau au nombre des oifeaux de 
chant (d ). 

Cette indication eft 5 comme Ton voit, 
beaucoup trop vague pour que Ton puifl'e 
décider , comme Ta fait M. Brrflon , que 
cet oifeau eft du genre des tangaras, 
parce qu'il n'a rien de commun avec 
eux, que de fe trouver au Mexique, & 
d'être de la grandeur d'un moineau, car 
îa planche de Séba, ain(î que toutes les 
autres planches de cet Auteur font iî 
imparfaites, qu'elles ne donnent aucune 
idée nette de ce qu'elles repréfentent. 

3.^ Le Gidra 'pcrea du Bréjtl ^ de 
Marcgrave (e); il eft de la groffeur 



(d) Séba, tome I, page 94. 

(e) Giùra-pcrea Brafilknfibm, Marcg. Bifl. Ncit, 
BrafîL page 212. 

Giiira - perça BrafilUufihus* Jonfton , Apium ^ 
page 145, 



des Tangaras. /^i^ 

d'une alouette *, fon bec eft noîr , court 
& un peu épais ', tout le deffus du corps 
& le ventre font dVin jaune-foncé tacheté 
de noir -, le deffous de la tête & du cou , 
îa gorge & la poitrine font noires , les 
ailes 8c la queue ont leurs pennes d'un 
brun - noirâtre 5 & quelques-unes font 
bordées extérieurement de vert *, les 
pieds font d'un cendré obfcur ("fj. 

11 nous paroît, par cette courte deC- 
cription, que Ton pourroit rapporter 
cet oifeau plutôt au genre du bouvreuil 
qu'à celui du tangara. 

4.^ V oifeau plus petit que le char^ 
donnerez ou le quaw^tli du Bréjilj félon 
Séba (g); il a la moitié de la tête ornée 



Guira^perea BrafiUeiifibus Marcgrai^ii, Willugh, 
Oruith. paj^ 188. 

Guira- perça Brafîlienfibus Marcgravii. Ray 5 Syn, 
Ai>i page 89, n.*^ 4. 

Tangara obfcurè flava , ventre maculis nigris varlo ; 
collo infcriore & pedfore nigris ; redtricibus fufco-nigri" 
cantibus, oris exterioribus thalaffimis* , . . TangarM 
Brafilienfis flai^^a. Brifibn, Ornith. tome III ^page 39. 

Guira-perea. Saierne, Ornith, page 273, n.^ 4, 

( f) Marcgrave, WiHughby , é'c. 

(g) Scbd.^ tome I, page ^S. 

Tangara fu£ernè fufco-iiigricans , infernè dilutb 



424 ITifloire Naturelle 

d une crête blanche ', le cou d un rouge- 
clair, & la poitrine d'une belle couleur 
pourpre *, les ailes d'un rouge-foncé & 
pourpré*, le dos & la queue font d\m 
noir-jaunâtre , & le ventre d\m jaune- 
clair-, le bec & les pieds font jaunes, 
Séba ajoute que cet oifeau habite les 
montagnes de Tetzocano au Bréiil (h). 

Nous remarquerons d'abord que le 
nom quato^tli que Séba donne à cet 
oifeau , n'eft pas de la langue du Bréfil , 
mais de celle du Mexique*, & en fécond 
lieu, que les montagnes de Tety^ocano 
font au Mexique \ & non pas au Bréfil , 
& il y a toute apparence que c'eft par 
erreur que cet Auteur Ta dit oifeau du 
BréfiL 

Enfuite nous obferverons que tant 
par la defcription que par la figure 
donnée par Séba, cet oifeau pourroit 



fiam ; (yncipite albo ; collo inferlore dilutè mhro ; 
ve&ore Ef dis ex fatnratè rubro purptirafcentibus ; 
reâtricibus fiifco nigricantibus. . . . Tan-^ara Braji- 
lien fis kucocephalos. Briffon , Oinitlu tome 111;, 
page 35- ^ 

(hj Séba; îQm< I, pa^^ 50. 



des Tangaras. 4^^ 

fe rapporter bien mieux au genre des 
manakins qu'à celui des tangaras*, & 
enfin nous avouerons que nous ne fa- 
vons pas pourquoi M» Briffon l*a nomme 
tangara (ij, 

5.^^ Le Calatti de Séba (k) j^ qui eft 
à peu-près de la groiîeur d une alouette , 
qui a une huppe noire fur la tcte avec 
les côtés de la tête & la poitrine d un 
beau bleu-célefte \ le dos noir varié 
d'azur *, les couvertures fupérieures bleues 
avec une tache pourpre, les pennes des 
ailes font variées de vert , de bleu-foncé 
& de noir-, le croupion eft varié d'un 
bleu-pâle & de vert, & le ventre eft 
d'un blanc de neige -, fa queue eft d une 



(i) Ornithoî, tome I II, page 35. 
(^/cj Apis Amhoiuenjis Galaui dicta formojïjfima, 
Scba, tome 1 y page 63; & y;/. 38, fig. 6. 

Emhmia Amboimiijîs, Klein, Apium, page 92, 

Tangara fuperiiè ex nigro & cyaneo varia , infernè 
nivea; geiiis èf pe&ore cyaneis ; uropygio diliitè ccerw 
ko y viridi mixfo ; TiiHricihus faturatè fiifcis , apice 
dilitiè rufO'grifeis, . . . Tangara Amboinenfis c^ru- 
ka. Billion, Ornithoî, tome 111 j page 12. 



42 ^ Uifioire Naturelle 

belle forme, elîe eft brune fur fa loiii# 
gueur , & roLifie à rextrémité. 

Séba ajoute que cet oifcau , qui lui a 
été envoyé d'Amboîne, eft d'une figure 
très-élégante (la planche qui le repré- 
fente eft fort mauvaife ) , il ajoute qu'il 
joint à la variété de fon plumage iih chant 
très-agréable (Ij. Cette courte indica- 
tion doit fuffire pour exclure le calatti 
du genre des tangaras qui ne fe trou- 
vent qu'en Amérique ^ & non pas à 
Amboîne ni dans aucun autre endroit 
des Indes orientales. 

6.^ Uoifeau anonyme de Hernan- 
dès (m) ; il a le deflus de la tête bleu ^ 
îe delTus du corps varié de vert & de 
noir 5 & le defîous jaune tacheté de 
blanc 5 les ailes & la queue font d'un 

(IJ Séba, tome I, page 63. 

(m) Avis anonyma nova. Hi/paiùce. I-Iernancf, 
Hift, nov. Eifp, page 710. 

Tangara fitpernè ex nigro 6* viridi pariegata, infime 
lutta, albicantibus maculis notata ; vertice cacTfiUo ; 
remigibus, TeBricihufque faturaû viridibus , maculis 
dilutiùs viridibus hinc in de permixtis, . . . Tangara 
varia uovce Hifpania, Brifîbn j Ornith, tome 1 1 1 j 
page 27. 



dts Tangaras. 427 

vert - foncé avec des taches d" un vert 
plus clair ^ les pieds font bruns , & les 
doigts & les ongles font très-longs. 

Hemandès ajoute dans un Corol- 
laire (nj que ctt oifeau a le bec noir & 
bien crochu , & que H la courbure du 
bec étoit plus forte & les doîgs difpofés 
comme ceux des perroquets, il nhéd- 
teroit pas à le regarder comme un vrai 
perroquet. 

D après cq% indications 5 nous nous 
croyons fondés à rapporter cet oiîeau 
anonyme au genre des pies-grièchcs -, 
& il eft étonnant que M. BrriFon fe 
foit (î fort trompé fur les caractères de 
cet oifeau (o)jy & qu il Fait rapporté au 
genre des tangaras. 

7.° Le Cardinal brundQM.Bnffon (p)j 

fiij Hernandès , jp^oe 712. 

foj Ornithologie, tome F [T, page 27. 

(pj Tanmra fifpernè ob faire fuTca , marghnhm 
•ptnnanim dilutiîis fiifcis, inj'ernè cocciiiea ; imo ventre 
6* cruribus ohfcurè fiifcis ; marginibus alanim cocci- 
iieis ; remigibus , redtricibiifque ûhfaiiè fufcis , oris ex- 
teriorihus dilutioribtis, . » . Cardliialis fiifcus, Brilîbn , 
Ornith, tome 111, page 51. 

Greater-biilt-finch , Rubicilla fnfca major. Edw. 
HIJI. ofBlrds, page â2. — ' Shlriec. Glaih pi. 342. 



42 8 Hijïoire Naturelle 

qui n eftr pas un tangara 5 mais un trou-» 
piale. Cet oifeau cft le même que celui 
dont nous avons parlé dans le trollième 
volume de cette Hiftoire Naturelle , fous 
le nom de Commandeur 5/>^^''e 214 (q). 

(q) Voy^i ks planches enlumme^ss^ w.<^* ^36^ 
^02. ^ 536. 




1 



des Tangaras. 42^ 



L'OISEAU SILENTIEUX^ 

Cet oiseau eft d une efpèce que nous 
ne pouvons rapporter à aucun genre, & 
que nous ne plaçons après les tangaras , 
que parce qu'il a, par fa conformation 
extérieure 5 quelque rapport avec eux, 
mais il en diffère tout-à-fait par les ha- 
bitudes naturelles, car il ne fréquente 
pas comme eux les endroits découverts ; 
il ne va pas en com.pagnie, on le trouve 
toujours feul dans le fond des grands 
bois fort éloignés d^s endroits habités , 
& on ne Ta jamais entendu ramager nt 
même jeter aucun cri, il fautille plutôt 
qu'il ne vole , & ne fe repole que rare- 
ment fur les branches les plus baifes d^s 
arbriffeaux , car d'ordinaire il fe tient à 
terre. Toutes fes habitudes font , comme 
Ton voit, bien différentes de celles des 
tangaras , mais il leur reflemble par la 
forme du corps & des pieds -, il a uns 



^ Voyei les planches enluminées , n.^ 743 , fou3 
la dénomination de Tau^ara de la Gujqnçt 



43 o Hijîoire Naturelle ^ &c. 

légère échancrure aux deux côtés du bec, 
qui néanmoins eft plus alongé que le bec 
des tangaras *, il eft du même climat de 
l'Amérique , & ce font ces rapports com- 
muns qui nous ont déterminés à placer 
cet oifeau à la fuite de ce genre. 



F IN du Tome fepticme). 




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